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Scoops sur le blog! Coup de coeur musique

Il y a des airs qui dès les premières notes vous font oublier tout autour de vous, vous transportent d’émotions, vous font voyager. Un soir de mai dernier, sur la péniche Anako, je suis laissée emporter par le trio Scoops aux notes irlandaises mais pas que. Je les avais déjà vu en concert, et chaque fois la magie opère. Les petits tracas du quotidien s’envolent. Je ne suis plus à Paris mais dans un pub joyeux où parfois un brin de mélancolie me rend rêveuse. J’ai le plaisir aujourd’hui d’accueillir David Doucerain sur le blog pour nous parler un peu de ce groupe à la complicité évidente.

 

Bonjour David,

Ravie de te retrouver pour cette interview. J’ai eu la chance de te voir jouer à plusieurs reprises et avec des groupes différents: Scoops bien sûr, mais aussi avec Nord Est ou encore pour Rockaway au profit de l’association Ela. Peux-tu te présenter un peu aux lecteurs du blog?

Salut Sophie! Je suis donc musicien professionnel principalement guitariste mais également bassiste et contrebassiste. J’ai effectivement plusieurs projets, très différents d’un point de vue stylistique, et c’est ça que j’aime : passer d’un style à l’autre. J’accompagne aussi quelques chanteurs/euses de chanson.
Ma formation est principalement jazz, mais je me suis toujours intéressé et j’ai toujours écouté beaucoup de choses très différentes. Et les quelques projets que tu as évoqué représentent bien cet éclectisme qui forme mon parcours professionnel.

Aujourd’hui, c’est de Scoops dont on va parler. C’est un vrai bonheur chaque fois pour moi de vous écouter sur scène. Comment s’est faite la rencontre avec les deux autres musiciens? Parle moi d’eux.

Merci pour ton mot ! J’ai d’abord rencontré Baptiste Rivaud, le flûtiste, lors d’un concert dans une école de musique où j’enseigne. Je jouais à l’époque avec une violoniste qui souhaitait monter un groupe de musique à inspiration celtique, nous avons travaillé ensemble sur ce projet. Puis, il a souhaité développer une autre formation de musique irlandaise et m’a proposé qu’on le fasse ensemble. Je lui ai alors, à l’époque, répondu que je ne jouais pas cette musique, et il m’a répondu que c’était ce qui l’intéressait justement : mélanger nos influences!
Il m’a ensuite présenté Nicolas Dupin, le joueur de bodhran (tambour irlandais), et nous avons rapidement commencé à travailler sur notre répertoire.

J’aime beaucoup la complicité qui vous unit chez Scoops. Il semblerait que vous ayez aussi des personnalités bien différentes…

C’est vrai. Nous sommes de vrais amis, et je pense que cela se ressent. Nous prenons beaucoup de plaisir à jouer ensemble et nos trois personnalités assez différentes et complémentaires créent une complicité et une alchimie qui, je pense, se ressentent sur scène.

Comment choisissez vous les morceaux ? Avez-vous vos propres compositions?

Notre répertoire est composé de morceaux traditionnels irlandais, de standards de jazz et de nos compositions à influence irlandaise et jazz. C’est ce qui nous anime dans ce trio, mélanger des styles et les faire cohabiter. Pour ce qui est des traditionnels irlandais ou des standards de jazz, nous choisissons ceux qui nous plaisent, qui nous ont marqué dans nos parcours de musiciens.

Quand on y connaît rien en musique Irlandaise, comme moi, que faut-il savoir? Des pistes à donner pour un néophyte?

Le répertoire de cette musique est composé de morceaux qui, à l’origine, sont des danses (jigs, reels, polkas…). On y trouve également des chansons, mais pas dans notre trio. C’est une musique traditionnelle très “active” (il y a beaucoup de groupes actuels évoluant dans ce style et qui connaissent un grand succès), et universelle. Beaucoup d’irlandais ayant immigré au cours des années, on la retrouve dans plusieurs pays. On peut l’entendre très souvent jouée dans des pubs lors de ce qu’on appelle des “sessions” (jams).

Je me souviens très bien de la sensation que j’ai eu la première fois que je vous ai écouté. C’était dans une petite salle voûtée, il y a quelques années. J’étais fascinée par le trio d’instruments. L’harmonie. Peux-tu me présenter un peu vos instruments d’ailleurs? Est ce que ce trio est typiquement irlandais, a été construit par votre rencontre ?

Notre trio est composé de la guitare, instrument qui va gérer l’accompagnement rythmique et harmonique, le bodhran qui est le tambour typique de la musique irlandaise, qui lui a evidemment un rôle rythmique mais également un peu mélodique, et la flûte traversière irlandaise en bois, qui joue les mélodies, les thèmes. Ce sont des instruments que l’on retrouve très souvent dans cette musique. On trouve souvent plusieurs instruments mélodiques au sein d’un même groupe, ainsi que, pourquoi pas de la contrebasse. Notre envie a été la recherche d’un aspect “brut” à savoir un seul instrument mélodique, un seul instrument harmonique, et un seul instrument de percussion. Ceci afin de profiter de chacun de ceux-ci.
Mais nous aimons beaucoup quand nous nous retrouvons parfois plus nombreux sur scène lors de certains concerts comme ça va être le cas la semaine prochaine au théâtre de l’Essaïon (Paris).

Je ne sais pas pourquoi, moi quand je pensais musique irlandaise, je pensais plutôt violon. Pourtant en vous entendant, je voyage là-bas plus vite qu’en avion…

Effectivement, le violon est un des instruments mélodiques traditionnels de cette musique et très présent dans ce style. Mais la flûte l’est également.
Et c’est en fait surtout la façon de jouer les mélodies, les ryhtmes qui va donner la “couleur” irlandaise, et du coup le voyage !

J’ai assisté une fois à une rencontre de musiciens passionnés, dont vous, dans un pub. J’ai adoré cette ambiance, et je retrouve cette chaleur quand vous êtes sur scène….

C’est une musique qui est beaucoup jouée dans les pubs en Irlande et aussi en France.
Plusieurs musiciens se retrouvent, à l’initiative de un ou deux qui vont organiser ce qu’on appelle une “session”. On s’installe autour d’une table et chacun leur tour les mélodistes proposent des airs que tout le monde va jouer.
Avec Scoops, nous organisons des sessions régulièrement au Corcoran’s du Sacré-Coeur, ça peut être l’occasion de découvrir le principe !

Vous allez bientôt jouer à l’Essaïon…

Oui. Nous jouons au théâtre de l’Essaïon à Paris 4e, les 17,18 et 19 novembre prochains à 19h45.
Cela fera la 3e fois que nous jouerons dans ce théâtre. Nous avons intitulé ces 3 soirs “SCOOPS AND FRIENDS” car nous inviterons tous les soirs des amis musiciens à venir partager la scène avec nous. (violon, violoncelle, accordéon, chant, cornemuse irlandaise…)
C’était pour nous l’occasion de se re-produire à Paris, après la sortie du 2e album “Rockarolan”, que nous avions présenté au Studio de l’Ermitage (Paris 20e), et après notre tournée d’été (Festival Interceltique de Lorient entre autres). Cet album, ainsi que le premier seront disponibles à la vente lors de ces concerts. Mais on peut également les acheter sur internet.

 

Merci beaucoup David pour cette initiation à la musique irlandaise. Je peut dire que c’est vraiment ton groupe qui me l’a fait découvrir car pour moi cela se résumait à des musiques de films ou les Corrs!

Aujourd’hui plus que jamais en ce 13 novembre qui nous évoque des souvenirs si douloureux à Paris,  je suis heureuse de soutenir les artistes qui jouent sur scène. Qui ont le courage de continuer pour défendre leur art, la liberté de l’exercer dans le plaisir du partage. Je ne peux donc que vous inviter à prendre vos places pour aller voir Scoops en concert.

Petit bonus, le groupe a la gentillesse de proposer aux lecteurs du blog de profiter des tarifs réduits pour l’essaïon (10€) en réservant auprès du théatre avec le mot de passe « ROCKAROLAN » (01 42 78 46 42)

 

Bon concert! 

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Entretien avec Gilles Clément 3/3

Dernier volet de la saga du weekend, cette belle rencontre avec Gilles Clément. J’en profite pour vous inviter à lire ses écrits qui donnent à penser le jardin, le paysage et finalement le monde dans sa globalité. 

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Si on vous propose un nouveau jardin de musée…

Je serais partant. Ce serait forcément un autre musée, donc un autre sujet avec une question culturelle forte. Du coup cela obligerait à revisiter le jardin, au sens où ce n’est pas un jardin décor mais un jardin qui participe à cette question culturelle. Ça c’est intéressant. Je le referai volontiers.

