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Entretien avec Gilles Clément 3/3

Dernier volet de la saga du weekend, cette belle rencontre avec Gilles Clément. J’en profite pour vous inviter à lire ses écrits qui donnent à penser le jardin, le paysage et finalement le monde dans sa globalité. 

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Si on vous propose un nouveau jardin de musée…

Je serais partant. Ce serait forcément un autre musée, donc un autre sujet avec une question culturelle forte. Du coup cela obligerait à revisiter le jardin, au sens où ce n’est pas un jardin décor mais un jardin qui participe à cette question culturelle. Ça c’est intéressant. Je le referai volontiers.

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Colloques, articles, publications… Le jardin est partout. Le jardin semble un phénomène de société. Est-il inconcevable aujourd’hui de créer un musée sans jardin ?
Si c’est une architecture, une création complète, la plupart du temps il y aura un jardin. Si c’est la réhabilitation d’un bâtiment ce n’est pas toujours le cas. Il y a les deux cas de figures. Il est vrai que la plupart du temps, quand quelque chose se crée complètement, il y a un jardin. Je l’explique par un phénomène qui se renforce peut être aujourd’hui et qui vient des années 1980, où on a commencé à dire qu’il faudrait agrémenter tout espace public d’espaces verts ayant une âme. Pour cela il faudrait un paysagiste. C’est une demande qui n’existait pas auparavant qui s’est systématisée. Aujourd’hui dans toutes les équipes d’appel d’offre d’un bâtiment, il est rare qu’il n’y ait pas aussi un paysagiste. De plus il y a la mode, qui n’est pas une mode mais une inquiétude sur les questions du vivant, la pollution, la gestion des déchets, de l’énergie, qui donne à des métiers comme le nôtre un rôle autre que celui que l’on avait autrefois. Le jardinier aujourd’hui est, bien sûr, celui qui règle l’espace, qui a donc une fonction sur l’esthétique. Il est celui qui produit, des fruits, des fleurs, des légumes. Il est maintenant celui qui protège et la diversité en péril. Ce rôle là est nouveau mais c’est une belle fonction. C’est pourquoi on est attentif aux discours que l’on tient sur ces questions là.

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Vous parlez de préservation… Le musée est un lieu de préservation des œuvres, des objets, des histoires…

On cherche à préserver la culture ou la mémoire mais cela touche des objets et des histoires passées, dans un monde réifié qui ne se transforme pas. Si on l’abandonne, tout peut partir en poussière. Tandis qu’un jardin ce n’est pas la préservation de l’image, dont il est question désormais, mais du mécanisme de la transformation, de la préservation de la vie. C’est la vie qui est menacée. Entrer dans la compréhension des mécanismes permettant la vie est une dimension qu’il est plus difficile à intégrer pour les paysagistes, qui sont souvent davantage plasticiens ou architectes.

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Votre place est à part : vous concevez d’un point de vue philosophique, plastique, tout en ayant les mains dans la terre. Alors quel est le point de départ d’un jardin ?

C’est très variable. Les sources sont toutes différentes les unes des autres. C’est pourquoi les jardins que je fais sont tous différents aussi. Il y a tout de même une question qui est dominante à chaque fois. A Blois la question était historique, pour le parc Citroën il s’agissait d’un manifeste. Mais je me définis avant tout comme jardinier. Le jardinier est celui qui travaille le plus avec la vie, plus que l’architecte ou le paysagiste.

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Vos sources sont très variables. Elles peuvent être historiques ou ethnologiques. On retrouve dans votre livre le Jardin en mouvement, sur le parc Citroën, le parrain du musée Branly Levis Strauss comme référence. En quoi La Pensée sauvage a-t-elle influencée votre cheminement philosophique ?

Levis Strauss a écouté ces peuples. Il n’en a pas fait une critique à l’Occidentale. Je ne sais pas quel a été son avis réel sur le musée. Je ne sais pas ce qu’il a pensé des objets que l’on mettait sous boites, mais lui, il les a vu fonctionner. Ça m’a touché. Les livres qu’il a écris, ou ceux de Philippe Descola dans la même suite, sont passionnants. Il y a une humilité chez ces gens-là et un désir de comprendre les autres qui est respectable et nous apprend beaucoup. A l’inverse de ceux qui créaient des safaris avec les aborigènes d’Australie, d’autres se sont tournés vers la cosmogonie. Je suis intimement convaincu que la façon que l’on a de concevoir le monde a une répercussion immédiate sur la façon dont on s’en occupe. La création du monde selon notre cosmogonie a quelque chose à voir sur notre jardinage. Voilà pourquoi ces gens m’intéressent et que je respecte beaucoup leurs travaux.

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Le jardin est un microcosme…
Oui il l’est toujours. Et s’il change de forme au cours des siècles, c’est que la vision du monde change.

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Entretien avec Gilles Clément (2/3)

Suite de la rencontre entamée hier avec Gilles Clément. Aujourd’hui on aborde la vie et l’histoire des jardins mais aussi la place de la scénographie ou encore la médiation culturelle…

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On est loin du jardin à la française paré de topiaires…

Et pourtant, cela m’est arrivé d’avoir recours au formel sans réaliser pour autant des jardins strictement classiques aux tracés du XVIIIe. Ainsi pour l’abbaye de Valloires j’ai dessiné quelque chose d’assez rigoureux avec un système de carré comme point de départ. Cela s’en va vers un autre esprit sur les côtés. Mais dans l’axe, pour être en accord harmonieux avec l’esprit de la façade, j’ai créé quelque chose qui se référait un peu à ce langage tout en étant contemporain. Pour le château de B… il y a des systèmes taillés. Les haies renvoient à une tapisserie. Si la réalisation est contemporaine, l’idée est une idée ancienne. Donc tout dépend du sujet que j’ai à traiter.

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Si le peintre part d’une page blanche, le jardinier a comme point de départ un sol pourvu d’histoires. Pourrait-on dire d’une certaine façon que votre jardin est un palimpseste auquel vous ajoutez une écriture ?

De toutes les façons c’est un palimpseste. On aurait tord de ne pas le reconnaitre et de ne pas respecter les différentes couches. Car il y a finalement des choses à en dire historiquement. Mais nous faisons des choses pour l’espace publique. Cela suppose que nous devons tenir compte des gens qui vivent dans ces espaces. On doit, même si l’on fait des propositions,penser à eux. Nous sommes en accord avec notre temps. Nous sommes obligés de rester en conformité avec l’idée qu’ils auraient de la manière de ce tenir dans l’espace. Nous ne sommes plus au début du XXe où les femmes allaient au bord de la mer en se baignant habillées.

C’est pareil pour un jardin. On ne se comporte plus dans un jardin comme autrefois. Il n’y a plus d’ombrelles. Aujourd’hui il y a des gens qui jouent au ballon, des joggers. Ces coureurs présents dans tous les parcs créent des chemins. Ils impriment une trame qui n’était pas forcément prévue au départ. Cela m’amuse beaucoup. Je trouve ça étonnant de courir dans un jardin. C’est décalé. Ils ne le voient pas ce jardin puisqu’ils courent. Il n’y a plus les jeux qui existaient auparavant comme le croquet. On ne joue plus au croquet sur les pelouses. On pratique d’autres jeux. On crée d’autres usages du jardin. Forcément, notre proposition formelle en tiendra compte.
Dans un jardin comme celui du Musée Branly, c’est très différent. Les gens ne viendront pas pour jouer.

