Association polychrome

Polychrome: les couleurs de l’arc en ciel mais pas que…

Curieuse un jour curieuse toujours! Depuis l’année dernière j’assiste quelques fois aux chouettes rendez-vous proposés par l’association Polychrome. Une façon d’aborder la culture sous d’autres angles, de découvrir de nouveaux artistes ou d’anciens qui m’étaient inconnus, d’approfondir aussi des réflexions sur l’art par le biais d’expositions, de conférences et plein d’autres choses encore. J’ai passé à la question Renaud, le président de l’association, pour en savoir plus…

Bonjour Renaud. Alors c’est quoi polychrome ? Est ce que tu peux nous parler un peu de l’association ?

Bonjour Sophie ! En quelques lignes, on avait trouvé une belle formule pour présenter l’association. Je recopie :

Intempestif, fenêtre sur corps, table de dissection des stéréotypes, palette de contre-cultures, Polychrome propose des événements autour de la représentation du corps, du désir et du genre.

N’ayez crainte, la flânerie, même sans garde-fou, ne mène finalement… Qu’ailleurs.

Ca laisse rêveur non ? Pour être un peu plus précis, ce qu’on organise, c’est surtout des conférences, des visites guidées d’expos, pour lesquelles on essaye d’avoir si c’est possible le ou la commissaire, et des projections. On crée aussi beaucoup de partenariats avec d’autres structures, comme des festivals ou des soirées, qui nous permettent de proposer aux adhérents des invitations ou des tarifs préférentiels.

D’où est parti le projet?

Cette année on fête nos cinq ans (et on a un beau CV). A l’Ecole du Louvre, j’avais rassemblé un petit groupe pour essayer de monter le projet. On voulait explorer des thématiques qu’on avait pas vraiment l’occasion de voir en cours, et surtout les partager. On voulait dynamiser la vie étudiante et exciter notre curiosité intellectuelle et celles de nos camarades. Et puis on a grandi, l’association s’est beaucoup ouverte à l’extérieur, on s’est déplacé dans d’autres lieux, on a rencontré pas mal de monde, ça s’est construit comme ça. L’année dernière, on a eut plus de cent adhérents. Ca serait chouette qu’on arrive à toucher encore plus de monde cette année.

Pourquoi avoir créé cette association dans le cadre de l’école du Louvre ? Et si on n’est pas étudiant alors?

Ce qui était intéressant, c’est qu’il n’y avait pas vraiment à l’époque de militantisme sur les questions culturelles. Or, à l’Ecole du Louvre, on avait les ressources pour mettre cette approche en place. Les portes des musées nous sont ouvertes, et c’est très facile d’inviter des conférenciers.

Le problème qu’il y avait, c’est que là-bas, l’enseignement est très académique, parce qu’il faut voir beaucoup de choses, en peu de temps, alors on ne peut pas s’arrêter sur certains détails, qui nous, nous intéressent. On a par exemple été voir le prof d’histoire médiévale, pour lui proposer de parler du piercing au Moyen Age. Il avait écrit un livre sur le sujet, mais évidemment, il n’en avait parlé en cours. L’avantage, en contrepartie, de la « philosophie » de l’Ecole du Louvre, c’est qu’elle est fortement basée sur la culture visuelle, c’est jamais de la théorie pure. Ca permet de se raccrocher à des images, et ça permet en quelque sorte de s’adresser à tou.te.s.

A partir de là, c’est pas grave si on est pas étudiant, ni spécialiste de l’histoire de l’art. Il suffit juste d’être curieux/se. On conçoit des formats d’événements très variés : on a fait des conférences sur le genre, sur la libido dans l’art moderne, sur l’iconographie de l’homosexualité dans la Bible, comme sur le bikini ! On a visité des expos sur le punk, les surréalistes, le cannibalisme dans l’art contemporain ou des choses plus classiques à Orsay, Pasolini à la Cinémathèque ou Mapplethorpe au Musée Rodin.

Polychrome cela évoque toutes les jolies couleurs de l’arc en ciel, symbole choisi par la communauté gay. En quoi est ce important de s’interroger sur le genre dans notre société ?

Au départ, on était positionné comme une association LGBT. Et puis rapidement, on s’est rendu compte que ce qu’on proposait, ça tournait pas tellement autour des questions identitaires, mais que c’était plus vaste. On parle des minorités sexuelles, et on essaye de faire modestement avancer les choses en explorant des sujets et en donnant de l’information, mais nos thématiques, c’est la représentation du corps, du désir et du genre. L’intérêt, c’est que ça permet de s’adresser à tout le monde. Par exemple, on a fait beaucoup de chose sur les différentes formes de féminismes, soit des projections ou soit des expos. C’est aussi en mettant en regard une pluralité de formes de contestations, politiques, artistiques, qu’on produit de la réflexion et qu’on se pose des questions intéressantes. En tous cas c’est comme ça qu’on construit nos programmations.