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Colloques, articles, publications… Le jardin est partout. Le jardin semble un phénomène de société. Est-il inconcevable aujourd’hui de créer un musée sans jardin ?
Si c’est une architecture, une création complète, la plupart du temps il y aura un jardin. Si c’est la réhabilitation d’un bâtiment ce n’est pas toujours le cas. Il y a les deux cas de figures. Il est vrai que la plupart du temps, quand quelque chose se crée complètement, il y a un jardin. Je l’explique par un phénomène qui se renforce peut être aujourd’hui et qui vient des années 1980, où on a commencé à dire qu’il faudrait agrémenter tout espace public d’espaces verts ayant une âme. Pour cela il faudrait un paysagiste. C’est une demande qui n’existait pas auparavant qui s’est systématisée. Aujourd’hui dans toutes les équipes d’appel d’offre d’un bâtiment, il est rare qu’il n’y ait pas aussi un paysagiste. De plus il y a la mode, qui n’est pas une mode mais une inquiétude sur les questions du vivant, la pollution, la gestion des déchets, de l’énergie, qui donne à des métiers comme le nôtre un rôle autre que celui que l’on avait autrefois. Le jardinier aujourd’hui est, bien sûr, celui qui règle l’espace, qui a donc une fonction sur l’esthétique. Il est celui qui produit, des fruits, des fleurs, des légumes. Il est maintenant celui qui protège et la diversité en péril. Ce rôle là est nouveau mais c’est une belle fonction. C’est pourquoi on est attentif aux discours que l’on tient sur ces questions là.

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Vous parlez de préservation… Le musée est un lieu de préservation des œuvres, des objets, des histoires…

On cherche à préserver la culture ou la mémoire mais cela touche des objets et des histoires passées, dans un monde réifié qui ne se transforme pas. Si on l’abandonne, tout peut partir en poussière. Tandis qu’un jardin ce n’est pas la préservation de l’image, dont il est question désormais, mais du mécanisme de la transformation, de la préservation de la vie. C’est la vie qui est menacée. Entrer dans la compréhension des mécanismes permettant la vie est une dimension qu’il est plus difficile à intégrer pour les paysagistes, qui sont souvent davantage plasticiens ou architectes.

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Votre place est à part : vous concevez d’un point de vue philosophique, plastique, tout en ayant les mains dans la terre. Alors quel est le point de départ d’un jardin ?

C’est très variable. Les sources sont toutes différentes les unes des autres. C’est pourquoi les jardins que je fais sont tous différents aussi. Il y a tout de même une question qui est dominante à chaque fois. A Blois la question était historique, pour le parc Citroën il s’agissait d’un manifeste. Mais je me définis avant tout comme jardinier. Le jardinier est celui qui travaille le plus avec la vie, plus que l’architecte ou le paysagiste.

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Vos sources sont très variables. Elles peuvent être historiques ou ethnologiques. On retrouve dans votre livre le Jardin en mouvement, sur le parc Citroën, le parrain du musée Branly Levis Strauss comme référence. En quoi La Pensée sauvage a-t-elle influencée votre cheminement philosophique ?

Levis Strauss a écouté ces peuples. Il n’en a pas fait une critique à l’Occidentale. Je ne sais pas quel a été son avis réel sur le musée. Je ne sais pas ce qu’il a pensé des objets que l’on mettait sous boites, mais lui, il les a vu fonctionner. Ça m’a touché. Les livres qu’il a écris, ou ceux de Philippe Descola dans la même suite, sont passionnants. Il y a une humilité chez ces gens-là et un désir de comprendre les autres qui est respectable et nous apprend beaucoup. A l’inverse de ceux qui créaient des safaris avec les aborigènes d’Australie, d’autres se sont tournés vers la cosmogonie. Je suis intimement convaincu que la façon que l’on a de concevoir le monde a une répercussion immédiate sur la façon dont on s’en occupe. La création du monde selon notre cosmogonie a quelque chose à voir sur notre jardinage. Voilà pourquoi ces gens m’intéressent et que je respecte beaucoup leurs travaux.

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Le jardin est un microcosme…
Oui il l’est toujours. Et s’il change de forme au cours des siècles, c’est que la vision du monde change.

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Entretien avec Gilles Clément (2/3)

Suite de la rencontre entamée hier avec Gilles Clément. Aujourd’hui on aborde la vie et l’histoire des jardins mais aussi la place de la scénographie ou encore la médiation culturelle…

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On est loin du jardin à la française paré de topiaires…

Et pourtant, cela m’est arrivé d’avoir recours au formel sans réaliser pour autant des jardins strictement classiques aux tracés du XVIIIe. Ainsi pour l’abbaye de Valloires j’ai dessiné quelque chose d’assez rigoureux avec un système de carré comme point de départ. Cela s’en va vers un autre esprit sur les côtés. Mais dans l’axe, pour être en accord harmonieux avec l’esprit de la façade, j’ai créé quelque chose qui se référait un peu à ce langage tout en étant contemporain. Pour le château de B… il y a des systèmes taillés. Les haies renvoient à une tapisserie. Si la réalisation est contemporaine, l’idée est une idée ancienne. Donc tout dépend du sujet que j’ai à traiter.

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Si le peintre part d’une page blanche, le jardinier a comme point de départ un sol pourvu d’histoires. Pourrait-on dire d’une certaine façon que votre jardin est un palimpseste auquel vous ajoutez une écriture ?

De toutes les façons c’est un palimpseste. On aurait tord de ne pas le reconnaitre et de ne pas respecter les différentes couches. Car il y a finalement des choses à en dire historiquement. Mais nous faisons des choses pour l’espace publique. Cela suppose que nous devons tenir compte des gens qui vivent dans ces espaces. On doit, même si l’on fait des propositions,penser à eux. Nous sommes en accord avec notre temps. Nous sommes obligés de rester en conformité avec l’idée qu’ils auraient de la manière de ce tenir dans l’espace. Nous ne sommes plus au début du XXe où les femmes allaient au bord de la mer en se baignant habillées.

C’est pareil pour un jardin. On ne se comporte plus dans un jardin comme autrefois. Il n’y a plus d’ombrelles. Aujourd’hui il y a des gens qui jouent au ballon, des joggers. Ces coureurs présents dans tous les parcs créent des chemins. Ils impriment une trame qui n’était pas forcément prévue au départ. Cela m’amuse beaucoup. Je trouve ça étonnant de courir dans un jardin. C’est décalé. Ils ne le voient pas ce jardin puisqu’ils courent. Il n’y a plus les jeux qui existaient auparavant comme le croquet. On ne joue plus au croquet sur les pelouses. On pratique d’autres jeux. On crée d’autres usages du jardin. Forcément, notre proposition formelle en tiendra compte.
Dans un jardin comme celui du Musée Branly, c’est très différent. Les gens ne viendront pas pour jouer.

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Pourtant il y a déjà un autre usage de votre jardin. On y voit des enfants qui après l’école jouent à trap-trap, cache-cache derrière les arbres, ou imaginent des chasses au trésor où les indices seraient les cabochons de verre des chemins.

Tant mieux. Cela est très bien. Mais les enfants trouvent toujours. C’est très intéressant de voir les différents usages et appropriations d’un jardin. Cela me plait que les enfants jouent et soient heureux dans un jardin. Il y a quelque chose qui se libère si les gens y prennent du plaisir.

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Même les gens qui travaillent au musée aiment y aller pendant leur pause…
Cette vie dans le jardin me plaît. Il n’y a qu’une chose qui me chagrine : ce sont les chemins rouges. Une fois que tout à été dessiné, conçu techniquement, chiffré, on m’a annoncé que pour des raisons d’excellence en matière de handicap on allait créer un chemin pour les non-voyants. Il aurait fallu me le dire à l’avance. J’aurai intégré cette donnée, cette contrainte. Ils n’ont pas tenu compte de mon avis et l’ont réalisé. Ce choix est discutable. Pourquoi intégrer ces chemins particuliers pour les non-voyants qui se débrouillent très bien sans avec les allées en béton. Cela à d’ailleurs créé des accidents chez les voyants qui ne regardant pas leurs pieds ont eu des entorses. Se rendant compte de l’erreur, ils ont rebouché avec cet enduit rouge, pour des non-voyants qui ne distinguent pas les couleurs. C’est scandaleux. C’est honteux pour nous qui sommes responsables de l’esthétique.

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C’est étonnant qu’ils ne vous consultent pas…

Ils m’ont consulté mais n’ont pas tenu compte de mon avis.

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Et que pensez-vous de la façon dont le musée intervient dans le jardin au niveau de la médiation ?
Je ne suis pas assez au courant. Mais il y a des choses que j’ai trouvées très discutables. Tarzan par exemple. C’est grave car cela peut être du premier degré, de la pure démagogie.

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Et en ce qui concerne le programme des ateliers, êtes vous mis à contribution pour leur choix ?

