Voyage à giverny musee marmottan

Voyage à Giverny: Monet au musée Marmottan

En visitant l’exposition « Voyage à Giverny. De Claude Monet à Joan Mitchell. » au Musée Marmottan, nous pouvons contempler à loisir quelques œuvres faisant partie de la célèbre série à laquelle Claude Monet a consacrée sa vie : Les Nymphéas . Les toiles de Monet sont confrontées aux œuvres d’artistes ayant suivis les pas de l’impressionniste comme Joan Mitchell, Ellsworth Kelly, Will Cotton ou encore Eric Wolf. C’est au cours d’une promenade que Monet découvre Giverny en 1883. « Je suis dans le ravissement, Giverny est un pays splendide pour moi ». Il achète une propriété où rapidement le jardin devient le centre de ses préoccupations. Même à distance, il charge ses lettres de recommandations au jardinier. Chaque floraison est pensée en fonction des tableaux à venir. Dans les années 1960, le fils de Claude Monet lègue l’ensemble hérité de son père au Musée Marmottan Monet, fondation de l’Académie des Beaux-Arts. Dans les années 1970, la résidence et les peintures de Monet sont méticuleusement restaurées. Au printemps 1971, les oeuvres sont présentées au Musée Marmottan. L’ouverture de la maison et des jardins au public est plus tardive puisqu’elle a lieu en mai 1980. En montant l’escalier qui nous conduit dans l’univers de Monet à Giverny, notre regard s’attarde déjà devant les quatre étangs bleus peints par l’impressionniste. Le voyage commence dès cet instant. Dans la première salle à droite, on découvre une huile sur toile réalisée entre 1916 et 1919 par Claude Monet , faisant partie du legs Michel Monet de 1966. Sans que l’on puisse savoir pourquoi, notre regard s’arrête encore sur ces Nymphéas. Sans doute que cette œuvre nous saisi en une seconde par quelque chose de bien plus profond qu’un sujet a priori trop commenté.

Monet au musée marmottan


Un regard suffi pour que l’on se perde dans ces deux mètres carrés de bleu intense qui nous font front. Il n’y a plus aucune notion de proche, de lointain. Ce bleu vaporeux est rendu par un effet de flou de la touche bien différent de la peinture léchée académique de l’époque. Monet s’écarte de la norme Néoclassique, style officiel prédominant à l’Académie des beaux arts, partisan du prima du dessin sur la couleur. C’est pourquoi, comme ses amis du groupe impressionniste, il sera longtemps rejeté du Salon. L’absence d’une démarcation prononcée de plans successifs et de lignes de force permet de plonger au plein cœur de la matière picturale. Les taches et les lignes colorées de bleus et de vert se mêlent, s’entrecroisent devant nos yeux ébahis. Le bleu outremer noie la toile dont on aperçoit aux extrémités la blancheur première. Car la toile est apparente en plusieurs endroits. Ceci renforce la sensation de légèreté et d’éphémèrité annoncées par la couleur et la touche vaporeuse. Car la touche de peinture est moins lisse que les premières toiles de la série des Nymphéas. Les contours sont moins distincts. La touche de peinture tour à tour épaisse, vaporeuse, fluide, ondulante témoigne de la vie même de la plante, de la densité de son feuillage, son poids, sa luminosité.

Il est alors impossible d’échapper à cette impressiondegigantisme et de vertige donné par les dimensions. Comment ne pas être surpris par cette fleur devenue immense par agrandissement d’échelle, lorsqu’elle nous apparaît ordinairement comme une toute petite chose fragile depuis le bord du bassin où l’on peut l’observer ? Les dimensions jouent un rôle crucial dans notre perception et ici elles se trouvent renversées. Monet, s’inspirant sûrement des estampes japonaises, donne dans ses œuvres des angles de vues inhabituels (certains Iris Jaunes de 1924-1925  étaient perçu en contre plongée). La mission américaine qui ouvre les portes du Japon en 1850 est un bouleversement majeur pour les artistes. Ceux-ci découvrent alors les estampes (« images du monde flottant) avec ses techniques d’aplats de couleurs et ses angles de vues déroutants. Nul doute que cet art japonais a eu une répercussion dans l’art de Monet, comme en témoigne les agencements de son jardin et son fameux « Pont japonais ». De plus, on peut noter l’intensité du cadrage concentrique donné par cette forme carré.