On parle d’étude de genre ou gender studies, beaucoup plus développées dans les pays anglo-saxons. Mais il semble qu’il y ait un réel retard ou décalage en France sur ces recherches…

C’est certain. Avec Polychrome, on essaye de donner la parole aux chercheurs, et il y en a quand même de plus en plus, qui justement s’intéressent à ce champ de recherche. On a invité l’année dernière deux jeunes doctorants, Norman Ferey et Eve Gianoncelli à venir nous parler d’un aspect de leur thèse : le premier sur la notion de genre dans la performance en France à partir des années 70, la seconde sur l’érotisme, le genre et le travestissement dans l’œuvre de Claude Cahun. A l’égard des jeunes chercheurs, Polychrome est un espace de parole. On a aussi eu des personnalités très importantes, comme François René Martin, qui est professeur d’histoire de l’art aux Beaux-Arts sur une conférence sur Ingres et les gender studies, qui expliquait comment les féministes avaient pu attaquer, puis par la suite nuancer leurs critiques sur un artiste qui paraissait à l’époque comme profondément misogyne.

L’association passe par les domaines artistiques pour explorer la question de la sexualité…

Ca revient un peu à ce que je disais tout à l’heure comme : il y a très peu d’associations qui se revendiquent d’une forme de militantisme culturel sur ces thématiques. Il se trouve qu’à Paris, il y a beaucoup d’institutions ou d’associations qui ponctuellement proposent des spectacles, des films, des expos en rapport avec le corps, le désir ou le genre. Notre travail, c’est d’abord de les repérer, puis de rassembler, pour pouvoir, chaque mois, proposer à nos adhérents une dizaine d’événements. On fait avec ce qui existe, et puis on apporte notre petit grain de sel. On a quand même organisé 10 conférences l’année dernière. En 2011 et 2012, on a aussi par exemple proposé pour la Saint Valentin des projections de courts métrages expérimentaux érotiques et pornographiques. C’était complet.

As tu des artistes et des lectures à conseiller pour des néophytes sur les thématiques abordées par Polychrome ?

Il faut venir aux conférences ! Nous, après, on est pas tellement spécialiste de la littérature, ni même comme je te disais de la théorie. En revanche, on est en train de créer un partenariat avec la librairie Les Mots à la Bouche, pour renforcer ce pan notre programmation. Ils proposent très fréquemment des rencontres/débats avec des auteurs qui souvent écrivent sur les minorités, le désir, les corps.

Après, à titre personnel, si j’avais deux petites références à donner : j’aime beaucoup le travail de Dominique Baqué, qui est une bonne spécialiste la photographie contemporaine, et qui a écrit un ouvrage qui s’appelle Mauvais Genre(s) : Erotisme, pornographie, art contemporain (2002, Editions du regard). On pourrait aussi citer, sur la relation entre le genre et l’histoire de l’art, le beau livre de Catherine Gonnard et Elisabeth Lebovici qui s’appelle Femmes artistes/Artistes femmes (2007, HAZAN), mais il y en aurait beaucoup d’autres…

Oui je connais Dominique Baqué, j’ai eu la chance de l’avoir comme professeure d’histoire de l’art lors de ma formation d’art thérapeute. En effet c’est une bonne référence. Je n’ai pas lu cet ouvrage ni l’autre que tu cites, je note tes conseils.

Cette année il y a du des visites guidées avec des commissaires d’expo, des conférences avec des chercheurs, des soirées. Peux tu revenir pour nous sur les temps forts, les belles découvertes de 2013/2014?

Bien sûr. Aux Arts décoratifs, on a commencé l’année par un marathon de plus de deux heures de visite avec le commissaire de son exposition sur la Mécanique des dessous. Les corsets, les braguettes, les faux culs, on est incollables !

Ah oui j’avais aimé cette exposition aussi, j’en avais parlé là…

Côté projections, on a eu la chance de pouvoir inviter Gérard Koskovich, un des fondateur du Musée LGBT de San Francisco pour introduire une séance sur l’apparition du sida en Californie. Chaque année pour le 1er décembre, journée mondiale de lutte contre l’épidémie, on organise un buffet caritatif pour le Sidaction à l’Ecole, et un événement, conférence ou film.

On a aussi fait une visite un peu spéciale sur le plaisir homosexuel illicite dans l’espace public, avec un jeune urbaniste, au Jardin des Tuileries.

Parce qu’on est partenaire du Paris Burlesque Festival, depuis un certain temps, on a pu assister à des revues assez folles : la Nuit Fatale ou la Nuit Clandestine à la Bellevilloise.

Les amateurs d’electro ont eu des invitations pour aller écouter Zombie Zombie en ciné-concert sur des films scientifiques des années 50 de Jean Painlevé à l’Auditorium du Louvre, ou Du passé faisons table rase, le concert performance de Sexy Sushi et Théo Mercier au Festival Exit à Créteil.

Les cinéphiles ont découverts stupéfaits le dernier Peter Greenaway, ont revu des courts de Kenneth Anger, ou le documentaire sur les Pussy Riot au Festival Jerk Off.

