Jardin du musée du quai branly la nuit par yann kersalé

Rencontre avec Yann Kersalé

C’est dans le cadre de l’écriture de mon mémoire de fin d’études sur le jardin du musée du Quai Branly que Yann Kersalé m’avait reçu très gentiment dans son atelier afin de discuter de son installation Ô. Nombre de mes connaissances ou amis avaient envie de lire cette interview, alors je me décide enfin à la publier sur le blog. Celles de Gilles Clément suivront. Je n’ai pu me résigner aux coupures, d’où ce long article. Tout pour moi était passionnant.

Yann, voudriez-vous présenter votre travail en quelques mots ?

Je réalise un travail plastique (parfois en adéquation avec des projets d’architectes, des paysagistes, d’urbanistes, ect. ) qui établit des percepts, c’est-à-dire des formes d’expression à travers la lumière du crépuscule à l’aube. J’ai tenté il y a une trentaine d’année, quand j’ai passé mon diplôme d’arts plastiques, de faire un travail qui se situe à l’extérieur du musée, de la galerie. Un système qui trouve son apothéose dans le marché. Cela m’a forcément fait rencontrer tous les acteurs de la ville et du paysage.

Est-ce alors qu’arrive la rencontre avec le paysagiste Gilles Clément ?

En fait je fais la connaissance de Gilles en 1978. C’est à peu près à cette date que j’ai passé mon diplôme. C’est aussi à ce moment là que j’ai rencontré les acteurs, les gens de cette époque qui étaient aux prémices de ce que l’on voit aujourd’hui : des transversalités architecture/paysage, paysage/art, je dirais « land art ». Si ma rencontre avec Gilles arrive à ce moment donné, c’est qu’elle paraissait évidente. Et puis surtout la théorie principale du « jardin en mouvement » de Gilles Clément allait dans le sens de ma pensée.
(Il me montre le coin de verdure qui jouxte son atelier) Ce jardin, on ne s’en souvenait plus. Mais Gilles Clément lui qui a donné ses premières traces lorsqu’il avait sa petite société de paysage qui s’appelait Acanthe.
Avec Gilles j’ai un rapport profond, philosophique sur l’appréhension du paysage.

Comment un artiste contemporain se retrouve-t-il sur un projet d’installation dans un musée dédié aux arts premiers ?

Grâce et avec Jean Nouvel, Gilles et moi nous nous retrouvons autour d’une table pour préparer le concours, tous trois pour créer cette idée d’un tout ; plutôt que d’une architecture aménagée d’un jardin qui serait lui-même décoré d’x œuvres d’art. L’idée était de faire un travail global de ces différents ensembles. Pour ce projet les idées se sont mises en place en même temps. Bien entendu le projet architectural serait sur pilotis, un vaisseau flottant, un radeau. Je me souviens de termes employés à l’époque ; l’idée de la terrasse de ce grand bâtiment sur pilotis était qu’elle soit à terme : « flottante sur une canopée ». Bien entendu, et Gilles sera le premier à le dire, la nature ne va pas aussi vite que l’architecture, il faut du temps pour que son jardin soit en place. D’ailleurs, il a toujours dit : « Je ne pourrai communiquer sur le jardin du quai Branly que dans 5 ans. ». Il disait cela en 2006. Aujourd’hui, c’est le moment où il va pouvoir en parler. En plus, lorsqu’il disait cela, il pensait, tout comme moi, que dès 2006 tout allait être en place qu’il n’y aurait pas d’accident de parcours. En fait il y en eut. Pour lui, comme pour moi d’ailleurs, il y eut beaucoup de problèmes : de maintenance, d’existence du végétal, ect…

Et Patrick Blanc ?

On met toujours Patrick Blanc un peu à part dans cette histoire tout simplement parce qu’il est arrivé après. Paradoxalement, il a fini le premier mais est arrivé le dernier. Patrick Blanc est un botaniste, un chercheur. Son idée de jardin vertical est presque une antithèse par rapport au principe de Gilles. Ils ne parlent pas de la même chose mais utilisent la même matière première : le vivant, le végétal.

