Association polychrome

Polychrome: les couleurs de l’arc en ciel mais pas que…

Curieuse un jour curieuse toujours! Depuis l’année dernière j’assiste quelques fois aux chouettes rendez-vous proposés par l’association Polychrome. Une façon d’aborder la culture sous d’autres angles, de découvrir de nouveaux artistes ou d’anciens qui m’étaient inconnus, d’approfondir aussi des réflexions sur l’art par le biais d’expositions, de conférences et plein d’autres choses encore. J’ai passé à la question Renaud, le président de l’association, pour en savoir plus…

Bonjour Renaud. Alors c’est quoi polychrome ? Est ce que tu peux nous parler un peu de l’association ?

Bonjour Sophie ! En quelques lignes, on avait trouvé une belle formule pour présenter l’association. Je recopie :

Intempestif, fenêtre sur corps, table de dissection des stéréotypes, palette de contre-cultures, Polychrome propose des événements autour de la représentation du corps, du désir et du genre.

N’ayez crainte, la flânerie, même sans garde-fou, ne mène finalement… Qu’ailleurs.

Ca laisse rêveur non ? Pour être un peu plus précis, ce qu’on organise, c’est surtout des conférences, des visites guidées d’expos, pour lesquelles on essaye d’avoir si c’est possible le ou la commissaire, et des projections. On crée aussi beaucoup de partenariats avec d’autres structures, comme des festivals ou des soirées, qui nous permettent de proposer aux adhérents des invitations ou des tarifs préférentiels.

D’où est parti le projet?

Cette année on fête nos cinq ans (et on a un beau CV). A l’Ecole du Louvre, j’avais rassemblé un petit groupe pour essayer de monter le projet. On voulait explorer des thématiques qu’on avait pas vraiment l’occasion de voir en cours, et surtout les partager. On voulait dynamiser la vie étudiante et exciter notre curiosité intellectuelle et celles de nos camarades. Et puis on a grandi, l’association s’est beaucoup ouverte à l’extérieur, on s’est déplacé dans d’autres lieux, on a rencontré pas mal de monde, ça s’est construit comme ça. L’année dernière, on a eut plus de cent adhérents. Ca serait chouette qu’on arrive à toucher encore plus de monde cette année.

Pourquoi avoir créé cette association dans le cadre de l’école du Louvre ? Et si on n’est pas étudiant alors?

Ce qui était intéressant, c’est qu’il n’y avait pas vraiment à l’époque de militantisme sur les questions culturelles. Or, à l’Ecole du Louvre, on avait les ressources pour mettre cette approche en place. Les portes des musées nous sont ouvertes, et c’est très facile d’inviter des conférenciers.

Le problème qu’il y avait, c’est que là-bas, l’enseignement est très académique, parce qu’il faut voir beaucoup de choses, en peu de temps, alors on ne peut pas s’arrêter sur certains détails, qui nous, nous intéressent. On a par exemple été voir le prof d’histoire médiévale, pour lui proposer de parler du piercing au Moyen Age. Il avait écrit un livre sur le sujet, mais évidemment, il n’en avait parlé en cours. L’avantage, en contrepartie, de la « philosophie » de l’Ecole du Louvre, c’est qu’elle est fortement basée sur la culture visuelle, c’est jamais de la théorie pure. Ca permet de se raccrocher à des images, et ça permet en quelque sorte de s’adresser à tou.te.s.

A partir de là, c’est pas grave si on est pas étudiant, ni spécialiste de l’histoire de l’art. Il suffit juste d’être curieux/se. On conçoit des formats d’événements très variés : on a fait des conférences sur le genre, sur la libido dans l’art moderne, sur l’iconographie de l’homosexualité dans la Bible, comme sur le bikini ! On a visité des expos sur le punk, les surréalistes, le cannibalisme dans l’art contemporain ou des choses plus classiques à Orsay, Pasolini à la Cinémathèque ou Mapplethorpe au Musée Rodin.

Polychrome cela évoque toutes les jolies couleurs de l’arc en ciel, symbole choisi par la communauté gay. En quoi est ce important de s’interroger sur le genre dans notre société ?

