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Une licorne pour ma nuit blanche

J’aurai pu vous mentir. Vous dire que j’y étais. Que c’était génial comme tous les ans. En bonne blogueuse culture, nuit blanche c’est l’événement à ne pas manquer à Paris. Seulement, cette année j’avais autre chose de bien plus important à mes yeux. L’amitié passe avant tout. Blogueuse culture ou pas.

Et puis, voilà que mardi, en prenant un café en terrasse avec une amie, une licorne est apparue sous mes yeux. Là, dans la rue. Ce n’était pas une hallucination. Ni une, ni deux, nous l’avons suivie. Encore plus surprenant : la licorne est rentrée dans une église. Celle de la rue de la verrerie dans le quartier du Châtelet: la paroisse Saint Merry.

Le temps semble figé dans l’espace. Des vêtements sont suspendus dans l’église. La licorne git sur le sol. Que s’est-il passé?

En effet, le cheval blanc faisait partie au départ d’une installation de  Marguerite Lantz, dans l’Eglise Saint Séverin.

Elle est partie du postula que dans certaines cultures, les oeuvres sont créées par les artistes lorsqu’elles sont apparues dans leurs rêves. La licorne est donc le fruit d’une vision nocturne de Marguerite Lantz, une image lumineuse et consolatrice. Un animal merveilleux venu lui apporter réconfort dans son sommeil à un moment très sombre de sa vie.

L’installation de samedi comprenait également un travail fait avec Frédéric Bondy, autour de la lumière et du son. Créant une forêt sensorielle autour de cette licorne phosphorescente.

Pedro Marzorati avait créé quant à lui pour la Paroisse Saint Merry une installation: Plus haut que le ciel. L’artiste argentin nous raconte une histoire mystérieuse sans nous en donner les clés. Nous déambulons dans les allées. Imaginons à qui appartenaient ces enveloppes de tissus.

Difficile de ne pas évoquer le travail de Boltanski en voyant ces fantômes flotter dans les airs.

Quels sont ces drôles de personnages de chiffons? La lumière des vitraux miroite. Elle nous entoure et nous inclue dans ce monde chimérique. Celui des rêves ou des cauchemars. C’est selon.

Il manquait une partie de l’oeuvre lorsque je l’ai vu. Samedi soir, une installation avait été montée en superposant des chaises de l’église pour évoquer la tour de Babel. C’était le point de départ pour l’installation des vêtements, représentant les âmes s’envolant vers le ciel. La création comprenait également un jeu sur le son avec un orgue et un nuage de brume envahissant l’église de tant à autre.

Si l’installation dépourvue de tout cela est déjà saisissante. Cela devait être prodigieux.

Aujourd’hui, suspendus dans l’église demeurent les carcasses de vêtements de Pedro Marzorati  et la pauvre licorne de Marguerite Lantz, abattue abattue sur le sol. Un autre monde se dessine. Très inquiétant.

C’est finalement la nuit blanche qui est venue à moi en plein jour!

Loïs Low illustrations

Ballade avec Loïs Low (piste 1)

Loïs Law est talentueux. Loïs est prolixe. Loïs est bavard. Alors pour une fois, au lieu d’un article, le blog le met à l’honneur aujourd’hui et demain pour découvrir toutes les facettes de cet artiste à suivre!

Bonjour Loïs Law, ravie de t’accueillir sur le blog. Cela fais quelques mois maintenant que je me régale de tes illustrations, j’avais très envie de les partager avec les lecteurs. Est-ce que tu peux nous parler un peu de ton parcours artistique. Comment es tu venu à l’illustration ?

Bonjour,

Merci de m’accueillir dans ton univers et sur ce blog.

Je suis issu des Beaux Arts de Cherbourg et de Valence ou j’ai obtenu mon DNSEP (Diplôme National Supérieur d’Études Plastiques). Je me suis d’abord considéré comme peintre, et ce dès ma première année aux Beaux-Arts, même si j’ai touché à l’installation et à la sculpture. Le dessin existait à la fois comme croquis préparatoire puis progressivement comme œuvre à part entière. Mes recherches plastiques s’inter-croisant et s’inter-pénétrant durant ces années. Par exemple lorsque je posais des draps ou des objets en plâtre dans l’espace de l’atelier, je me pensais comme un dessinateur et un peintre dans l’espace tridimensionnel, il s’agissait de sortir de la toile ou je peignais pour lui faire prendre corps dans l’espace. Je considérerais chaque objet comme trait ou volume. Progressivement je suis revenu au supposé classicisme de la toile et de la feuille blanche, au dessin et à la peinture en deux dimensions (si l’on omet le volume des couches de peintures).

Et ce trait si particulier ? Le noir et blanc s’est –il imposé vite comme une évidence ou as-tu au contraire expérimenté d’autres voies avant de trouver la tienne ? Côté technique comment tu procèdes ? Comment démarres- tu un dessin ? Quel outil utilises-tu ? Fais tu des croquis préparatoires ou es-tu plutôt dans le « premier jet » ?