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Pourtant il y a déjà un autre usage de votre jardin. On y voit des enfants qui après l’école jouent à trap-trap, cache-cache derrière les arbres, ou imaginent des chasses au trésor où les indices seraient les cabochons de verre des chemins.

Tant mieux. Cela est très bien. Mais les enfants trouvent toujours. C’est très intéressant de voir les différents usages et appropriations d’un jardin. Cela me plait que les enfants jouent et soient heureux dans un jardin. Il y a quelque chose qui se libère si les gens y prennent du plaisir.

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Même les gens qui travaillent au musée aiment y aller pendant leur pause…
Cette vie dans le jardin me plaît. Il n’y a qu’une chose qui me chagrine : ce sont les chemins rouges. Une fois que tout à été dessiné, conçu techniquement, chiffré, on m’a annoncé que pour des raisons d’excellence en matière de handicap on allait créer un chemin pour les non-voyants. Il aurait fallu me le dire à l’avance. J’aurai intégré cette donnée, cette contrainte. Ils n’ont pas tenu compte de mon avis et l’ont réalisé. Ce choix est discutable. Pourquoi intégrer ces chemins particuliers pour les non-voyants qui se débrouillent très bien sans avec les allées en béton. Cela à d’ailleurs créé des accidents chez les voyants qui ne regardant pas leurs pieds ont eu des entorses. Se rendant compte de l’erreur, ils ont rebouché avec cet enduit rouge, pour des non-voyants qui ne distinguent pas les couleurs. C’est scandaleux. C’est honteux pour nous qui sommes responsables de l’esthétique.

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C’est étonnant qu’ils ne vous consultent pas…

Ils m’ont consulté mais n’ont pas tenu compte de mon avis.

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Et que pensez-vous de la façon dont le musée intervient dans le jardin au niveau de la médiation ?
Je ne suis pas assez au courant. Mais il y a des choses que j’ai trouvées très discutables. Tarzan par exemple. C’est grave car cela peut être du premier degré, de la pure démagogie.

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Et en ce qui concerne le programme des ateliers, êtes vous mis à contribution pour leur choix ?

Non. Mais je trouve ça très bien qu’il y ait des ateliers. La pédagogie pour toutes ces questions est très importante.
Je suis allé récemment au musée voir l’exposition de Philippe Descola, La fabrique des images. Je l’ai trouvée bien conçue, très didactique. Et pourtant je me suis enfui à toute vitesse. J’y suis assez malheureux. Je n’aime pas les musées en général. Pas à cause de l’espace mais parce qu’on nous y montre des choses qui sortent de la vie de ces choses. Ce n’est pas comme une œuvre occidentale fournie par un système occidental exposée en occident.
On est donc dans une vision occidentale de l’ « autre » qui rentre en contradiction avec votre conception même du jardin. Il y a une sorte de détournement de votre propos lorsque celui-ci devient la demeure de Tarzan… Alors je m’interroge.
Ce regard de l’occident omniprésent est une autre façon de coloniser. Vous avez la réponse en ce qui me concerne. Je ne suis ni averti, ni consulté. Je ne suis pas d’accord avec ça. Mais j’ai eu la chance de faire ce jardin quand même. Il est étrange et un peu décalé.

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Gilles Clément, n’avez pas voulu utiliser les codes. Quand au musée il jongle avec eux en essayant de ne pas renier l’histoire, l’histoire de la colonisation notamment. On retrouve alors le concept de métissage. Peut-on retrouver cette notion dans votre jardin ?

Oui, car ce jardin là est un lieu de rencontre, un théâtre du brassage planétaire. Métissage avec des hybrides naturels ou artificiels, métissage qui peut être simplement dans la juxtaposition, un métissage paysager, c’est-à-dire des plantes d’origines différentes qui se côtoient. Mais ce sont des plantes qui s’adaptent très bien à ce climat, sinon on ne les aurait pas installées. On peut parler de métissage. Mais il ne fallait pas que, faisant ce choix, qui est un choix d’exotiques, l’on est le sentiment de quelque chose qui soit une collection d’exotiques comme on faisait autrefois en mettant des plantes d’origines différentes côte à côte pour attirer les foules. Avant tout je voulais faire un paysage. Il fallait trouver des unités paysagères.

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En parlant d’exotisme, les cabochons de verre rappellent l’époque maniériste, les cabinets de curiosités, les coquillages incrustés sur les grottes ornementales des jardins. Est-ce une référence clin d’œil ?

Cela participe de la possibilité de communiquer dans le jardin. Il n’y a pas de grotte mais tout ce vocabulaire est à notre disposition: l’eau est là, stagnante. Elle n’apparaît absolument pas comme la performance de l’occident. Au XVIII, à Pékin on copie Versailles. La technique et le pouvoir sur la technique impressionne.

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Finalement, les jets d’eau ont été remplacés par l’installation de Yann Kersalé…

Yann voulait quelque chose qui se rapproche des graminées. Il avait fait des joncs magnifiques qui ont été refusés par la commission de sécurité par peur de dégradation par les visiteurs. Pour revenir au cabinet de curiosités, cette idée n’est pas saugrenue, même si les cabochons ont, avant tout, été conçus comme un jeu de piste pour les enfants et la question animique. Les artisans qui les ont réalisés ont un atelier dans une grange qui ressemble vraiment à un cabinet de curiosité puisqu’ils mettent tout sous inclusion. On peut aussi bien y trouver un corps humain, des os, un crâne, une chèvre, une échelle, des tiroirs remplis d’insectes, que des coquillages.

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Pour revenir à la façade en verre, elle confère à la forme du jardin une dimension de serre. Ce jardin est-il un espace d’expérimentation ?
Oui. On pourrait le rapprocher de la fondation Cartier où l’on retrouve une palissade en verre. Ça joue par rapport aux hybrides. Ça ne joue pas techniquement le rôle de serre car le soleil ne vient pas par là, il n’y a pas de chauffage venant à travers le vitrage, mais cela peut donner ce sentiment. Et en effet lorsqu’on arrive par ce côté on a l’impression de rentrer dans un univers de serre.


Cette impression de serre pourrait nuire au propos du jardin si on le mêle à des opérations de communication en y implantant des igloos, des tentes, des patinoires… Les critiques évoquent les parcs d’attractions, Disneyland et autres Center Park…

Le problème est le même qu’au parc Citroën avec le ballon. C’est au détriment de l’âme du parc même si c’est amusant de prendre une photo depuis là-haut. C’est une attraction. Elle ne devait durer que trois mois… J’aurai voulu des ânes au milieu de la pelouse. A Lyon j’ai mis des moutons qui remplacent pour la pelouse la tondeuse à gazon. C’est plus intéressant qu’une montgolfière à perpétuité. C’est cette civilisation là, l’évolution de la société qui a transformé tous les espaces de rêve en espace marchand.