Au départ, on était positionné comme une association LGBT. Et puis rapidement, on s’est rendu compte que ce qu’on proposait, ça tournait pas tellement autour des questions identitaires, mais que c’était plus vaste. On parle des minorités sexuelles, et on essaye de faire modestement avancer les choses en explorant des sujets et en donnant de l’information, mais nos thématiques, c’est la représentation du corps, du désir et du genre. L’intérêt, c’est que ça permet de s’adresser à tout le monde. Par exemple, on a fait beaucoup de chose sur les différentes formes de féminismes, soit des projections ou soit des expos. C’est aussi en mettant en regard une pluralité de formes de contestations, politiques, artistiques, qu’on produit de la réflexion et qu’on se pose des questions intéressantes. En tous cas c’est comme ça qu’on construit nos programmations.

On parle d’étude de genre ou gender studies, beaucoup plus développées dans les pays anglo-saxons. Mais il semble qu’il y ait un réel retard ou décalage en France sur ces recherches…

C’est certain. Avec Polychrome, on essaye de donner la parole aux chercheurs, et il y en a quand même de plus en plus, qui justement s’intéressent à ce champ de recherche. On a invité l’année dernière deux jeunes doctorants, Norman Ferey et Eve Gianoncelli à venir nous parler d’un aspect de leur thèse : le premier sur la notion de genre dans la performance en France à partir des années 70, la seconde sur l’érotisme, le genre et le travestissement dans l’œuvre de Claude Cahun. A l’égard des jeunes chercheurs, Polychrome est un espace de parole. On a aussi eu des personnalités très importantes, comme François René Martin, qui est professeur d’histoire de l’art aux Beaux-Arts sur une conférence sur Ingres et les gender studies, qui expliquait comment les féministes avaient pu attaquer, puis par la suite nuancer leurs critiques sur un artiste qui paraissait à l’époque comme profondément misogyne.

L’association passe par les domaines artistiques pour explorer la question de la sexualité…

Ca revient un peu à ce que je disais tout à l’heure comme : il y a très peu d’associations qui se revendiquent d’une forme de militantisme culturel sur ces thématiques. Il se trouve qu’à Paris, il y a beaucoup d’institutions ou d’associations qui ponctuellement proposent des spectacles, des films, des expos en rapport avec le corps, le désir ou le genre. Notre travail, c’est d’abord de les repérer, puis de rassembler, pour pouvoir, chaque mois, proposer à nos adhérents une dizaine d’événements. On fait avec ce qui existe, et puis on apporte notre petit grain de sel. On a quand même organisé 10 conférences l’année dernière. En 2011 et 2012, on a aussi par exemple proposé pour la Saint Valentin des projections de courts métrages expérimentaux érotiques et pornographiques. C’était complet.

As tu des artistes et des lectures à conseiller pour des néophytes sur les thématiques abordées par Polychrome ?

Il faut venir aux conférences ! Nous, après, on est pas tellement spécialiste de la littérature, ni même comme je te disais de la théorie. En revanche, on est en train de créer un partenariat avec la librairie Les Mots à la Bouche, pour renforcer ce pan notre programmation. Ils proposent très fréquemment des rencontres/débats avec des auteurs qui souvent écrivent sur les minorités, le désir, les corps.

Après, à titre personnel, si j’avais deux petites références à donner : j’aime beaucoup le travail de Dominique Baqué, qui est une bonne spécialiste la photographie contemporaine, et qui a écrit un ouvrage qui s’appelle Mauvais Genre(s) : Erotisme, pornographie, art contemporain (2002, Editions du regard). On pourrait aussi citer, sur la relation entre le genre et l’histoire de l’art, le beau livre de Catherine Gonnard et Elisabeth Lebovici qui s’appelle Femmes artistes/Artistes femmes (2007, HAZAN), mais il y en aurait beaucoup d’autres…

Oui je connais Dominique Baqué, j’ai eu la chance de l’avoir comme professeure d’histoire de l’art lors de ma formation d’art thérapeute. En effet c’est une bonne référence. Je n’ai pas lu cet ouvrage ni l’autre que tu cites, je note tes conseils.

