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Rêver avec Sophie M.

Découvrir les collages de Sophie M.  , c’est plonger sans hésitation dans un monde onirique fait d’arabesques et de fleurs. Revêtir un chapeau melon pour briser le sérieux d’un costume masculin trop sévère. Teinter de pourpre un drapé pour insuffler du mystère.  Arrêter le temps pour savourer le temps d’un envol les mots poétiques sur un papier froissé. Un brin de baroque. Un soupçon de surréalisme. Des rêves comme brassées de pétales entrevus dans un kaléidoscope.

 

 

Bonjour Sophie, j’aimerai que tu présentes au lecteur ton parcours. J’ai cru comprendre qu’il était un peu atypique. Où travaille-tu? Un atelier? un bureau? Si on poussait la porte de cette pièce, on y trouverai quoi?

Mon chemin vers la création est un coup de baguette magique. Mes collages sont tous inspirés d’un univers intérieur onirique que je cultive secrètement depuis ma plus tendre enfance comme parenthèse enchantée à la réalité. Pas de galerie, un amical relais  en communication porté par des amis enthousiastes, qui connaissent le chemin de mon petit appartement en banlieue parisienne où j’ empile estampes, catalogues, magazines et journaux sujets préférés de mes déchirures et de mes découpages lyriques. Quelques papiers froissés, un coin de table, un peu de colle et la partition s’écrit, la musique des signes se compose comme pluie de poésie jetée. Quand je colle, je vis dans un monde peuplé de chimères que j’apprivoise pour mieux les entrevoir.

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Tu as créé récemment une collection de vaisselle en collaboration avec Site Corot Limoges . Peux tu me parler de cette rencontre.
Ma rencontre avec Site Corot Limoges s’est imposée tout simplement. Notre collaboration est née d’une discussion sur la matière, le travail des artisans, d’une projection d’idées du collage sur porcelaine. L’audace est mon oxygène, Site Corot m’a invité à relever le défi à ses côtés. Les balbutiements de matière que j’allais imaginer me paraissaient envisageables auprès de Site Corot Limoges, structure à taille humaine avec qui dialogues et échanges étaient ouverts sur des possibilités créatives non arrêtées.

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Quel est le point de départ pour cette série de collage?
L’écriture sous toutes ses formes est indispensable à mon énergie, à la vivacité de mon désir et à mon approche de l’autre : l’écriture comme égoïste partage.
Mes collages naissent d’une subite et urgente envie de poser une histoire sur une page blanche. Je me raconte une histoire dont la suite reste ouverte à celui qui va poser le regard dessus. J’aime l’idée que mon collage est le support d’une histoire racontée à plusieurs.

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As-tu eu des sources d’inspirations précises pour cette collection A piece of dream?
La nature, dialogue permanent de l’homme avec son image.

Tes assiettes portent les mentions micro-onde et lave-vaisselle. J’aime bien ce paradoxe de créer une vaisselle d’exception mais pour un usage quotidien. L’idée de réaliser des collages pour un support objet, destiné donc pas seulement à la contemplation mais aussi à l’utilisation a-t-elle changé ta façon de créer? Ou au contraire est-ce que ces collages avaient été réalisés en amont de la collection?

Les mentions ménagères qui figurent au dos des pièces rappellent en effet qu’elles ont été créées pour un usage quotidien. Ces porcelaines sont utilitaires avant d’être décoratives. Nous devons inviter le beau à notre table dès que nous le pouvons. Ces pièces de tables sont exceptionnelles uniquement parce que vous daignez vous en servir régulièrement et y porter un regard aimant dessus entre le fromage et la poire.
Un juste retour de la nature à la nature.
Un prolongement de l’acte premier vers un autre qui donne vie lui-même à l’histoire de l’objet-création dans son utilisation même. L’histoire s’écrit à deux.

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En ce moment, on entend beaucoup parler de concepts tels que slow life ou slow food. Est ce que l’on peut dire que prendre le temps de choisir une belle vaisselle, recevoir, dresser une table rentre finalement de nouveau dans ce besoin de ralentir et profiter de notre vie?
Le collage est l’art de la patience spontanée : c’est tout dire …

Des textes accompagnent également la vaisselle. L’écriture, la poésie, raconter une histoire: Ce sont, tu t’en doutes, moi qui suis conteuse, des choses qui me parlent. Quelle est la part d’imaginaire et la part d’histoire personnelle dans ces textes? Pourquoi cette démarche qui peut sembler curieuse de prime abord?
La poésie sous toutes ses formes est ma respiration. L’imaginaire ma voie d’oubli mais aussi ma construction positive. Mes textes partagés sont comme un peu de bonheur essaimé, une douce rêverie, la fantaisie de mon quotidien.

Tes assiettes ont dernièrement été sélectionnées par Nelly Rodi pour le salon Maison et Objet. On les retrouve d’ailleurs dans le Cahier Inspirations du salon. Peux-tu nous faire rêver un peu en nous donnant un aperçu de la mise en scène et en nous racontant cette belle expérience.
Une amie est tombée aimante de mes collages. Elle les a suggéré au cabinet de tendance avec l’idée de mes porcelaines qui n’en étaient encore qu’aux prémisses créatifs. Je pense que l’univers onirique a parlé, que la fée clochette a su se faire entendre. Mon univers « collait » aux tendances qui émergeaient autour du merveilleux recomposé.

Dernière question Sophie M. : Une exposition en ce moment à conseiller?
La mienne ! Ne faut-il pas rêver grand ?