On peut dire qu’il y en a pour tous les gouts…

Il semblerait que le programme de la rentrée soit aussi des plus alléchants…

Ô oui ! A partir de novembre, on ne nous arrêtera pas. La liste des expos n’en fini plus : Sade à Orsay, Hedi Slimane à la Fondation Pierre Bergé, Inside au Palais de Tokyo, Tatoueurs Tatoués au Quai Branly ou David Bowie à la Cité de la musique…

Les sujets de conférences qui nous font rêver : La plasticité du désir, la figure de la vanité dans les films de zombies, les stéréotypes dans les médias, le vocabulaire des transidentités ou encore les usages de la pornographie…

Et tous les partenariats qu’on renouvelle, pour ceux que je n’ai pas mentionnés : qui permettent aussi de gagner des places à des soirées pour danser à la WET for me, la House of Moda, aux Amours alternatives, à la Culottée et j’en passe !

Et maintenant, que tu nous as donné envie que doit on faire si on veut participer à des rendez vous et/ou rejoindre Polychrome?

La première chose à faire, c’est de nous écrire un petit mot pour recevoir la newsletter. Notre adresse : polychrome.edl@gmail.com.

Pour participer aux événements, de manière générale, personne n’est obligé à adhérer. C’est contre nos principes. Mais sachant que notre jolie carte ne coute que 5 € pour les étudiants et 10 € pour les autres, et que c’est ce qui nous permet de fonctionner, c’est quand même recommandé ! C’est aussi ce qui vous donne droit aux tarifs réduits, et aux invitations pour certains événements.

Si vous souhaitez aussi vous investir ou nous proposer vos projets, on a besoin d’aide et toute nouvelle idée est bonne à prendre !

Pour celles ou ceux qui n’auraient pas Facebook, on a aussi un site magnifique, où vous pourrez aussi retrouver notre « CV » : polychrome-edl.fr ! Et on organise régulièrement des apéros pour rencontrer l’équipe et échanger autour de la programmation.

Merci beaucoup Sophie.

Merci à toi Renaud et plein de bonnes choses pour polychrome!

Loïs Low illustrations

Ballade avec Loïs Low (piste 2)

Hello Loïs Law ! Hier on a discuté de ton parcours et ta pratique de plasticien… Je me demandais d’ailleurs y a-t-il un artiste, une expo, un film ect que tu nous recommandes en ce moment ?

Un film, j’ai vu il y a peu « La Grande Bellezza » et j’ai adoré, tout y est magnifique, les plans, la douce amertume du personnage principal, l’élégance à l’italienne. Ça me donne envie de voir d’autres films de Paolo Sorrentino.

Une expo, celle du Tripostal sur des collections privées flamandes, il y a certaines aquarelles et peintures de Michaël Borremans, dont le travail est inspirant. On y trouve la mort, le sexe, l’étrangeté mais aussi beaucoup de douceur et d’humour. Ça me touche particulièrement.

Tu as également un talent de musicien. Tu me fais tellement rire avec ta chanson Dunkerque ! C’est tout un autre pan de ta personnalité que l’on découvre via les chansons. Est-ce que cette sensibilité ne pouvait être exprimée en images visuelles mais seulement en sons et mots ?

J’entretiens un rapport différent avec la musique, c’est beaucoup plus irréfléchis, ça vient moins du cerveau que des tripes et du ventre, même si « Dunkerque » est assez écrite il y a quelque chose de l’ordre de la pulsion, comme un jeu de mot qui vient, un lapsus ou quelque chose qui sort sans qu’on sache vraiment pourquoi. Là c’est partit d’un couple, qui, le lendemain d’une soirée, repartait sur Dunkerque. J’ai dis sans réfléchir « ahh, Dunkerque ! » et c’est devenu un refrain. Les paroles, l’idée de faire jouer histoire entre un homme et une femme sur fond social c’est venu après. Et ça se veut toujours léger. J’essaie de trouver aussi cette légèreté dans les dessins, c’est juste que la méthode est différente.

Les deux sont ils complémentaires ? Tissent des liens ?

Tu es passé par la sculpture aussi…

Je pense qu’il y a parfois des liens entre mes chansons et mes dessins, mais pas systématiquement . Disons que ceux sont deux bébés dont je suis le père, il n’est pas anormal d’y retrouver de ma personnalité dans chacun mais ce n’est pas réfléchis au préalable. Certaines compos se veulent plus visuelles, je pense nottament à « Jenny Ann » qui est une composition en anglais, je la visualisait en la créant. J’ai eu l’image surréaliste d’une fille qui marche sur la plage et d’un œil gigantesque qui la suit, un paysage d’Irlande un peu, du vent aussi..Il y a sans doute plein de liens que je ne voie pas. Finalement c’est le boulot des autres ça, moi je produis;)

Dans mon rapport à la sculpture il s’agissait, comme je l’ai dis au début, de faire jouer des traits et masses dans l’espace. C’est la même chose avec le dessin ou la peinture finalement. C’est juste qu’il y avait une dimension de plus, la profondeur. Et bien sur d’autres notions..équilibre, propriété des matériaux (draps, plâtre etc..). J’ai même peint avec la nourriture à la Michel Blazy, mais le côté incontrôlable et éphémère avait ses limites.

Sur ton site un petit clin d’œil à la Normandie. C’est quoi une torgoule artistique ?