Non. Mais je trouve ça très bien qu’il y ait des ateliers. La pédagogie pour toutes ces questions est très importante.
Je suis allé récemment au musée voir l’exposition de Philippe Descola, La fabrique des images. Je l’ai trouvée bien conçue, très didactique. Et pourtant je me suis enfui à toute vitesse. J’y suis assez malheureux. Je n’aime pas les musées en général. Pas à cause de l’espace mais parce qu’on nous y montre des choses qui sortent de la vie de ces choses. Ce n’est pas comme une œuvre occidentale fournie par un système occidental exposée en occident.
On est donc dans une vision occidentale de l’ « autre » qui rentre en contradiction avec votre conception même du jardin. Il y a une sorte de détournement de votre propos lorsque celui-ci devient la demeure de Tarzan… Alors je m’interroge.
Ce regard de l’occident omniprésent est une autre façon de coloniser. Vous avez la réponse en ce qui me concerne. Je ne suis ni averti, ni consulté. Je ne suis pas d’accord avec ça. Mais j’ai eu la chance de faire ce jardin quand même. Il est étrange et un peu décalé.

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Gilles Clément, n’avez pas voulu utiliser les codes. Quand au musée il jongle avec eux en essayant de ne pas renier l’histoire, l’histoire de la colonisation notamment. On retrouve alors le concept de métissage. Peut-on retrouver cette notion dans votre jardin ?

Oui, car ce jardin là est un lieu de rencontre, un théâtre du brassage planétaire. Métissage avec des hybrides naturels ou artificiels, métissage qui peut être simplement dans la juxtaposition, un métissage paysager, c’est-à-dire des plantes d’origines différentes qui se côtoient. Mais ce sont des plantes qui s’adaptent très bien à ce climat, sinon on ne les aurait pas installées. On peut parler de métissage. Mais il ne fallait pas que, faisant ce choix, qui est un choix d’exotiques, l’on est le sentiment de quelque chose qui soit une collection d’exotiques comme on faisait autrefois en mettant des plantes d’origines différentes côte à côte pour attirer les foules. Avant tout je voulais faire un paysage. Il fallait trouver des unités paysagères.

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En parlant d’exotisme, les cabochons de verre rappellent l’époque maniériste, les cabinets de curiosités, les coquillages incrustés sur les grottes ornementales des jardins. Est-ce une référence clin d’œil ?

Cela participe de la possibilité de communiquer dans le jardin. Il n’y a pas de grotte mais tout ce vocabulaire est à notre disposition: l’eau est là, stagnante. Elle n’apparaît absolument pas comme la performance de l’occident. Au XVIII, à Pékin on copie Versailles. La technique et le pouvoir sur la technique impressionne.

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Finalement, les jets d’eau ont été remplacés par l’installation de Yann Kersalé…

Yann voulait quelque chose qui se rapproche des graminées. Il avait fait des joncs magnifiques qui ont été refusés par la commission de sécurité par peur de dégradation par les visiteurs. Pour revenir au cabinet de curiosités, cette idée n’est pas saugrenue, même si les cabochons ont, avant tout, été conçus comme un jeu de piste pour les enfants et la question animique. Les artisans qui les ont réalisés ont un atelier dans une grange qui ressemble vraiment à un cabinet de curiosité puisqu’ils mettent tout sous inclusion. On peut aussi bien y trouver un corps humain, des os, un crâne, une chèvre, une échelle, des tiroirs remplis d’insectes, que des coquillages.

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Pour revenir à la façade en verre, elle confère à la forme du jardin une dimension de serre. Ce jardin est-il un espace d’expérimentation ?
Oui. On pourrait le rapprocher de la fondation Cartier où l’on retrouve une palissade en verre. Ça joue par rapport aux hybrides. Ça ne joue pas techniquement le rôle de serre car le soleil ne vient pas par là, il n’y a pas de chauffage venant à travers le vitrage, mais cela peut donner ce sentiment. Et en effet lorsqu’on arrive par ce côté on a l’impression de rentrer dans un univers de serre.


Cette impression de serre pourrait nuire au propos du jardin si on le mêle à des opérations de communication en y implantant des igloos, des tentes, des patinoires… Les critiques évoquent les parcs d’attractions, Disneyland et autres Center Park…

Le problème est le même qu’au parc Citroën avec le ballon. C’est au détriment de l’âme du parc même si c’est amusant de prendre une photo depuis là-haut. C’est une attraction. Elle ne devait durer que trois mois… J’aurai voulu des ânes au milieu de la pelouse. A Lyon j’ai mis des moutons qui remplacent pour la pelouse la tondeuse à gazon. C’est plus intéressant qu’une montgolfière à perpétuité. C’est cette civilisation là, l’évolution de la société qui a transformé tous les espaces de rêve en espace marchand.

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La part du rêve dans le jardin s’amenuise…

A partir du moment où l’on ne vous donne que des choses à consommer vous n’avez plus accès au rêve. C’est la « non culture ». L’artiste met à disposition de la civilisation son regard mais il ne met pas dans l’obligation de consommer quelque chose. Ce n’est pas pareil

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Et l’idée de friche est-elle toujours présente au Musée Branly ?

Non parce qu’il y a une gestion. C’est un jardin. Il y a un emprunt de paysage plutôt qu’une friche. Par contre ce terrain là est un climax, c’est-à-dire un optimum de végétation avec les caractéristiques d’une friche arrivée à maturité. On peut voir les choses dans ce sens. De toute façon il y a quelque chose d’un paysage un peu libre, que la nature aurait pu créer. Mais la vraie friche c’est autre chose !

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Gilles Clément, vous aviez dit que vous ne pourriez pas parler du jardin avant quelques années, le temps que les plants prennent. Maintenant a-t-on assez de recul ?
On peut aujourd’hui faire l’inauguration du jardin. On pouvait faire celle du musée tout de suite puisqu’il était fini. Le jardin lui commençait. On peut estimer qu’il est regardable en tant que jardin au bout de cinq ans. A cinq ans il y a une petite maturité, les plantes se sont installées, les arbres vont commencer à se déployer. Le voyage a été un traumatisme pour eux. Tout cela prend du temps.
Quand je suis retourné dans le jardin j’y est découvert une espèce de tombe, « ici git Gilles Clément » ou presque.
Cette plaque a été mise en avant par EDF, pour vanter les qualités écologiques de cette société…
On est toujours récupéré. C’est une de mes luttes constantes, surtout depuis 2007. C’est pour cela que j’ai refusé de faire partie du Grenelle de l’environnement, de discuter avec le ministre de l’écologie, ou des projets provenant des fonds gouvernementaux.

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Pourtant un musée au départ a une vocation citoyenne. Inclure un jardin dans un musée n’est donc pas anodin, aurait-il donc une mission citoyenne à part entière ?
Bien sûr. C’est une mise en équilibre de l’individu. Il y a toute l’importance du délaissé. Dans un jardin, s’il est sans règle, les gens font ce qu’ils y souhaitent : un pique nique, des fêtes, de la botanique. Le jardin est un espace de liberté.

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Cette dimension prend sans doute toute son ampleur dans le jardin nocturne…

Avec Yann Kersalé, nous étions d’accord sur le principe de ne pas tout éclairer. Sinon il n’y a plus de profondeur, de mystère. Il était question, ce qu’on ne souhaitait pas du tout, de mettre de grands projecteurs le long de la paroi vitrée. Nous avions dit qu’il s’agissait plutôt d’une scénographie lumineuse qui n’était pas forcément fonctionnelle.

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Par cette installation on découvre alors un nouvel espace où les notions d’animisme et de sacré ressurgissent…
C’est toujours un peu plus trouble et émouvant. En même temps je préférerais que la nuit soit éclairée par des lucioles. Dans les pays tropicaux on en voit parfois des vols entiers. A ce moment là on est avec les animaux de la nuit. C’est dommage que notre vision nocturne ne nous permette pas de voir toute la vie qu’il peut y avoir. Car les éclairages que l’on impose chassent les animaux.

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Quant aux animaux qui sont arrivés au musée…
Je les ai photographiés. J’ai même vu un canard blanc une fois, une sorte de bébé albinos. Cela veut dire qu’ils peuvent vivre là. C’est une bonne chose dans un univers qui n’est pas si facile, confiné, un peu pollué.

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A demain pour la dernière partie de l’entretien…

 

 

 

 

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Entretien avec Gilles Clément (1/3)

J’ai longtemps gardé dans un tiroir cet entretien avec Gilles Clément réalisé pour mon mémoire de fin d’études qui portait sur le jardin du musée du quai Branly. Cette rencontre en 2010 m’a beaucoup marquée. J’étais déjà extremement touchée qu’il accepte de discuter alors qu’il est pris par de nombreux projets et activités. J’ai passé trois heures passionnantes à boire ses paroles au sein de son atelier remplis de plans éparpillés. Je partage ce weekend ce moment avec vous en trois épisodes. C’est parti pour les coulisses du projet du jardin du musée du quai Branly. 

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Savoir que le projet du musée s’est axé, dès le point de départ, avec celui de la conception d’un jardin, m’intrigue beaucoup…

Cela c’est passé de la façon suivante : c’est un lieu où il y avait déjà des tas de projets, des projets qui se sont révélés infructueux. Sur ce terrain d’autres paysagistes ont travaillé sur des projets qui n’ont pas vu le jour. Je ne m’étais jamais inscrit sur les concours qui concernaient cet endroit là jusqu’au jour où ça a été ce projet. C’est inscrit alors Jean Nouvel qui a tout de suite fait appel à moi. Nous avons un éditeur commun : Le premier livre que j’ai publié il y a très longtemps, Le jardin en mouvement, est fait par Tonka, le bras droit de Jean Nouvel. Ils travaillent ensemble depuis très longtemps. J’ai donc eu souvent l’occasion de rencontrer Jean. On est assez éloigné sur certaines choses et en même temps on communique très bien. Nous avons des points communs, des visions, des accords.

