Musée picasso Ecriture Signature de Picasso

Le (nouveau) musée Picasso

Visité il y a quelques années, la curiosité m’a poussée à découvrir ce que ce célèbre musée Parisien était devenu après de longs travaux. Il a fallu jouer de patience car lors de son ouverture, la foule était au rendez-vous. Maintenant que le temps a passé, qu’il fait beau, c’est le moment parfait pour le (re)découvrir.

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Le musée Picasso, c’est d’abord ce très bel hôtel particulier: l’hôtel Salé. Celui-ci a été construit au XVIIe siècle pour le percepteur des gabelles (taxes sur le sel), Pierre Aubert. On retrouve le style mazarin dans l’architecture combinant formes nouvelles et héritage de François Mansart (à qui l’on doit par exemple le musée Carnavalet). La cour intérieure par laquelle les visiteurs accèdent au musée est pleine de charme. Mais le plus beau est sans conteste le majestueux escalier qui vient d’être rénové.

Un an après la mort de Picasso, en 1974, le choix est fait d’y installer la dation qui fait de la France le premier pays collectionneur au monde de l’artiste. L’hôtel Salé est ainsi restauré par l’architecte Roland Simounet qui ajoute certains amènagements plus modernes s’inspirant de Le Corbusier, tout en conservant les parties historiques. En octobre 1985, le musée Picasso ouvre ses portes.

A partir de 2006, un nouveau chantier de restauration démarre. Il s’agit d’abord des façades et décors extérieurs, puis en 2009 de la partie XVIIe siècle (hall et grand escalier, mais aussi pavage de la cour). Cette remise à neuf est également l’occasion de revoir la circulation dans le bâtiment et les parcours de visites. 2014, le public s’empresse dans le musée dès son inauguration. Les files d’attentes sont interminables. Picasso de son vivant suscitait déjà cet engouement et cette curiosité.

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La visite des collections démarre avec La mort de Casagemas peinte en 1901. Ce jeune artiste était un ami très proche de Picasso. Parti d’Espagne avec lui, ils découvrent ensemble la vie de bohème et d’artiste à Paris. Les jeunes femmes légères aussi, dont l’une, Germaine (danseuse au Moulin Rouge) fera perdre la tête à Casagemas qui tentera de l’assassiner avant de retourner l’arme contre lui. Cette toile est forte. La trace sur la tempe laissée par la balle est bien visible. Ce choix d’oeuvre pour démarrer est surprenant car il va à l’encontre de l’idée que ce fait le grand public de Picasso. Cette toile est assez réaliste dans son dessin et les couleurs sont intenses.

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On continue avec des séries de portraits aux périodes mélangées. Le grand écart est impressionnant entre les toiles de la période bleue qui suivent justement la mort de Casagemas, où Picasso est jeune artiste sans le sou, et les toiles de la maturité où l’on reconnait le trait noir si célèbre formant les distortions des corps.

Un petit passage dans un espace consacré au corps féminin, source d’inspiration majeure. De la putain à l’amante, de la vieille femme malade à la jeune fille gracile, Picasso n’est pas dans une quête du beau mais plutôt d’une certaine forme de vérité, quite à choquer.

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On retrouvera à l’étage d’autres portraits de femmes, plus importantes encore pour l’artiste: sa femme (la ballerine russe Olga avec qui il mènera une vie plus bourgeoise), la tendre Marie Thérèse Walter et la piquante Dora Maar. Et de certains de ces amours passionnés sont nés des tableaux mais également des enfants dont Picasso fera le portrait.

Revenons au rez de chaussée, où le corps de la femme n’est jamais loin. On s’approche alors doucement des Demoiselles d’Avignon qui firent scandale grâce aux croquis et toiles préparatoires. Les statuettes de Nouvelle Calédonie judicieusement accrochées à côté nous rappelle le choc esthétique que fut pour Picasso la découverte des arts dits « premiers » et comment il s’en est servi pour trouver des solutions à la fois en peinture mais aussi en sculpture. Car la collection Picasso regroupe aussi bien les toiles, que les croquis, les dessins, et les sculptures. Picasso est un touche à tout!

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Sans surprise, les toiles de la période où Picasso expérimente le volume avec Braque sont exposées également. La période cubiste est un moment majeur de l’histoire de l’art, avec cette volonté de peindre le réel sous toutes ses facettes. C’est dans cette idée que pour la première fois un artiste introduira le collage dans une toile. Pour Nature morte à la chaise cannée en 1912, Picasso colle une toile cirée imitant le cannage d’une chaise afin d’ajouter du réel à la composition. C’est un geste fondateur. Une violation du statut sacré aussi de la toile, salie ici par une matière commune, vulgaire. Bien plus tard, les artistes du pop art sauront s’en rappeler. Notons tout de même qu’ici les formes voluptueuses des nus féminins se retrouveront dans les courbes des guitares.

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Picasso traverse les courants, s’en imprègne. On retrouve toujours dans ses oeuvres sa pâte pourtant, mais il est clairement influencé par ce qui l’entoure, ce qu’il voit, ce qui le touche. On trouvera ainsi des toiles de sa période surréaliste mais aussi des peintures inspirées par l’horreur de la guerre civile espagnole.

 

Enfin, comment ne pas parler du thème récurrent du taureau. Le premier petit tableau à l’huile de Picasso était une corrida. Toujours il gardera cet amour pour ce spectacle violent et fascinant , héritage de sa patrie l’Espagne. Installé en France à la fin de sa vie , il se rend régulièrement dans les arènes pour encourager ses matadors préférés. Le taureau revient sans cesse au fil de la visite. Que ça soit sous la forme d’une sculpture faite d’un selle de vélo ou de dessins très graphiques et effrayants traduisant le thème mythologique du minotaure.

La visite s’achèvera avec les sources d’inspirations, notamment Cézanne. Le lien des artistes présentés avec Picasso n’est pas toujours évident, ceci dit cela ne fait jamais de mal de voir quelques Renoir, Derain, ou Chardin. Peut être que davantage que dans le style, c’est dans les thèmes explorés qu’il faut chercher (Baigneuse ou nature morte par exemple).

Vous l’avez compris. Un bâtiment superbe pour une collection exceptionnelle. Même si il y a sans doute des progrès à faire pour les circulations et explications (je n’ai vu aucun médiateur), c’est sans aucun doute un lieu à voir! J’avais aussi le souvenir de toiles de Francis Bacon très rouges, magnifiques mise en parallèle de la distortion chez Picasso. Un choc esthétique. La première fois que je voyais des toiles de Bacon. Je ne les ai pas vu. Ont-elles été vraiment là un jour ou ma mémoire me fait-elle défaut? Mystère!

 

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