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L’atelier Brancusi

Quand on se rend dans le quartier des halles ou que l’on va au centre Pompidou, il y a un endroit que l’on pense peu ou pas à visiter, et c’est bien dommage. Il s’agit de l’atelier de Brancusi.

Artiste majeur du 20e siècle, né en 1876 en Roumanie, c’est à Paris qu’il investit des ateliers jusqu’à sa mort en 1957. L’année précédente, il avait légué à l’état français son atelier du quartier Montparnasse avec tout ce qui s’y trouvait: meubles, recherches, oeuvres en cours ou achevées… L’espace et notre perception de cet espace étant les éléments les plus importants de son travail (notamment avec les fameuses Colonnes sans fin), l’architecte Renzo Piano a cherché à transmettre l’ambiance et les rapports d’échelle entre les oeuvres (qui créent une unité) d’avantage que de reconstituer en détail l’atelier. En effet dans les années 50, Brancusi a du mal à laisser partir ses oeuvres pour les vendre. Lorsqu’il en cède une, il la remplace par son plâtre pour ne pas rompre l’équilibre entre les formes. Mais aussi pour préserver les correspondances entre les matières. Si le plâtre, remplace le marbre vendu il n’en a pas moins d’importance.

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Chaque matériau chez Brancusi a sa vie propre. Une vie qu’il va révéler par un travail de taille et de polissage qui rompt avec le modelage de la sculpture traditionnelle. Si les thématiques s’inspirent encore de la mythologie (Leda, La muse endormie, Prométhée, Danaïde, Fontaine de Narcisse) ou du réel avec tout un bestiaire ( L’Oiselet, L’oiseau dans l’espace, Le poisson, Le coq, Le phoque) et des portraits ( Tête de femme, Tête d’enfant endormi, Mlle Pogany, Madame Eugène Meyer JR…), c’est par le traitement de la matière et la forme que Brancusi réinvente la sculpture.

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Cela lui causera d’ailleurs bien des soucis avec la douane New Yorkaise en octobre 1926. En effet, 20 sculptures dont L’oiseau dans l’espace arrivent de Paris par bateau pour une exposition. La douane intercepte l’ensemble et refuse de considérer les oeuvres comme objets d’art car elles ne sont pas des représentations. Si les objets ne sont pas des oeuvres, elles sont des marchandises (objets en métal manufacturés) et l’artiste doit s’acquitter d’un droit de douane de 40% de leur prix de vente. Brancusi s’en mêle, la presse aussi, et la douane libère provisoirement les sculptures sous l’étiquette  » D’ustenciles de cuisine et matériel hospitalier ». Finalement un procès aura lieu, et les juges se prononceront en faveur de l’artiste:

« L’objet considéré (…) est symétrique et beau dans sa forme, et bien que l’on puisse avoir quelque difficulté à l’associer à un oiseau, il est néanmoins plaisant et très ornemental et, comme nous tenons la preuve que c’est la production originale d’un sculpteur professionnel et que c’est en fait une sculpture et une œuvre d’art selon les autorités auxquelles nous avons référé ci-avant, nous soutenons la réclamation et trouvons qu’il le droit d’entrer sans payer de droits.

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On comprend mieux suite à cette anecdote l’importance de Brancusi pour la sculpture mais aussi pour l’art contemporain qui s’interroge énormément sur la question de l’espace notamment via les installations. Visiter l’atelier c’est donc prendre le temps d’observer ces liens entre les formes et leur environnement. Brancusi c’est d’ailleurs appuyé sur la photographie, et avec Man Ray notamment, pour fixer les compositions mais aussi pour voir l’impact de la lumière sur ces oeuvres pour créer des vibrations de la matière.

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Donc la scénographie du lieu , vous l’aurez compris, comprend les photographies mais aussi l’espace même de l’atelier avec les outils et les oeuvres, comme si Brancusi veneait de quitter la pièce. Pour préserver l’atelier, le visiteur déambule autour et le contemple via des baies vitrées. Je ne vais pas vous mentir, on a envie de les briser pour rentrer à l’intérieur mais du moins c’est cohérent avec le fait que l’assemblage des sculptures et outils dans un même espace fait oeuvre à part entière. J’ai aimé aussi le jardin qui fait un sas avec la ville.

Un tout petit lieu plein de charme au coeur de Paris à découvrir sans plus tarder sur la piazza du centre Pompidou. Et en plus c’est gratuit !

 

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