Un jour, il m’invite. Il avait envie, lui, de créer de la place pour le jardin. Le jardin était prévu par le commanditaire au départ : c’était un jardin de 4000 m². Et nous avons proposés un jardin de 18 000m², donc beaucoup plus grand. Ce qui a été acrobatique, parce qu’il fallait soulever le bâtiment, faire passer un grand élément de communication entre les deux espaces. Mais cela a donné tout de suite le caractère de cet endroit. Cela a été un travail assez simple.

Au départ, il fallait que Jean trouve la façon de tenir l’édifice à partir de deux assises assez largement séparées, avec un pilier central au milieu. Je me suis retrouvé au fond avec une géométrie qui m’était donnée par la proposition architecturale. La question était de savoir ce que moi j’allais dire là-dedans. Alors j’ai fait la proposition d’un paysage « non-occidental ». C’était la chose qui pour moi était la plus importante : que l’on ne se réfère pas à l’occident en entrant dans cet espace là, pour la raison que tout ce qui se trouve à l’intérieur du musée ne concerne pas du tout l’occident. Cela concerne des civilisations pour partie animiste. Philippe Descola disait : « Pas toujours animiste ». Mais disons de cet ordre là, de cet univers là. Ce sont des civilisations qui ne sont pas reliées à des souches occidentales, qui sont dominées par les trois grandes religions monothéistes, avec des visions extrêmement différentes. Donc la place de la nature y est importante. Cela a été ma proposition.

J’ai cherché ce qui pouvait être le plus réalisable dans un paysage non occidental dans la couronne tropicale. Presque toujours ces civilisations sont situées par là. Pas toujours, mais presque. Majoritairement. Je me suis dit : « Je ne peux pas reconstituer une forêt vierge, ça ne marchera pas. Un désert australien, ça ne sera pas terrible non plus. Donc je vais faire plutôt une savane arborée car je sais que techniquement je peux la réaliser avec des renvois plastiques à la question de la savane. » Ce sont des espèces ni africaines, ni tropicales. Ce sont des espèces des climats tempérés que j’ai mises à Paris.

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C’est un choix conceptuel important que vous avez fait en choisissant ces espèces. Vous auriez pu choisir des palmiers mal adaptés certes mais porteurs d’un symbole exotique…

Je n’ai pas voulu faire cela. J’avais dit dès le départ que toutes les plantes que j’ai choisies on ne s’en occuperait pas. On a besoin seulement de désherber pour qu’il n’y ait pas trop de plantes qui soient mangées les unes par les autres. Il faudra faire un tout petit peu la police. Mais le climat de Paris est très bien. Il suffit d’un sol correct. Les commanditaires n’ont pas été rassurés. Il y a encore aujourd’hui un terrible goutte à goutte dont je ne voulais pas, que je n’ai pas préconisé.

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L’arrosage automatique pour remplacer les jardiniers…
Je n’en voulais pas de cet arrosage, il n’y en a pas besoin ! Ils n’ont pas voulu engager de jardiniers alors qu’ils ont plein de postes à plein temps. Il n’y a pas de jardinier ! C’est une entreprise qui vient de temps en temps entretenir. Ce n’est tout de même pas comme un jardinier. Un jardinier surveille, voit les choses qui évoluent. Il est là. Le jardin n’est pas considéré comme quelque chose qui justifie un poste. Cela me rend vraiment triste. A la place nous avons des techniciens de surface qui viennent. Mais ils ne font pas la différence entre les plantes qu’il faut garder et celles qu’il faut absolument enlever. Pour eux les fougères Grand Aigle ce sont des fougères. Ils ne connaissent pas les plantes. Et portant la dynamique de la fougère grand aigle n’a rien à voir avec celle des autres fougères. Elle va tout manger ! Ce n’est pas du tout ce que je préconise comme paysage ! Cette plante est arrivée dans le mélange terreux porté par le livreur. Elle est parfaite dans un paysage vaste, où il y a de la place, ici l’espace n’est pas suffisant. Mais tout ceci est technique.
D’un point de vue conceptuel, j’ai tout de même fait cette proposition qui a été acceptée. Après il a fallu aller chercher les plantes en Europe. Et puis il y avait la question du dessin. Le cahier des charges était très contraignant. Nous savions qu’il y aurait beaucoup de monde, que le jardin serait très fréquenté : les sols seraient donc en dur.

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Obstacle que vous avez contourné en y incrustant des résines…
On ne les voit plus beaucoup. Pourtant nous avons fait attention. L’idée était d’avoir des formes assez organiques, plutôt courbes. Profiter des contraintes techniques pour d’inclure dans des cabochons de verre contenant des résines (qui elles ont été rayées) qui renferment soit un insecte, soit un coquillage, soit une fleur, quelque chose d’animal ou végétal qui renvoient au langage animiste. Il y a ici une équivalence. Les animaux et les végétaux sont aussi respectables que nous dans ces civilisations là. Et puis, il y a la tortue qui est une forme récurrente même si on ne la voit pas. Il en manque des parties : un pont et une fontaine. Un pont entre deux terrasses rue de l’université et une fontaine à boire dont les dessins étaient prêts. Cela n’a pas été réalisé. A la fin du chantier il n’y avait plus d’argent.
Chaque fois c’était la forme ovale qui revenait d’une manière ou d’une autre (on le voit avec la forme arrondie de la terrasse, ou dans les boules volcaniques dans le passage par exemple). Evidemment c’est très éloigné de la tortue. Mais on est dans cette référence.

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Pourquoi avoir choisi la tortue ?
Quand j’avais lu les ouvrages sur les arts primitifs, ou premiers, ce que moi j’appelle les « arts sacrés », j’avais retrouvé cette tortue à plusieurs reprises. Hélas, je suis très triste à l’intérieur de ce musée car j’ai beaucoup de mal à voir l’objet hors de sa fonction.
Ceci est-il dû à la mise en avant de la fonction esthétique ?
Moi c’est l’usage qui m’intéresse. Esthétiquement ces objets sont très beaux.

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Alors est-ce le problème du manque d’informations dans les cartels qui les accompagnent ?
Non pas du tout. C’est le fait de faire un musée sur ce sujet. (il rit)
Oui mais là vous étiez prévenu dès le projet de départ…
Bien sûr ! Et je l’ai accepté. Tout cela est très dérangeant. Ce sont des objets qui ont une vie par rapport aux rituels de gens qui vivent aujourd’hui. Ce ne sont pas des civilisations mortes. Quelques unes peut-être, mais très peu. C’est cela qui est dérangeant. Si on prenait toutes les mains de Fatma, tous les Christ en croix, tous les chandeliers à sept branches et que l’on en faisait un musée que l’on appelerait le « musée des arts seconds », qu’est-ce que cela voudrait dire ?

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Il y a peut être aussi une confusion du temps au musée Branly ?

La mise en scène et la facture des objets y contribuent. Ce sont des objets fabriqués avec des moyens très simples et un art très grand : les matériaux ne sont que du bois, des plumes, des éléments végétaux. Donc le visiteur se dit cela doit être très ancien. C’est cela qui pour moi est gênant. Mais c’est un fait. Je l’accepte.

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Un art parallèle se développe également avec des matériaux de récupération, en Afrique notamment. Que pensez-vous du fait que cet art contemporain ne soit pas beaucoup représenté au musée ?
Je pense que l’on passe à côté de la question. On est resté sur l’objet et non pas sur la cosmogonie. On n‘est pas sur la pensée du monde. Ceux qui font avec des objets de l’industrie humaine récupérée (qui sont des déchets pour nous) un objet d’art qui rentre dans le sacré, dans un rituel, ont autant de valeur que ceux qui travaillent avec les éléments de la nature. Ce serait très intéressant de mettre en confrontation ces choses là en montrant que la pensée est la même. Cela correspond aux mêmes pulsions, aux mêmes croyances, aux mêmes superstitions, aux mêmes rituels, ect. Effectivement on ne le voit pas dans le musée.

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Cette confrontation pourrait-elle alors être mise en place dans le jardin ?
Malheureusement non ! J’ai essayé non pas de mettre des objets mais de faire un passage en chandii, qui est une porte sans linteau. On m’a répondu : « Vous n’avez pas le droit parce que cela pourrait rentrer en concurrence avec un principe d’art sacré, d’objets présents dans le musée. La porte en chandii , c’est très balinais. On monte quelque marche et on redescend. La porte c’est la montagne qu’on ouvre en deux. Il n’y a pas de linteau donc on est en communication directe avec les dieux. Cela me paraissait intéressant d’avoir ce genre de système dans un jardin où il y a toujours des histoires de passages, de rétrécissements. Il pouvait donc y en avoir une. Selon eux c’était une émergence qui pouvait prêter à confusion par rapport aux objets montrés dans le musée.