Merci Sophie M. pour cette envoûtante interview. Cela m’a donné très envie de te découvrir encore plus. Et aussi de me remettre au collage. Tu m’as fait entrevoir d’autres possibilités de jeu avec ce médium.

Et en bonus, pour vous lecteurs, Sophie M. dévoile ci-dessous trois collages inédits pour prolonger ce doux état de rêverie: Son premier collage et un diptyque « printemps – été » composé de 2 panneaux. 

 

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Vente des porcelaines uniquement sur commande via mprochain@gmail.com
Loïs Low illustrations

Ballade avec Loïs Low (piste 2)

Hello Loïs Law ! Hier on a discuté de ton parcours et ta pratique de plasticien… Je me demandais d’ailleurs y a-t-il un artiste, une expo, un film ect que tu nous recommandes en ce moment ?

Un film, j’ai vu il y a peu « La Grande Bellezza » et j’ai adoré, tout y est magnifique, les plans, la douce amertume du personnage principal, l’élégance à l’italienne. Ça me donne envie de voir d’autres films de Paolo Sorrentino.

Une expo, celle du Tripostal sur des collections privées flamandes, il y a certaines aquarelles et peintures de Michaël Borremans, dont le travail est inspirant. On y trouve la mort, le sexe, l’étrangeté mais aussi beaucoup de douceur et d’humour. Ça me touche particulièrement.

Tu as également un talent de musicien. Tu me fais tellement rire avec ta chanson Dunkerque ! C’est tout un autre pan de ta personnalité que l’on découvre via les chansons. Est-ce que cette sensibilité ne pouvait être exprimée en images visuelles mais seulement en sons et mots ?

J’entretiens un rapport différent avec la musique, c’est beaucoup plus irréfléchis, ça vient moins du cerveau que des tripes et du ventre, même si « Dunkerque » est assez écrite il y a quelque chose de l’ordre de la pulsion, comme un jeu de mot qui vient, un lapsus ou quelque chose qui sort sans qu’on sache vraiment pourquoi. Là c’est partit d’un couple, qui, le lendemain d’une soirée, repartait sur Dunkerque. J’ai dis sans réfléchir « ahh, Dunkerque ! » et c’est devenu un refrain. Les paroles, l’idée de faire jouer histoire entre un homme et une femme sur fond social c’est venu après. Et ça se veut toujours léger. J’essaie de trouver aussi cette légèreté dans les dessins, c’est juste que la méthode est différente.

Les deux sont ils complémentaires ? Tissent des liens ?

Tu es passé par la sculpture aussi…

Je pense qu’il y a parfois des liens entre mes chansons et mes dessins, mais pas systématiquement . Disons que ceux sont deux bébés dont je suis le père, il n’est pas anormal d’y retrouver de ma personnalité dans chacun mais ce n’est pas réfléchis au préalable. Certaines compos se veulent plus visuelles, je pense nottament à « Jenny Ann » qui est une composition en anglais, je la visualisait en la créant. J’ai eu l’image surréaliste d’une fille qui marche sur la plage et d’un œil gigantesque qui la suit, un paysage d’Irlande un peu, du vent aussi..Il y a sans doute plein de liens que je ne voie pas. Finalement c’est le boulot des autres ça, moi je produis;)

Dans mon rapport à la sculpture il s’agissait, comme je l’ai dis au début, de faire jouer des traits et masses dans l’espace. C’est la même chose avec le dessin ou la peinture finalement. C’est juste qu’il y avait une dimension de plus, la profondeur. Et bien sur d’autres notions..équilibre, propriété des matériaux (draps, plâtre etc..). J’ai même peint avec la nourriture à la Michel Blazy, mais le côté incontrôlable et éphémère avait ses limites.

Sur ton site un petit clin d’œil à la Normandie. C’est quoi une torgoule artistique ?

Une torgoule artistique ? Tu fais sans doute référence à un des chapitres du site qui se nomme ainsi. Normalement on doit dire « teurgoule » ! C’est un mot normand un peu transformé:) C’est un genre de riz au lait normand, il y a quelque chose d’assez foutraque je trouve, de costaud par l’accumulation, je trouvais ça drôle de nommer un ensemble de dessin sous ce dénominateur. J’aime le mot et sa sonorité, il y a quelque chose de décalé. Et puis, si je ne me trompe, ça vient de ‘tordre’ la ‘goule’ (le visage) c’est donc très visuel.

Tu vis à Lille en ce moment après un moment à Paris. Est-ce que tu sens un changement dans ta façon de créer selon l’endroit où tu es ?

En revenant à Lille j’ai récupéré l’espace de vie perdu à Paris, les loyers et la vie étant moins chers. J’ai désormais une salle qui me sert d’atelier, je peux donc produire plus. Néanmoins j’ai adoré Paris et c’était très inspirant. Donc j’y reviendrai assez régulièrement. L’endroit ou je crée en soit importe peu en soi, ce qui compte c’est surtout l’espace et le calme ( pour ce dernier point c’est pas encore l’idéal mais bon on fait ce qu’on peut avec ce qu’on a).

Des projets ?

Une exposition Lilloise de quelques dessins au Bartabas (un bar à Wazemmes) qui débutera en novembre.

Concernant ma production je suis sur un dessin qui part d’une vue de la place de Lille avec des passants…ça risque déraper bientôt, à suivre.

Pour ce qui est de ma visibilité, je cherche à exposer dans des galeries, parisiennes et/ou lilloises.

À bons lecteurs…

Merci Loïs pour ta générosité et à bientôt à Paris ou à Lille !

Et pour voyager dans ton univers on peut visiter ton facebook et ton site web.