Une torgoule artistique ? Tu fais sans doute référence à un des chapitres du site qui se nomme ainsi. Normalement on doit dire « teurgoule » ! C’est un mot normand un peu transformé:) C’est un genre de riz au lait normand, il y a quelque chose d’assez foutraque je trouve, de costaud par l’accumulation, je trouvais ça drôle de nommer un ensemble de dessin sous ce dénominateur. J’aime le mot et sa sonorité, il y a quelque chose de décalé. Et puis, si je ne me trompe, ça vient de ‘tordre’ la ‘goule’ (le visage) c’est donc très visuel.

Tu vis à Lille en ce moment après un moment à Paris. Est-ce que tu sens un changement dans ta façon de créer selon l’endroit où tu es ?

En revenant à Lille j’ai récupéré l’espace de vie perdu à Paris, les loyers et la vie étant moins chers. J’ai désormais une salle qui me sert d’atelier, je peux donc produire plus. Néanmoins j’ai adoré Paris et c’était très inspirant. Donc j’y reviendrai assez régulièrement. L’endroit ou je crée en soit importe peu en soi, ce qui compte c’est surtout l’espace et le calme ( pour ce dernier point c’est pas encore l’idéal mais bon on fait ce qu’on peut avec ce qu’on a).

Des projets ?

Une exposition Lilloise de quelques dessins au Bartabas (un bar à Wazemmes) qui débutera en novembre.

Concernant ma production je suis sur un dessin qui part d’une vue de la place de Lille avec des passants…ça risque déraper bientôt, à suivre.

Pour ce qui est de ma visibilité, je cherche à exposer dans des galeries, parisiennes et/ou lilloises.

À bons lecteurs…

Merci Loïs pour ta générosité et à bientôt à Paris ou à Lille !

Et pour voyager dans ton univers on peut visiter ton facebook et ton site web.

Loïs Low illustrations

Ballade avec Loïs Low (piste 1)

Loïs Law est talentueux. Loïs est prolixe. Loïs est bavard. Alors pour une fois, au lieu d’un article, le blog le met à l’honneur aujourd’hui et demain pour découvrir toutes les facettes de cet artiste à suivre!

Bonjour Loïs Law, ravie de t’accueillir sur le blog. Cela fais quelques mois maintenant que je me régale de tes illustrations, j’avais très envie de les partager avec les lecteurs. Est-ce que tu peux nous parler un peu de ton parcours artistique. Comment es tu venu à l’illustration ?

Bonjour,

Merci de m’accueillir dans ton univers et sur ce blog.

Je suis issu des Beaux Arts de Cherbourg et de Valence ou j’ai obtenu mon DNSEP (Diplôme National Supérieur d’Études Plastiques). Je me suis d’abord considéré comme peintre, et ce dès ma première année aux Beaux-Arts, même si j’ai touché à l’installation et à la sculpture. Le dessin existait à la fois comme croquis préparatoire puis progressivement comme œuvre à part entière. Mes recherches plastiques s’inter-croisant et s’inter-pénétrant durant ces années. Par exemple lorsque je posais des draps ou des objets en plâtre dans l’espace de l’atelier, je me pensais comme un dessinateur et un peintre dans l’espace tridimensionnel, il s’agissait de sortir de la toile ou je peignais pour lui faire prendre corps dans l’espace. Je considérerais chaque objet comme trait ou volume. Progressivement je suis revenu au supposé classicisme de la toile et de la feuille blanche, au dessin et à la peinture en deux dimensions (si l’on omet le volume des couches de peintures).

Et ce trait si particulier ? Le noir et blanc s’est –il imposé vite comme une évidence ou as-tu au contraire expérimenté d’autres voies avant de trouver la tienne ? Côté technique comment tu procèdes ? Comment démarres- tu un dessin ? Quel outil utilises-tu ? Fais tu des croquis préparatoires ou es-tu plutôt dans le « premier jet » ?

Au début je faisais des plus grands formats, au fusain, au crayon de bois, j’utilisais différentes techniques. Je coulais du plâtre sur des draps, j’étudiais le drapé, en dessin puis en sculpture. Il y avait quelque chose d’assez baroque dans tout ça je crois. Je jouais avec les masses colorées des objets dans la pièce, parfois par accumulation. En sortant des Beaux-Arts je me suis retrouvé sans atelier, j’ai donc du composer avec l’espace de mon appartement. C’est donc ce type de contrainte d’ordre pratique qui m’a conduit à travailler sur feuille et de revenir à de plus petits formats. J’y ai repris goût et ne l’ai jamais vu pour autant comme une frustration, mais plutôt comme un retour à quelque chose de ‘non aboutit’ et comme un défit. Durant mon parcours éducatif je cherchais à faire ‘sortir’ le dessin ou la peinture de la toile ou de la feuille, à m’étaler. Par la suite je cherchais à être de plus en plus précis. Il me fallait utiliser un médium adéquat. Quelque chose de fin, le plus fin possible. Un jour j’ai découvert le stylo Uni Pin noir 0,05 m, ça a été une révélation.