Au début je faisais des plus grands formats, au fusain, au crayon de bois, j’utilisais différentes techniques. Je coulais du plâtre sur des draps, j’étudiais le drapé, en dessin puis en sculpture. Il y avait quelque chose d’assez baroque dans tout ça je crois. Je jouais avec les masses colorées des objets dans la pièce, parfois par accumulation. En sortant des Beaux-Arts je me suis retrouvé sans atelier, j’ai donc du composer avec l’espace de mon appartement. C’est donc ce type de contrainte d’ordre pratique qui m’a conduit à travailler sur feuille et de revenir à de plus petits formats. J’y ai repris goût et ne l’ai jamais vu pour autant comme une frustration, mais plutôt comme un retour à quelque chose de ‘non aboutit’ et comme un défit. Durant mon parcours éducatif je cherchais à faire ‘sortir’ le dessin ou la peinture de la toile ou de la feuille, à m’étaler. Par la suite je cherchais à être de plus en plus précis. Il me fallait utiliser un médium adéquat. Quelque chose de fin, le plus fin possible. Un jour j’ai découvert le stylo Uni Pin noir 0,05 m, ça a été une révélation.

Ce trait particulier est donc venu essentiellement du médium utilisé: le stylo noir le plus fin possible.

Pour ce qui est de la méthode j’essaie d’ avoir un minimum de rigueur (dessin préparatoire par exemple, justesse dans les proportions) puis de me détacher au bon moment de celle ci.

En art plastique comme en musique, je considère que la différence entre un très bon technicien et un artiste réside dans cette capacité à se détacher de la contrainte et du rigorisme académique, au bon moment. C’est cet instant qui est le plus dur à trouver. Je tiens à préciser, avant de passer pour un énorme pédant que je me considère très rarement comme un artiste. Mais je cherche le juste équilibre entre structure stable et perte d’équilibre. L’hyper- réalisme m’ennuie, techniquement j’en suis incapable, et tant mieux:) . En musique c’est la même chose. Ce qui m’intéresse et ce vers quoi je tends c’est le rond dans l’eau au moment où la goûte de pluie vient de tomber. Ce qui trouble le calme plat. Pour qu’il y ait instabilité, il faut qu’il y ait stabilité au préalable, c’est pourquoi j’ai besoin de la structure de base. Pour mieux la tordre. Il y a souvent une forme reconnaissable, quelque chose que je veux familier, ensuite, j’essaie de le saper, de me tirer dans le pied, de troubler la lecture ou d’emmener vers un ailleurs, quelque chose de plus flou, de moins rassurant peut-être.

Tes dessins sont en noirs et blancs, mais parfois une touche de couleur fait son apparition. Est-ce que celle-ci est pensée au départ ou est-ce un surgissement une fois le trait posé ?

La couleur est parfois un élément de trouble, comme j’en parle précédemment, un agent déstabilisant. Mais à contrario, cela peut également avoir un sens particulier, pour renforcer une idée, un sentiment ou une direction.

Je pense en regardant tes illustrations aux grands caricaturistes, aux dessins de journaux comme Daumier mais aussi à la folie des dessins surréalistes ou encore les univers totalement loufoques de Bosch…La satire, l’humour grinçant laisse parfois aussi place à la poésie…Tes dessins de foule sont impressionnants. Tu as un vrai sens du détail. Mais qu’elles sont tes références ? Tes coups de cœur ?

D’abord, merci pour les références, je me sens tellement loin de ces maîtres. Je suis un grand admirateur de Bosch, des peintres flamands en général. Je pense aussi aux dessinateurs satiriques comme Topor, certains dessins de Dali me touchent également. Les graveurs comme Dürer aussi. Si mon rapport est réellement lié au dessin et à la peinture et non à la gravure, j’aime le rendu, l’aspect ‘gratté’ de cette dernière.

J’aime me situer entre dessin de presse, voire de bande dessinée, je pense à Reiser, Edika, Blutch… et dessin d’art.

En cela Topor est vraiment intéressant, car il me semble avoir les pieds dans les deux mondes, le milieu populaire avec une satire directement encrée dans le social et le monde peut-être plus fermé et élitiste de l’art, une pensée surréaliste, quelque chose de noir qui vient soulever le voile, parfois provoquer, mais aussi élever la pensée.

Je viens également d’acheter un ouvrage sur Omer Bouchery, un dessinateur Lillois qui a vécu à Lille et Paris. J’aime sa précision, la justesse de son trait, le côté populaire et socialement encré de ses scènes de vie croquées sur le vif. Il y a vraiment une vie dans ses dessins. C’est beaucoup plus académique que Topor, on est pas à la même époque non plus mais c’est tout aussi intéressant.

Merci Loïs Law ! 

A demain pour papoter musique et bien d’autres choses encore…

En attendant de te retrouver, les curieux peuvent aller visiter ta page facebook 

 

Les galeries pour tous interview

Les galeries pour tous: une belle initiative

J’ai rencontré Anaïs un peu par hasard au détour d’un café. Très vite la discussion s’est nouée autour d’une passion commune, l’art, et la volonté de la partager avec tous via la médiation culturelle. Elle m’a raconté son projet, celui de rendre accessible les galeries. Tant de choses à découvrir dans ces lieux que l’on croit souvent à tort réservé à une élite. Moi la première, habituée des musées et autres institutions culturelles, je n’ose pas franchir leurs portes. J’ai adoré la visite avec Anaïs dans les galeries du Marais, aujourd’hui je voulais partager cette expérience fabuleuse avec vous en lui posant quelques questions.