Cette année il y a du des visites guidées avec des commissaires d’expo, des conférences avec des chercheurs, des soirées. Peux tu revenir pour nous sur les temps forts, les belles découvertes de 2013/2014?

Bien sûr. Aux Arts décoratifs, on a commencé l’année par un marathon de plus de deux heures de visite avec le commissaire de son exposition sur la Mécanique des dessous. Les corsets, les braguettes, les faux culs, on est incollables !

Ah oui j’avais aimé cette exposition aussi, j’en avais parlé là…

Côté projections, on a eu la chance de pouvoir inviter Gérard Koskovich, un des fondateur du Musée LGBT de San Francisco pour introduire une séance sur l’apparition du sida en Californie. Chaque année pour le 1er décembre, journée mondiale de lutte contre l’épidémie, on organise un buffet caritatif pour le Sidaction à l’Ecole, et un événement, conférence ou film.

On a aussi fait une visite un peu spéciale sur le plaisir homosexuel illicite dans l’espace public, avec un jeune urbaniste, au Jardin des Tuileries.

Parce qu’on est partenaire du Paris Burlesque Festival, depuis un certain temps, on a pu assister à des revues assez folles : la Nuit Fatale ou la Nuit Clandestine à la Bellevilloise.

Les amateurs d’electro ont eu des invitations pour aller écouter Zombie Zombie en ciné-concert sur des films scientifiques des années 50 de Jean Painlevé à l’Auditorium du Louvre, ou Du passé faisons table rase, le concert performance de Sexy Sushi et Théo Mercier au Festival Exit à Créteil.

Les cinéphiles ont découverts stupéfaits le dernier Peter Greenaway, ont revu des courts de Kenneth Anger, ou le documentaire sur les Pussy Riot au Festival Jerk Off.

On peut dire qu’il y en a pour tous les gouts…

Il semblerait que le programme de la rentrée soit aussi des plus alléchants…

Ô oui ! A partir de novembre, on ne nous arrêtera pas. La liste des expos n’en fini plus : Sade à Orsay, Hedi Slimane à la Fondation Pierre Bergé, Inside au Palais de Tokyo, Tatoueurs Tatoués au Quai Branly ou David Bowie à la Cité de la musique…

Les sujets de conférences qui nous font rêver : La plasticité du désir, la figure de la vanité dans les films de zombies, les stéréotypes dans les médias, le vocabulaire des transidentités ou encore les usages de la pornographie…

Et tous les partenariats qu’on renouvelle, pour ceux que je n’ai pas mentionnés : qui permettent aussi de gagner des places à des soirées pour danser à la WET for me, la House of Moda, aux Amours alternatives, à la Culottée et j’en passe !

Et maintenant, que tu nous as donné envie que doit on faire si on veut participer à des rendez vous et/ou rejoindre Polychrome?

La première chose à faire, c’est de nous écrire un petit mot pour recevoir la newsletter. Notre adresse : polychrome.edl@gmail.com.

Pour participer aux événements, de manière générale, personne n’est obligé à adhérer. C’est contre nos principes. Mais sachant que notre jolie carte ne coute que 5 € pour les étudiants et 10 € pour les autres, et que c’est ce qui nous permet de fonctionner, c’est quand même recommandé ! C’est aussi ce qui vous donne droit aux tarifs réduits, et aux invitations pour certains événements.

Si vous souhaitez aussi vous investir ou nous proposer vos projets, on a besoin d’aide et toute nouvelle idée est bonne à prendre !

Pour celles ou ceux qui n’auraient pas Facebook, on a aussi un site magnifique, où vous pourrez aussi retrouver notre « CV » : polychrome-edl.fr ! Et on organise régulièrement des apéros pour rencontrer l’équipe et échanger autour de la programmation.

Merci beaucoup Sophie.

Merci à toi Renaud et plein de bonnes choses pour polychrome!