Ce trait particulier est donc venu essentiellement du médium utilisé: le stylo noir le plus fin possible.

Pour ce qui est de la méthode j’essaie d’ avoir un minimum de rigueur (dessin préparatoire par exemple, justesse dans les proportions) puis de me détacher au bon moment de celle ci.

En art plastique comme en musique, je considère que la différence entre un très bon technicien et un artiste réside dans cette capacité à se détacher de la contrainte et du rigorisme académique, au bon moment. C’est cet instant qui est le plus dur à trouver. Je tiens à préciser, avant de passer pour un énorme pédant que je me considère très rarement comme un artiste. Mais je cherche le juste équilibre entre structure stable et perte d’équilibre. L’hyper- réalisme m’ennuie, techniquement j’en suis incapable, et tant mieux:) . En musique c’est la même chose. Ce qui m’intéresse et ce vers quoi je tends c’est le rond dans l’eau au moment où la goûte de pluie vient de tomber. Ce qui trouble le calme plat. Pour qu’il y ait instabilité, il faut qu’il y ait stabilité au préalable, c’est pourquoi j’ai besoin de la structure de base. Pour mieux la tordre. Il y a souvent une forme reconnaissable, quelque chose que je veux familier, ensuite, j’essaie de le saper, de me tirer dans le pied, de troubler la lecture ou d’emmener vers un ailleurs, quelque chose de plus flou, de moins rassurant peut-être.

Tes dessins sont en noirs et blancs, mais parfois une touche de couleur fait son apparition. Est-ce que celle-ci est pensée au départ ou est-ce un surgissement une fois le trait posé ?

La couleur est parfois un élément de trouble, comme j’en parle précédemment, un agent déstabilisant. Mais à contrario, cela peut également avoir un sens particulier, pour renforcer une idée, un sentiment ou une direction.

Je pense en regardant tes illustrations aux grands caricaturistes, aux dessins de journaux comme Daumier mais aussi à la folie des dessins surréalistes ou encore les univers totalement loufoques de Bosch…La satire, l’humour grinçant laisse parfois aussi place à la poésie…Tes dessins de foule sont impressionnants. Tu as un vrai sens du détail. Mais qu’elles sont tes références ? Tes coups de cœur ?

D’abord, merci pour les références, je me sens tellement loin de ces maîtres. Je suis un grand admirateur de Bosch, des peintres flamands en général. Je pense aussi aux dessinateurs satiriques comme Topor, certains dessins de Dali me touchent également. Les graveurs comme Dürer aussi. Si mon rapport est réellement lié au dessin et à la peinture et non à la gravure, j’aime le rendu, l’aspect ‘gratté’ de cette dernière.

J’aime me situer entre dessin de presse, voire de bande dessinée, je pense à Reiser, Edika, Blutch… et dessin d’art.

En cela Topor est vraiment intéressant, car il me semble avoir les pieds dans les deux mondes, le milieu populaire avec une satire directement encrée dans le social et le monde peut-être plus fermé et élitiste de l’art, une pensée surréaliste, quelque chose de noir qui vient soulever le voile, parfois provoquer, mais aussi élever la pensée.

Je viens également d’acheter un ouvrage sur Omer Bouchery, un dessinateur Lillois qui a vécu à Lille et Paris. J’aime sa précision, la justesse de son trait, le côté populaire et socialement encré de ses scènes de vie croquées sur le vif. Il y a vraiment une vie dans ses dessins. C’est beaucoup plus académique que Topor, on est pas à la même époque non plus mais c’est tout aussi intéressant.

Merci Loïs Law ! 

A demain pour papoter musique et bien d’autres choses encore…

En attendant de te retrouver, les curieux peuvent aller visiter ta page facebook 

 

Sarah Trioullier

Viaje al alma / Sarah Trioullier

Dans le travail photographie de Sarah Trioullier, j’aime beaucoup les effets de flou : certains paysages semblent sortir d’une brume, d’un rêve… Cela n’est pas sans rappeler l’aube de la photographie .

Les contours estompés et le grain particulier m’évoquerait presque le fusain. Et pourtant quand elle passe à la couleur, cela évoquerait plutôt le côté suranné qu’ont maintenant pour nous les photographies d’enfance des années 80.

Ses modèles ont souvent des pauses de repli sur eux même un peu mélancoliques avec des positions d’attente ou de sommeil par exemple. Cela emmène celui qui regarde ta photographie vers un espace intérieur, hors cadre. On flotte entre deux mondes, par les contrastes forts la lumière et les gestes suspendent leur course… Elle joue sur la transparence, l’invisible…

Pour le blog, en plein accrochage, Sarah Trioullier nous parle de son voyage intérieur, une forme de quête initiatique et esthétique.

 

Aujourd’hui a lieu le vernissage de ton exposition Viaje al alma. Parles nous un peu de ton parcours d’artiste. Comment es tu venue à la photographie ?

J’ai toujours aimé l’art, c’est pour cela que j’ai essayé les études en Histoire de l’art à l’Université. Au fil du temps je me suis rendu compte que c’était la création qui pouvait réellement remplir mes attentes.
Depuis mon enfance j’ai été attiré par la photographie. D’abord je voulais prendre en photo tout ce qui m’entourai et ensuite j’ai été attirée non seulement par les images mais aussi par la machine et les techniques. C’est tout naturellement que je me suis inscrite à une école de photographie.

