Artemisia Gentileschi

Artemisia, une peintre extraordinaire

Eléments biographiques d’Artemisia qui éclaircissent sa façon de voir le personnage de Judith 

Le thème de la femme sexuellement menacée par un homme revient fréquemment comme dans ses versions de Suzanne et les vieillards ou de Judith et Holopherne. Certains éléments biographiques de la vie de l’artiste permettent d’éclairer la récurrence de ce thème.

Artemisia perd sa mère jeune, ce qui n’est pas sans répercussion sur les événements de l’année 1611 ; Pour Parfaire ses connaissances en perspective, son père engage un ami et associé, Agostino Tassi. Celui-ci la séduit puis la viole et, pour continuer à avoir des relations charnelles avec elle, lui promet le mariage. Ce qu’il n’a pas révélé toutefois, c’est qu’il est déjà marié ; il tente de faire assassiner sa femme mais échoue. Plusieurs mois passent, puis Orazio Gentileschi, le père d’Artemisia , porte plainte contre Tassi. Comme les filles étaient les « possessions » des pères, c’était à lui de porter plainte, étant onné qu’il subissait un préjudice. Il en résultera un procès qui a été plus que les œuvres d’Artemisia, au cours duquel la jeune fille sera mise au supplice, procédure courante à l’époque pour prouver l’innocence de la victime. On lui enserrera les doigts dans des entrelacs, torture qui aurait pu avoir pour conséquence de la priver de l’exercice de son métier.

Au terme du procès, Tassi est condamné à l’exil  des états pontificaux. Mais ses protecteurs font révoquer sa sentence et Tassi continuera  à commettre vols, fraudes et à séduire les très jeunes femmes.
Le lendemain du prononcé de la sentence, Orazio marie sa fille à un peintre florentin et tous deux vont s’installer à Florence, sans doute pour fuir le scandale. En plus de subvenir aux besoins de la famille, Artemisia a quatre enfants pendant son séjour florentin dont trois mourront en bas âge. Le mari d’Artemisia se révèle être un irresponsable qui fait des dettes. On sait qu’elle ne vit plus avec lui lorsqu’elle est à Naples mais on ne sait lequel des deux à laisser l’autre, ni quand s’est produite la séparation. 
Plusieurs textes disgracieux sinon dégradant ont été écrits tout au long de la vie d’Artemisia et ont transmis au long des siècles une image de femme facile. Ces ragots ont été utilisés non seulement pour la discréditer en tant que femme mais aussi en tant qu’artiste.

Pour en revenir à l’oeuvre Judith décapitant Holopherne

Le récit biblique souligne à la fois la vertu et la ruse de Judith. Il en fait une veuve, donc une femme libre de ses mouvements et maîtrisant pleinement ses pouvoirs de séduction. D’autres versions picturales du thème feront de Judith une séductrice maléfique, la rapprochant en cela de Salomé. La Judith d’Artemisia ne correspond pas à ce type. Elle est jeune, digne, concentrée et se fait assister par sa servante, qui est elle aussi jeune, ce qui est un changement par rapport à la tradition picturale. L’autre apport majeur  d’Artemisia est la collaboration active qui unit la servante et la maîtresse, (dans la Bible Judith agit seule même si elle remet la tête à sa servante une fois Holopherne décapité) sans parler du côté spectaculaire de l’égorgement qu’elle rend réaliste en s’inspirant du travail de Le Caravage. Le tableau suscite l’horreur de par le contraste entre l’élégance de Judith et son geste violent. Les jets de sangs et la plaie sont mis en valeur par la composition .Le but des tableaux de l’époque étaient en effet de jouer sur les contrastes. Alors que la plupart des peintres présentent Holopherne avec sa seule tête décapitée comme la victime d’une froide femme et cruelle, Artemisia Gentileschi en donne une interprétation toute différente. Chez elle Judith ne symbolise plus la « femme fatale », séduisante et imprévisible. L’homme est puni et déchu de sa puissance, mais l’artiste souligne également le pouvoir des femmes  lorsqu’elles unissent leurs forces.
La représentation de Judith, digne appliquée dans sa tâche meurtrière et non triomphante trouve écho dans la vie de son auteur. Pour finir nous pouvons montrer que cette artiste est un cas typique de dévalorisation des artistes féminines  aux cours des siècles : célébrée à son époque, elle a été progressivement déconsidérée jusqu’à ce que son œuvre disparaisse quasi complètement. Il est vrai qu’elle a souffert du discrédit dont tous les caravagistes ont écopé. Toutefois les préjugés contre les femmes sont puissant : Au XIXe siècle une de ses œuvres dont la signature est clairement visible a été attribuée au Caravage

Artemisia, une artiste à découvrir à partir du 14 Mars 2012
au Musée Maillol – Fondation Dina Vierny

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