Artemisia Gentileschi

Judith décapitant Holopherne

Après nous ête attardé hier sur l’histoire de Judith dans la bible, penchons nous aujourd’hui sur la toile effroyable et captivante, Judith décapitant Holopherne.


Analyse de la peinture 

Juste avant de partir de Florence, Gentileschi peindra le premier tableau de toute une série sur le thème de Judith et Holopherne.  Au XVIIe siècle, ce thème est populaire à la fois en littérature et en peinture dont Gentileschi donne une interprétation très personnelle.  Dans Judith décapitant Holopherne, elle met à profit le clair-obscur que Le Caravage  a mis à la mode et sa façon de resserrer l’action pour créer des images spectaculaires qui ont suscité l’admiration ou l’horreur selon l’époque. On assiste en direct à l’égorgement d’Holopherne qui se produit en tout premier plan. Dans d’autres tableaux intitulés Judith et sa servante (v. 1612, Florence, Palazzo Pitti et v 1623-1625, Détroit, Detroit Institute of Arts). Le meurtre est déjà commis. Judith et sa servante prêtent l’oreille à ce qui se passe hors de la tente. Le temps est suspendu, l’atmosphère est feutrée et la personne qui regarde a l’impression de participer à la scène.

Gentileschi choisit de placer la scène au moment le plus crucial, celui où Judith décapite Holopherne. Sa jeune servante l’aide avec vigueur en maintenant le général qui se débat et dont les traits sont déformés par la terreur. Contrairement à ce que l’on observe habituellement dans les œuvres traitant le même sujet, ni Judith ni la servante ne paraissent orgueilleuses ou triomphantes. Au contraire, elles paraissent déterminées et tendues et se concentrent sur leur tâche meurtrière. La tête d’Holopherne et les mains des femmes sont placées au centre du tableau. Quelques détails laissent présager qu’il y a eu une lutte au préalable. Gentileschi se limite à l’essentiel dans cette œuvre dont on peut noter la composition concentrique . Elle resserre le cadre de l’action – aucun des personnages n’apparaît dans sa totalité- et renonce à détailler l’arrière plan. Cette composition est dominée par l’épée au centre du tableau, symbole du crime pieux exécuté par Judith. L’intensité des clairs obscurs, la luminosité des coloris et la composition  centrée, très expressive, s’inscrivent dans la tradition caravagesque.  La dramatisation de la scène est accentué par l’éclairage violent des épaules d’Holopherne et des bras des femmes, au centre, et celui de la tête de Judith. Trois éléments au coloris intense se détachent du fond sombre : les manteaux des femmes, bleu pour Judith, rouge pour la servante, et le drap blanc, maculé de sang.

On peut observer qu’Artemisia Gentileschi a choisit d’accentuer l’humilité de Judith en faisant d’elle une femme pieuse telle qu’elle  est dans la Bible qui use de séduction par devoir. Elle n’est parée que d’un simple bijou discret en or, symbolisant la lumière spirituelle et la perfection. Dans la Bible en effet les bijoux et les vêtements luxueux symbolisent l’orgueil et la puissance, dont les femmes de Babylone se parent à outrance. Leur port étaient formellement interdits fors des périodes de deuil : « Le peuple entendit cette parole de malheur et pris le deuil, personne ne mit ses habits de fêtes » (Exode 33, 4-6) Ceci nous rappelle qu’au début du livre Judith a dû renoncer à ses vêtements de deuil pour choisir de sauver son peuple. C’est la première action pieuse qu’elle accomplit. De même afin de montrer son chagrin, on ne montrait pas ses cheveux en période de Deuil (Samuel, 19, 25). D’ailleurs en publique les femmes devaient se couvrir les cheveux d’un voile (1 Corinthiens, 11, 41). Ainsi on défaisait les cheveux d’une femme accusée d’adultère. Les cheveux restent associés à la femme pécheresse (comme celle qui essuie les pieds du Christ que l’on retrouve dans Luc ou Jean). Les cheveux de Judith sont ici pris dans l’obscurité néanmoins il n’en demeurent pas moins une marque de séduction qui contraste avec le turban blanc de la servante.

Par ailleurs le geste de la décapitation mis en valeur par la composition et le clair obscur place également Judith en tant que figure féminine héroïque: cet acte vise à tuer en coupant la tête, siège de la volonté et de l’esprit de celui qui l’on combat. L’épée renforce ce statut de Judith puisqu’ elle symbolise quant à elle la puissance active et combattante, la lumière de la connaissance triomphant de l’ignorance. Elle permet également de l’affirmer comme exécutrice de la parole et de la puissance divine. L’acte de décapiter devient alors une sorte de sacrifice pendant lequel Holopherne serait tué sur le lit _ sorte d’autel. Cet acte n’est peut être qu’une manifestation de la loi du talion que l’on trouve dans la Bible puisque cet acte sanglant n’est que le premier de la vengeance qui suivra ensuite.

A demain pour une étude du thème de la femme menacée en lien avec la vie d’Artemisia Gentileschi

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour haut de page