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La part du rêve dans le jardin s’amenuise…

A partir du moment où l’on ne vous donne que des choses à consommer vous n’avez plus accès au rêve. C’est la « non culture ». L’artiste met à disposition de la civilisation son regard mais il ne met pas dans l’obligation de consommer quelque chose. Ce n’est pas pareil

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Et l’idée de friche est-elle toujours présente au Musée Branly ?

Non parce qu’il y a une gestion. C’est un jardin. Il y a un emprunt de paysage plutôt qu’une friche. Par contre ce terrain là est un climax, c’est-à-dire un optimum de végétation avec les caractéristiques d’une friche arrivée à maturité. On peut voir les choses dans ce sens. De toute façon il y a quelque chose d’un paysage un peu libre, que la nature aurait pu créer. Mais la vraie friche c’est autre chose !

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Gilles Clément, vous aviez dit que vous ne pourriez pas parler du jardin avant quelques années, le temps que les plants prennent. Maintenant a-t-on assez de recul ?
On peut aujourd’hui faire l’inauguration du jardin. On pouvait faire celle du musée tout de suite puisqu’il était fini. Le jardin lui commençait. On peut estimer qu’il est regardable en tant que jardin au bout de cinq ans. A cinq ans il y a une petite maturité, les plantes se sont installées, les arbres vont commencer à se déployer. Le voyage a été un traumatisme pour eux. Tout cela prend du temps.
Quand je suis retourné dans le jardin j’y est découvert une espèce de tombe, « ici git Gilles Clément » ou presque.
Cette plaque a été mise en avant par EDF, pour vanter les qualités écologiques de cette société…
On est toujours récupéré. C’est une de mes luttes constantes, surtout depuis 2007. C’est pour cela que j’ai refusé de faire partie du Grenelle de l’environnement, de discuter avec le ministre de l’écologie, ou des projets provenant des fonds gouvernementaux.

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Pourtant un musée au départ a une vocation citoyenne. Inclure un jardin dans un musée n’est donc pas anodin, aurait-il donc une mission citoyenne à part entière ?
Bien sûr. C’est une mise en équilibre de l’individu. Il y a toute l’importance du délaissé. Dans un jardin, s’il est sans règle, les gens font ce qu’ils y souhaitent : un pique nique, des fêtes, de la botanique. Le jardin est un espace de liberté.

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Cette dimension prend sans doute toute son ampleur dans le jardin nocturne…

Avec Yann Kersalé, nous étions d’accord sur le principe de ne pas tout éclairer. Sinon il n’y a plus de profondeur, de mystère. Il était question, ce qu’on ne souhaitait pas du tout, de mettre de grands projecteurs le long de la paroi vitrée. Nous avions dit qu’il s’agissait plutôt d’une scénographie lumineuse qui n’était pas forcément fonctionnelle.

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Par cette installation on découvre alors un nouvel espace où les notions d’animisme et de sacré ressurgissent…
C’est toujours un peu plus trouble et émouvant. En même temps je préférerais que la nuit soit éclairée par des lucioles. Dans les pays tropicaux on en voit parfois des vols entiers. A ce moment là on est avec les animaux de la nuit. C’est dommage que notre vision nocturne ne nous permette pas de voir toute la vie qu’il peut y avoir. Car les éclairages que l’on impose chassent les animaux.

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Quant aux animaux qui sont arrivés au musée…
Je les ai photographiés. J’ai même vu un canard blanc une fois, une sorte de bébé albinos. Cela veut dire qu’ils peuvent vivre là. C’est une bonne chose dans un univers qui n’est pas si facile, confiné, un peu pollué.

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A demain pour la dernière partie de l’entretien…

 

 

 

 

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Entretien avec Gilles Clément (1/3)

J’ai longtemps gardé dans un tiroir cet entretien avec Gilles Clément réalisé pour mon mémoire de fin d’études qui portait sur le jardin du musée du quai Branly. Cette rencontre en 2010 m’a beaucoup marquée. J’étais déjà extremement touchée qu’il accepte de discuter alors qu’il est pris par de nombreux projets et activités. J’ai passé trois heures passionnantes à boire ses paroles au sein de son atelier remplis de plans éparpillés. Je partage ce weekend ce moment avec vous en trois épisodes. C’est parti pour les coulisses du projet du jardin du musée du quai Branly. 

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Savoir que le projet du musée s’est axé, dès le point de départ, avec celui de la conception d’un jardin, m’intrigue beaucoup…

Cela c’est passé de la façon suivante : c’est un lieu où il y avait déjà des tas de projets, des projets qui se sont révélés infructueux. Sur ce terrain d’autres paysagistes ont travaillé sur des projets qui n’ont pas vu le jour. Je ne m’étais jamais inscrit sur les concours qui concernaient cet endroit là jusqu’au jour où ça a été ce projet. C’est inscrit alors Jean Nouvel qui a tout de suite fait appel à moi. Nous avons un éditeur commun : Le premier livre que j’ai publié il y a très longtemps, Le jardin en mouvement, est fait par Tonka, le bras droit de Jean Nouvel. Ils travaillent ensemble depuis très longtemps. J’ai donc eu souvent l’occasion de rencontrer Jean. On est assez éloigné sur certaines choses et en même temps on communique très bien. Nous avons des points communs, des visions, des accords.

Un jour, il m’invite. Il avait envie, lui, de créer de la place pour le jardin. Le jardin était prévu par le commanditaire au départ : c’était un jardin de 4000 m². Et nous avons proposés un jardin de 18 000m², donc beaucoup plus grand. Ce qui a été acrobatique, parce qu’il fallait soulever le bâtiment, faire passer un grand élément de communication entre les deux espaces. Mais cela a donné tout de suite le caractère de cet endroit. Cela a été un travail assez simple.

Au départ, il fallait que Jean trouve la façon de tenir l’édifice à partir de deux assises assez largement séparées, avec un pilier central au milieu. Je me suis retrouvé au fond avec une géométrie qui m’était donnée par la proposition architecturale. La question était de savoir ce que moi j’allais dire là-dedans. Alors j’ai fait la proposition d’un paysage « non-occidental ». C’était la chose qui pour moi était la plus importante : que l’on ne se réfère pas à l’occident en entrant dans cet espace là, pour la raison que tout ce qui se trouve à l’intérieur du musée ne concerne pas du tout l’occident. Cela concerne des civilisations pour partie animiste. Philippe Descola disait : « Pas toujours animiste ». Mais disons de cet ordre là, de cet univers là. Ce sont des civilisations qui ne sont pas reliées à des souches occidentales, qui sont dominées par les trois grandes religions monothéistes, avec des visions extrêmement différentes. Donc la place de la nature y est importante. Cela a été ma proposition.

J’ai cherché ce qui pouvait être le plus réalisable dans un paysage non occidental dans la couronne tropicale. Presque toujours ces civilisations sont situées par là. Pas toujours, mais presque. Majoritairement. Je me suis dit : « Je ne peux pas reconstituer une forêt vierge, ça ne marchera pas. Un désert australien, ça ne sera pas terrible non plus. Donc je vais faire plutôt une savane arborée car je sais que techniquement je peux la réaliser avec des renvois plastiques à la question de la savane. » Ce sont des espèces ni africaines, ni tropicales. Ce sont des espèces des climats tempérés que j’ai mises à Paris.

