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Le Horla m’a attrapée

Sous la forme d’un journal intime, Maupassant nous fait sombrer dans la folie en suivant étape par étape les différents symptômes de son narrateur. Souvent qualifiée de « fantastique », je la trouve au contraire très réaliste dans sa façon de raconter de l’intérieur le sentiment d’angoisse croissant d’un homme sombrant dans la paranoïa. Et tout le talent de Maupassant est là: dans sa capacité à nous attraper avec son horla. Toutes les peurs de l’enfance ressurgissent. Vous savez cette époque où un monstre était caché , sous le lit, ou dans le placard et n’attendait que le sommeil pour sortir à pas feutrés de sa cachette…

C’est un peu ce qui se passe ici. Le narrateur se sent guetté, épié. Il tend l’oreille à l’affut du moindre bruit. Il tente de capturer ce monstre qui boit son verre lorsqu’il a le dos tourné, quitte à se prendre dans son propre piège. Le horla, ce double qui est à la fois « hors »de soi et en soi (là). Un monstre auquel on peut difficilement échapper. Le narrateur a beau fuir, au Mont Saint Michel ou à Paris, ce monstre le poursuit où qu’il aille.

Un sentiment de déréalité et un trouble de l’identité envahissent le narrateur qui ne se reconnaît plus dans le miroir, dont la propre image est vécue comme altérité.

le-horla-151351Pour écrire cette nouvelle, Maupassant s’est sans doute inspiré des observations de Charcot dont il suivait les cours à la Salpétrière. Mais ce horla a fini par prendre à son tour possession de l’auteur après avoir anéanti le personnage qui a laissé son journal inachevé, Maupassant s’est à son tour fait prendre au jeu de la bête de folie et se suicidera quelques années après avoir écrit cette nouvelle.

J’ai adoré cette plongée dans les abîmes de la personnalité troublée de cet homme. C’est un bonheur de se laisser gagner par un supsense dans lequel on bascule dès les premières pages. C’est rare qu’un livre soit aussi intense en si peu de mots..

Petite anecdote personnelle: j’ai lu le Horla pour la première fois au collège, j’habitais à cette époque non loin de la forêt deRoumare où se déroule la ballade qui vire au cauchemar du narrateur. Il est vrai que les forêts normandes peuvent avoir cette beauté effrayante. Ce qui est sûr c’est que depuis je ne regarde plus ce bois de la même façon…

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