Pourquoi avoir choisi ce médium plutôt qu’un autre moyen d’expression? 

Je me sent à l’aise en m’exprimant avec la photographie. Ce moyen me convient et me comprend et c’est le seul avec lequel j’arrive à me livrer.

Quel est ton rapport avec l’appareil ? Ami ? Enfant chéri ? Compagnon de route ? Ennemi parfois ?

Je dirais compagnon de route et ami. Si j’ai mon appareil photo je ne me sent pas seule. Mais parfois il devient un ennemi car je sens que je dois m’en séparer pour pouvoir profiter entièrement des moments. Dans les deux cas c’est une grande histoire d’amour.

D’ailleurs quel est-il ? Est-ce que tu utilises toujours le même ?

J’en ai plusieurs, mais j’avoue qu’il y en a deux qui m’accompagnent très souvent. Un Konica 24×36 un Yashica 6×6. Ils ont en commun que ce sont des reflex argentiques, et même si je reconnais que le numérique a de nombreux avantages et que je travaille aussi avec un numérique, il est plus facile pour moi de m’exprimer en argentique.

Quel est ta technique ?

Je ne pense pas avoir une technique en particulière, le choix de l’appareil photo et de la pellicule jouent beaucoup, mais la seule réelle constante que je m’efforce de tenir dans mon travail est celle de sentir la photo et d’être en accord avec le cadre que je construit et mon sujet.

Et pour le tirage alors ?

Pour ce qui est des tirages je m’efforce de le faire moi même quand c’est possible. Le choix de la taille et du papier est toujours lié au sujet. La technique utilisée pour le tirage fait partie de ce que je veux exprimer dans mes photos.

Quelle période couvre les clichés que tu présenteras samedi ? Où les as-tu pris ?

Viaje al Alma est le produit du voyage que j’ai fait en Colombie en février 2014. De retour en France j’avais besoin de partager tout ce que ce voyage a représenté pour moi. C’est une manière de rendre hommage aux rencontres et aux paysages qui ont nourri mon séjour. Plus que la découverte d’un pays formidable, ces photos sont les témoins du voyage qui m’a aidé ouvrir des chemins pour me trouver en tant qu’être humain et en tant qu’artiste.

Si tu devais sélectionner une seule de tes photographies laquelle serait-elle ? Peux tu nous raconter son histoire. Les circonstances dans lesquelles tu as prise le cliché et pourquoi cette fois est importante pour toi.

C’est bizarre mais je ne pourrais pas car elles représentent toute un moment particulier, une histoire avec les personnages ou les endroits. Déjà il m’a fallu faire un choix pour l’expo et j’ai du faire appel à un regard extérieur pour pouvoir prendre la décision finale des photos exposées. Alors choisir une seule c’est infaisable.

Viaje al alma, c’est le titre que tu as choisi pour présenter ton travail. Es tu partie avec cette idée avant de réaliser les clichés ou est-ce que ce sont les photographies une fois réunies qui ont révélé leur lien ?

Le titre m’est venu une fois que j’avais choisi les photos de l’expo, faire ce choix difficile m’a fait comprendre que le voyage que j’avais fait, avait été beaucoup plus qu’une question de traverser l’Atlantique. Je pensais aller explorer un pays, et je me suis rendu compte que j’avais du explorer mon âme. C’est pour cela que le titre s’est imposé à moi : Voyage dans l’âme.

On est dans le voyage au sens large, sous sa forme initiatique. Est-ce ainsi que tu conçois la quête artistique ?

Je pense que ta question est le résume de tout ce que je viens de dire. La vie en soi est un voyage initiatique… par conséquent la quête artistique aussi.

Merci Sarah Trioullier de t’être livrée pour nous à l’exercice de l’interview. Bon vernissage!

Et pour venir voir l’exposition, cela se passe au restaurant Zagros, 58 bd Ménilmontant dans le 75020 Paris

 

Le site internet: http://sarahtrioullier.format.com/

Ogresse de paris par Charlotte Picant

Charlotte Picant / Portrait

Bonjour Charlotte Picant , ravie de te retrouver et de te présenter aux lecteurs du blog. Est-ce que tu peux te présenter en quelques mots?
Je m’appelle Charlotte Picant, j’ai 30 ans et j’ai grandi à Paris. Je fais de la photo depuis presque 4 ans, en autodidacte. Depuis 2 ans, je me consacre surtout au portrait, en argentique mais je prends aussi beaucoup de photos avec Instagram.