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Les évocations se devaient donc d’être très discrètes…

L’histoire de la tortue, ils n’ont pas aimé du tout. J’ai dû vraiment insister en leur montrant bien qu’elle n’était pas littérale, que de toute façon on ne la voyait pas cette tortue. Nulle part. Elle est évoquée. Mais elle est, pour moi, conceptuellement très importante, parce que je me réfère à ses formes, elle m’aide mais aussi elle a du sens. En lisant des ouvrages j’avais déjà eu ce sentiment, en Asie surtout, j’avais constaté qu’elle avait une importance fondamentale dans ces civilisations là parce qu’elle porte le monde, et dans d’autres civilisations, en Afrique, en Amérique du Sud, chez les Indiens, et j’ai appris récemment en Amérique du Nord, elle a d’autres sortes de significations mais elle est très présente. Elle est d’ailleurs souvent dessinée, ou apparente en objet, elle est là. D’une manière ou d’une autre on la retrouve. Donc cela me paraissait bien de la voir. Mais cela a été compliqué. Ils auraient voulu quelque chose de décoratif. Comme le mur de Patrick Blanc qui est très beau mais n’a pas de signification.

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Doit-on alors considérer le mur végétal séparément du jardin ?
Le projet de Patrick Blanc est arrivé après le mien. J’étais là dès la construction et pourtant je n’ai pas du tout été averti de sa participation. Il a été sollicité indépendamment. Cela ne me gênait pas du tout. Je le connais très bien. C’est un ami. Ce mur est démagogique. C’est un acte de séduction. Cela permettait de montrer quelque chose d’attractif depuis la rue durant toute la durée des travaux.

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Peut-on dire qu’il annonce le jardin puisqu’il précède l’arrivée des visiteurs ?

Pas toujours. Certains entrent par la rue de l’Université.
Disons que l’entrée par le Quai Branly est plus spectaculaire par sa paroi en verre, qui incrustée d’affiches d’exposition joue avec le jardin par un effet de symboles apparaissant en transparence sur la végétation…
La seule chose sur laquelle j’ai pu intervenir avec Jean est sur la paroi de verre en créant l’équivalant d’un lawang. Le lawang est une porte balinaise par où les esprits ne peuvent pas passer. Ceux-ci ne pouvant pas circuler en angle droit ne peuvent franchir ce mur d’entrée. Mais le décor de Patrick est très intéressant en soit. Patrick Blanc est un scientifique qui a apporté une diversité considérable dans le choix des espèces, qui vivent assez bien de cette manière mais avec beaucoup d’artifices.

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Il y a ici un grand contraste entre vos deux manières de travailler, de par le choix des surfaces verticales et horizontales et surtout par l’emploi ou non de l’artifice. Cela vous gêne-t-il ?
Ce n’est pas quelque chose qui me gêne. Cela n’est pas pour moi philosophiquement satisfaisant étant donné la façon dont on évolue dans le monde aujourd’hui. Si on arrivait à tout recycler, si cette énergie était autonome cela irait. Mais on ne peut pas imaginer faire fonctionner nombre de choses de cette façon là qui utilise de l’engrais, pollue. Pour moi, la gestion future du jardin est une meilleure compréhension des mécanismes naturels, de ce que les plantes sont capables de faire elles-mêmes pour pouvoir vivre, y compris dans des conditions très difficiles. Je viens justement d’installer un jardin sur le toit de la base militaire sous marine de Saint Nazaire. C’est un ancien bâtiment construit par les Allemands pendant la guerre. J’ai installé dans ce sol composé de cailloux, de sables, de très peu de terre des plantes capables de vivre sans assistance. Cela me parait plus intéressant d’utiliser l’extraordinaire diversité de variétés qui existe sur la planète pour tous les climats. On trouvera toujours une série floristique intéressante. Pourquoi aller chercher des espèces qui ne seraient pas contentes de vivre là, avec obligation de les mettre sous assistance? Ce qui nous oblige à aller chercher des espèces dans des séries spéciales nous amène à créer des paysages très différents. On peut finalement planter tout banalement partout. On retrouve alors chez tout le monde la même chose : une série de plantes qui poussent correctement dans une bonne terre franche de pépinière. Cela ne m’intéresse pas du tout. Cela confine au médiocre.

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La suite de ce magnifique entretien sans faux semblant demain sur le blog… 

 

 

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©Stéphanie Chéron-Cielecki

Partir en voyage avec Stéphanie Chéron-Cielecki

Quand on parle de voyages, on a tendance à parler de destinations, d’endroits, de lieux, voire de météo. Moi, j’ai envie de vous parler de rencontres. Aimer voyager, c’est prendre le temps de la découverte, s’ouvrir aux autres. C’est comme ça aussi que l’on nourri son art. Stéphanie Chéron-Cielecki l’a bien compris et d’une certaine façon elle renoue avec les artistes du 19e qui partaient faire leur tour d’Italie et revenaient avec de nouvelles couleurs sur leur toile. A chaque étape, j’ai le plaisir de redécouvrir cette artiste voyageuse qui me montre ses aquarelles en parlant avec enthousiasme des endroits où elle pose quelques temps ses valises…

 

Hello Stéphanie! Moi, je te connais mais pourrais tu te présenter aux lecteurs du blog….
Mon nom est Stephanie Chéron. Je suis française  et tiens à souligner mes origines polonaises en y ajoutant Cielecki. Graphiste de formation, je suis passionnée par le voyage et réalise des illustrations exprimant mon expérience à travers le monde.

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Tiens, tant qu’on y est. J’en profite. Dis-moi quelque chose sur toi que je ne sais pas. Quand as-tu débuté la peinture?

Tout a commencé en 2012. En quête de découverte, j’ai souhaité terminer mes études aux Beaux Arts de la Martinique. Depuis ce jour, mon thème porte sur LE premier regard. Ce regard émerveillé lors de mon arrivée dans les caraïbes.

En cette rentrée  scolaire, je me suis retrouvée  pour la première fois, seule au beau milieu d’un environnement qui m’était totalement inconnu. C’etait bouleversant.Curieuse, je me sentais plus vivante et envahie d’émotions par tant de nouveautés : le taux d’humidité  tropical, les quartiers colores de Fort-de-france que je traversais pour rejoindre mon école , les cafards si impressionnants, la riche végétation  des alentours… tout m’étonnais  ! Au fil du temps, mon regard s’habituait à ces sublimes paysages. Je trouvais mes repères et m’adaptais à ce nouveau mode de vie. Très vite, je me suis rendue compte que mon ébahissement se montrait moins intense. Je me hâtais donc de garder trace de mes premiers ressentis à travers les courriers postaux et mails adressés à mes proches. Ainsi, je pouvais revivre ces premiers instants. Je cherchais une solution pour les exprimer autre que par l’écrit. Suite à de nombreuses spéculations, je relevais que ma thématique etait le carnet de voyage.

« Ce qui importe, ce n’est pas d’arriver mais d’aller vers. » citation d’Antoine de Saint Exupéry,1943 est devenu le nom de ce projet.

 

Quelle était  ta première aquarelle ?
Une série  de trois esquisses aquarelles  400×160 mm répondant  à cette interrogation :
« Comment transcrire graphiquement la fragilité et les couleurs des bâtisses de la Ville Capitale ? »

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Pourquoi as-tu fait le choix d’utiliser le médium de l’aquarelle pour ce triptyque  ?
« Place-toi de biais, plisse les yeux et observe cette rue ! ».
J’ai utilise l’aquarelle afin de rendre compte de l’entremêlement des couleurs au cœur de Fort-de-France. J’estimais que ce médium était  bien représentatif de la juxtaposition d’une bâtisse et de sa voisine, la topologie des rues… intrigantes, insalubres et aléatoires.

 

L’aquarelle est elle donc devenue ton unique médium  de prédilection?
Je dessine, peins, utilise le pastel sec, l’acrylique, le collage, la collecte d’objets trouve a l’endroit-meme et bien d’autres.
Nous nous sommes rencontrés en Martinique, que retiens tu de ton expérience là-bas?
Il est bon d’avoir des passions. Cette expérience  m’a permise de découvrir , comment extérioriser  mes ressentis par l’illustration.
Qu’as tu préféré peindre à Madinina?
J’ai peins de nombreux paysages ainsi que des scènes  de vie mais j’ai préféré  représenter  l’architecture de l’ile.

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Tu as la bougeotte. Une nouvelle expérience à Malte après les caraïbes…
Surprise d’utiliser d’autre nuances qu’en Martinique. A Malte, l’ocre a remplacé le vert émeraude ! J’ai davantage travaille autour des structures architecturales de la Valletta et de Mosta. Cette fois-ci, j’étais  fascinée par les habitations abîmées par l’air salin. « Regarde attentivement les façades  des cathédrales , les ecaillements racontent une histoire ! ». En effet, apercevoir les différentes couches de peintures ne m’ont pas laisse indifferente.