Pourquoi ne pas avoir travaillé dans le mur végétal également?

On a parlé, mais beaucoup trop tard, de l’idée d’une lumière dans cette façade qui n’a pas besoin de lumière puisqu’elle fonctionne très bien. Je lui ai soumis quelques idées pour installer de la lumière autre que celle des projecteurs. Pour l’instant ce n’est qu’à l’état de projet.

Revenons à votre installation. Pourquoi ce titre l’Ô ?

Quand il y eut ce projet des arts premiers, on ne voulait pas refaire l’Amazone, ni tomber dans les clichés. On peut imaginer que cela aurait pu être la pire caricature que de rester sur cette simple symbolique en ramenant au premier des choses. Par exemple, on trouve des petits animaux incrustés ; évidemment cela fait penser à des ambres. On peut arriver comme cela à des sens sans tomber dans le cliché. Si je prends avec un peu d’humour cette notion de premier, les premiers étaient les amibes qui ont poussé dans l’eau, l’eau est première sur la planète bleue. Cette ainsi qu’est venue l’idée de lac virtuel à trois tonalités qui changent en fonction de l’état de l’eau.

Parlez-moi de votre installation, notamment du choix des couleurs ?
Cette lumière d’eau qui s’incorpore dans le végétal est une interaction avec la nature réelle, la nature de l’eau que l’on connaît sous trois formes : gaz, liquide, glace. C’est une forme de tryptique lumineux. La lumière verte associée à l’évaporation, la bleue à la pluie, la blanche au froid. Il s’établit alors une fluctuation à peine perceptible : il y a toujours un dominant. S’il y a beaucoup de chaleur, donc d’évaporation, l’ensemble des joncs verts seront plus en lumière que les bleus et les blancs. S’il y a beaucoup de pluie, ce seront les bleus, et s’il fait très froid les blancs. Tous sont toujours allumés, avec « un » dominant les deux autres selon la nature. C’est une symbolique crée spécialement pour les personnes qui vivent le jardin au quotidien. Les riverains verront les variantes de leurs fenêtres et quelqu’un qui a l’habitude d’y travailler fréquemment s’apercevra au fil des saisons et des années des modifications. On est dans le projet de départ : une lumière presque interactive sans intervention lourde de programmation qui joue et fluctue avec les plantes de Gilles Clément. C’est magnifique de voir un lieu qui a pourtant sa lumière définitivement posée mais qui varie considérablement selon l’état de la nature. C’est d’ailleurs quelque chose de récurrent dans mes projets en collaboration avec des paysagistes : une lumière intégrée au maximum au végétal, sans l’altérer, et parfaite adéquation. C’est ce même principe lorsque je travaille avec des architectes : je ne suis pas là pour détruire leur architecture parce que la nuit est venue, ni pour être en opposition avec le sens premier qu’ils ont donné à leur architecture mais pour travailler en association sans être pour autant un consultant en éclairage. C’est un véritable travail artistique sur leur œuvre.

Comment avez-vous joué avec l’architecture sur pilotis de Jean Nouvel et le jardin de Gilles Clément ?

Revenons au quai Branly, le rôle de la sous face est considérable. Cela va même plus loin car ces cercles concentriques de lumière sont comme les ondes que l’on obtient quand on jette un caillou dans l’eau et elles se répercutent et s’amalgament. On l’avait pensé, vu et validé dès les premiers tests. Par contre, ce que l’on n’avait pas prévu (et qui fonctionne très bien) c’est l’arrosage automatique, cause de panne sur certains joncs. Quand l’arrosage automatique se déclenche sur les joncs en lumière, les gouttelettes qui tombent sur le sommet de chaque jonc crée des mouvements sur la projection. Il y a un jeu de pluie très étonnant sur un plan d’eau inversé sous la sous face. C’est un heureux hasard, propre à l’art. Comme en peinture où un geste malheureux donne à l’inspiration d’aller plus loin. C’est très enthousiasmant d’assister à cela sur un projet que l’on a très profondément pensé. Il y a toujours un hasard heureux qui vient amplifier la chose et qui vient s’amalgamer à l’œuvre.

