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Diaph 8, des artistes infiniment humains

Pour l’interview de la semaine, on part à la rencontre du collectif Diaph 8. L’occasion de découvrir artistes prometteurs ou confirmés qui s’inscrivent dans la même démarche, celle de créer avec sincérité et humanité autour du même medium de predilection, la photographie. Lucine et Julia se sont faites les voix de Diaph 8 pour nous présenter le projet dans son ensemble mais aussi son actualité, l’exposition Infiniment humain qui démarre aujourd’hui à la Maison Robert Doisneau.

Bonjour à toutes les deux, 

L’interview commence bien : on a au moins un point commun je le sais, Paris 8. C’est également là bas que j’ai fait mes études en art. Je serai curieuse de savoir ce qui vous, vous a conduit dans cette université là et pas une autre.

Julia Amarger : Pour ma part ça a été un hasard. Après des études de photographie en Argentine, j’ai eu envie de reprendre mes études à l’université en France et en cherchant les formations sur internet, j’ai trouvé le master en photographie et art contemporain de Paris 8. Je me suis très vite intégrée vu que de nombreux étudiants étaient également en reprise d’études et qu’à Paris 8, il y a des gens qui viennent d’horizons variés.
Lucine Charon : Me concernant, je souhaitais faire des études de photographie depuis le lycée. Cependant aucun enseignement me convenait et surtout je n’avais pas l’argent nécessaire pour pouvoir prétendre aux écoles de photographie privées qui coutent les yeux de la tête ! J’ai donc découvert le cursus de paris8 avec la licence arts plastiques, spé photo et surtout le master. Cela n’a pas été simple de trouver de le trouver car ils communiquent peu. Mais les cours proposés m’ont réellement séduite. Et c’était parti pour 5 ans de découverte !

Diaph 8, est donc une association née dans cette université de Paris 8. Quel a été le point de départ de sa création? De votre rencontre?
Lucine : Diaph8 est en réalité le fruit de plusieurs rencontres et collaborations au sein du master Paris8, notamment de la promotion 2013-2015. Nous avons réalisé une exposition intitulé Interstices à la galerie Binôme dans le XX° en juin 2014. Cette première collaboration a fait émerger un petit groupe de travail ayant la même volonté : celle de continuer à exposer et présenter les étudiants de ce diplôme. Lorsqu’en juin 2015, diplôme en main, nous avons réellement donné vie à ce besoin et surtout d’en faire partager l’intégralité des étudiants et diplômés du master. Nous voulions que nos travaux et œuvres soient reconnus comme tels, et que chacun puisse avoir la chance de montrer son travail, non pas en tant que simple étudiant de ce master ou diplômé, mais en tant qu’artistes ou théoriciens émergents.

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Diaph, c’est le diminutif de Déclencheur d’Initiatives en Art et en Photographie. Vous m’en dites un peu plus…. Je suis curieuse!
Lucine : Oui ! C’est Gilberto Guiza Rojas qui a trouvé cet anagramme. Et il fait notre force ! Effectivement, nos actions (qui vont de la création des portfolios à l’exposition…) nous les appelons initiatives. Premièrement l’association n’a que 9 mois et nous sommes donc tous bénévoles. Notre énergie nous la mettons au service de ces initiatives qui se veulent faire émerger de nouvelles pratiques en photographie mais aussi en art. Beaucoup de membres de Diaph8 ne sont pas photographes mais plasticiens. En réalité nous avons presque tous des profils (journalistes, enseignants, chercheurs, artistes, étudiants, médiateurs, conservateurs…). Que nous souhaitions continuer notre pratique de l’image ou non, nous souhaitons former une entité qui propose continuellement des évènements et actions (je pense notamment aux Entrevues, qui permet aux membres et amis de se rassembler une fois par mois afin de parler du travail de chacun) qui pensent et re-pensent la photographie.

