Say watt Gaité lyrique

say watt? sound system à la gaîté lyrique

    Voyage sonore aujourd’hui avec un petit tour en Jamaique mais aussi aux Etats Unis, en Angleterre et bien plus encore pour en savoir davantage sur l’histoire de la musique, et plus particulièrement du Sound System….

L’exposition débute sur le parvis où Tal Isaac Hadad, réalise une installation sur la façade : un totem mi végétal mi enceintes diffuse dans la rue l’interview qu’il a réalisé de l’un des descendants de Haïlé Sélassié Ier, dernier empereur d’ethipie (1974) , qui a lutté contre l’esclavage et que l’on connaît surtout comme le Jah sur terre chez les rastas, le défenseur de la foi rastafari:  « Dans  cette oeuvre, je diffuse un entretien-portrait de SAI PrinceYokshan Makonnen, arrière-petit-fils d’ Hailé Sélassié, dernier empereur d’Éthiopie. J’ ai realisé cet entretien comme une interview….  l’ idée était de faire echo à la mystique de la culture sound system et reggae… « 

La suite de l’exposition nous entraîne au coeur de l’histoire du  Sound System, c’est à dire de systèmes de sonorisation utilisés lors d’une fête ou un concert. On pense bien sûr, comme plus haut à la musique reggae en Jamaique comme dans les années 50 dans les ghettos de Kingston,mais le parcours nous emmène dans d’autres ères géographiques et temporelles . On découvre l’organisation d’une street party où le dj munissait un camion d’un générateur, de platines vinyles, de hauts parleurs… C’est ce système de diffusion du son qui est au coeur de l’histoire du r&b, du ska, du ragga, ou encore du raggamuffin. C’est cette idée de diffusion du son dont s’est inspiré le projet citoyen Tchic boom boom avec un vélo customisé, équipé d’une sono et de vinyles. Une vidéo dans la petite salle témoigne de l’émigration de  jamaïquains en Angleterre, l’importance de la musique pour garder ses racines, construire son identité. Le carnaval de Nothing Hill fait ainsi partie intégrante du développement de la  musique urbaine britannique.

On fait également un saut dans le temps fin 80, en France, dans une ambiance de squat, avec  chaîne hifi et les premières rave party.

Le point commun entre toutes ces installations: la prédominance du son bien sûr et le culte dédié aux enceintes assemblées entre elles comme un mur, à la façon d’un totem pour lequel on entretient un profond respect.

Autre particularité, le caractère éphémère des évènements et la perpétuelle évolution des morceaux. Les dubplates utilisés lors de ces fêtes étaient ainsi des disques produits en un seul exemplaire, enregistrés à la va vite. Ils étaient ensuite envoyés aux dj par les producteurs pour tester leur  popularité et les réactions du public avant grande diffusion.. Les organisateurs se battaient pour les meilleurs dubplates qui participaient à l’image d’un lieu. Le public venait  car tel dj détenait l’ exclusivité d’un morceau (par exemple des Wailers). Il y avait donc une réelle compétition entre les dj qui  poussaient les enceintes au maximum, tentaient de passer les meilleurs sons,des titres inédits pour gagner le plus popularité: c’est le début des battle. On assimile aujourd’hui les dubplate au spécial, une production exclusive pour un sound system. Ce système  permet au dj de développer son style musical en créant un son qui lui est propre. Au départ les dj faisaient des variations en prenant comme point de départ les chansons traditionnelles jamaïquaines ensuite ils ont commencé à faire des remix.

Nous l’avons vu, les enceintes sont devenues un symbole, une icône de la culture sound system. On les retrouve également dans les autres arts de rue comme dans les graff. On retrouve d’ailleurs l’esthétique des graff, des bd, ou encore des cartoon que l’on retrouve dans les pochettes de vinyles de l’artiste Limonious.