Heureux hasard ? C’est quelque chose que l’on retrouve dans la philosophie de Gilles Clément…

Hasard, il le dit souvent et si bien, mais contrôle. Il taille où il veut tailler et au moment choisi laisse proliférer certaines espèces mais laisse aussi la place à d’autres espèces qui sans aide se développerait avec difficulté. C’est ça le jardin en mouvement. Dans ce grand site où il fait ses expérimentations dans la Creuse, il regarde ce qui s’y passe mais sans coupe haie à la main ! En parlant de taille il a eu beaucoup de problèmes à ce sujet au musée Branly. Il y eut des remaniements des équipes de travail. Certaines plantes qui étaient prévues n’ont pas été les bonnes essences. La terre n’étant pas bonne a été totalement changée l’année dernière. Il a fallu replanter les sujets.

Cela n’a-t-il pas perturbé l’installation ?

Ils ont tourné autour. Ce qu’il faut savoir c’est que dans tous les projets y compris ceux du marché public, un projet architectural ou un projet urbanistique, est conçu par phénomène d’appel ou d’offre, de concours, de sollicitation, de consultation, et par une certaine équipe. Il est extrêmement rare que l’équipe qui commande soit celle qui va faire fonctionner le musée. Parfois cette nouvelle équipe s’aperçoit qu’elle n’arrive pas à maintenir les choses comme il le faudrait, que ce n’est pas pratique, que cela ne va pas… Alors elle décide de tout revoir. Il faut pour cela être vigilant, retourner expliquer, refaire la traduction de notre travail, séduire à nouveau les personnes pour leur faire comprendre à quel point il est important qu’elles ne fassent pas telle ou telle chose, leur dire que nous sommes prêts à les aider en cas de problème. Toutes les conditions sont réunies pour causer problème: un projet prématurément ouvert, un projet très retardé pour des raisons politiques, financièrement de plus en plus rétréci, et ensuite la mise en route d’une équipe de fonctionnement qui n’est pas tout de suite la bonne. Plusieurs directions se succèdent depuis 2006. La terrasse qui devait être ouverte au public sera ouverte, mais quand… ? Aujourd’hui heureusement le directeur technique, Christian Guionnet, est un défenseur ardent de l’œuvre et du jardin dont nous sommes encore les propriétaires intellectuels.

Il semble que la fondation EDF, est participé au projet pourriez-vous m’en parler ?

EDF à l’installation de lumière, et GDF à l’installation du jardin. Le projet était en adéquation avec leur fondation, notamment l’espace Electra. Le budget initial ayant principalement servi à l’architecture, l’installation et le jardin n’auraient pas été possibles sans sponsors partenaires du musée. Tout ce qui est finition, finalisation d’un projet, se trouve souvent très en danger pour pouvoir être réalisé. Comme nous arrivons en bout de chaîne cela est source de complications. Nous sommes les derniers ; derniers car on ne peut rien faire tant que tout n’est pas fini et parce qu’on pourrait considérer cela comme superficiel. Il faut se battre. J’ai entendu des propos aberrants. Un an et demi avant la fin du chantier, pour certains, qui avaient peur du vol, cela ne pouvait se résoudre qu’avec un gros projecteur qui éclairerait le musée comme un stade. Aujourd’hui ma prise de position, sur cette notion de lumière tapie dans l’ombre, est enfin adoptée. Pour le jardin, les mêmes problèmes se sont posés : il aurait fallu faire une grande place afin que la circulation du public soit plus pratique.

Cela a-t-il déterminé le choix des matériaux ?

