Delphes Tholos

Delphes, La tholos

Par une chaude matinée je découvre ce qui était considéré dans l’antiquité comme le centre de la terre, l’endroit où fut adoré le dieu de la lumière et de la musique, Apollon. Gravissant les pentes ardues du Mont Parnasse, j’emprunte la voie sacrée qui a conservée son tracé primitif. Même si moi c’est un bus qui m’a permis d’atteindre le demeure du dieu, je marche alors dans les pas des pèlerins d’autrefois venus par bateau de tout le monde méditerranéen. J’aperçois au loin, sur le versant abrupt les ruines du sanctuaire, le stade et le théâtre. En suivant l’antique Voie sacrée qui parcourait le sanctuaire, je me trouve plongée parmi les innombrables ex-voto de toute nature et qui encombraient l’espace limité consacré au Dieu dans ce paysage saisissant : en face – une infinité de montagne ; à droite – la mer méditerranée ; en contrebas – les oliviers, si chers à Athéna. Je vis alors dans l’entrée du temple les célèbres maximes gravées dans la pierre. Je ne peux m’empêcher d’y voir un modèle de conduite à tenir pour ma vie: « Connais toi toi-même » –  « Rien de trop ». Près de l’enceinte du sanctuaire il me semble entendre quelques vers de Sophocle, provenant du théâtre. Puis remontant du gymnase vers le temple, sur la droite du chemin, je me rafraîchis le visage à la Fontaine Castalie. J’arrive désormais dans ce qu’on appelle la Marmaria. Celle-ci est entourée d’un mur de soutènement, située en contrebas de la route. Je longe l’Ancien Temple d’Athénapuis le Trésor des Marseillais.

Soudain, un édifice surprenant me fait face, la Tholos, bâtiment rond en marbre pentélique. J’admire sa svelte colonnade et le raffinement de ses admirables métopes sculptées. Cette rotonde fût jadis entourée d’un péristyle dorique de vingt colonnes. Il n’en subsiste que trois surmontées d’un morceau de chapiteau. Aujourd’hui ce sont ces ruines qui m’émeuvent : elles ne sont qu’un fragment témoin de la splendeur du passé et pourtant elles se dressent devant moi avec autant de majesté qu’autrefois. Il se dégage de ces vestiges une telle sensation de plénitude, de bien être. Un sentiment harmonie m’imprègne face à l’alliance de ce paysage grandiose et de la création humaine. A la mesure des colonnes doriques je prends conscience de la petitesse des Hommes face aux éléments naturels. Néanmoins, interrogeant le guide, celui-ci m’explique que  la Tholos de la Marmaria reste une énigme pour les archéologues qui ignorent la fonction exacte de cette curieuse construction. 

Ce mystère qui l’entoure trouve écho dans l’émotion qui m’a saisie en la voyant, et se transforme en une soif de connaissance. Je deviens moi-même le pèlerin venu questionner les pierres pour tenter de connaître le passé, le présent, ou même l’avenir. Devant moi s’effacent les silhouettes des touristes pour laisser la place à une vieille paysanne, que l’on nomme Pythie, saluant les dieux avant de pénétrer dans le sanctuaire. Je lui demande pourquoi les siens ont construit la Tholos. Celle-ci s’introduit sans un mot dans le temple. Je la suis. Elle rentre dans la grande salle près du foyer, suivie de prêtres et consultants en tout genre. Elle s’y livre à des fumigations de laurier et descend dans l’adyton : dans un coin le trépied où la Pythie s’assoit d’habitude ; au fond, majestueuse, la statue d’Apollon ; à droite, le tombeau de Dionysos ; au centre, le nombril sacré de la terre, l’omphalos, où jadis  se rejoignirent les deux aigles lancés par Zeus. Elle mâche les feuilles de laurier et boit  l’eau de la fontaine. Brusquement, prise de spasmes, elle se met à prophétiser. La réponse de l’oracle qui m’est donnée est aussi mystérieuse que la Tholos

« Colonnes infinies

Mer Egée herculéenne

doux chants d’hyménée »

Sortie du temple je contemple de nouveau la Tholos mais cette fois avec un tout autre regard. Désormais des images de toutes sortes s’immiscent entre moi et l’édifice : marbre, sculptures, Sphinx, or, Aurige, ivoire, portiques, Trésors, sanctuaires, ex-voto, colonnes … se mêlent aux images les récits mythologiques du serpent Python vivant dans les cavernes du Parnasse et d’Apollon m’apparaissant sous la forme d’un dauphin. L’édifice ne semble plus fait de pierres : il devient le livre d’histoires que l’on raconte aux enfants avant qu’ils ne s’endorment et marquant leur imaginaire à jamais. 

Les années ont passé et pourtant l’image de la Tholos en ruine ressurgit par instants sans que je sache vraiment pourquoi. Avec elle s’empare de moi le même sentiment d’apaisement et d’harmonie éprouvé en la voyant. Mais son impact a dépassé le simple affect : son souvenir s’accompagne d’une envie d’en savoir toujours plus. Mais si toutes mes recherches m’ont considérablement enrichie, elles ne m’ont pas permis de résoudre l’énigme de la Tholos. J’attend avec impatience le jour de mes retrouvailles avec cette rotonde, tout en sachant pertinemment que désormais mon regard sera empreint de tout ce que j’ai appris depuis cette première rencontre. Je suis persuadée que la Tholos me murmurera alors d’autres histoires dont je ne me lasserai pas.

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