Loïs Low illustrations

Ballade avec Loïs Low (piste 2)

Hello Loïs Law ! Hier on a discuté de ton parcours et ta pratique de plasticien… Je me demandais d’ailleurs y a-t-il un artiste, une expo, un film ect que tu nous recommandes en ce moment ?

Un film, j’ai vu il y a peu « La Grande Bellezza » et j’ai adoré, tout y est magnifique, les plans, la douce amertume du personnage principal, l’élégance à l’italienne. Ça me donne envie de voir d’autres films de Paolo Sorrentino.

Une expo, celle du Tripostal sur des collections privées flamandes, il y a certaines aquarelles et peintures de Michaël Borremans, dont le travail est inspirant. On y trouve la mort, le sexe, l’étrangeté mais aussi beaucoup de douceur et d’humour. Ça me touche particulièrement.

Tu as également un talent de musicien. Tu me fais tellement rire avec ta chanson Dunkerque ! C’est tout un autre pan de ta personnalité que l’on découvre via les chansons. Est-ce que cette sensibilité ne pouvait être exprimée en images visuelles mais seulement en sons et mots ?

J’entretiens un rapport différent avec la musique, c’est beaucoup plus irréfléchis, ça vient moins du cerveau que des tripes et du ventre, même si « Dunkerque » est assez écrite il y a quelque chose de l’ordre de la pulsion, comme un jeu de mot qui vient, un lapsus ou quelque chose qui sort sans qu’on sache vraiment pourquoi. Là c’est partit d’un couple, qui, le lendemain d’une soirée, repartait sur Dunkerque. J’ai dis sans réfléchir « ahh, Dunkerque ! » et c’est devenu un refrain. Les paroles, l’idée de faire jouer histoire entre un homme et une femme sur fond social c’est venu après. Et ça se veut toujours léger. J’essaie de trouver aussi cette légèreté dans les dessins, c’est juste que la méthode est différente.

Les deux sont ils complémentaires ? Tissent des liens ?

Tu es passé par la sculpture aussi…

Je pense qu’il y a parfois des liens entre mes chansons et mes dessins, mais pas systématiquement . Disons que ceux sont deux bébés dont je suis le père, il n’est pas anormal d’y retrouver de ma personnalité dans chacun mais ce n’est pas réfléchis au préalable. Certaines compos se veulent plus visuelles, je pense nottament à « Jenny Ann » qui est une composition en anglais, je la visualisait en la créant. J’ai eu l’image surréaliste d’une fille qui marche sur la plage et d’un œil gigantesque qui la suit, un paysage d’Irlande un peu, du vent aussi..Il y a sans doute plein de liens que je ne voie pas. Finalement c’est le boulot des autres ça, moi je produis;)

Dans mon rapport à la sculpture il s’agissait, comme je l’ai dis au début, de faire jouer des traits et masses dans l’espace. C’est la même chose avec le dessin ou la peinture finalement. C’est juste qu’il y avait une dimension de plus, la profondeur. Et bien sur d’autres notions..équilibre, propriété des matériaux (draps, plâtre etc..). J’ai même peint avec la nourriture à la Michel Blazy, mais le côté incontrôlable et éphémère avait ses limites.

Sur ton site un petit clin d’œil à la Normandie. C’est quoi une torgoule artistique ?

Une torgoule artistique ? Tu fais sans doute référence à un des chapitres du site qui se nomme ainsi. Normalement on doit dire « teurgoule » ! C’est un mot normand un peu transformé:) C’est un genre de riz au lait normand, il y a quelque chose d’assez foutraque je trouve, de costaud par l’accumulation, je trouvais ça drôle de nommer un ensemble de dessin sous ce dénominateur. J’aime le mot et sa sonorité, il y a quelque chose de décalé. Et puis, si je ne me trompe, ça vient de ‘tordre’ la ‘goule’ (le visage) c’est donc très visuel.

Tu vis à Lille en ce moment après un moment à Paris. Est-ce que tu sens un changement dans ta façon de créer selon l’endroit où tu es ?