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C’est un choix conceptuel important que vous avez fait en choisissant ces espèces. Vous auriez pu choisir des palmiers mal adaptés certes mais porteurs d’un symbole exotique…

Je n’ai pas voulu faire cela. J’avais dit dès le départ que toutes les plantes que j’ai choisies on ne s’en occuperait pas. On a besoin seulement de désherber pour qu’il n’y ait pas trop de plantes qui soient mangées les unes par les autres. Il faudra faire un tout petit peu la police. Mais le climat de Paris est très bien. Il suffit d’un sol correct. Les commanditaires n’ont pas été rassurés. Il y a encore aujourd’hui un terrible goutte à goutte dont je ne voulais pas, que je n’ai pas préconisé.

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L’arrosage automatique pour remplacer les jardiniers…
Je n’en voulais pas de cet arrosage, il n’y en a pas besoin ! Ils n’ont pas voulu engager de jardiniers alors qu’ils ont plein de postes à plein temps. Il n’y a pas de jardinier ! C’est une entreprise qui vient de temps en temps entretenir. Ce n’est tout de même pas comme un jardinier. Un jardinier surveille, voit les choses qui évoluent. Il est là. Le jardin n’est pas considéré comme quelque chose qui justifie un poste. Cela me rend vraiment triste. A la place nous avons des techniciens de surface qui viennent. Mais ils ne font pas la différence entre les plantes qu’il faut garder et celles qu’il faut absolument enlever. Pour eux les fougères Grand Aigle ce sont des fougères. Ils ne connaissent pas les plantes. Et portant la dynamique de la fougère grand aigle n’a rien à voir avec celle des autres fougères. Elle va tout manger ! Ce n’est pas du tout ce que je préconise comme paysage ! Cette plante est arrivée dans le mélange terreux porté par le livreur. Elle est parfaite dans un paysage vaste, où il y a de la place, ici l’espace n’est pas suffisant. Mais tout ceci est technique.
D’un point de vue conceptuel, j’ai tout de même fait cette proposition qui a été acceptée. Après il a fallu aller chercher les plantes en Europe. Et puis il y avait la question du dessin. Le cahier des charges était très contraignant. Nous savions qu’il y aurait beaucoup de monde, que le jardin serait très fréquenté : les sols seraient donc en dur.

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Obstacle que vous avez contourné en y incrustant des résines…
On ne les voit plus beaucoup. Pourtant nous avons fait attention. L’idée était d’avoir des formes assez organiques, plutôt courbes. Profiter des contraintes techniques pour d’inclure dans des cabochons de verre contenant des résines (qui elles ont été rayées) qui renferment soit un insecte, soit un coquillage, soit une fleur, quelque chose d’animal ou végétal qui renvoient au langage animiste. Il y a ici une équivalence. Les animaux et les végétaux sont aussi respectables que nous dans ces civilisations là. Et puis, il y a la tortue qui est une forme récurrente même si on ne la voit pas. Il en manque des parties : un pont et une fontaine. Un pont entre deux terrasses rue de l’université et une fontaine à boire dont les dessins étaient prêts. Cela n’a pas été réalisé. A la fin du chantier il n’y avait plus d’argent.
Chaque fois c’était la forme ovale qui revenait d’une manière ou d’une autre (on le voit avec la forme arrondie de la terrasse, ou dans les boules volcaniques dans le passage par exemple). Evidemment c’est très éloigné de la tortue. Mais on est dans cette référence.

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Pourquoi avoir choisi la tortue ?
Quand j’avais lu les ouvrages sur les arts primitifs, ou premiers, ce que moi j’appelle les « arts sacrés », j’avais retrouvé cette tortue à plusieurs reprises. Hélas, je suis très triste à l’intérieur de ce musée car j’ai beaucoup de mal à voir l’objet hors de sa fonction.
Ceci est-il dû à la mise en avant de la fonction esthétique ?
Moi c’est l’usage qui m’intéresse. Esthétiquement ces objets sont très beaux.

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Alors est-ce le problème du manque d’informations dans les cartels qui les accompagnent ?
Non pas du tout. C’est le fait de faire un musée sur ce sujet. (il rit)
Oui mais là vous étiez prévenu dès le projet de départ…
Bien sûr ! Et je l’ai accepté. Tout cela est très dérangeant. Ce sont des objets qui ont une vie par rapport aux rituels de gens qui vivent aujourd’hui. Ce ne sont pas des civilisations mortes. Quelques unes peut-être, mais très peu. C’est cela qui est dérangeant. Si on prenait toutes les mains de Fatma, tous les Christ en croix, tous les chandeliers à sept branches et que l’on en faisait un musée que l’on appelerait le « musée des arts seconds », qu’est-ce que cela voudrait dire ?

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Il y a peut être aussi une confusion du temps au musée Branly ?

La mise en scène et la facture des objets y contribuent. Ce sont des objets fabriqués avec des moyens très simples et un art très grand : les matériaux ne sont que du bois, des plumes, des éléments végétaux. Donc le visiteur se dit cela doit être très ancien. C’est cela qui pour moi est gênant. Mais c’est un fait. Je l’accepte.

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Un art parallèle se développe également avec des matériaux de récupération, en Afrique notamment. Que pensez-vous du fait que cet art contemporain ne soit pas beaucoup représenté au musée ?
Je pense que l’on passe à côté de la question. On est resté sur l’objet et non pas sur la cosmogonie. On n‘est pas sur la pensée du monde. Ceux qui font avec des objets de l’industrie humaine récupérée (qui sont des déchets pour nous) un objet d’art qui rentre dans le sacré, dans un rituel, ont autant de valeur que ceux qui travaillent avec les éléments de la nature. Ce serait très intéressant de mettre en confrontation ces choses là en montrant que la pensée est la même. Cela correspond aux mêmes pulsions, aux mêmes croyances, aux mêmes superstitions, aux mêmes rituels, ect. Effectivement on ne le voit pas dans le musée.

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Cette confrontation pourrait-elle alors être mise en place dans le jardin ?
Malheureusement non ! J’ai essayé non pas de mettre des objets mais de faire un passage en chandii, qui est une porte sans linteau. On m’a répondu : « Vous n’avez pas le droit parce que cela pourrait rentrer en concurrence avec un principe d’art sacré, d’objets présents dans le musée. La porte en chandii , c’est très balinais. On monte quelque marche et on redescend. La porte c’est la montagne qu’on ouvre en deux. Il n’y a pas de linteau donc on est en communication directe avec les dieux. Cela me paraissait intéressant d’avoir ce genre de système dans un jardin où il y a toujours des histoires de passages, de rétrécissements. Il pouvait donc y en avoir une. Selon eux c’était une émergence qui pouvait prêter à confusion par rapport aux objets montrés dans le musée.

