Loïs Low illustrations

Ballade avec Loïs Low (piste 2)

Hello Loïs Law ! Hier on a discuté de ton parcours et ta pratique de plasticien… Je me demandais d’ailleurs y a-t-il un artiste, une expo, un film ect que tu nous recommandes en ce moment ?

Un film, j’ai vu il y a peu « La Grande Bellezza » et j’ai adoré, tout y est magnifique, les plans, la douce amertume du personnage principal, l’élégance à l’italienne. Ça me donne envie de voir d’autres films de Paolo Sorrentino.

Une expo, celle du Tripostal sur des collections privées flamandes, il y a certaines aquarelles et peintures de Michaël Borremans, dont le travail est inspirant. On y trouve la mort, le sexe, l’étrangeté mais aussi beaucoup de douceur et d’humour. Ça me touche particulièrement.

Tu as également un talent de musicien. Tu me fais tellement rire avec ta chanson Dunkerque ! C’est tout un autre pan de ta personnalité que l’on découvre via les chansons. Est-ce que cette sensibilité ne pouvait être exprimée en images visuelles mais seulement en sons et mots ?

J’entretiens un rapport différent avec la musique, c’est beaucoup plus irréfléchis, ça vient moins du cerveau que des tripes et du ventre, même si « Dunkerque » est assez écrite il y a quelque chose de l’ordre de la pulsion, comme un jeu de mot qui vient, un lapsus ou quelque chose qui sort sans qu’on sache vraiment pourquoi. Là c’est partit d’un couple, qui, le lendemain d’une soirée, repartait sur Dunkerque. J’ai dis sans réfléchir « ahh, Dunkerque ! » et c’est devenu un refrain. Les paroles, l’idée de faire jouer histoire entre un homme et une femme sur fond social c’est venu après. Et ça se veut toujours léger. J’essaie de trouver aussi cette légèreté dans les dessins, c’est juste que la méthode est différente.

Les deux sont ils complémentaires ? Tissent des liens ?

Tu es passé par la sculpture aussi…

Je pense qu’il y a parfois des liens entre mes chansons et mes dessins, mais pas systématiquement . Disons que ceux sont deux bébés dont je suis le père, il n’est pas anormal d’y retrouver de ma personnalité dans chacun mais ce n’est pas réfléchis au préalable. Certaines compos se veulent plus visuelles, je pense nottament à « Jenny Ann » qui est une composition en anglais, je la visualisait en la créant. J’ai eu l’image surréaliste d’une fille qui marche sur la plage et d’un œil gigantesque qui la suit, un paysage d’Irlande un peu, du vent aussi..Il y a sans doute plein de liens que je ne voie pas. Finalement c’est le boulot des autres ça, moi je produis;)

Dans mon rapport à la sculpture il s’agissait, comme je l’ai dis au début, de faire jouer des traits et masses dans l’espace. C’est la même chose avec le dessin ou la peinture finalement. C’est juste qu’il y avait une dimension de plus, la profondeur. Et bien sur d’autres notions..équilibre, propriété des matériaux (draps, plâtre etc..). J’ai même peint avec la nourriture à la Michel Blazy, mais le côté incontrôlable et éphémère avait ses limites.

Sur ton site un petit clin d’œil à la Normandie. C’est quoi une torgoule artistique ?

Une torgoule artistique ? Tu fais sans doute référence à un des chapitres du site qui se nomme ainsi. Normalement on doit dire « teurgoule » ! C’est un mot normand un peu transformé:) C’est un genre de riz au lait normand, il y a quelque chose d’assez foutraque je trouve, de costaud par l’accumulation, je trouvais ça drôle de nommer un ensemble de dessin sous ce dénominateur. J’aime le mot et sa sonorité, il y a quelque chose de décalé. Et puis, si je ne me trompe, ça vient de ‘tordre’ la ‘goule’ (le visage) c’est donc très visuel.

Tu vis à Lille en ce moment après un moment à Paris. Est-ce que tu sens un changement dans ta façon de créer selon l’endroit où tu es ?