Est-ce que vous pouvez vous présenter chacun en quelques mots?
Lucine : Si la question est orientée vers les membres fondateurs, nous sommes 7.
Il y a Philippe Bernard. Artiste-photographe, dont le travail s’inscrit dans le champ de la perception. Ses travaux questionnent la distance indicielle en photographie. Il travaille à Bordeaux.
Mireille Bersnard qui développe depuis 2013 une réflexion et un travail artistique questionnant l’expérience photographique et son impact psy-chique. Elle collabore régulièrement en tant que critique à la revue www.francefineart.com et anime un blog radiophonique (www.photodite.tumblr.com/)  dédié à l’expérience d’images.
Mireille et Philippe s’occupent du pôle rédaction chez diaph8.
Claire Béteille est aussi photographe et re-travaille dans ses images la notion de paysage. Elle travaille actuellement en Normandie. Avec Emeline, elles ont réalisé le site internet et le gèrent.
Emeline Hamon travaille à Paris et Melun. Elle explore la notion de portait en photographie sous toutes ses formes. Elle a créé et travaille chez Hé Capture depuis 2013.
Gilberto Guiza Rojas est également artiste-plasticien. Ses œuvres questionnent par la vidéo, la photo ou encore le son, notre relation au travail et au monde salarial. Il est sur tous les fronts et participe à la dynamique de diaph8 en réalisant des interventions au sein de l’université.
Yuliya Ruzhechka vit et travaille à Grenoble. Photo-reporter, dans sa pratique, elle essaie de comprendre comment fonctionne la mémoire personnelle et comment peut se construire la grande Histoire avec un certain recul. Elle est en charge de la communication avec moi.
Quant à moi, Lucine Charon, je travaille au sein d’une association en tant que médiatrice et responsable pédagogique. Je n’ai pas abandonné ma pratique photo et continue de travailler autour de l’image « informe », plus particulièrement une image qui s’oppose au sens et questionne à sa vue le spectateur. Chez diaph8 je m’occupe de coordonner les projets, et chercher des financements et je construis la communication avec le reste de l’équipe.
A vrai dire, personne ne travaille solo et nous travaillons tous ensemble sur chacun des projets. L’avis de tous est important.

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C’est aujourd’hui à 18h le vernissage de votre exposition à la Maison de la photographie Robert Doisneau . D’où est parti ce projet? Comment s’est passée la collaboration avec Mickaël Houlette, son directeur.

Lucine : Ce projet est né de la rencontre avec Gilberto Guiza et Rafael Serrano, membres de diaph8 également. Tous deux travaillent au sein de l’institution. Mickael leur a fait part se sa volonté d’exposer quelque chose de nouveau au sein de la maison Doisneau. C’est ainsi que diaph8 a proposé le collectif. Un appel à projet a donc été lancé en avril et quelques mois plus tard, Michael a sélectionné 13 artistes exposants et l’aventure à été lancée ! Le dialogue avec la maison Doisneau et Mickael s’est très bien passé, toute l’équipe a vraiment été à notre écoute et nous a conseillé pour chaque détail.
Emeline Hamon, qui est d’ailleurs à l’origine du titre de l’exposition Infiniment Humain a également crée les visuels et textes avec Mickael.

Les travaux présentés dans cette exposition semblent aussi éclectiques que vos parcours et vos personnalités. Qu’est-ce qui vous lie?
Julia : Ce qui nous lie c’est d’abord d’être inscrits ou d’être passés par le Master de photographie et Art contemporain de Paris 8 et une volonté de faire connaître et reconnaître cette formation.
Ensuite, je pense que nos parcours et nos pratiques artistiques variés nous apportent une force et une énergie très stimulante, ce qui nous permet concrétiser des projets collectifs.
Lucine : Oui tout à fait, je rejoins entièrement Julia. Il y a cette volonté de tirer de notre parcours une force et une énergie. Nous explorons tous l’image différemment, avec différents médiums comme la vidéo ou encore le son. Par la suite, les travaux exposés répondent et questionnent la notion humanisme, si chère à la Maison Doisneau.

Humanisme? On donne tellement de sens différents aujourd’hui à ce mot. Ce serait quoi votre définition? Qu’est ce que c’est un photographe humaniste?

Julia : Quand il est lié à la photographie, ce mot à un sens autant symbolique qu’esthétique. On associe la photographie humaniste au noir et blanc et aux années 1940-1960… Pour moi, aujourd’hui, ça serait une photographie tournée vers l’ « autre » et dont le but serait d’apporter une multiplicité de réponses poétiques grâce à la réalisation de nouvelles images, grâce à la création.

On va jouer aux portraits croisés. Prenez chacun l’une des photos d’un autre membre du collectif, et dites nous en quelques mots.
Lucine : Quelle question ! Je vais choisir les photographies de Florence Cardenti. Pour faire simple, elle m’attirent par leur matérialité et leur support. Ces superpositions de fragments font écho à ma pratique mais il happe le spectateur dans une image que l’on pourrait qualifier d’erronée. Et c’est justement cela qui me plaît. La photographie n’est pas parfaitement tirée ou encadrée mais elle s’exprime par ses défauts. Sa série d’autoportraits « Éléments » fait appel à nos sens, notamment au toucher avec cette envie d’effleurer ses bandes qui composent et re-composent l’image.

