Sophie Adriansen Grace Kelly

Grace Kelly, le feu sous la glace

Il y a quelques semaines j’ai eu le plaisir de découvrir l’écriture de Sophie Adriansen, plume entre autre du très bon blog Sophielit. Les biographies ne sont a priori pas un genre qui j’affectionne particulièrement. Souvent, on est dans le sensationnel (révélations tonitruantes) ou dans le contrôle a l’image des magazines people. Là où cela devient intéressant c’est quand on fait fondre l’image de papier pour s’intéresser à la personne sous un autre angle, essayer de trouver le fil rouge qui conduit une vie (certains parlent de destin). C’est ce que j’ai aimé dans ce livre sur Grace Kelly, les chapitres apportent chacun leur pièce au tableau (de fleurs séchées) de l’icone d’Hollywood, princesse de Monaco mais surtout femme. J’ai souhaité en savoir un peu plus en m’entretenant avec l’écrivaine.

 

J’ai vu passer dans ton blog plusieurs titres de tes livres, plusieurs sujets ou genres très différents: d’où pars-tu pour écrire?

Je m’intéresse à beaucoup de choses. Ce qui me pousse à écrire sur un sujet en particulier, c’est l’envie de creuser, de rentrer dans le détail. Dans le cas d’une personnalité, c’est la volonté de découvrir l’être humain qui se cache derrière la figure publique. Le point commun, c’est qu’il faut que quelque chose me touche, à un moment donné, pour que je choisisse d’aller plus loin. De vivre avec ce sujet ou cette personnalité pendant plusieurs mois.

Quelle image avais-tu de Grace Kelly avant d’entamer tes recherches? Qu’est-ce qui as changé sur ta façon de la percevoir?

Les photos de Grace Kelly, et de Grace de Monaco, sont pour la plupart parfaites. Rien ne dépasse. Ces images posées, réfléchies, sélectionnées avec soin sont artificielles. Je savais qu’elles ne représentaient pas la réalité. Je ne savais pas, en revanche, quelle était exactement la réalité derrière…

J’ai toujours pensé que la vie d’une princesse n’avait rien d’un conte de fées. Que la princesse soit antique ou moderne. Au cours de mes recherches, j’ai découvert ses amours, ses failles, ses blessures d’enfance… Elle est devenue humaine. Attachante. Et plus fascinante encore.

 

D’ailleurs quels sont les documents / Lieux/ Personnes qui t’ont aidé à percer le mystère?

Il existe déjà de nombreuses biographies de Grace Kelly. Ce qui est intéressant, c’est qu’on y trouve tout et son contraire : qu’elle a été heureuse du début à la fin de sa vie, mais aussi que son existence n’a été qu’un enfer. De même, l’approche des biographes français et celle des biographes américains n’est pas la même : les premiers cherchent à révéler comment elle est devenue princesse, les seconds ce qui s’est passé après qu’elle a quitté Hollywood. Une forme de vérité se dégage de toute cette littérature.

Mais il était nécessaire de m’approcher plus près encore. J’ai ainsi, par exemple, longuement échangé avec quelqu’un qui l’a bien connu, qui est entré dans son intimité… C’était essentiel pour confronter le destin figé dans les livres au quotidien d’une femme faite de chair et de sang et en tirer ma propre vision du personnage.

Que penses-tu de l’idée d’adapter la vie de Grace Kelly sous forme de biopic?

Le parti pris de départ est original et intéressant : se focaliser sur une année en particulier, une année emblématique qui est celle où le retour aux studios a été envisagé, très sérieusement, pour la première et pour la dernière fois… Le film a déjà beaucoup fait parler de lui. Avant même la fin du montage ! Je suis curieuse de voir comment le début de la vie de Grace est mis en perspective à partir de cette fameuse année 1962…

Du choix de Nicole Kidman?

Plus que le physique, c’est l’attitude qui permet de juger de l’adéquation d’un acteur avec celui qu’il interprète. Nicole Kidman a 46 ans, soit treize de plus que l’âge de Grace en 1962, année qui fait l’objet du film. Elle est rousse, Grace était blonde. Malgré tout, il se peut qu’elle incarne très justement le personnage si elle s’en est suffisamment imprégnée… Le résultat permettra de juger de son talent d’actrice. Verdict dans quelques semaines !

Qui aurais tu choisis pour l’interpréter sinon?

En voilà une question difficile ! Je l’ai tellement observée devant la caméra que j’aurais tendance à répondre – et ce n’est pas pour botter en touche – que personne d’autre qu’elle ne peut jouer Grace Kelly…

Aujourd’hui les réseaux sociaux et la multiplicité des images ont tendance à enlever leur part de glamour aux stars en les montrant dans leur quotidien. Dans le livre on sent la place des medias qui ont contribué à construire le mythe, est ce pour cela que tu as souhaité gratter l’image de papier glacé?

Effectivement. Il n’y a rien de plus tentant que le papier glacé : on sait qu’il cache forcément quelque chose… Le cas des Grimaldi est particulièrement intéressant pour ce qui concerne le rapport aux médias : la famille a voulu les utiliser pour asseoir son image, se rendre accessible, mais cela les a desservis autant que cela les a servis…
Les célébrités peuvent protéger leur vie privée. Je le crois sincèrement. Mais si elles décident de lever le voile, même un tout petit peu, elles savent qu’elles prennent un risque. Quand on joue avec le feu, on ne sait jamais comment les choses se termineront.

Finalement, est ce que la vie de G.K. était vraiment un conte de fée? On sent une certaine lassitude et repli dans les derniers chapitres? G.K est-elle a l’image de ses tableaux de fleurs séchées?

La comparaison avec les compositions de fleurs séchées est assez juste. La beauté presque intacte, exposée, applaudie, mais les couleurs qui passent et la vie qui s’en va… La scène était sa sève. Grace a eu de grands bonheurs dans sa vie de princesse, mais sans sève, une fleur ne peut que dépérir, aussi jolie et bien conservée soit-elle… Même si Grace a choisi son destin d’altesse, sa vie n’a pas été un conte de fées. Vraiment pas.

De toute façon, nous savons bien que les contes de fées n’existent pas ! N’est-ce pas ?