En revenant à Lille j’ai récupéré l’espace de vie perdu à Paris, les loyers et la vie étant moins chers. J’ai désormais une salle qui me sert d’atelier, je peux donc produire plus. Néanmoins j’ai adoré Paris et c’était très inspirant. Donc j’y reviendrai assez régulièrement. L’endroit ou je crée en soit importe peu en soi, ce qui compte c’est surtout l’espace et le calme ( pour ce dernier point c’est pas encore l’idéal mais bon on fait ce qu’on peut avec ce qu’on a).

Des projets ?

Une exposition Lilloise de quelques dessins au Bartabas (un bar à Wazemmes) qui débutera en novembre.

Concernant ma production je suis sur un dessin qui part d’une vue de la place de Lille avec des passants…ça risque déraper bientôt, à suivre.

Pour ce qui est de ma visibilité, je cherche à exposer dans des galeries, parisiennes et/ou lilloises.

À bons lecteurs…

Merci Loïs pour ta générosité et à bientôt à Paris ou à Lille !

Et pour voyager dans ton univers on peut visiter ton facebook et ton site web.

Loïs Low illustrations

Ballade avec Loïs Low (piste 1)

Loïs Law est talentueux. Loïs est prolixe. Loïs est bavard. Alors pour une fois, au lieu d’un article, le blog le met à l’honneur aujourd’hui et demain pour découvrir toutes les facettes de cet artiste à suivre!

Bonjour Loïs Law, ravie de t’accueillir sur le blog. Cela fais quelques mois maintenant que je me régale de tes illustrations, j’avais très envie de les partager avec les lecteurs. Est-ce que tu peux nous parler un peu de ton parcours artistique. Comment es tu venu à l’illustration ?

Bonjour,

Merci de m’accueillir dans ton univers et sur ce blog.

Je suis issu des Beaux Arts de Cherbourg et de Valence ou j’ai obtenu mon DNSEP (Diplôme National Supérieur d’Études Plastiques). Je me suis d’abord considéré comme peintre, et ce dès ma première année aux Beaux-Arts, même si j’ai touché à l’installation et à la sculpture. Le dessin existait à la fois comme croquis préparatoire puis progressivement comme œuvre à part entière. Mes recherches plastiques s’inter-croisant et s’inter-pénétrant durant ces années. Par exemple lorsque je posais des draps ou des objets en plâtre dans l’espace de l’atelier, je me pensais comme un dessinateur et un peintre dans l’espace tridimensionnel, il s’agissait de sortir de la toile ou je peignais pour lui faire prendre corps dans l’espace. Je considérerais chaque objet comme trait ou volume. Progressivement je suis revenu au supposé classicisme de la toile et de la feuille blanche, au dessin et à la peinture en deux dimensions (si l’on omet le volume des couches de peintures).

Et ce trait si particulier ? Le noir et blanc s’est –il imposé vite comme une évidence ou as-tu au contraire expérimenté d’autres voies avant de trouver la tienne ? Côté technique comment tu procèdes ? Comment démarres- tu un dessin ? Quel outil utilises-tu ? Fais tu des croquis préparatoires ou es-tu plutôt dans le « premier jet » ?

Au début je faisais des plus grands formats, au fusain, au crayon de bois, j’utilisais différentes techniques. Je coulais du plâtre sur des draps, j’étudiais le drapé, en dessin puis en sculpture. Il y avait quelque chose d’assez baroque dans tout ça je crois. Je jouais avec les masses colorées des objets dans la pièce, parfois par accumulation. En sortant des Beaux-Arts je me suis retrouvé sans atelier, j’ai donc du composer avec l’espace de mon appartement. C’est donc ce type de contrainte d’ordre pratique qui m’a conduit à travailler sur feuille et de revenir à de plus petits formats. J’y ai repris goût et ne l’ai jamais vu pour autant comme une frustration, mais plutôt comme un retour à quelque chose de ‘non aboutit’ et comme un défit. Durant mon parcours éducatif je cherchais à faire ‘sortir’ le dessin ou la peinture de la toile ou de la feuille, à m’étaler. Par la suite je cherchais à être de plus en plus précis. Il me fallait utiliser un médium adéquat. Quelque chose de fin, le plus fin possible. Un jour j’ai découvert le stylo Uni Pin noir 0,05 m, ça a été une révélation.