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Les évocations se devaient donc d’être très discrètes…

L’histoire de la tortue, ils n’ont pas aimé du tout. J’ai dû vraiment insister en leur montrant bien qu’elle n’était pas littérale, que de toute façon on ne la voyait pas cette tortue. Nulle part. Elle est évoquée. Mais elle est, pour moi, conceptuellement très importante, parce que je me réfère à ses formes, elle m’aide mais aussi elle a du sens. En lisant des ouvrages j’avais déjà eu ce sentiment, en Asie surtout, j’avais constaté qu’elle avait une importance fondamentale dans ces civilisations là parce qu’elle porte le monde, et dans d’autres civilisations, en Afrique, en Amérique du Sud, chez les Indiens, et j’ai appris récemment en Amérique du Nord, elle a d’autres sortes de significations mais elle est très présente. Elle est d’ailleurs souvent dessinée, ou apparente en objet, elle est là. D’une manière ou d’une autre on la retrouve. Donc cela me paraissait bien de la voir. Mais cela a été compliqué. Ils auraient voulu quelque chose de décoratif. Comme le mur de Patrick Blanc qui est très beau mais n’a pas de signification.

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Doit-on alors considérer le mur végétal séparément du jardin ?
Le projet de Patrick Blanc est arrivé après le mien. J’étais là dès la construction et pourtant je n’ai pas du tout été averti de sa participation. Il a été sollicité indépendamment. Cela ne me gênait pas du tout. Je le connais très bien. C’est un ami. Ce mur est démagogique. C’est un acte de séduction. Cela permettait de montrer quelque chose d’attractif depuis la rue durant toute la durée des travaux.

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Peut-on dire qu’il annonce le jardin puisqu’il précède l’arrivée des visiteurs ?

Pas toujours. Certains entrent par la rue de l’Université.
Disons que l’entrée par le Quai Branly est plus spectaculaire par sa paroi en verre, qui incrustée d’affiches d’exposition joue avec le jardin par un effet de symboles apparaissant en transparence sur la végétation…
La seule chose sur laquelle j’ai pu intervenir avec Jean est sur la paroi de verre en créant l’équivalant d’un lawang. Le lawang est une porte balinaise par où les esprits ne peuvent pas passer. Ceux-ci ne pouvant pas circuler en angle droit ne peuvent franchir ce mur d’entrée. Mais le décor de Patrick est très intéressant en soit. Patrick Blanc est un scientifique qui a apporté une diversité considérable dans le choix des espèces, qui vivent assez bien de cette manière mais avec beaucoup d’artifices.

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Il y a ici un grand contraste entre vos deux manières de travailler, de par le choix des surfaces verticales et horizontales et surtout par l’emploi ou non de l’artifice. Cela vous gêne-t-il ?
Ce n’est pas quelque chose qui me gêne. Cela n’est pas pour moi philosophiquement satisfaisant étant donné la façon dont on évolue dans le monde aujourd’hui. Si on arrivait à tout recycler, si cette énergie était autonome cela irait. Mais on ne peut pas imaginer faire fonctionner nombre de choses de cette façon là qui utilise de l’engrais, pollue. Pour moi, la gestion future du jardin est une meilleure compréhension des mécanismes naturels, de ce que les plantes sont capables de faire elles-mêmes pour pouvoir vivre, y compris dans des conditions très difficiles. Je viens justement d’installer un jardin sur le toit de la base militaire sous marine de Saint Nazaire. C’est un ancien bâtiment construit par les Allemands pendant la guerre. J’ai installé dans ce sol composé de cailloux, de sables, de très peu de terre des plantes capables de vivre sans assistance. Cela me parait plus intéressant d’utiliser l’extraordinaire diversité de variétés qui existe sur la planète pour tous les climats. On trouvera toujours une série floristique intéressante. Pourquoi aller chercher des espèces qui ne seraient pas contentes de vivre là, avec obligation de les mettre sous assistance? Ce qui nous oblige à aller chercher des espèces dans des séries spéciales nous amène à créer des paysages très différents. On peut finalement planter tout banalement partout. On retrouve alors chez tout le monde la même chose : une série de plantes qui poussent correctement dans une bonne terre franche de pépinière. Cela ne m’intéresse pas du tout. Cela confine au médiocre.

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La suite de ce magnifique entretien sans faux semblant demain sur le blog… 

 

 

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Prendre une pause à Bruxelles

Prendre une pause à Bruxelles, c’est prendre le temps de tout et de rien. De trinquer et de rire. De se balader dans les ruelles pavées. De flâner dans les musées….

Petite sélection de ce que j’ai préféré:

* Se faire le coup du road trip. Même si Paris-Bruxelles ce n’est pas bien loin. Juste parce qu’on est heureux d’être tous les trois réunis avec mes frères et que finalement c’est bien plus précieux qu’un voyage à l’autre bout du monde.

* Oublier chez moi le guide que j’avais acheté en partant. Me faire charier par mes frangins. Improviser. S’arrêter quand quelque chose nous plait et pas parce que le livre nous a dit qu’il le fallait.

* La grand place brillant de mille feux juste avant les fêtes de Noël.

Les façades baroques sont fascinantes de beauté. On est tombé par hasard au moment du spectacle son et lumière, c’était féérique! Les maisons s’allumaient les unes après les autres et dévoilaient leurs ornements alambiqués.

*Manger des gaufres ultra caloriques mais tellement bonnes qu’on ne culpabilise pas. Demander même un supplément chocolat. Et de la chantilly tant qu’on y est!

* S’amuser à faire des photos idiotes avec ses frérots et se fabriquer des souvenirs, parce que tout de même on était là pour fêter les 30 ans de notre aîné.

* Chercher Tintin et ses amis partout. Apercevoir Milou sur la rampe d’escalier d’une fresque de street art. Retomber en enfance.

* Regarder le Manneken-Pis sous tous les angles (vous savez le petit bonhomme qui fait pipi) et chercher le meilleur pour faire le selfie idiot qu’on ne voudra pas voir sur facebook ni ailleurs!

*Remonter le temps dans le magnifique décor art nouveau du restaurant du Centre Belge de la bande dessinée. Prendre des forces. Et puis profiter de la visite ensuite.

*Boire une bière, voire même plusieurs, au Delirium café. Devoir choisir entre 2000 variétés de bières différentes alors qu’on est une grande adepte du Monaco (même pas honte!). Regarder la foule. Avoir l’impression d’être de nouveau étudiante.

*Faire n’importe quoi. Des roues. Roulades. Galipettes et autres figures accrobatiques approximatives dans les passages aux arcades somptueuses désertées le soir. S’attendrir en regardant ses deux frères si complices.

* Prendre la pause avec le cadet derrière l’objectif qui se venge à vous faire faire n’importe quoi parce qu’on le coiffait avec des couettes quand il était minot.

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Merci petit frère pour les photos rigolotes. Je n’ai gardé ici que les montrables. J’étais tellement occupée à savourer que je n’en ai moi même pris aucune! Mais finalement, vu tes clichés je crois que j’ai bien fait de m’en remettre à toi.

 

©E. Dutot

Musée des arts forains paris

Le musée des arts forains

En plein coeur de Paris, se trouve un endroit magique. Si un besoin de rêver se fait sentir, si vous voulez retomber en enfance, c’est au musée des arts forains qu’il faut aller de toute urgence. C’est parti pour un tour!