 

Tu es en Irlande en ce moment… Quels contrastes d’ailleurs en terme de paysages et de couleurs avec tes précédents voyages. Qu’est ce qui te plaît?
Le gris, les nuances très  varies de vert ainsi que les contrastes bien fort entre couleurs froides et chaudes. La couleurs des montagnes du Connemara varient selon le temps qu’il fait. Après  la pluie, le soleil. Après  le soleil, la pluie. Et entre les deux : brouillard, arc-en-ciel, averses, brume et souvent, du soleil en même  temps qu’une averse. Ce qui projette de jolies ombre sur les montagnes de Leenane. Étant  donne que je peins sur le vif, cela procure du mouvement et des maladresses. Mon nouveau sujet : ombres et lumières . J’étais  de passage en Irlande. Aujourd’hui, cela fait 6 mois que je ne cesse d’admirer cette merveille qu’est le petit village de Leenane et ses deux pubs. J’avoue qu’il ne fait pas toujours bon, il est donc temps de peindre en intérieur  : tu trouveras quelques ambiances chaleureuses de pubs !

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Est-ce que l’on peut parler de carnet de voyage pour tes illustrations ?
Oui, de reportage.
Un peu d’histoire: ce sont les navigateurs qui ont réalisé les premiers carnets de voyage. Ce qui nous a permis par la suite la reconstitution de leurs grandes épopées à travers le monde. Viennent ensuite les artistes, les scientifiques, les écrivains et ethnologues qui en ont fait l’usage. Les plus touchants demeurent les œuvres d’artistes anonymes car ils sont subjectifs. Les carnets de voyage se démodèrent au profit de la photographie. Ils reviennent à présent, plus tendance que jamais…
A moi de trouver un moyen de sortir de ces sentiers battus !! Encore un peu de temps… j’ai ma petite idée.

 

Lorsqu’on peint sur le motif, on doit faire avec les conditions atmosphériques, la lumière…
Comment choisi tu tes sujets? Les endroits que tu peins?

En Irlande : un bon ciré, des bottes et c’est parti ! Je me balade avec mon carnet sous le bras et mon matériel  ne prends pas de place dans mon sac a dos. Je suis mon intuition. Je m’arrête , respire a fond, écoute  la nature ou le plus souvent, du Chopin et peins pour marquer le temps. En tous cas, ma devise : jamais d’après  photo, toujours face au décors!

 

En combien de temps réalises-tu une illustration ?
Comptez 30 minutes pour un format A5, 4h non-stop pour un format A3. J’ai très  envie de me mettre au A2 en ce moment ! La montagne en face de chez moi est tellement immense qu’elle mérite  une telle envergure sur un plus grand support. Si le sujet m’est personnel, j’en accorde beaucoup plus d’importance et je prends temps de transcrire mes émotions sur papier. Patiente et relaxe, je peux peindre 6h non-stop.

Des conseils pour ceux qui auraient envie de débuter mais n’osent pas?
Ne rien jeter, tout préserver ! Revenir dessus si besoin mais savoir  aussi s’arrêter . C’est qui est bien avec l’aquarelle, c’est que ca laisse trace de l’instentanne. Les couches inférieures  laissent visibles les premiers gestes et je trouve cela charmant .

Je crois savoir que tu aimes aussi la photographie… J’avais vu notamment de très beaux portraits…
En ce jour, je travaille l’écriture, la photographie numérique, argentique, l’enregistrement sonore et la vidéo.

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D’ailleurs j’adore la façon dont tu mets en scène tes aquarelles en les prenant en photographie avec en arrière plan le paysage que tu as représenté.
Merci Sophie ! De ce fait, je continue à mêler diverses techniques.

Une prochaine destination?
Une destination bien plus fraîche : Norvège, Écosse  ou Canada.
Or, je vis au jour le jour ! L’Irlande est un pays bien attachant.
Un rêve?
J’envisage l’édition …

Moi aussi j’ai un rêve. Te retrouver un jour quelque part sur la planète, chacune un carnet de croquis à la main. Merci à toi de nous avoir fait voyager sur le blog aujourd’hui. Ton travail est très inspirant. J’aime beaucoup la spontanéité qui s’en dégage à l’heure où beaucoup d’artistes intellectualisent énormément leurs créations. C’est extrêmement vivifiant! Tu es un bol d’air frais dans ce paysage là: ne change rien! Bonne route et à bientôt au détour d’un chemin…

 

Et pour ceux qui veulent poursuivre le voyage avec Stéphanie Chéron-Cielecki, cela se passe aussi sur ses comptes facebook et instagram
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©Stéphanie Chéron-Cielecki

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Rêver avec Sophie M.

Découvrir les collages de Sophie M.  , c’est plonger sans hésitation dans un monde onirique fait d’arabesques et de fleurs. Revêtir un chapeau melon pour briser le sérieux d’un costume masculin trop sévère. Teinter de pourpre un drapé pour insuffler du mystère.  Arrêter le temps pour savourer le temps d’un envol les mots poétiques sur un papier froissé. Un brin de baroque. Un soupçon de surréalisme. Des rêves comme brassées de pétales entrevus dans un kaléidoscope.

 

 

Bonjour Sophie, j’aimerai que tu présentes au lecteur ton parcours. J’ai cru comprendre qu’il était un peu atypique. Où travaille-tu? Un atelier? un bureau? Si on poussait la porte de cette pièce, on y trouverai quoi?

Mon chemin vers la création est un coup de baguette magique. Mes collages sont tous inspirés d’un univers intérieur onirique que je cultive secrètement depuis ma plus tendre enfance comme parenthèse enchantée à la réalité. Pas de galerie, un amical relais  en communication porté par des amis enthousiastes, qui connaissent le chemin de mon petit appartement en banlieue parisienne où j’ empile estampes, catalogues, magazines et journaux sujets préférés de mes déchirures et de mes découpages lyriques. Quelques papiers froissés, un coin de table, un peu de colle et la partition s’écrit, la musique des signes se compose comme pluie de poésie jetée. Quand je colle, je vis dans un monde peuplé de chimères que j’apprivoise pour mieux les entrevoir.

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Tu as créé récemment une collection de vaisselle en collaboration avec Site Corot Limoges . Peux tu me parler de cette rencontre.
Ma rencontre avec Site Corot Limoges s’est imposée tout simplement. Notre collaboration est née d’une discussion sur la matière, le travail des artisans, d’une projection d’idées du collage sur porcelaine. L’audace est mon oxygène, Site Corot m’a invité à relever le défi à ses côtés. Les balbutiements de matière que j’allais imaginer me paraissaient envisageables auprès de Site Corot Limoges, structure à taille humaine avec qui dialogues et échanges étaient ouverts sur des possibilités créatives non arrêtées.

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Quel est le point de départ pour cette série de collage?
L’écriture sous toutes ses formes est indispensable à mon énergie, à la vivacité de mon désir et à mon approche de l’autre : l’écriture comme égoïste partage.
Mes collages naissent d’une subite et urgente envie de poser une histoire sur une page blanche. Je me raconte une histoire dont la suite reste ouverte à celui qui va poser le regard dessus. J’aime l’idée que mon collage est le support d’une histoire racontée à plusieurs.

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As-tu eu des sources d’inspirations précises pour cette collection A piece of dream?
La nature, dialogue permanent de l’homme avec son image.

Tes assiettes portent les mentions micro-onde et lave-vaisselle. J’aime bien ce paradoxe de créer une vaisselle d’exception mais pour un usage quotidien. L’idée de réaliser des collages pour un support objet, destiné donc pas seulement à la contemplation mais aussi à l’utilisation a-t-elle changé ta façon de créer? Ou au contraire est-ce que ces collages avaient été réalisés en amont de la collection?

Les mentions ménagères qui figurent au dos des pièces rappellent en effet qu’elles ont été créées pour un usage quotidien. Ces porcelaines sont utilitaires avant d’être décoratives. Nous devons inviter le beau à notre table dès que nous le pouvons. Ces pièces de tables sont exceptionnelles uniquement parce que vous daignez vous en servir régulièrement et y porter un regard aimant dessus entre le fromage et la poire.
Un juste retour de la nature à la nature.
Un prolongement de l’acte premier vers un autre qui donne vie lui-même à l’histoire de l’objet-création dans son utilisation même. L’histoire s’écrit à deux.

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En ce moment, on entend beaucoup parler de concepts tels que slow life ou slow food. Est ce que l’on peut dire que prendre le temps de choisir une belle vaisselle, recevoir, dresser une table rentre finalement de nouveau dans ce besoin de ralentir et profiter de notre vie?
Le collage est l’art de la patience spontanée : c’est tout dire …

Des textes accompagnent également la vaisselle. L’écriture, la poésie, raconter une histoire: Ce sont, tu t’en doutes, moi qui suis conteuse, des choses qui me parlent. Quelle est la part d’imaginaire et la part d’histoire personnelle dans ces textes? Pourquoi cette démarche qui peut sembler curieuse de prime abord?
La poésie sous toutes ses formes est ma respiration. L’imaginaire ma voie d’oubli mais aussi ma construction positive. Mes textes partagés sont comme un peu de bonheur essaimé, une douce rêverie, la fantaisie de mon quotidien.