Aujourd’hui il n’est pas rare de voir ces murs du son ou des ghettos blasters (chaines hifi portatives des années 80) dans les clips de rap ou de hip-hop.  De nos jours encore les guetto blasters sont des symboles visuels, imprimés comme des logos sur des t-shirts, des affiches, transformés en sac à main ou encore customisés par des artistes, comme ici avec le collectif block painters) . Porter le son dans la rue, c’est une affirmation identitaire, une façon de prendre le pouvoir,  ou de s’approprier un lieu public… Lorsqu’on voit certains jeunes écouter la musique dans les transports depuis leurs téléphones portables sans utiliser d’écouteurs mais en faisant profiter tout le wagon, on pourrait se dire que c’est une attitude qui découle de cette histoire là.

Pour revendiquer cette appartenance, certains n’hésitent pas à bidouiller, à fabriquer des sounds systems fait de bric et broc, ou comme dans l’exposition avec Dub iration des enceintes en cartons et customisées avec l’aide de graffeurs, ou encore l’empilement de bibliothèques billy d’ikea, détournées en totem d’enceintes (faisant ainsi référence à la société de consommation, la standardisation, la récup, ou encore le diy).

On est donc passé d’un art de rue à une forme institutionnelle. On pourrait ainsi, comme pour le graff, s’interroger sur le fait qu’aujourd’hui ce system dédié à la rue soit exposé dans un lieu culturel.Le DJ est lui aussi devenu  personnage de la pop culture.

Mais le son c’est aussi la résonance, les vibrations, sentir la musique dans son corps. On peut alors s’amuser dans l’igloo d’enceintes qui se transforme en cabane de création où l’on peut jouer avec des micros sur les onomatopées, le feedback, le larsen. Cela nous montre bien l’importance de la performance et du live: le record ne suffit pas, faire vivre une musique c’est aussi l’inscrire dans une temporalité et un espace. On ne vivra pas pareil la musique d’un concert acoustique, d’un zénith, ou d’une scène de festival.

La dernière partie de l’exposition aborde le son comme arme politique. L’installation radar prend comme point de départ le livre Le son comme arme de Juliette Volcla. Le son utilisé a déjà servi comme instrument de torture, notamment lors d’expérience lors de la seconde guerre mondiale: violence d’un son fort, malaise face au silence absolu (perte de repères, temps et espaces). Il peut également avoir un usage militaire et politique avec la diffusion de propagande dans la rue par des hauts parleurs . Le son est d’ailleurs le système d’alarme qui nous conditionne et annonce un danger: on peut penser aux alarmes de sécurité, d’incendies mais aussi aux sirènes des voitures de polices, des ambulanciers ou des camions de pompier.

A londres des dispositifs sonores ont ainsi été installées pour dissuader les moins de 20 ans de sortir après un couvre feu.

Le son devient ainsi une arme politique. On peut également se référer au chant comme hymne identitaire, appartenance à un groupe (communauté sportive, stade de foot) ou encore se rappeler que de tout temps la musique sous forme d’ hymne populaire a servi une revendication (marseillaise, carmagnole, slogans dans les manifestations…).

Le son devient une menace sournoise, qui envahit notre espace privé, il est intrusif. Il sert à l’espionnage en étant enregistré à l’insu des visiteurs dans le vestibule puis diffusé dans l’exposition par un radar sonic pivotant sur lui-même de façon inquiétante. Son créateur Mark Bain sort toujours d’ailleurs avec des boules kiès en cas d’attaque sonore. On frise ici la paranoïa!

On termine alors le voyage du son en s’interrogeant sur l’histoire d’une architecture: capter sa résonance c’est s’emparer de l’ histoire du lieu. Le spiritisme repose d’ailleurs là dessus… On connaît bien les récits sur les maisons hantées qui craquent, vibrent…

C’est dans cet esprit que le collectif soundwalk a effectué des voyages sonores, capturant les empreintes des lieux où ils se trouvent (Inde, New york par exemple). Dans la chambre sonore de la gaîté c’est une installation qui a été réalisée à Berlin  dans le club Berghain

Art of failure, dans le même état d’esprit a  mis en résonance l’architecture atypique de la Tour landmark Lausiker en Allemagne à l’aide d’infra-basse

Une exposition à découvrir cet été.. Pour en savoir plus, n’hésitez pas à consulter le site gaité live qui met en ligne tous les mardis des articles et interview pour prolonger l’expérience Sound System.

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