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La visite se fait sur réservation et avec un guide qui vous fera une visite d’espace en espace en racontant de petites anecdotes. Accueil dans une jolie cour arborée après un passage voutée ou des tutus sont suspendus au plafond. Cela vous met tout de suite dans l’ambiance. Autrefois, le quartier de Bercy était le petit coin de campagne de Paris, là où on allait dans les guinguettes pour faire la fête, mais aussi où se trouvait les vignes. Le musée des arts forains se trouve ainsi dans d’anciens chais.

Musée des arts forains extérieur

On continue la promenade qui nous conduira dans quatre espaces aux noms prometteurs : Le théâtre du merveilleux, les Salons Vénitiens, le théâtre de verdure et le musée des arts forains. A l’intérieur que de surprises et de beauté! Un antiquaire, Jean Paul Favand a collectionné des objets du spectacle depuis 1972 et de tous ces objets est né en 1996 le musée des arts forains.

La scénographie est parfaite. On ne sait plus où donner de la tête tellement on a envie de tout regarder dans les details, de la cambrure des chevaux de bois aux anciens tickets de bons pour les manèges. Même les boutiques et les stands de gourmandise sont là.

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Et cerise sur le gateau, certains jeux fonctionnent encore! Et nous voilà à lancer des boules pour faire avancer le personnage avec une envie folle de gagner la course, ou de tourner sur le caroussel, ou encore pédaler comme un fou!

La partie spectacle de marionnette aussi fonctionne très bien et ajoute à la féérie du lieu.

Si vous avez des enfants pas loin, servez vous en d’excuse pour profiter aussi de ce petit bijou de musée. Ils seront ravis et vous aussi!

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L’atelier Brancusi

Quand on se rend dans le quartier des halles ou que l’on va au centre Pompidou, il y a un endroit que l’on pense peu ou pas à visiter, et c’est bien dommage. Il s’agit de l’atelier de Brancusi.

Artiste majeur du 20e siècle, né en 1876 en Roumanie, c’est à Paris qu’il investit des ateliers jusqu’à sa mort en 1957. L’année précédente, il avait légué à l’état français son atelier du quartier Montparnasse avec tout ce qui s’y trouvait: meubles, recherches, oeuvres en cours ou achevées… L’espace et notre perception de cet espace étant les éléments les plus importants de son travail (notamment avec les fameuses Colonnes sans fin), l’architecte Renzo Piano a cherché à transmettre l’ambiance et les rapports d’échelle entre les oeuvres (qui créent une unité) d’avantage que de reconstituer en détail l’atelier. En effet dans les années 50, Brancusi a du mal à laisser partir ses oeuvres pour les vendre. Lorsqu’il en cède une, il la remplace par son plâtre pour ne pas rompre l’équilibre entre les formes. Mais aussi pour préserver les correspondances entre les matières. Si le plâtre, remplace le marbre vendu il n’en a pas moins d’importance.

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Chaque matériau chez Brancusi a sa vie propre. Une vie qu’il va révéler par un travail de taille et de polissage qui rompt avec le modelage de la sculpture traditionnelle. Si les thématiques s’inspirent encore de la mythologie (Leda, La muse endormie, Prométhée, Danaïde, Fontaine de Narcisse) ou du réel avec tout un bestiaire ( L’Oiselet, L’oiseau dans l’espace, Le poisson, Le coq, Le phoque) et des portraits ( Tête de femme, Tête d’enfant endormi, Mlle Pogany, Madame Eugène Meyer JR…), c’est par le traitement de la matière et la forme que Brancusi réinvente la sculpture.

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Cela lui causera d’ailleurs bien des soucis avec la douane New Yorkaise en octobre 1926. En effet, 20 sculptures dont L’oiseau dans l’espace arrivent de Paris par bateau pour une exposition. La douane intercepte l’ensemble et refuse de considérer les oeuvres comme objets d’art car elles ne sont pas des représentations. Si les objets ne sont pas des oeuvres, elles sont des marchandises (objets en métal manufacturés) et l’artiste doit s’acquitter d’un droit de douane de 40% de leur prix de vente. Brancusi s’en mêle, la presse aussi, et la douane libère provisoirement les sculptures sous l’étiquette  » D’ustenciles de cuisine et matériel hospitalier ». Finalement un procès aura lieu, et les juges se prononceront en faveur de l’artiste:

« L’objet considéré (…) est symétrique et beau dans sa forme, et bien que l’on puisse avoir quelque difficulté à l’associer à un oiseau, il est néanmoins plaisant et très ornemental et, comme nous tenons la preuve que c’est la production originale d’un sculpteur professionnel et que c’est en fait une sculpture et une œuvre d’art selon les autorités auxquelles nous avons référé ci-avant, nous soutenons la réclamation et trouvons qu’il le droit d’entrer sans payer de droits.

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On comprend mieux suite à cette anecdote l’importance de Brancusi pour la sculpture mais aussi pour l’art contemporain qui s’interroge énormément sur la question de l’espace notamment via les installations. Visiter l’atelier c’est donc prendre le temps d’observer ces liens entre les formes et leur environnement. Brancusi c’est d’ailleurs appuyé sur la photographie, et avec Man Ray notamment, pour fixer les compositions mais aussi pour voir l’impact de la lumière sur ces oeuvres pour créer des vibrations de la matière.

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Donc la scénographie du lieu , vous l’aurez compris, comprend les photographies mais aussi l’espace même de l’atelier avec les outils et les oeuvres, comme si Brancusi veneait de quitter la pièce. Pour préserver l’atelier, le visiteur déambule autour et le contemple via des baies vitrées. Je ne vais pas vous mentir, on a envie de les briser pour rentrer à l’intérieur mais du moins c’est cohérent avec le fait que l’assemblage des sculptures et outils dans un même espace fait oeuvre à part entière. J’ai aimé aussi le jardin qui fait un sas avec la ville.

Un tout petit lieu plein de charme au coeur de Paris à découvrir sans plus tarder sur la piazza du centre Pompidou. Et en plus c’est gratuit !

 

La médiation culturelle c'est quoi

Dis, c’est quoi un médiateur culturel?

Ça faisait très longtemps que j’avais envie d’écrire cet article. De prendre ce risque de me livrer un peu ici pour parler de mon métier. Allez!  Je me lance!

Bon par quoi commencer?

Je vais peut être d’abord vous dire ce que je répond lorsque je suis en plein exercice de mes fonctions et que quelqu’un s’approche de moi et voit écrit sur mon badge MEDIATION.

Médiation? drôle de mot dans un musée. Très vite les gens pensent aux mėdiateurs sociaux et pensent que l’on est là pour gérer des conflits. Non ce n’est pas du tout le propos.

Un médiateur culturel n’est pas un médiateur social, ce n’est pas non plus un guide touristique, un enseignant , un gardien ou un guide conférencier. Ça peut être un peut tout cela à la fois.