Julia : Je choisis les images de Gilberto. Il travaille sur le monde du travail d’une manière décalée, inédite, engagée et sensible. J’apprécie aussi le face à face presque médusant que provoque l’agrandissement extrême de ses photographies.

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Je vais faire ma vilaine. On peut retrouver vos photographies sur votre site internet. Donnez moi de bonnes raisons de venir quand même sur place visiter votre exposition.
Julia : Une exposition ça se vit !
Par exemple, Gilberto imprime ses images dans des formats monumentaux, Lucine et Florence quand a elles ont beaucoup pensé le support de leurs images, leurs mise en espace… Autant d’éléments qui ne pourront être ressentis derrière un écran et qui pourtant font partit de l’œuvre. Il est aussi intéressant de voir comment les œuvres, d’artistes si différents que nous sommes, peuvent entrer en résonance pour créer un ensemble nouveau.
Lucine : Tout à fait d’accord ! Les œuvres choisies ne sont pas réellement faites pour être découverte dernière un écran d’ordinateur ou smartphone ! De plus, certaines images ne sont pas visibles sur notre site ou le site des artistes. Chacun a vraiment pris le soin de proposer des tirages de qualité et de donner corps et vie à chaque installation. Et Gentilly n’est vraiment pas très loin de Paris !

Le lieu dans lequel vous exposez est emprunt d’histoire. Doisneau c’est un incontournable dans l’histoire de la photographie. On a tous au moins une image en tête. Donnez-moi chacun le titre de votre photo préférée.

Julia : La petite Monique, 1934. Une image amusante et touchante.
Lucine : Autoportrait au Rolleiflex, 1947. Son regard et la position de ses mains sur l’appareil me fascine.

Diaph 8 va bientôt fêter son premier anniversaire. Le bilan de cette année? Des projets?

L’association va bientôt souffler sa première bougie ! La prochaine exposition, qui se déroulera au sein de l’université cette fois-ci nous demandera aussi beaucoup de travail.


Dernières questions, car je suis sûre que certains pourraient être intéressés : Vous recrutez? C’est quoi les critères pour vous rejoindre?

Nous allons effectivement avoir besoin de bénévoles (scénographie, communication web…) pour ce nouveau projet dont nous parlions plus haut.
Les critères ?! De l’énergie ! On recrute des membres pour le collectif ! oui ! Si vous êtes passé par la master photo, nous vous accueillons à bras ouvert car nous voulons toujours en découvrir plus !

Bon vernissage!
Quant à moi, j’ai plus qu’à remplir à mon tour le formulaire d’adhésion que l’on retrouve sur votre site pour vous soutenir car c’est une super association!

Un grand merci pour cette interview et encore félicitations pour ton blog (que nous ne manquerons pas de partager !)

Infiniment humain par Diaph 8,  à découvrir du 30 septembre au 09 octobre à la Maison de la photographie – Robert Doisneau.

Pavillon des canaux origamis

Welcome to wonderland 🐇

 » Elle sort de son lit, tellement sûre d’elle, la Seine, la Seine, la Seine… ».

Ces jours-ci, les parisiens pataugent dans un décor digne du dessin animé Un monstre à Paris. Les pluies diluviennes ont fait fleurir des paysages étranges, les statues et les monuments ont les pieds dans l’eau.

C’est au pavillon des canaux que j’ai trouvé refuge hier à défaut de pouvoir arpenter mes musées préférés fermés, notamment Le Louvre et le musée d’Orsay, pour cause d’intempéries. (Saluons au passage le travail des restaurateurs et personnels de lieux culturels qui se mobilisent à Paris et en région pour préserver notre patrimoine).

Pause colorée et cosy donc au Pavillon des canaux. Un lieu insolite au bord du canal de l’ourq. C’est une petite maison de ville avec sa petite terrasse mais aussi son salon, ses chambres, sa salle de bain dans lesquels vous pouvez prendre un thé ou manger un brunch. Original non?

A l’occasion de la sortie du film Alice de Tim Burton, le lapin blanc et ses amis ont envahi le lieu le temps d’une exposition. En ce samedi gris il y avait pas mal de monde et les petits pouvaient se faire maquiller.

Je n’ai donc pris que des détails en photo… Peut être que cela vous donnera envie d’aller vous rendre là bas à votre tour.

L’exposition termine le 17 juin: Ne soyez pas en retard!

Toutes les infos sur le site http://www.pavillondescanaux.com

Musée des arts forains paris

Le musée des arts forains

En plein coeur de Paris, se trouve un endroit magique. Si un besoin de rêver se fait sentir, si vous voulez retomber en enfance, c’est au musée des arts forains qu’il faut aller de toute urgence. C’est parti pour un tour!