En revenant à Lille j’ai récupéré l’espace de vie perdu à Paris, les loyers et la vie étant moins chers. J’ai désormais une salle qui me sert d’atelier, je peux donc produire plus. Néanmoins j’ai adoré Paris et c’était très inspirant. Donc j’y reviendrai assez régulièrement. L’endroit ou je crée en soit importe peu en soi, ce qui compte c’est surtout l’espace et le calme ( pour ce dernier point c’est pas encore l’idéal mais bon on fait ce qu’on peut avec ce qu’on a).

Des projets ?

Une exposition Lilloise de quelques dessins au Bartabas (un bar à Wazemmes) qui débutera en novembre.

Concernant ma production je suis sur un dessin qui part d’une vue de la place de Lille avec des passants…ça risque déraper bientôt, à suivre.

Pour ce qui est de ma visibilité, je cherche à exposer dans des galeries, parisiennes et/ou lilloises.

À bons lecteurs…

Merci Loïs pour ta générosité et à bientôt à Paris ou à Lille !

Et pour voyager dans ton univers on peut visiter ton facebook et ton site web.

Sarah Trioullier

Viaje al alma / Sarah Trioullier

Dans le travail photographie de Sarah Trioullier, j’aime beaucoup les effets de flou : certains paysages semblent sortir d’une brume, d’un rêve… Cela n’est pas sans rappeler l’aube de la photographie .

Les contours estompés et le grain particulier m’évoquerait presque le fusain. Et pourtant quand elle passe à la couleur, cela évoquerait plutôt le côté suranné qu’ont maintenant pour nous les photographies d’enfance des années 80.

Ses modèles ont souvent des pauses de repli sur eux même un peu mélancoliques avec des positions d’attente ou de sommeil par exemple. Cela emmène celui qui regarde ta photographie vers un espace intérieur, hors cadre. On flotte entre deux mondes, par les contrastes forts la lumière et les gestes suspendent leur course… Elle joue sur la transparence, l’invisible…

Pour le blog, en plein accrochage, Sarah Trioullier nous parle de son voyage intérieur, une forme de quête initiatique et esthétique.

 

Aujourd’hui a lieu le vernissage de ton exposition Viaje al alma. Parles nous un peu de ton parcours d’artiste. Comment es tu venue à la photographie ?

J’ai toujours aimé l’art, c’est pour cela que j’ai essayé les études en Histoire de l’art à l’Université. Au fil du temps je me suis rendu compte que c’était la création qui pouvait réellement remplir mes attentes.
Depuis mon enfance j’ai été attiré par la photographie. D’abord je voulais prendre en photo tout ce qui m’entourai et ensuite j’ai été attirée non seulement par les images mais aussi par la machine et les techniques. C’est tout naturellement que je me suis inscrite à une école de photographie.

Pourquoi avoir choisi ce médium plutôt qu’un autre moyen d’expression? 

Je me sent à l’aise en m’exprimant avec la photographie. Ce moyen me convient et me comprend et c’est le seul avec lequel j’arrive à me livrer.

Quel est ton rapport avec l’appareil ? Ami ? Enfant chéri ? Compagnon de route ? Ennemi parfois ?

Je dirais compagnon de route et ami. Si j’ai mon appareil photo je ne me sent pas seule. Mais parfois il devient un ennemi car je sens que je dois m’en séparer pour pouvoir profiter entièrement des moments. Dans les deux cas c’est une grande histoire d’amour.

D’ailleurs quel est-il ? Est-ce que tu utilises toujours le même ?

J’en ai plusieurs, mais j’avoue qu’il y en a deux qui m’accompagnent très souvent. Un Konica 24×36 un Yashica 6×6. Ils ont en commun que ce sont des reflex argentiques, et même si je reconnais que le numérique a de nombreux avantages et que je travaille aussi avec un numérique, il est plus facile pour moi de m’exprimer en argentique.

Quel est ta technique ?

Je ne pense pas avoir une technique en particulière, le choix de l’appareil photo et de la pellicule jouent beaucoup, mais la seule réelle constante que je m’efforce de tenir dans mon travail est celle de sentir la photo et d’être en accord avec le cadre que je construit et mon sujet.