Tes assiettes ont dernièrement été sélectionnées par Nelly Rodi pour le salon Maison et Objet. On les retrouve d’ailleurs dans le Cahier Inspirations du salon. Peux-tu nous faire rêver un peu en nous donnant un aperçu de la mise en scène et en nous racontant cette belle expérience.
Une amie est tombée aimante de mes collages. Elle les a suggéré au cabinet de tendance avec l’idée de mes porcelaines qui n’en étaient encore qu’aux prémisses créatifs. Je pense que l’univers onirique a parlé, que la fée clochette a su se faire entendre. Mon univers « collait » aux tendances qui émergeaient autour du merveilleux recomposé.

Dernière question Sophie M. : Une exposition en ce moment à conseiller?
La mienne ! Ne faut-il pas rêver grand ?

Merci Sophie M. pour cette envoûtante interview. Cela m’a donné très envie de te découvrir encore plus. Et aussi de me remettre au collage. Tu m’as fait entrevoir d’autres possibilités de jeu avec ce médium.

Et en bonus, pour vous lecteurs, Sophie M. dévoile ci-dessous trois collages inédits pour prolonger ce doux état de rêverie: Son premier collage et un diptyque « printemps – été » composé de 2 panneaux. 

 

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Vente des porcelaines uniquement sur commande via mprochain@gmail.com
Ogresse de paris par Charlotte Picant

Charlotte Picant / Portrait

Bonjour Charlotte Picant , ravie de te retrouver et de te présenter aux lecteurs du blog. Est-ce que tu peux te présenter en quelques mots?
Je m’appelle Charlotte Picant, j’ai 30 ans et j’ai grandi à Paris. Je fais de la photo depuis presque 4 ans, en autodidacte. Depuis 2 ans, je me consacre surtout au portrait, en argentique mais je prends aussi beaucoup de photos avec Instagram.

Charlotte Picant photographie
Je t’ai rencontrée en 2012. Tu avais un projet en tête. Tu voulais prendre Paris en photographie à travers les yeux de ses habitants, en leur demandant de choisir leur endroit préféré de la ville pour le shooting. J’avais choisi le jardin du Quai Branly d’ailleurs pour une séance de croquis. Qu’est devenu ce travail? A-t-il été fructueux? As-tu rencontré au contraire des difficultés?
A l’époque, je n’étais à Paris que pour quelques semaines car j’habitais San Francisco. Après mon séjour en France qui m’a beaucoup inspiré et m’a donné envie de me lancer dans les portraits, je suis retournée aux Etats-Unis avec cette volonté d’approfondir et j’ai donc photographié des dizaines et des dizaines de personnes que je connaissais ou pas. Depuis mon retour à Paris en Février, je continue sur ma lancée et suis d’ailleurs constamment à la recherche de modèles intéressants. Le projet est toujours d’actualité.

Ogresse de paris par Charlotte Picant

Sophie Ogresse, Musée du Quai Branly, Paris

Tu venais aussi d’avoir un nouvel appareil. Peux-tu nous en parler? Ca a été un déclic? En quoi la technique est-elle importante ou pas?
En fait, tout a commencé il y a 5 ans, quand ma soeur est revenue d’un été en Russie, avec un vieux Zenit. Elle s’est mise à prendre des photos argentiques qui ont attiré mon attention et m’ont donné envie de m’y mettre aussi. En décembre 2010, elle m’a offert un Zenit que j’ai embarqué dans ma valise lors de mon déménagement à San Francisco, sans jamais l’avoir utilisé. Ma soeur m’a expliqué les bases un jour sur Skype. C’est à ce moment-là que ma passion pour la photographie a commencé. Depuis, j’utilise d’autres appareils. J’ai un Nikon FTN et un Seagull Moyen Format que j’utilise surtout pour les portraits. Je n’attache pas beaucoup d’importance à l’aspect technique, juste assez pour pouvoir faire des réglages manuels sans posemètre. Le reste est plutôt instinctif.

Tu voulais développer ton style autour du noir et blanc. Pourquoi ce choix?
En matière de portraits, j’aime le noir et blanc parce qu’il permet de se concentrer sur ce qui est vraiment important, sur la personne, sur l’émotion qu’elle dégage, sur son lien avec son environnement.

Comment ton travail a-t-il évolué depuis? Qu’est-ce qui te pousse à appuyer sur le déclencheur? Qu’est-ce qui t’inspire? As-tu des références, des modèles, des idoles en la matière?
Au départ, quand j’ai commencé les portraits, j’y allais un peu à l’aveuglette, je ne savais pas ce que je recherchais chez les personnes que je photographiais. Depuis, avant la séance photo, j’ai une idée plus ou moins précise du résultat que je cherche à obtenir avec chaque personne, même si avec l’argentique, il y a quand même une grande part de hasard.
Beaucoup de photographes m’inspirent. J’aime beaucoup Vivian Maier, Henri Cartier-Bresson, Richard Avedon et Emmet Gowin pour leurs portraits, André Kertész pour son travail sur les ombres, Eugène Atget pour ses scènes de rue et Bernd et Hilla Becher pour leur travail systématique sur l’architecture. Il y a aussi un photographe de San Francisco, Travis Jensen, qui fait de superbes portraits de rues.
Sinon, je me promène beaucoup et je me suis rendue compte que mon oeil était souvent attiré par les mêmes choses, ce qu’on remarque assez facilement en regardant mes photos.

J’aime tes séries de portraits. Je les trouve authentique. Tu captes bien l’énergie des gens. Tu crées aussi des ambiances, comme si les personnes devenaient des paysages.
Je m’efforce de faire ressortir une certaine vérité, une certaine vision – ou du moins ma vision – des gens que je photographie. C’est pour ça que l’environnement est important. J’aime photographier les gens dans des endroits qui leur sont familiers, chez eux, dans leur quartier. L’arrière-plan est pour moi tout aussi important que le modèle.

Depuis quelques temps, j’ai vu défiler sur facebook des clichés de rues, en couleur cette fois. Ce basculement était nécessaire pour aborder d’autres thématiques? Tu sembles te consacrer cette fois davantage aux détails.
Je ne me balade pas toujours avec mes appareils photo, mais j’ai toujours mon téléphone dans la poche. Il me permet de capter des instants, des lumières, des détails que je ne pourrais pas forcément photographier avec mes appareils argentiques qui ont des objectifs avec des angles étroits. Avec l’argentique, y a une part de réflexion, alors qu’avec un téléphone, on est dans le moment.

Charlotte picant photographie

Avenue Sainte-Foy, Neuilly sur Seine

Dernière petite question: Quelle est la photo que tu rêves de prendre?
Il n’y en a pas qu’une! J’aimerais beaucoup prendre des gens religieux dans leur quotidien, toutes religions confondues, qu’ils vouent leur vie à leur religion ou qu’ils soient seulement pratiquants. Il y a quelque chose qui me fascine dans la dévotion sans que je puisse vraiment me l’expliquer. Sinon, j’aimerais prendre des photos avec une dimension plus sociale. J’ai déjà quelques idées d’ailleurs.

Merci Charlotte Picant! Tu es pour moi une bien jolie rencontre artistique! Et pour te découvrir encore plus on peut faire un tour sur Instagram et sur ton site (http://www.charlottepicant.com/)

Les galeries pour tous interview

Les galeries pour tous: une belle initiative

J’ai rencontré Anaïs un peu par hasard au détour d’un café. Très vite la discussion s’est nouée autour d’une passion commune, l’art, et la volonté de la partager avec tous via la médiation culturelle. Elle m’a raconté son projet, celui de rendre accessible les galeries. Tant de choses à découvrir dans ces lieux que l’on croit souvent à tort réservé à une élite. Moi la première, habituée des musées et autres institutions culturelles, je n’ose pas franchir leurs portes. J’ai adoré la visite avec Anaïs dans les galeries du Marais, aujourd’hui je voulais partager cette expérience fabuleuse avec vous en lui posant quelques questions.

Bonjour Anaïs, alors Les galeries pour tous c’est quoi le concept?

Les galeries pour tous est un blog qui a pour but d’initier les curieux à l’art contemporain à travers l’organisation de visites guidées, de rédactions d’articles sur les expositions, de la création d’un glossaire artistique, etc. La particularité, c’est que ça se passe en majorité dans les galeries d’art du Marais, qui sont des lieux confidentiels ultra-pointus, et donc, assez peu accessibles au commun des mortels ! Pourtant, c’est bien là que ça se passe, car avant de voir un artiste à Beaubourg, il est passé d’abord par là !

Peux-tu te présenter en quelques mots? Quel est le parcours qui t’a conduit à devenir médiatrice?

À la base moi j’étais plutôt destiné à exposer dans une galerie plutôt qu’à la faire visiter, car j’ai fait de longues études d’art (Licence d’arts plastiques à la fac et les Beaux arts). Mais après avoir été photographe pendant un an, je me suis rendu compte que je m’épanouissais plus dans la transmission que dans la création en solo… Je suis avant tout un animal social !