Il faut trouver des solutions, répondre à ces contraintes en étant malin, et contourner les barrières. Au départ, on part dans l’esprit d’un concours avec une grande ouverture d’esprit. C’est comme si on vous disait : « Vous allez partir sur une course en terrain plat avec le sol parfaitement bien drainé ». Dès que l’on a gagné le concours on vous met des haies à sauter. Il faut passer toutes les haies, et plus on avance plus elles sont hautes.

Créer un jardin ouvert au public est-il une forme de citoyenneté?

La notion de jardin, de circulation, d’un endroit ouvert qui change de nos squares fermés par un gardien comme dans les années 60, est une vraie problématique de la notion nocturne du paysage. D’ailleurs c’est fermé mais ouvert à la vision. Il faut se rappeler que les riverains étaient contre ce projet. C’était difficile mais cela ne m’a pas mis en danger plus que cela. Jean Nouvel a eu beaucoup de problèmes avec les riverains, des lettres, une association… Ces gens habitués au terre plein face à la Seine ne comprenaient pas ce qui allait se passer là. Depuis, ils ont changé d’avis, ils sont ravis, ils ont vue sur un jardin. Des habitants m’envoient des photos, même des poèmes. Ils avaient besoin de voir. C’est le grand problème de toutes les installations contemporaines. Je parle des personnes qui interviennent dans la vie des gens et non pas de celles qui vont là où on les autorise (les galeries ou les centres d’art). Je parle des gens qui sont artistes et impliqués dans le quotidien : s’il y a un caractère d’avant-garde, c’est tout de suite un tôlé ! Les colonnes de Buren en sont la démonstration.

Pourquoi marquer l’arrivée des visiteurs, qui s’attendent à des œuvres ancestrales, par une œuvre d’art contemporaine ?

Lorsqu’on est visiteur grand public : il faut se laisser porter. Or cette installation le transporte tout de suite dans une nature (dans tous les sens du terme d’ailleurs), dans un état d’esprit, dans une façon de voir. Et la conception même de Jean Nouvel est là : on pénètre dans un jardin. Un grand territoire est donné au végétal, à la forêt, enfin, disons plutôt à un jardin qui n’est pas ornementé. C’est un jardin qui a une résonnance avec la nature, celle d’avant l’apparition de l’homme. Ce n’est que de la symbolique mais la symbolique de notre temps. C’est pourquoi j’ai fait un lac d’eau de lumière. On ne pouvait pas faire un vrai lac, avec cinq étages de parking en dessous. Il y avait déjà assez de difficultés avec la Seine à côté. Il y a plein d’aspects qui font qu’une création peut prendre du sens avec des aspects contraignants. Nombre de contraintes ont même guidé le format de la toile, la nature même de la couleur : les artistes en ont fait des choses géniales. C’est pourquoi je suis très polémique sur la notion d’art contemporain aujourd’hui, car il semblerait que seul l’artiste à travers le marché aurait la liberté de créer. Certains sont mêmes estampillés « art contemporain ». Si je prends les choses au premier sens du terme les artistes contemporains sont des artistes vivants, qui travaillent de nos jours : c’est ma vision de l’art contemporain.

Les œuvres d’arts présentées comme « premières » peuvent aussi bien être du XVe siècle que contemporaines y aurait-il une confusion des temps au Musée Branly ?

Je ne suis pas le mieux placé pour parler des scientifiques qui en ont décidé ainsi. Je sais seulement que le cahier des charges donné à Jean Nouvel était très lourd : il faut être un génie pour extraire de ce cahier des charges des réponses. Pour le jardin on m’a parlé de flux, de circulation du public, d’éclairement, du luxmètre. Ce sont des normes qui sont régies par des influences qui n’ont rien à voir avec l’art et rien à voir avec le sensible. On guide vers des orientations. Le jardin aurait du être un grand champ de graminées.

Comment expliquer l’obscurité omniprésente dans les collections du Musée Branly, alors que vous travaillez sur les contrastes ombre et lumière ?