Et pour le tirage alors ?

Pour ce qui est des tirages je m’efforce de le faire moi même quand c’est possible. Le choix de la taille et du papier est toujours lié au sujet. La technique utilisée pour le tirage fait partie de ce que je veux exprimer dans mes photos.

Quelle période couvre les clichés que tu présenteras samedi ? Où les as-tu pris ?

Viaje al Alma est le produit du voyage que j’ai fait en Colombie en février 2014. De retour en France j’avais besoin de partager tout ce que ce voyage a représenté pour moi. C’est une manière de rendre hommage aux rencontres et aux paysages qui ont nourri mon séjour. Plus que la découverte d’un pays formidable, ces photos sont les témoins du voyage qui m’a aidé ouvrir des chemins pour me trouver en tant qu’être humain et en tant qu’artiste.

Si tu devais sélectionner une seule de tes photographies laquelle serait-elle ? Peux tu nous raconter son histoire. Les circonstances dans lesquelles tu as prise le cliché et pourquoi cette fois est importante pour toi.

C’est bizarre mais je ne pourrais pas car elles représentent toute un moment particulier, une histoire avec les personnages ou les endroits. Déjà il m’a fallu faire un choix pour l’expo et j’ai du faire appel à un regard extérieur pour pouvoir prendre la décision finale des photos exposées. Alors choisir une seule c’est infaisable.

Viaje al alma, c’est le titre que tu as choisi pour présenter ton travail. Es tu partie avec cette idée avant de réaliser les clichés ou est-ce que ce sont les photographies une fois réunies qui ont révélé leur lien ?

Le titre m’est venu une fois que j’avais choisi les photos de l’expo, faire ce choix difficile m’a fait comprendre que le voyage que j’avais fait, avait été beaucoup plus qu’une question de traverser l’Atlantique. Je pensais aller explorer un pays, et je me suis rendu compte que j’avais du explorer mon âme. C’est pour cela que le titre s’est imposé à moi : Voyage dans l’âme.

On est dans le voyage au sens large, sous sa forme initiatique. Est-ce ainsi que tu conçois la quête artistique ?

Je pense que ta question est le résume de tout ce que je viens de dire. La vie en soi est un voyage initiatique… par conséquent la quête artistique aussi.

Merci Sarah Trioullier de t’être livrée pour nous à l’exercice de l’interview. Bon vernissage!

Et pour venir voir l’exposition, cela se passe au restaurant Zagros, 58 bd Ménilmontant dans le 75020 Paris

 

Le site internet: http://sarahtrioullier.format.com/

Les galeries pour tous interview

Les galeries pour tous: une belle initiative

J’ai rencontré Anaïs un peu par hasard au détour d’un café. Très vite la discussion s’est nouée autour d’une passion commune, l’art, et la volonté de la partager avec tous via la médiation culturelle. Elle m’a raconté son projet, celui de rendre accessible les galeries. Tant de choses à découvrir dans ces lieux que l’on croit souvent à tort réservé à une élite. Moi la première, habituée des musées et autres institutions culturelles, je n’ose pas franchir leurs portes. J’ai adoré la visite avec Anaïs dans les galeries du Marais, aujourd’hui je voulais partager cette expérience fabuleuse avec vous en lui posant quelques questions.

Bonjour Anaïs, alors Les galeries pour tous c’est quoi le concept?

Les galeries pour tous est un blog qui a pour but d’initier les curieux à l’art contemporain à travers l’organisation de visites guidées, de rédactions d’articles sur les expositions, de la création d’un glossaire artistique, etc. La particularité, c’est que ça se passe en majorité dans les galeries d’art du Marais, qui sont des lieux confidentiels ultra-pointus, et donc, assez peu accessibles au commun des mortels ! Pourtant, c’est bien là que ça se passe, car avant de voir un artiste à Beaubourg, il est passé d’abord par là !

Peux-tu te présenter en quelques mots? Quel est le parcours qui t’a conduit à devenir médiatrice?