Un médiateur culturel est chargé de faire le pont entre une oeuvre, un artiste et le public. L’idée est d’entamer un dialogue avec le visiteur pour découvrir ensemble une oeuvre. Un temps d’observation et de description est souvent nécessaire car dans cette culture du zapping le public jette souvent un rapide coup d’oeil sans prendre le temps de regarder vraiment, ni de s’interroger sur ce qu’il voit. C’est pourquoi le terme de médiateur vient à propos, surtout quand on parle d’art contemporain. Le public se sent parfois mis à l’écart, voir ridiculisé par l’artiste avec une oeuvre conceptuelle. Dès lors le médiateur donne quelques clés qui permettent de comprendre le sujet. Un dialogue s’instaure entre l’oeuvre, le visiteur et le mėdiateur. Le spectateur devient acteur, partage ses ressentis, ses experiences aussi. Le médiateur en profite pour rebondir et en dire un peu plus sur l’oeuvre et l’artiste, ou ressituer aussi dans un contexte plus large d’histoire de l’art. Dialogue. Echanges. Sourires. voila les maitres mots de la médiation: il ne s’agit pas uniquement d’être dans la transmission.

Et c’est là que ça se corse car le public est parfois très passif. Il a l’habitude de la conférence savante et aime le prémâché. Il est en weekend et n’a pas envie de se fatiguer à réflechir, c’est trop lui demander. Il a decidé avant de venir que l’art contemporain c’est de la m…. et rien ne pourra le faire changer d’avis. Il a fait la queue 3 heures pour rentrer dans le musée et veut vous le faire payer.

Dans ces cas là, pas grand chose à faire. Un joli sourire, une parade et hop le médiateur tirera sa révérence à Monsieur et Madame Grincheux pour se diriger vers ce groupe d’adolescents qui s’esclaffe là-bas et qui représente un joli défi.

Bon concrètement, ça fait quoi un médiateur?

Il y a plusieurs formes de médiation. Lorsque l’on prend un groupe en charge, il s’agira d’avantage d’une visite type visite guidée traditionnelle mais que l’on essaiera de rendre la plus vivante possible en faisant participer le groupe. On peut aussi parfois être amené à faire des visites moins conventionnelles, notamment pour les enfants. Les médiateurs specialisés jeune public font parfois des visites contées, musicales ou avec des ateliers . Vous l’aurez sans doute compris si vous me suivez depuis un moment: ce sont les moments que je préfere.

Enfin, il y a la « médiation postée ». Et ça c’est peut être le plus difficile. A plusieurs points de vue. Il s’agit pour le médiateur d’être dans une salle pour répondre aux questions des visiteurs et ensuite entamer un dialogue avec eux. Et ça peut vite devenir l’enfer.

Pourquoi? Dejà parce que le public ne vous identifie pas. Si certains lieux proposent des tenues spécifiques, d’autres donnent des uniformes casi semblables à ceux des agents de sureté ou agents d’accueil, ou alors pas de tenue du tout mais un simple badge. Donc au lieu de parler de la relation de PIcasso avec Dora Maar vous vous retrouvez à indiquer les toilettes ou à expliquer gentiment que non votre fonction n’est pas de réparer l’audio guide puisque c’est vous le guide.

Et si on nous identifie quand même? Et bien cette personne est un médiateur, oui mais c’est quoi un médiateur? On en revient à notre point de départ. Le grand public ne connait pas notre métier et vient presque s’excuser de nous poser une question quand il en a une. Alors vous restez l´âme en peine dans la salle, à regarder les gens qui lisent les cartels, écoutent l’application sur leur smartphone, lisent la brochure, jouent sur les ipad prêtés parfois et vous vous dites que la concurrence de tous ces outils est bien déloyale. Que faire?

On s’arme d’énergie. On y va. On fait du « raccolage » . Et comme dans tous les métiers où vous êtes au contact des autres ça prend ou ça ne prend pas. Et quand ça prend c’est juste magique!

Vous venez d’avoir un très bel échange. Vous êtes heureux. Vous avez accompli votre mission.

Et là en une sule et unique réplique, votre interloccuteur vient vous casser le moral.  » Et sinon, vous faites quoi comme ėtude?  » Tu as tres envie de lui repondre :  » Mais ca fait 20 minutes que je te parle d’une oeuvre, ne crois tu pas qu´il faut de sacrés bagages pour faire ça. »

Non! médiateur culturel ce n’est pas un job d’étudiant mais un vrai métier! Je ne sais pas pourquoi mais le public ne nous pose cette question que lorsque l’on est en médiation postée et jamais en visite. La qualité de nos interventions elle pourtant ne diminue pas.

Mais la méprise est facile, et les hauts lieux culturels sont les premiers à en jouer. Plutôt que de rémunérer à juste titre des personnes diplômées, ils préfèreront souvent faire appel à des stagiaires ou pire faire des offres de service civique. Stagiaire, c’est bien comme cela que j’ai commencé pour plusieurs grands lieux parisiens et événements. Làchėe sur le terrain dès le premier jour bien souvent je n’appelerai pas vraiment cela des formations. Puis vacataire pour finir mes etudes. Aujourd’hui j’ai un double diplôme (d’arts plastiques et d’art thérapeute) mais cela me plait beaucoup de voir la multiplicité des parcours de mes collègues, ce qui montre toute la richesse de ce métier. Il a fallu ce battre pour avoir un poste fixe. J’ai multiplié les vaccations et CDD payés au lance pierre mais ça n’a pas entamé ma motivation.

Aujourd’hui la situation est loin d’être idyllique, je suis aphone d’avoir enchainé trop de prises de paroles, mais jambes sont meurtries d’etre restée certains jours 10h en salle, parfois jusqu´à très tard. Mais lorsqu’une petite fille vient m’apporter un bouquet de fleurs fraichement cueillies ou que je trouve dans un livre d’or un gentil mot ou un dessin pour me remercier , la tout revient, je sais pourquoi je fais ce métier. J’ai gagné ma journée.

Alors si dans une salle de musée vous voyez un médiateur un peu chancelant sur ses jambes, le regard un peu triste. Allez le voir. Demandez lui de vous parler un peu d’une oeuvre. Même si il s’agit d’un artiste que vous connaissez deja un peu. Vous risqueriez d’être surpris, et lui sera ravi d’échanger avec vous. Tous les jours nous nourissons aussi notre regard et notre discours de ces temps partagés avec vous amis visiteurs.

Fleurs cueillies par un enfant

CERNUSCHI MUSEUM, PARIS, FRANCE

Flâner au musée Cernuschi

Avec les beaux jours, les salles des musées se vident. C’est le moment parfait pour découvrir ou redécouvrir de petits joyaux cachés dans Paris.

Le musée est l’ancien hôtel particulier de son donateur Henri Cernuschi, financier amateur de voyages. Le contraste entre les collections asiatiques réunissant principalement des bronzes chinois, japonnais et coréen, et le lieu à l’architecture très parisienne est saisissant et offre un dépaysement complet. La salle notamment qui abrite un budha provenant d’un temple de Tokyo est particulièrement spectaculaire car inattendue. Le bronze japonais domine le visiteur de toute stature et impose calme et sérenité.

Photographie vietnam

En ce moment c’est au Vietnam où nous emmène le musée Cernuschi pour une visite en noir et blanc. Sont présentées des photographies de l’école française d’extrême orient. On y trouve alors des témoignages des fouilles archéologiques mais également une approche documentaire pour saisir les traditions et les rites vietnamiens. La première partie de l’exposition est ainsi plus accès sur l’architecture et la restauration de bâtiments (pagodes et maisons communales).