Musée marmottan Monet

Au dernier plan, les feuilles de nénuphars sont à peine esquissées par des contours verts. On peut remarquer les formes enchevêtrées des feuilles dont la couleur non délimitée se fond avec celle de l’étang. En outre, trois petites touches de vert clair en haut de l’œuvre apportent d’avantage de lumière et de dynamisme. Elles semblent contrebalancer par un effet de « composition » le mauve des nymphéas du premier plan. On peut également noter la plus ou moins grande densité des touches. A certains endroits le pinceau semble avoir été à peine imprégné de peinture : l’empreinte laissée est incomplète et laisse transparaître les couches antérieures. Par exemple, les branches de saules laissent passer la lumière. Les saules trempent leur chevelure ondulée dans le bleu infini de l’étang. Leurs branches d’un vert sombre deviennent alors des ondes. La nature se pare d’un manteau froid et dur d’ombres. On ne sait plus si c’est le feuillage longiligne des saules pleureurs que l’on voit ou son reflet dans l’étang.  

Au centre de l’œuvre un nouveau jeu de lumière s’instaure avec des touches blanches qui attirent le regard et accentuent les contrastes. Car la lumière est bien au centre du travail impressionniste. Monet découvre la peinture en plein air en Normandie par l’entremise d’Eugène Boudin qui le convainc d’aller peindre sur le motif avec lui. Monet est alors émerveillé par cette manière de peindre. Cette réinvention de la lumière va alors permettre de justifier la peinture face à l’émergence de la photographie. La lumière accidentée au cœur de la peinture impressionniste rompt avec la lumière arbitraire des ateliers, prédominante depuis des siècles. Cette volonté de retrouver la nature, énoncé déjà avec l’Ecole de 1830, est essentielle chez Monet. L’invention du tube de peinture a d’ailleurs permis de concrétiser cette idée en permettant aux artistes d’arriver sur le motif avec leurs couleurs déjà prêtes. Ils pouvaient enfin travailler avec la lumière.

Enfin, quatre nénuphars se dessinent par touches de couleur au premier plan. Les corolles roses et mauves sont légèrement inclinées vers la droite. Ce mouvement indique sans doute leur quête d’air et de soleil. Car c’est tout l’art de Monet de faire sentir au spectateur les mouvements imperceptibles, les brises légères par la touche. Dans le Champ d’iris jaunes à Giverny de 1887 on ressent par exemple le vent qui incline légèrement les fleurs vers la droite. Le spectateur retient son souffle pour ne pas troubler la tranquillité des nymphéas qui se confondent avec l’eau immobile sur laquelle ils reposent. Il n’y a plus de frontière entre les éléments : tout est indéterminé, vague. Les eaux stagnantes deviennent un lieu de méditation. Le spectateur peut presque sentir la fraîcheur du jardin et se laisser envahir par ses senteurs. En bas à droite, la signature discrète de l’artiste : « Claude Monet ».

Etang aux flans Will cotton

L’impressionnisme n’est pas ce qu’on peut qualifier de « mouvement » artistique dans le sens commun du terme puisqu’il n’y a pas de manifeste, de théorie. Le seul point commun des artistes impressionnistes est d’avoir peint au singulier. Chaque artiste a ainsi ses thèmes de prédilection (Degas, les danseuses ; Pissarro, les boulevards de Paris). Ainsi, le nom de Monet reste étroitement associé à la série des  « Nymphéas ». La peinture impressionniste demeure un mystère par la façon dont elle suscite un tel engouement, une telle passion auprès de spectateurs de divers pays, origines sociales, âges. C’est particulièrement le cas avec Monet, dont les œuvres reproduites à l’infini ont autant de pouvoir de « marchandising » que la Joconde de De Vinci. Le jardin de Giverny est ainsi devenu un site touristique. On retrouve au Musée Marmottan exposé en face des Nymphéas de 1916-1919, une œuvre d’un artiste contemporain. Car depuis les années 1980, Giverny est en effet devenu un lieu de pèlerinage artistique de plus en plus fréquenté.  Will Cotton détourne avec humour l’œuvre de Monet dans l’ Etang aux flans en 2002. Sa peinture hyper réaliste reproduisant la topographie du jardin de Giverny, nous montre des flans industriels type « Flamby » ayant analogie de formes avec des nénuphars. Ceci montre bien que ce n’est pas le sujet peint qui est la raison de notre fascination. Il n’y a pas de « symbolisme » dans la représentation de nénuphars. Sans doute la raison essentielle est qu’il ne s’agit plus de peindre un sujet mais un moment lumineux précis. Peut être cela a-t-il a voir avec la façon dont la couleur transmet au spectateur une émotion indéfinissable…

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