À la base moi j’étais plutôt destiné à exposer dans une galerie plutôt qu’à la faire visiter, car j’ai fait de longues études d’art (Licence d’arts plastiques à la fac et les Beaux arts). Mais après avoir été photographe pendant un an, je me suis rendu compte que je m’épanouissais plus dans la transmission que dans la création en solo… Je suis avant tout un animal social !

D’ailleurs c’est quoi ta vision de la médiation culturelle?

Faire une médiation, c’est poser une passerelle entre une œuvre et un public, ouvrir une réflexion, donner des clés de compréhension. Pour moi le médiateur donne quelques pistes, et c’est au spectateur de faire le reste du travail. Je pense que c’est ce qui différencie la médiation de la conférence (ça et le salaire !*).

Premier choc esthétique?

J’étais en voyage linguistique à Londres et en visitant le dôme de l’an 2000, j’ai aperçu une sculpture géante (elle devait faire 4 ou 5 mètres), c’était la représentation hyperréaliste d’un ado en slip qui se tenait recroquevillé dans un coin (une sculpture de Ron Mueck). Il avait l’air mal dans sa peau, d’avoir envie de disparaître, de se cacher, mais il était tellement grand que l’on ne voyait que lui… j’avais 14 ans et des tonnes de complexes, du coup ça m’a parlé !

Dernière expo qui t’a marqué?

L’expo ANYWHERE, ANYWHERE OUT OF THE WORLD de Philippe Parreno au Palais de Tokyo a été une énorme claque pour moi ! Il a mis en place un espace d’exposition totalement novateur, où le spectateur est « pris en charge » du début à la fin, dans une circulation contrôlée par l’artiste. On perd ses repères, on écoute ses sens et quand on arrive enfin à lâcher prise, c’est un vrai voyage qui nous attend ! J’ai un peu honte de le dire, mais j’ai été tellement saisie, que j’ai versé une petite larme d’émotion ! Comment ça fonctionne les visites avec toi? Je sillonne les lieux d’art et les galeries, et quand je vois des expositions intéressantes, j’organise une visite guidée. L’idée, ce n’est pas de faire une conférence, mais de tracer ensemble les contours d’une définition de l’art contemporain, tout en donnant quelques clés pour que le visiteur puisse retourner dans les galeries (ou ailleurs) et s’en sortir tous seuls devant les œuvres.

Qui peut participer?

Presque tout le monde ! Les visites sont ouvertes aux amoureux de l’art contemporain, comme aux « curieux » qui le découvrent. Je veille à ce que les activités soient gratuites ou peu chères (les visites guidées sont rémunérées aux pourboires), de manière à ce qu’elles soient accessibles à tous. La seule chose, c’est qu’il faut être prêt à parler de tout et à tout voir, du coup je déconseille ces visites aux enfants.

Comment s’inscrire?

Quand une visite est programmée, elle est annoncée sur mon blog. À partir de là, il faut juste m’envoyer un mail pour réserver des places.

Où rêverais-tu d’emmener des visiteurs?

Pas de rêves à ce niveau-là, seulement des projets ! C’est à moi de faire en sorte d’emmener mes visiteurs où je veux, et qui sait, peut être qu’un jour je les emmènerai visiter les galeries de Londres et New York!

Ta galerie préférée dans Paris?

Question difficile !! Je citerai la galerie du jour et l’espace topographie de l’art pour l’esprit, et les galeries Perrotin et Templon pour la programmation, sans oublier la galerie Rabouan Moussion, qui représente mon artiste préféré, Erwin Olaf**.

Merci Anaïs pour ce beau projet culturel!!!! A très bientôt pour une autre visite

Toutes les infos et le programme des prochaines visites sont par ici: http://lesgaleriespourtous.com/

* Très envie de faire un article là-dessus en ce moment, étant donné la situation des médiateurs culturels qui est de plus en plus précaire!

** Un artiste dont je veux d’ailleurs, bientôt si possible vous parler sur l’ogresse de Paris, qu’Anaïs m’a fait découvrir et dont j’ai voyagé dans l’univers à Rotterdam au Het Nieuwe Instituut.