Je n’ai pas voulu m’occuper de la lumière intérieure du musée. Je ne fais pas de muséologie parce que c’est aussi important et aussi spécifique. L’obscurité était dans le cahier des charges. Il faut se rappeler des débats avant la création du musée des collections éparpillées au Musée de l’Homme, de la Porte dorée, au Louvre… Ce n’est pas seulement la volonté de Jacques Chirac. Ça c’est passé dans ces bureaux, ses alcôves, avec ces experts aux avis très divergents qui par consensus définissent un cahier des charges : monter beaucoup d’œuvres mais pas trop, pas de lumière du jour qui pourrait atteindre les œuvres trop précieuses, qui doivent être à la fois protégées mais vues…

On reproche au musée sa théâtralité, ne pensez vous pas Yann Kersalé que votre installation y contribue ?

L’obscurité dans le jardin n’a rien à voir, c’est plutôt un jeu d’ombres et de lumières, une ambiance d’allée. C’était volontaire qu’il n’y ait pas de lumière outrancière dans le jardin. En adéquation avec le travail de Gilles. Ce mélange était d’ailleurs beaucoup plus présent au début quand la végétation n’avait pas encore prise toute son ampleur. On a composé Gilles et moi, avec les gens qui s’occupent du paysage et de la lumière, de tenir le projet tel qu’on l’avait pensé. La végétation a poussé, la lumière, elle, ne pousse pas. Si la végétation pousse par-dessus la lumière ça ne marche plus. Evidemment il y a de l’élagage, ou plutôt de la coupe chirurgicale, de la taille comme l’on coupe les cheveux pour qu’ils revivent encore mieux, mais pas partout. Tant qu’il n’y a pas le public on peut aller très vite pour faire les choses. Mais à partir du moment où en juin 2006 le musée a été inauguré, les finitions n’ont pu être faites qu’une fois la semaine (et 52 jours par an pour achever le travail, c’est peu).

Que penser du travail de médiation dans le jardin lors des expositions temporaires ? Vous demande-t-on votre avis quand on intervient dans le jardin ?

On a toujours dit que c’était normal à partir du moment où l’on ne rase pas tout. Il faut savoir que c’est un lieu public. C’est de la responsabilité de l’artiste, de faire en sorte que le lieu ne soit pas engoncé dans des précautions telles qu’on ne puisse rien faire dedans. Aujourd’hui un grand musée est obligé de compter sur le soutien de sponsoring, de mécénat. Et il y a toujours une contre partie. C’est normal de laisser le lieu vivre de façon très ponctuelle et éphémère, même si c’est de nombreuses fois dans l’année. C’est l’état éphémère d’un lieu du quotidien qui se transforme pendant quelques heures. J’ai toujours dit que j’étais prêt à venir pour conseiller. Mais je n’ai pas du tout envie d’être censeur de tel ou tel autre créateur. Il y a même un théâtre de verdure qui a été créé. Ce n’est pas pour empêcher les gens d’aller dans le jardin puisqu’il y a des gradins. Si quelqu’un avait quelque chose à proposer cela ne me dérangerait pas que l’on éteigne tout le temps de cette installation éphémère.

L’igloo, la patinoire installés pendant l’exposition Upside down, ne vous gênent-ils pas?

Cela ne me dérange pas si c’est éphémère. Ce qui m’intéresse c’est la durée avec cette lumière au quotidien. Je préfère cela aux guirlandes de Noël. Après, ce n’est pas forcément nécessaire de mettre un igloo pour une exposition sur les Inuits. C’est sans doute une question de mécénat. Mais on ne m’a pas demandé mon avis, sinon j’aurais sûrement dit « ne mettez peut être pas les choses ici en plein milieu ». Ils auraient pu mettre l’igloo sur la terrasse du café jardin (mais ils ne pouvaient surement pas puisque c’est devenu un espace semi-privé), ou dans l’endroit qui sert de fumoir c’est-à-dire dans une des clairières qui ont été formées.

Alors nous ne sommes plus vraiment dans l’évocation ?