Ce trait particulier est donc venu essentiellement du médium utilisé: le stylo noir le plus fin possible.

Pour ce qui est de la méthode j’essaie d’ avoir un minimum de rigueur (dessin préparatoire par exemple, justesse dans les proportions) puis de me détacher au bon moment de celle ci.

En art plastique comme en musique, je considère que la différence entre un très bon technicien et un artiste réside dans cette capacité à se détacher de la contrainte et du rigorisme académique, au bon moment. C’est cet instant qui est le plus dur à trouver. Je tiens à préciser, avant de passer pour un énorme pédant que je me considère très rarement comme un artiste. Mais je cherche le juste équilibre entre structure stable et perte d’équilibre. L’hyper- réalisme m’ennuie, techniquement j’en suis incapable, et tant mieux:) . En musique c’est la même chose. Ce qui m’intéresse et ce vers quoi je tends c’est le rond dans l’eau au moment où la goûte de pluie vient de tomber. Ce qui trouble le calme plat. Pour qu’il y ait instabilité, il faut qu’il y ait stabilité au préalable, c’est pourquoi j’ai besoin de la structure de base. Pour mieux la tordre. Il y a souvent une forme reconnaissable, quelque chose que je veux familier, ensuite, j’essaie de le saper, de me tirer dans le pied, de troubler la lecture ou d’emmener vers un ailleurs, quelque chose de plus flou, de moins rassurant peut-être.

Tes dessins sont en noirs et blancs, mais parfois une touche de couleur fait son apparition. Est-ce que celle-ci est pensée au départ ou est-ce un surgissement une fois le trait posé ?

La couleur est parfois un élément de trouble, comme j’en parle précédemment, un agent déstabilisant. Mais à contrario, cela peut également avoir un sens particulier, pour renforcer une idée, un sentiment ou une direction.

Je pense en regardant tes illustrations aux grands caricaturistes, aux dessins de journaux comme Daumier mais aussi à la folie des dessins surréalistes ou encore les univers totalement loufoques de Bosch…La satire, l’humour grinçant laisse parfois aussi place à la poésie…Tes dessins de foule sont impressionnants. Tu as un vrai sens du détail. Mais qu’elles sont tes références ? Tes coups de cœur ?

D’abord, merci pour les références, je me sens tellement loin de ces maîtres. Je suis un grand admirateur de Bosch, des peintres flamands en général. Je pense aussi aux dessinateurs satiriques comme Topor, certains dessins de Dali me touchent également. Les graveurs comme Dürer aussi. Si mon rapport est réellement lié au dessin et à la peinture et non à la gravure, j’aime le rendu, l’aspect ‘gratté’ de cette dernière.

J’aime me situer entre dessin de presse, voire de bande dessinée, je pense à Reiser, Edika, Blutch… et dessin d’art.

En cela Topor est vraiment intéressant, car il me semble avoir les pieds dans les deux mondes, le milieu populaire avec une satire directement encrée dans le social et le monde peut-être plus fermé et élitiste de l’art, une pensée surréaliste, quelque chose de noir qui vient soulever le voile, parfois provoquer, mais aussi élever la pensée.

Je viens également d’acheter un ouvrage sur Omer Bouchery, un dessinateur Lillois qui a vécu à Lille et Paris. J’aime sa précision, la justesse de son trait, le côté populaire et socialement encré de ses scènes de vie croquées sur le vif. Il y a vraiment une vie dans ses dessins. C’est beaucoup plus académique que Topor, on est pas à la même époque non plus mais c’est tout aussi intéressant.

Merci Loïs Law ! 

A demain pour papoter musique et bien d’autres choses encore…

En attendant de te retrouver, les curieux peuvent aller visiter ta page facebook