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La visite se fait sur réservation et avec un guide qui vous fera une visite d’espace en espace en racontant de petites anecdotes. Accueil dans une jolie cour arborée après un passage voutée ou des tutus sont suspendus au plafond. Cela vous met tout de suite dans l’ambiance. Autrefois, le quartier de Bercy était le petit coin de campagne de Paris, là où on allait dans les guinguettes pour faire la fête, mais aussi où se trouvait les vignes. Le musée des arts forains se trouve ainsi dans d’anciens chais.

Musée des arts forains extérieur

On continue la promenade qui nous conduira dans quatre espaces aux noms prometteurs : Le théâtre du merveilleux, les Salons Vénitiens, le théâtre de verdure et le musée des arts forains. A l’intérieur que de surprises et de beauté! Un antiquaire, Jean Paul Favand a collectionné des objets du spectacle depuis 1972 et de tous ces objets est né en 1996 le musée des arts forains.

La scénographie est parfaite. On ne sait plus où donner de la tête tellement on a envie de tout regarder dans les details, de la cambrure des chevaux de bois aux anciens tickets de bons pour les manèges. Même les boutiques et les stands de gourmandise sont là.

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Et cerise sur le gateau, certains jeux fonctionnent encore! Et nous voilà à lancer des boules pour faire avancer le personnage avec une envie folle de gagner la course, ou de tourner sur le caroussel, ou encore pédaler comme un fou!

La partie spectacle de marionnette aussi fonctionne très bien et ajoute à la féérie du lieu.

Si vous avez des enfants pas loin, servez vous en d’excuse pour profiter aussi de ce petit bijou de musée. Ils seront ravis et vous aussi!

La médiation culturelle c'est quoi

Dis, c’est quoi un médiateur culturel?

Ça faisait très longtemps que j’avais envie d’écrire cet article. De prendre ce risque de me livrer un peu ici pour parler de mon métier. Allez!  Je me lance!

Bon par quoi commencer?

Je vais peut être d’abord vous dire ce que je répond lorsque je suis en plein exercice de mes fonctions et que quelqu’un s’approche de moi et voit écrit sur mon badge MEDIATION.

Médiation? drôle de mot dans un musée. Très vite les gens pensent aux mėdiateurs sociaux et pensent que l’on est là pour gérer des conflits. Non ce n’est pas du tout le propos.

Un médiateur culturel n’est pas un médiateur social, ce n’est pas non plus un guide touristique, un enseignant , un gardien ou un guide conférencier. Ça peut être un peut tout cela à la fois.

Un médiateur culturel est chargé de faire le pont entre une oeuvre, un artiste et le public. L’idée est d’entamer un dialogue avec le visiteur pour découvrir ensemble une oeuvre. Un temps d’observation et de description est souvent nécessaire car dans cette culture du zapping le public jette souvent un rapide coup d’oeil sans prendre le temps de regarder vraiment, ni de s’interroger sur ce qu’il voit. C’est pourquoi le terme de médiateur vient à propos, surtout quand on parle d’art contemporain. Le public se sent parfois mis à l’écart, voir ridiculisé par l’artiste avec une oeuvre conceptuelle. Dès lors le médiateur donne quelques clés qui permettent de comprendre le sujet. Un dialogue s’instaure entre l’oeuvre, le visiteur et le mėdiateur. Le spectateur devient acteur, partage ses ressentis, ses experiences aussi. Le médiateur en profite pour rebondir et en dire un peu plus sur l’oeuvre et l’artiste, ou ressituer aussi dans un contexte plus large d’histoire de l’art. Dialogue. Echanges. Sourires. voila les maitres mots de la médiation: il ne s’agit pas uniquement d’être dans la transmission.

Et c’est là que ça se corse car le public est parfois très passif. Il a l’habitude de la conférence savante et aime le prémâché. Il est en weekend et n’a pas envie de se fatiguer à réflechir, c’est trop lui demander. Il a decidé avant de venir que l’art contemporain c’est de la m…. et rien ne pourra le faire changer d’avis. Il a fait la queue 3 heures pour rentrer dans le musée et veut vous le faire payer.

Dans ces cas là, pas grand chose à faire. Un joli sourire, une parade et hop le médiateur tirera sa révérence à Monsieur et Madame Grincheux pour se diriger vers ce groupe d’adolescents qui s’esclaffe là-bas et qui représente un joli défi.

Bon concrètement, ça fait quoi un médiateur?