Charlotte Picant photographie
Je t’ai rencontrée en 2012. Tu avais un projet en tête. Tu voulais prendre Paris en photographie à travers les yeux de ses habitants, en leur demandant de choisir leur endroit préféré de la ville pour le shooting. J’avais choisi le jardin du Quai Branly d’ailleurs pour une séance de croquis. Qu’est devenu ce travail? A-t-il été fructueux? As-tu rencontré au contraire des difficultés?
A l’époque, je n’étais à Paris que pour quelques semaines car j’habitais San Francisco. Après mon séjour en France qui m’a beaucoup inspiré et m’a donné envie de me lancer dans les portraits, je suis retournée aux Etats-Unis avec cette volonté d’approfondir et j’ai donc photographié des dizaines et des dizaines de personnes que je connaissais ou pas. Depuis mon retour à Paris en Février, je continue sur ma lancée et suis d’ailleurs constamment à la recherche de modèles intéressants. Le projet est toujours d’actualité.

Ogresse de paris par Charlotte Picant

Sophie Ogresse, Musée du Quai Branly, Paris

Tu venais aussi d’avoir un nouvel appareil. Peux-tu nous en parler? Ca a été un déclic? En quoi la technique est-elle importante ou pas?
En fait, tout a commencé il y a 5 ans, quand ma soeur est revenue d’un été en Russie, avec un vieux Zenit. Elle s’est mise à prendre des photos argentiques qui ont attiré mon attention et m’ont donné envie de m’y mettre aussi. En décembre 2010, elle m’a offert un Zenit que j’ai embarqué dans ma valise lors de mon déménagement à San Francisco, sans jamais l’avoir utilisé. Ma soeur m’a expliqué les bases un jour sur Skype. C’est à ce moment-là que ma passion pour la photographie a commencé. Depuis, j’utilise d’autres appareils. J’ai un Nikon FTN et un Seagull Moyen Format que j’utilise surtout pour les portraits. Je n’attache pas beaucoup d’importance à l’aspect technique, juste assez pour pouvoir faire des réglages manuels sans posemètre. Le reste est plutôt instinctif.

Tu voulais développer ton style autour du noir et blanc. Pourquoi ce choix?
En matière de portraits, j’aime le noir et blanc parce qu’il permet de se concentrer sur ce qui est vraiment important, sur la personne, sur l’émotion qu’elle dégage, sur son lien avec son environnement.

Comment ton travail a-t-il évolué depuis? Qu’est-ce qui te pousse à appuyer sur le déclencheur? Qu’est-ce qui t’inspire? As-tu des références, des modèles, des idoles en la matière?
Au départ, quand j’ai commencé les portraits, j’y allais un peu à l’aveuglette, je ne savais pas ce que je recherchais chez les personnes que je photographiais. Depuis, avant la séance photo, j’ai une idée plus ou moins précise du résultat que je cherche à obtenir avec chaque personne, même si avec l’argentique, il y a quand même une grande part de hasard.
Beaucoup de photographes m’inspirent. J’aime beaucoup Vivian Maier, Henri Cartier-Bresson, Richard Avedon et Emmet Gowin pour leurs portraits, André Kertész pour son travail sur les ombres, Eugène Atget pour ses scènes de rue et Bernd et Hilla Becher pour leur travail systématique sur l’architecture. Il y a aussi un photographe de San Francisco, Travis Jensen, qui fait de superbes portraits de rues.
Sinon, je me promène beaucoup et je me suis rendue compte que mon oeil était souvent attiré par les mêmes choses, ce qu’on remarque assez facilement en regardant mes photos.

J’aime tes séries de portraits. Je les trouve authentique. Tu captes bien l’énergie des gens. Tu crées aussi des ambiances, comme si les personnes devenaient des paysages.
Je m’efforce de faire ressortir une certaine vérité, une certaine vision – ou du moins ma vision – des gens que je photographie. C’est pour ça que l’environnement est important. J’aime photographier les gens dans des endroits qui leur sont familiers, chez eux, dans leur quartier. L’arrière-plan est pour moi tout aussi important que le modèle.

Depuis quelques temps, j’ai vu défiler sur facebook des clichés de rues, en couleur cette fois. Ce basculement était nécessaire pour aborder d’autres thématiques? Tu sembles te consacrer cette fois davantage aux détails.
Je ne me balade pas toujours avec mes appareils photo, mais j’ai toujours mon téléphone dans la poche. Il me permet de capter des instants, des lumières, des détails que je ne pourrais pas forcément photographier avec mes appareils argentiques qui ont des objectifs avec des angles étroits. Avec l’argentique, y a une part de réflexion, alors qu’avec un téléphone, on est dans le moment.

Charlotte picant photographie

Avenue Sainte-Foy, Neuilly sur Seine

Dernière petite question: Quelle est la photo que tu rêves de prendre?
Il n’y en a pas qu’une! J’aimerais beaucoup prendre des gens religieux dans leur quotidien, toutes religions confondues, qu’ils vouent leur vie à leur religion ou qu’ils soient seulement pratiquants. Il y a quelque chose qui me fascine dans la dévotion sans que je puisse vraiment me l’expliquer. Sinon, j’aimerais prendre des photos avec une dimension plus sociale. J’ai déjà quelques idées d’ailleurs.