Le deuxième temps est plus axées sur les savoirs faires traditionnels de la pêche à la calligraphie en passant par les rites religieux.

A noter également quelques aquarelles pour l’aspect carnet de voyage (qui esthétiquement ne m’ont d’ailleurs pas du tout convaincue car pas du tout dans la fluidité de la matière) et des estampes. C’est cet aspect plus colonial de l’exposition qui m’a le moins plus , cependant on ne peut nier cette histoire là non plus.

Photographie vietnam musée cernuschi paris
Et après la visite, si le soleil brille encore, un petit tour au parc Monceau terminera l’après midi en beauté!

Clos arsène lupin maison maurice leblanc

Visite de la demeure du plus grand des voleurs

Les vacances de la Toussaint permettent parfois de prendre le temps de visiter des endroits devant lesquels nous sommes souvent passés sans les voir ou sans prendre le temps de s’arrêter. N’ayant jamais été une grande amatrice d’enquête policière, je dois bien l’avouer je ne connaissais rien ou presque de ce roi des voleurs normand. Rien ou presque. Il y avait tout de même eu ce film avec Romain Duris où j’avais particulièrement apprécié le nouveau regard donné à ces paysages fabuleux (dont bien sur la fameuse aiguille d’Etretat) et en particulier l’intrigue mené sur la route des Abbayes où je suis née.

C’est donc, sans véritable idée de ce qui m’attendait que j’ai visité par temps maussade Le clos Lupin, la maison de Maurice Leblanc à Etretat (Etretat sans la pluie ce n’est plus Etretat me souffle à l’oreille quelqu’un que je connais bien). C’est la petite fille de Maurice Leblanc, Florence, qui a souhaité redonner vie à la demeure qui a insufflé vie aux romans d’Arsène Lupin. J’ai aimé le parti pris un peu fou de la scénographie. Ce n’est pas vraiment une maison musée mais plutôt un circuit qui fait revivre le personnage à travers des objets. Et pour une fois l’audioguide (qu’ordinairement je déteste car il voile le regard avec un surplus d’informations) devient un narrateur qui nous emmène de pièces en pièces sur les traces du trésor des rois de France . Une première rencontre avec Maurice Leblanc en pénétrant dans son cabinet de travail, puis Arsène Lupin prend la relève.

« … je vais vous faire visiter la maison, vous avez de la chance d’être tombés sur moi, vous ne trouverez pas de meilleur guide. Allons-y, suivez-moi, ne vous égarez pas, les couloirs secrets ne manquent pas , et puis… gardez vos mains près de vos poches et de vos sacs, mesdames, on ne sait jamais… »

Arsène Lupin nous raconte ses aventures au travers des trésors qu’il a volé qui s’éclairent tour à tour pour guider le visiteur dans la pièce (collier de la reine, tableau de la Joconde…).

Un chapeau haut de forme posé sur un canapé, des valises dans un vestibule, des compas et des parchemins … Nul doute le gentleman cambioleur n’est pas loin, et il prépare un grand coup! Sept étapes correspondant aux pièces de la maison permettent ainsi de résoudre l’enigme de l’aiguille creuse.

On découvre également une coiffeuse où sont installés de nombreux postiches et moustaches en tout genre permettant au voleur de changer d’identité. Cette entrée dans le personnage donne envie de lire ses aventures et sera parfaite en famille. Les retours que j’ai eu autour de moi, d’enfants et d’adolescents qui y sont allés en famille ou avec leurs classes étaient très positifs.

Mais cette visite du Clos Lupin serait incomplète si on ne poursuivait pas la promenade jusqu’aux célèbres falaises d’Etretat où se trouve la clef du mystère

Mémorial de la marseillaise

Mémorial de la marseillaise

C’est vrai qu’en allant à Marseille ce n’est pas la première chose à laquelle on pense visiter. Pourtant ce tout petit musée est très intéressant et on aurait bien tort de s’en priver… Il est ouvert depuis peu, le 8 mars 2011.

Le mémorial est ancré dans l’histoire de part sa situation géographique, la rue Thubaneau. Une rue riche en histoire puisqu’ au numéro 11 le chant patriotique, écrit par Rouget de Lisle le 25 avril 1792 à Strasbourg, a été chanté pour la première fois à Marseille ; et que le numéro 25 dans l’ancienne salle du Jeu de Paume était le lieu de réunion de la Société des amis de la Constitution de Marseille….

Mémorial de la marseillaise

Que peut-on voir dans ce musée?

J’ai été un peu décontenancée par ce musée! Avec ce thème historique fort je m’attendais à une muséologie très classique avec fond blanc et gravures… Pas du tout! C’est une très bonne surprise. La Salle des Marseillaises permet de prendre connaissance dans un premier temps des facs similés des journaux en rapport avec les événements révolutionnaires qui se sont tenus à Marseille mais surtout d’entendre les différérentes versions de la Marseillaise grâce à des bornes tactiles. La salle des doléances monte d’un cran dans le visuel! Des bustes de personnages sont animés par projections vidéos afin de raconter la période révolutionnaire en Provence (avec par exemple Mirabeau) . Les prouesses techniques servent à merveille la transmission de l’Histoire. Enfin le clou de la visite, la salle du jeu de paume avec son mur classé, ses projections à 360°, son sol pavé qui vous plongent au plein coeur de la Révolution française! Une vraie machine à remonter le temps.

Aux armes citoyens livre enfant

Si vous êtes dans le coin avec des enfants (à partir de la primaire surtout) je vous conseille vraiment ce petit musée. Tout a été pensé pour captiver les enfants de part l’interractivité des vidéos et projections mises en place mais aussi grâce à un petit carnet de citoyen offert avec la visite, pleins d’enigmes (mots mystères, rébus, observation..) à résoudre pour les pousser à être attentif et leur faire comprendre de quoi il est question. Tout pour passer un bon moment ludique et éducatif en famille. Ils pourront aller plus loin par la suite avec Aux armes, citoyens! de La Petite Boîte Edition, un petit magazine très bien conçu que je vous recommande.

Et pour les grands c’est une bonne piqure de rappel historique qui ne fait pas de mal!

La marseillaise tableau

Pour la petite anecdote pendant la visite…

Avec le mauvais temps ou par réaction aux propos controversés d’une certaine Eva Joly ou encore comme pied de nez à l’ambiance politique maussade dans son ensemble… quelques visiteurs ont décidé de retrouver leurs racines et d’en savoir un peu plus sur l’hymne national français: ils ont frappés à la bonne porte. Les caméras d’e-télé aussi… Je me suis toujours demandée comment les gens étaient choisis pour les interview… un grand concours de circonstances et me voilà dans le flash info d’e-télé moi qui croyait avoir été interrogée pour le fond du musée (multimédia ce qui aurait expliqué la caméra)….

Un autre plus , si vous êtes en visite à Marseille sachez que tous les musées et églises sont fermés le lundi… Mais pas Le mémorial de la Marseillaise qui reste ouvert pendant les vacances 7/7.

Si avec tout ça je ne vous ai pas convaincu…