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Entretien avec Gilles Clément 3/3

Dernier volet de la saga du weekend, cette belle rencontre avec Gilles Clément. J’en profite pour vous inviter à lire ses écrits qui donnent à penser le jardin, le paysage et finalement le monde dans sa globalité. 

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Si on vous propose un nouveau jardin de musée…

Je serais partant. Ce serait forcément un autre musée, donc un autre sujet avec une question culturelle forte. Du coup cela obligerait à revisiter le jardin, au sens où ce n’est pas un jardin décor mais un jardin qui participe à cette question culturelle. Ça c’est intéressant. Je le referai volontiers.

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Colloques, articles, publications… Le jardin est partout. Le jardin semble un phénomène de société. Est-il inconcevable aujourd’hui de créer un musée sans jardin ?
Si c’est une architecture, une création complète, la plupart du temps il y aura un jardin. Si c’est la réhabilitation d’un bâtiment ce n’est pas toujours le cas. Il y a les deux cas de figures. Il est vrai que la plupart du temps, quand quelque chose se crée complètement, il y a un jardin. Je l’explique par un phénomène qui se renforce peut être aujourd’hui et qui vient des années 1980, où on a commencé à dire qu’il faudrait agrémenter tout espace public d’espaces verts ayant une âme. Pour cela il faudrait un paysagiste. C’est une demande qui n’existait pas auparavant qui s’est systématisée. Aujourd’hui dans toutes les équipes d’appel d’offre d’un bâtiment, il est rare qu’il n’y ait pas aussi un paysagiste. De plus il y a la mode, qui n’est pas une mode mais une inquiétude sur les questions du vivant, la pollution, la gestion des déchets, de l’énergie, qui donne à des métiers comme le nôtre un rôle autre que celui que l’on avait autrefois. Le jardinier aujourd’hui est, bien sûr, celui qui règle l’espace, qui a donc une fonction sur l’esthétique. Il est celui qui produit, des fruits, des fleurs, des légumes. Il est maintenant celui qui protège et la diversité en péril. Ce rôle là est nouveau mais c’est une belle fonction. C’est pourquoi on est attentif aux discours que l’on tient sur ces questions là.

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Vous parlez de préservation… Le musée est un lieu de préservation des œuvres, des objets, des histoires…

On cherche à préserver la culture ou la mémoire mais cela touche des objets et des histoires passées, dans un monde réifié qui ne se transforme pas. Si on l’abandonne, tout peut partir en poussière. Tandis qu’un jardin ce n’est pas la préservation de l’image, dont il est question désormais, mais du mécanisme de la transformation, de la préservation de la vie. C’est la vie qui est menacée. Entrer dans la compréhension des mécanismes permettant la vie est une dimension qu’il est plus difficile à intégrer pour les paysagistes, qui sont souvent davantage plasticiens ou architectes.

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Votre place est à part : vous concevez d’un point de vue philosophique, plastique, tout en ayant les mains dans la terre. Alors quel est le point de départ d’un jardin ?

C’est très variable. Les sources sont toutes différentes les unes des autres. C’est pourquoi les jardins que je fais sont tous différents aussi. Il y a tout de même une question qui est dominante à chaque fois. A Blois la question était historique, pour le parc Citroën il s’agissait d’un manifeste. Mais je me définis avant tout comme jardinier. Le jardinier est celui qui travaille le plus avec la vie, plus que l’architecte ou le paysagiste.

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Vos sources sont très variables. Elles peuvent être historiques ou ethnologiques. On retrouve dans votre livre le Jardin en mouvement, sur le parc Citroën, le parrain du musée Branly Levis Strauss comme référence. En quoi La Pensée sauvage a-t-elle influencée votre cheminement philosophique ?

Levis Strauss a écouté ces peuples. Il n’en a pas fait une critique à l’Occidentale. Je ne sais pas quel a été son avis réel sur le musée. Je ne sais pas ce qu’il a pensé des objets que l’on mettait sous boites, mais lui, il les a vu fonctionner. Ça m’a touché. Les livres qu’il a écris, ou ceux de Philippe Descola dans la même suite, sont passionnants. Il y a une humilité chez ces gens-là et un désir de comprendre les autres qui est respectable et nous apprend beaucoup. A l’inverse de ceux qui créaient des safaris avec les aborigènes d’Australie, d’autres se sont tournés vers la cosmogonie. Je suis intimement convaincu que la façon que l’on a de concevoir le monde a une répercussion immédiate sur la façon dont on s’en occupe. La création du monde selon notre cosmogonie a quelque chose à voir sur notre jardinage. Voilà pourquoi ces gens m’intéressent et que je respecte beaucoup leurs travaux.

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Le jardin est un microcosme…
Oui il l’est toujours. Et s’il change de forme au cours des siècles, c’est que la vision du monde change.

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📷©rmn

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