L’igloo, c’est un peu n’importe quoi. C’est sans doute pourquoi ils ne m’en ont pas parlé.
Si on vous proposait de travailler la scénographie, non pas au sein même de l’exposition, mais au sein du jardin pour un événement temporaire…
Ça pourrait m’intéresser. Cela dépend du projet. Il faudrait qu’on me donne les moyens de faire quelque chose de bien, car souvent la lumière est en dernier dans les priorités. Dans ce cas mieux vaut laisser le jardin tel qu’ il est. Mais il y a différentes sortes de scénographie : celle des thématiques du musée et celles où souvent le musée n’est que réceptacle et non pas producteur. Le musée alors ne décide pas : il loue les locaux. Cela marche comme la programmation de spectacles dans un théâtre. Le théâtre ne produit pas tous les spectacles. Il y a les grandes expositions du quai Branly qui sont fomentées par le musée, et celles où il reçoit une exposition déjà existante. Dans ce cas la scénographie est ou remaniée par le musée ou complètement établie par d’autres.

Etait-il important d’intégrer un espace jardin dans le musée, Yann Kersalé?

Ce qui est important c’est que ce musée soit fréquenté très souvent, et non par la clientèle habituelle du musée. Cela va peut être changer avec le temps, mais c’est un public assez fidèle, plutôt de la région parisienne, contrairement à d’autres musées, davantage fréquentés par les touristes. On s’est aperçu aussi qu’il y avait un pic de fréquentation en fin d’après midi. Cela confère alors à mon installation une sorte de rôle « magique ». Il y a toute une mise en scène de l’approche. On pénètre dans le jardin de jour avec une perception peu visible de l’installation, on fait un tour dans le musée (en général pendant deux heures), et à ce moment là, on sort, il fait nuit ! Et en sortant on tombe sur ce qu’on n’avait pas vu en arrivant. On appréhende un espace qui a complètement changé. Les visiteurs sont perdus. Après deux heures de rêves, de visions, d’objets qui les ont transportés, en cet instant ils arrivent de nouveau dans le jardin.

Peut-on rêver dans ce jardin ?

Un jardin dans une grande ville comme Paris est un endroit de paix, de calme, de sérénité, de pensée, de relaxation… Et pas seulement dans notre pays. Dans le monde entier beaucoup de parc sont vécus comme tels. Si c’est très grand, cela sert beaucoup aux joggers, plus tard dans la nuit à d’autres habitants plus marginaux… C’est un lieu à part dans la ville. Ce qui a toujours été frustrant pour moi c’est que beaucoup de parcs à Paris sont fermés, pour des raisons de sécurité. Il y a des parcs magnifiques dans Paris qui pourraient, au moins un petit temps dans la nuit, exister. Ne serait-ce que quelques heures. J’ai déjà imaginé de vieux parcs mis en lumière, pas de manière tonitruante mais une lumière douce et calme qui créerait une forme de parcours géopoétique dans le jardin. Une sorte de nocturne (pas forcément tous les jours de la semaine). Certains parcs pourraient alors exister du crépuscule jusqu’à une certaine heure de la nuit. C’est beau d’être dans un jardin le soir, surtout lorsqu’il fait doux et chaud. C’est un lieu où l’on peut être en dehors du brouhaha de la ville

Yann Kersalé, et si l’on vous proposait de créer une installation dans un autre jardin de musée…

C’est quelque chose que je ferais volontiers. Je signerai dès demain.

 

Un grand merci à Yann Kersalé de m’avoir reçu chaleureusement et répondu sans langue de bois. C’est rare, à l’heure où les artistes d’art contemporain se transforment en pop star, de trouver autant de simplicité et générosité! 

L'ô yann kersalé musée du quai branly

© images provenant du site de l’artiste http://www.ykersale.com/

DEPOSEZ UN PETIT MOT DOUX

Votre adresse mail ne sera pas publié

You Might Also Like

Here you can find the related articles with the post you have recently read.