D’ailleurs c’est quoi ta vision de la médiation culturelle?

Faire une médiation, c’est poser une passerelle entre une œuvre et un public, ouvrir une réflexion, donner des clés de compréhension. Pour moi le médiateur donne quelques pistes, et c’est au spectateur de faire le reste du travail. Je pense que c’est ce qui différencie la médiation de la conférence (ça et le salaire !*).

Premier choc esthétique?

J’étais en voyage linguistique à Londres et en visitant le dôme de l’an 2000, j’ai aperçu une sculpture géante (elle devait faire 4 ou 5 mètres), c’était la représentation hyperréaliste d’un ado en slip qui se tenait recroquevillé dans un coin (une sculpture de Ron Mueck). Il avait l’air mal dans sa peau, d’avoir envie de disparaître, de se cacher, mais il était tellement grand que l’on ne voyait que lui… j’avais 14 ans et des tonnes de complexes, du coup ça m’a parlé !

Dernière expo qui t’a marqué?

L’expo ANYWHERE, ANYWHERE OUT OF THE WORLD de Philippe Parreno au Palais de Tokyo a été une énorme claque pour moi ! Il a mis en place un espace d’exposition totalement novateur, où le spectateur est « pris en charge » du début à la fin, dans une circulation contrôlée par l’artiste. On perd ses repères, on écoute ses sens et quand on arrive enfin à lâcher prise, c’est un vrai voyage qui nous attend ! J’ai un peu honte de le dire, mais j’ai été tellement saisie, que j’ai versé une petite larme d’émotion ! Comment ça fonctionne les visites avec toi? Je sillonne les lieux d’art et les galeries, et quand je vois des expositions intéressantes, j’organise une visite guidée. L’idée, ce n’est pas de faire une conférence, mais de tracer ensemble les contours d’une définition de l’art contemporain, tout en donnant quelques clés pour que le visiteur puisse retourner dans les galeries (ou ailleurs) et s’en sortir tous seuls devant les œuvres.

Qui peut participer?

Presque tout le monde ! Les visites sont ouvertes aux amoureux de l’art contemporain, comme aux « curieux » qui le découvrent. Je veille à ce que les activités soient gratuites ou peu chères (les visites guidées sont rémunérées aux pourboires), de manière à ce qu’elles soient accessibles à tous. La seule chose, c’est qu’il faut être prêt à parler de tout et à tout voir, du coup je déconseille ces visites aux enfants.

Comment s’inscrire?

Quand une visite est programmée, elle est annoncée sur mon blog. À partir de là, il faut juste m’envoyer un mail pour réserver des places.

Où rêverais-tu d’emmener des visiteurs?

Pas de rêves à ce niveau-là, seulement des projets ! C’est à moi de faire en sorte d’emmener mes visiteurs où je veux, et qui sait, peut être qu’un jour je les emmènerai visiter les galeries de Londres et New York!

Ta galerie préférée dans Paris?

Question difficile !! Je citerai la galerie du jour et l’espace topographie de l’art pour l’esprit, et les galeries Perrotin et Templon pour la programmation, sans oublier la galerie Rabouan Moussion, qui représente mon artiste préféré, Erwin Olaf**.

Merci Anaïs pour ce beau projet culturel!!!! A très bientôt pour une autre visite

Toutes les infos et le programme des prochaines visites sont par ici: http://lesgaleriespourtous.com/

* Très envie de faire un article là-dessus en ce moment, étant donné la situation des médiateurs culturels qui est de plus en plus précaire!

** Un artiste dont je veux d’ailleurs, bientôt si possible vous parler sur l’ogresse de Paris, qu’Anaïs m’a fait découvrir et dont j’ai voyagé dans l’univers à Rotterdam au Het Nieuwe Instituut.

Vendredi lecture

C’est quoi Vendredi Lecture?

Vous l’avez sans doute remarqué, chaque vendredi apparaît ici ce joli logo. Pour en savoir un peu plus sur ce rendez-vous hebdomadaire désormais incontournable j’ai souhaité poser quelques questions à l’une des organisatrices, Marion…

Comment est née l’idée de Vendredi Lecture ?

J’ai participé plusieurs mois à FridayReads sur Twitter, l’équivalent anglophone de VendrediLecture. Le souci, c’est que je ne connaissais pas forcément les livres partagés par les autres participants ou ceux présents dans le classement car la plupart des auteurs dont il était question étaient inconnus en France.

J’avais eu l’idée de lancer un tel événement pour les francophones, mais le projet a été concrétisé seulement avec Sabrina quand j’ai vu son enthousiasme suite à un article sur FridayReads que j’avais posté sur mon blog.

J’ai contacté l’initiatrice de FridayReads pour lui demander son accord, elle a été elle aussi très enthousiaste. Le premier VendrediLecture a été lancé le 22 avril dernier.

En quelques mots, peux-tu nous dire le principe.

Il s’agit de partager chaque vendredi sa lecture du jour sur la page Facebook de l’évènement ou sur Twitter avec le tag #VendrediLecture. L’objectif est de favoriser les échanges autour de la littérature et nous sommes plus qu’heureux lorsque nous voyons les participants commenter, conseiller d’autres personnes.

Les lectures sont comptabilisées au fil de la journée et un classement des livres les plus lus est publié sur le blog. Et il y a des cadeaux à gagner pour ne rien enlever au plaisir.

Comment s’organise Vendredi Lecture ? Quels sont les membres de l’équipe, les entreprises partenaires ?

Devant le succès de VL, Sabrina et moi avons été obligées d’agrandir l’équipe car nous ne pouvions plus gérer toutes seules les participations. Nous avons donc accueilli Claire-Aurélie, Hélène, Martial, Nathalie et Virginy avec grand plaisir. On a tous un profil différent, blogueurs et non blogueurs, résidant en France ou à l’étranger… C’est très enrichissant. Heureusement qu’ils sont là, sinon VL ne pourrait pas fonctionner correctement.

Un planning de comptage est effectué chaque semaine en fonction des disponibilités de chacun et le jour J, on note les lectures sur un document. Cela demande donc qu’il y ait toujours quelqu’un de présent pour relever les participations.

Nos partenaires sont principalement des maisons d’éditions – des grandes, des moins grandes, des livres papier, des livres numériques ou des livres audio. On essaye de varier les partenariats pour proposer aux participants toute sorte de lectures.

Quels sont les livres qui reviennent chaque vendredi dans le top du classement ?

Le livre phare de VendrediLecture a pour l’instant été « Dôme », le dernier Stephen King, qui a dû rester au moins deux mois en tête du classement avant de disparaître. « HHhH » de Laurent Binet, est aussi un adepte du top. Le classement est sinon très varié, on y retrouve des nouveautés, des classiques aussi bien que des romans bit-litt.

Est-ce qu’un des titres proposés par les lecteurs t’a donné très envie de le découvrir à ton tour ? Pourquoi ?

J’ai lu « Dôme » parce qu’il réapparaissait très souvent dans le top et qu’à force de le voir caracoler en tête, je me suis dit qu’il fallait que je m’y mette. Je pense me laisser tenter par « Un été sans les hommes » de Siri Hustvedt qui revient aussi souvent. Tout est la faute des participants qui donnent leur avis sur les lectures qu’ils partagent – alors quand c’est bien, je note.

Parlons un peu de ton rapport à la lecture. As-tu un genre préféré ? Es-tu plutôt classique, chick-litt, polar ?

A titre personnel, je suis une fan inconditionnelle de littératures américaine et japonaise. Et je me mets doucement aux polars scandinaves. Mais nous allons sûrement créer une page sur le blog pour que tous les membres de l’équipe partagent leur profil de lecteur.

Quel est ton livre de chevet ?

En ce moment, « Le Prédicateur » de Camilla Läckberg.

Quel livre t’as le plus marqué ?

Je dirais « Une prière pour Owen » de John Irving et « Gatsby le magnifique » de F. Scott Fitzgerald

Un livre à conseiller ?

Les deux ci-dessus !

Donnes moi de bonnes raisons de participer à vendredi lecture pour ceux qui hésiteraient encore…

1) Grâce à VendrediLecture, ça parle bouquins tous les vendredi

2) VendrediLecture fait gagner des cadeaux canons

3) VendrediLecture, c’est pour tous les francophones et tous les amoureux des livres en français

4) VendrediLecture, c’est un super-homme et six wonderwomen

5) VendrediLecture n’a pas inventé le « Thank God It’s Friday » (Merci mon Dieu, c’est vendredi), il l’a perfectionné.

Un grand merci à Marion d’avoir satisfait ma curiosité dévorante…

J’espère que vous serez nombreux à venir papoter lecture aujourd’hui sur facebook et twitter, les livres à gagner aujourd’hui sont Pieds nus d’Elin Hilderbrand, Nuits d’été en Toscane d’ Esther Freud et Le chuchoteur de Donato Carrisi.

Bon vendredi lecture à tous!

le site c’est ici : http://www.vendredilecture.com/