Il y a plusieurs formes de médiation. Lorsque l’on prend un groupe en charge, il s’agira d’avantage d’une visite type visite guidée traditionnelle mais que l’on essaiera de rendre la plus vivante possible en faisant participer le groupe. On peut aussi parfois être amené à faire des visites moins conventionnelles, notamment pour les enfants. Les médiateurs specialisés jeune public font parfois des visites contées, musicales ou avec des ateliers . Vous l’aurez sans doute compris si vous me suivez depuis un moment: ce sont les moments que je préfere.

Enfin, il y a la « médiation postée ». Et ça c’est peut être le plus difficile. A plusieurs points de vue. Il s’agit pour le médiateur d’être dans une salle pour répondre aux questions des visiteurs et ensuite entamer un dialogue avec eux. Et ça peut vite devenir l’enfer.

Pourquoi? Dejà parce que le public ne vous identifie pas. Si certains lieux proposent des tenues spécifiques, d’autres donnent des uniformes casi semblables à ceux des agents de sureté ou agents d’accueil, ou alors pas de tenue du tout mais un simple badge. Donc au lieu de parler de la relation de PIcasso avec Dora Maar vous vous retrouvez à indiquer les toilettes ou à expliquer gentiment que non votre fonction n’est pas de réparer l’audio guide puisque c’est vous le guide.

Et si on nous identifie quand même? Et bien cette personne est un médiateur, oui mais c’est quoi un médiateur? On en revient à notre point de départ. Le grand public ne connait pas notre métier et vient presque s’excuser de nous poser une question quand il en a une. Alors vous restez l´âme en peine dans la salle, à regarder les gens qui lisent les cartels, écoutent l’application sur leur smartphone, lisent la brochure, jouent sur les ipad prêtés parfois et vous vous dites que la concurrence de tous ces outils est bien déloyale. Que faire?

On s’arme d’énergie. On y va. On fait du « raccolage » . Et comme dans tous les métiers où vous êtes au contact des autres ça prend ou ça ne prend pas. Et quand ça prend c’est juste magique!

Vous venez d’avoir un très bel échange. Vous êtes heureux. Vous avez accompli votre mission.

Et là en une sule et unique réplique, votre interloccuteur vient vous casser le moral.  » Et sinon, vous faites quoi comme ėtude?  » Tu as tres envie de lui repondre :  » Mais ca fait 20 minutes que je te parle d’une oeuvre, ne crois tu pas qu´il faut de sacrés bagages pour faire ça. »

Non! médiateur culturel ce n’est pas un job d’étudiant mais un vrai métier! Je ne sais pas pourquoi mais le public ne nous pose cette question que lorsque l’on est en médiation postée et jamais en visite. La qualité de nos interventions elle pourtant ne diminue pas.

Mais la méprise est facile, et les hauts lieux culturels sont les premiers à en jouer. Plutôt que de rémunérer à juste titre des personnes diplômées, ils préfèreront souvent faire appel à des stagiaires ou pire faire des offres de service civique. Stagiaire, c’est bien comme cela que j’ai commencé pour plusieurs grands lieux parisiens et événements. Làchėe sur le terrain dès le premier jour bien souvent je n’appelerai pas vraiment cela des formations. Puis vacataire pour finir mes etudes. Aujourd’hui j’ai un double diplôme (d’arts plastiques et d’art thérapeute) mais cela me plait beaucoup de voir la multiplicité des parcours de mes collègues, ce qui montre toute la richesse de ce métier. Il a fallu ce battre pour avoir un poste fixe. J’ai multiplié les vaccations et CDD payés au lance pierre mais ça n’a pas entamé ma motivation.

Aujourd’hui la situation est loin d’être idyllique, je suis aphone d’avoir enchainé trop de prises de paroles, mais jambes sont meurtries d’etre restée certains jours 10h en salle, parfois jusqu´à très tard. Mais lorsqu’une petite fille vient m’apporter un bouquet de fleurs fraichement cueillies ou que je trouve dans un livre d’or un gentil mot ou un dessin pour me remercier , la tout revient, je sais pourquoi je fais ce métier. J’ai gagné ma journée.

Alors si dans une salle de musée vous voyez un médiateur un peu chancelant sur ses jambes, le regard un peu triste. Allez le voir. Demandez lui de vous parler un peu d’une oeuvre. Même si il s’agit d’un artiste que vous connaissez deja un peu. Vous risqueriez d’être surpris, et lui sera ravi d’échanger avec vous. Tous les jours nous nourissons aussi notre regard et notre discours de ces temps partagés avec vous amis visiteurs.

Fleurs cueillies par un enfant