Bonjour Anaïs, alors Les galeries pour tous c’est quoi le concept?

Les galeries pour tous est un blog qui a pour but d’initier les curieux à l’art contemporain à travers l’organisation de visites guidées, de rédactions d’articles sur les expositions, de la création d’un glossaire artistique, etc. La particularité, c’est que ça se passe en majorité dans les galeries d’art du Marais, qui sont des lieux confidentiels ultra-pointus, et donc, assez peu accessibles au commun des mortels ! Pourtant, c’est bien là que ça se passe, car avant de voir un artiste à Beaubourg, il est passé d’abord par là !

Peux-tu te présenter en quelques mots? Quel est le parcours qui t’a conduit à devenir médiatrice?

À la base moi j’étais plutôt destiné à exposer dans une galerie plutôt qu’à la faire visiter, car j’ai fait de longues études d’art (Licence d’arts plastiques à la fac et les Beaux arts). Mais après avoir été photographe pendant un an, je me suis rendu compte que je m’épanouissais plus dans la transmission que dans la création en solo… Je suis avant tout un animal social !

D’ailleurs c’est quoi ta vision de la médiation culturelle?

Faire une médiation, c’est poser une passerelle entre une œuvre et un public, ouvrir une réflexion, donner des clés de compréhension. Pour moi le médiateur donne quelques pistes, et c’est au spectateur de faire le reste du travail. Je pense que c’est ce qui différencie la médiation de la conférence (ça et le salaire !*).

Premier choc esthétique?

J’étais en voyage linguistique à Londres et en visitant le dôme de l’an 2000, j’ai aperçu une sculpture géante (elle devait faire 4 ou 5 mètres), c’était la représentation hyperréaliste d’un ado en slip qui se tenait recroquevillé dans un coin (une sculpture de Ron Mueck). Il avait l’air mal dans sa peau, d’avoir envie de disparaître, de se cacher, mais il était tellement grand que l’on ne voyait que lui… j’avais 14 ans et des tonnes de complexes, du coup ça m’a parlé !

Dernière expo qui t’a marqué?

L’expo ANYWHERE, ANYWHERE OUT OF THE WORLD de Philippe Parreno au Palais de Tokyo a été une énorme claque pour moi ! Il a mis en place un espace d’exposition totalement novateur, où le spectateur est « pris en charge » du début à la fin, dans une circulation contrôlée par l’artiste. On perd ses repères, on écoute ses sens et quand on arrive enfin à lâcher prise, c’est un vrai voyage qui nous attend ! J’ai un peu honte de le dire, mais j’ai été tellement saisie, que j’ai versé une petite larme d’émotion ! Comment ça fonctionne les visites avec toi? Je sillonne les lieux d’art et les galeries, et quand je vois des expositions intéressantes, j’organise une visite guidée. L’idée, ce n’est pas de faire une conférence, mais de tracer ensemble les contours d’une définition de l’art contemporain, tout en donnant quelques clés pour que le visiteur puisse retourner dans les galeries (ou ailleurs) et s’en sortir tous seuls devant les œuvres.

Qui peut participer?

Presque tout le monde ! Les visites sont ouvertes aux amoureux de l’art contemporain, comme aux « curieux » qui le découvrent. Je veille à ce que les activités soient gratuites ou peu chères (les visites guidées sont rémunérées aux pourboires), de manière à ce qu’elles soient accessibles à tous. La seule chose, c’est qu’il faut être prêt à parler de tout et à tout voir, du coup je déconseille ces visites aux enfants.

Comment s’inscrire?

Quand une visite est programmée, elle est annoncée sur mon blog. À partir de là, il faut juste m’envoyer un mail pour réserver des places.

Où rêverais-tu d’emmener des visiteurs?

Pas de rêves à ce niveau-là, seulement des projets ! C’est à moi de faire en sorte d’emmener mes visiteurs où je veux, et qui sait, peut être qu’un jour je les emmènerai visiter les galeries de Londres et New York!

Ta galerie préférée dans Paris?

Question difficile !! Je citerai la galerie du jour et l’espace topographie de l’art pour l’esprit, et les galeries Perrotin et Templon pour la programmation, sans oublier la galerie Rabouan Moussion, qui représente mon artiste préféré, Erwin Olaf**.

Merci Anaïs pour ce beau projet culturel!!!! A très bientôt pour une autre visite

Toutes les infos et le programme des prochaines visites sont par ici: http://lesgaleriespourtous.com/

* Très envie de faire un article là-dessus en ce moment, étant donné la situation des médiateurs culturels qui est de plus en plus précaire!

** Un artiste dont je veux d’ailleurs, bientôt si possible vous parler sur l’ogresse de Paris, qu’Anaïs m’a fait découvrir et dont j’ai voyagé dans l’univers à Rotterdam au Het Nieuwe Instituut.