La médiation culturelle c'est quoi

Dis, c’est quoi un médiateur culturel?

Ça faisait très longtemps que j’avais envie d’écrire cet article. De prendre ce risque de me livrer un peu ici pour parler de mon métier. Allez!  Je me lance!

Bon par quoi commencer?

Je vais peut être d’abord vous dire ce que je répond lorsque je suis en plein exercice de mes fonctions et que quelqu’un s’approche de moi et voit écrit sur mon badge MEDIATION.

Médiation? drôle de mot dans un musée. Très vite les gens pensent aux mėdiateurs sociaux et pensent que l’on est là pour gérer des conflits. Non ce n’est pas du tout le propos.

Un médiateur culturel n’est pas un médiateur social, ce n’est pas non plus un guide touristique, un enseignant , un gardien ou un guide conférencier. Ça peut être un peut tout cela à la fois.

Un médiateur culturel est chargé de faire le pont entre une oeuvre, un artiste et le public. L’idée est d’entamer un dialogue avec le visiteur pour découvrir ensemble une oeuvre. Un temps d’observation et de description est souvent nécessaire car dans cette culture du zapping le public jette souvent un rapide coup d’oeil sans prendre le temps de regarder vraiment, ni de s’interroger sur ce qu’il voit. C’est pourquoi le terme de médiateur vient à propos, surtout quand on parle d’art contemporain. Le public se sent parfois mis à l’écart, voir ridiculisé par l’artiste avec une oeuvre conceptuelle. Dès lors le médiateur donne quelques clés qui permettent de comprendre le sujet. Un dialogue s’instaure entre l’oeuvre, le visiteur et le mėdiateur. Le spectateur devient acteur, partage ses ressentis, ses experiences aussi. Le médiateur en profite pour rebondir et en dire un peu plus sur l’oeuvre et l’artiste, ou ressituer aussi dans un contexte plus large d’histoire de l’art. Dialogue. Echanges. Sourires. voila les maitres mots de la médiation: il ne s’agit pas uniquement d’être dans la transmission.

Et c’est là que ça se corse car le public est parfois très passif. Il a l’habitude de la conférence savante et aime le prémâché. Il est en weekend et n’a pas envie de se fatiguer à réflechir, c’est trop lui demander. Il a decidé avant de venir que l’art contemporain c’est de la m…. et rien ne pourra le faire changer d’avis. Il a fait la queue 3 heures pour rentrer dans le musée et veut vous le faire payer.

Dans ces cas là, pas grand chose à faire. Un joli sourire, une parade et hop le médiateur tirera sa révérence à Monsieur et Madame Grincheux pour se diriger vers ce groupe d’adolescents qui s’esclaffe là-bas et qui représente un joli défi.

Bon concrètement, ça fait quoi un médiateur?

Il y a plusieurs formes de médiation. Lorsque l’on prend un groupe en charge, il s’agira d’avantage d’une visite type visite guidée traditionnelle mais que l’on essaiera de rendre la plus vivante possible en faisant participer le groupe. On peut aussi parfois être amené à faire des visites moins conventionnelles, notamment pour les enfants. Les médiateurs specialisés jeune public font parfois des visites contées, musicales ou avec des ateliers . Vous l’aurez sans doute compris si vous me suivez depuis un moment: ce sont les moments que je préfere.

Enfin, il y a la « médiation postée ». Et ça c’est peut être le plus difficile. A plusieurs points de vue. Il s’agit pour le médiateur d’être dans une salle pour répondre aux questions des visiteurs et ensuite entamer un dialogue avec eux. Et ça peut vite devenir l’enfer.

Pourquoi? Dejà parce que le public ne vous identifie pas. Si certains lieux proposent des tenues spécifiques, d’autres donnent des uniformes casi semblables à ceux des agents de sureté ou agents d’accueil, ou alors pas de tenue du tout mais un simple badge. Donc au lieu de parler de la relation de PIcasso avec Dora Maar vous vous retrouvez à indiquer les toilettes ou à expliquer gentiment que non votre fonction n’est pas de réparer l’audio guide puisque c’est vous le guide.

Et si on nous identifie quand même? Et bien cette personne est un médiateur, oui mais c’est quoi un médiateur? On en revient à notre point de départ. Le grand public ne connait pas notre métier et vient presque s’excuser de nous poser une question quand il en a une. Alors vous restez l´âme en peine dans la salle, à regarder les gens qui lisent les cartels, écoutent l’application sur leur smartphone, lisent la brochure, jouent sur les ipad prêtés parfois et vous vous dites que la concurrence de tous ces outils est bien déloyale. Que faire?

On s’arme d’énergie. On y va. On fait du « raccolage » . Et comme dans tous les métiers où vous êtes au contact des autres ça prend ou ça ne prend pas. Et quand ça prend c’est juste magique!

Vous venez d’avoir un très bel échange. Vous êtes heureux. Vous avez accompli votre mission.

Et là en une sule et unique réplique, votre interloccuteur vient vous casser le moral.  » Et sinon, vous faites quoi comme ėtude?  » Tu as tres envie de lui repondre :  » Mais ca fait 20 minutes que je te parle d’une oeuvre, ne crois tu pas qu´il faut de sacrés bagages pour faire ça. »

Non! médiateur culturel ce n’est pas un job d’étudiant mais un vrai métier! Je ne sais pas pourquoi mais le public ne nous pose cette question que lorsque l’on est en médiation postée et jamais en visite. La qualité de nos interventions elle pourtant ne diminue pas.

Mais la méprise est facile, et les hauts lieux culturels sont les premiers à en jouer. Plutôt que de rémunérer à juste titre des personnes diplômées, ils préfèreront souvent faire appel à des stagiaires ou pire faire des offres de service civique. Stagiaire, c’est bien comme cela que j’ai commencé pour plusieurs grands lieux parisiens et événements. Làchėe sur le terrain dès le premier jour bien souvent je n’appelerai pas vraiment cela des formations. Puis vacataire pour finir mes etudes. Aujourd’hui j’ai un double diplôme (d’arts plastiques et d’art thérapeute) mais cela me plait beaucoup de voir la multiplicité des parcours de mes collègues, ce qui montre toute la richesse de ce métier. Il a fallu ce battre pour avoir un poste fixe. J’ai multiplié les vaccations et CDD payés au lance pierre mais ça n’a pas entamé ma motivation.

Aujourd’hui la situation est loin d’être idyllique, je suis aphone d’avoir enchainé trop de prises de paroles, mais jambes sont meurtries d’etre restée certains jours 10h en salle, parfois jusqu´à très tard. Mais lorsqu’une petite fille vient m’apporter un bouquet de fleurs fraichement cueillies ou que je trouve dans un livre d’or un gentil mot ou un dessin pour me remercier , la tout revient, je sais pourquoi je fais ce métier. J’ai gagné ma journée.

Alors si dans une salle de musée vous voyez un médiateur un peu chancelant sur ses jambes, le regard un peu triste. Allez le voir. Demandez lui de vous parler un peu d’une oeuvre. Même si il s’agit d’un artiste que vous connaissez deja un peu. Vous risqueriez d’être surpris, et lui sera ravi d’échanger avec vous. Tous les jours nous nourissons aussi notre regard et notre discours de ces temps partagés avec vous amis visiteurs.

Fleurs cueillies par un enfant

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