Merci Charlotte Picant! Tu es pour moi une bien jolie rencontre artistique! Et pour te découvrir encore plus on peut faire un tour sur Instagram et sur ton site (http://www.charlottepicant.com/)

Sophie Adriansen Grace Kelly

Grace Kelly, le feu sous la glace

Il y a quelques semaines j’ai eu le plaisir de découvrir l’écriture de Sophie Adriansen, plume entre autre du très bon blog Sophielit. Les biographies ne sont a priori pas un genre qui j’affectionne particulièrement. Souvent, on est dans le sensationnel (révélations tonitruantes) ou dans le contrôle a l’image des magazines people. Là où cela devient intéressant c’est quand on fait fondre l’image de papier pour s’intéresser à la personne sous un autre angle, essayer de trouver le fil rouge qui conduit une vie (certains parlent de destin). C’est ce que j’ai aimé dans ce livre sur Grace Kelly, les chapitres apportent chacun leur pièce au tableau (de fleurs séchées) de l’icone d’Hollywood, princesse de Monaco mais surtout femme. J’ai souhaité en savoir un peu plus en m’entretenant avec l’écrivaine.

 

J’ai vu passer dans ton blog plusieurs titres de tes livres, plusieurs sujets ou genres très différents: d’où pars-tu pour écrire?

Je m’intéresse à beaucoup de choses. Ce qui me pousse à écrire sur un sujet en particulier, c’est l’envie de creuser, de rentrer dans le détail. Dans le cas d’une personnalité, c’est la volonté de découvrir l’être humain qui se cache derrière la figure publique. Le point commun, c’est qu’il faut que quelque chose me touche, à un moment donné, pour que je choisisse d’aller plus loin. De vivre avec ce sujet ou cette personnalité pendant plusieurs mois.

Quelle image avais-tu de Grace Kelly avant d’entamer tes recherches? Qu’est-ce qui as changé sur ta façon de la percevoir?

Les photos de Grace Kelly, et de Grace de Monaco, sont pour la plupart parfaites. Rien ne dépasse. Ces images posées, réfléchies, sélectionnées avec soin sont artificielles. Je savais qu’elles ne représentaient pas la réalité. Je ne savais pas, en revanche, quelle était exactement la réalité derrière…

J’ai toujours pensé que la vie d’une princesse n’avait rien d’un conte de fées. Que la princesse soit antique ou moderne. Au cours de mes recherches, j’ai découvert ses amours, ses failles, ses blessures d’enfance… Elle est devenue humaine. Attachante. Et plus fascinante encore.

 

D’ailleurs quels sont les documents / Lieux/ Personnes qui t’ont aidé à percer le mystère?

Il existe déjà de nombreuses biographies de Grace Kelly. Ce qui est intéressant, c’est qu’on y trouve tout et son contraire : qu’elle a été heureuse du début à la fin de sa vie, mais aussi que son existence n’a été qu’un enfer. De même, l’approche des biographes français et celle des biographes américains n’est pas la même : les premiers cherchent à révéler comment elle est devenue princesse, les seconds ce qui s’est passé après qu’elle a quitté Hollywood. Une forme de vérité se dégage de toute cette littérature.

Mais il était nécessaire de m’approcher plus près encore. J’ai ainsi, par exemple, longuement échangé avec quelqu’un qui l’a bien connu, qui est entré dans son intimité… C’était essentiel pour confronter le destin figé dans les livres au quotidien d’une femme faite de chair et de sang et en tirer ma propre vision du personnage.

Que penses-tu de l’idée d’adapter la vie de Grace Kelly sous forme de biopic?

Le parti pris de départ est original et intéressant : se focaliser sur une année en particulier, une année emblématique qui est celle où le retour aux studios a été envisagé, très sérieusement, pour la première et pour la dernière fois… Le film a déjà beaucoup fait parler de lui. Avant même la fin du montage ! Je suis curieuse de voir comment le début de la vie de Grace est mis en perspective à partir de cette fameuse année 1962…

Du choix de Nicole Kidman?

Plus que le physique, c’est l’attitude qui permet de juger de l’adéquation d’un acteur avec celui qu’il interprète. Nicole Kidman a 46 ans, soit treize de plus que l’âge de Grace en 1962, année qui fait l’objet du film. Elle est rousse, Grace était blonde. Malgré tout, il se peut qu’elle incarne très justement le personnage si elle s’en est suffisamment imprégnée… Le résultat permettra de juger de son talent d’actrice. Verdict dans quelques semaines !

Qui aurais tu choisis pour l’interpréter sinon?

En voilà une question difficile ! Je l’ai tellement observée devant la caméra que j’aurais tendance à répondre – et ce n’est pas pour botter en touche – que personne d’autre qu’elle ne peut jouer Grace Kelly…

Aujourd’hui les réseaux sociaux et la multiplicité des images ont tendance à enlever leur part de glamour aux stars en les montrant dans leur quotidien. Dans le livre on sent la place des medias qui ont contribué à construire le mythe, est ce pour cela que tu as souhaité gratter l’image de papier glacé?

Effectivement. Il n’y a rien de plus tentant que le papier glacé : on sait qu’il cache forcément quelque chose… Le cas des Grimaldi est particulièrement intéressant pour ce qui concerne le rapport aux médias : la famille a voulu les utiliser pour asseoir son image, se rendre accessible, mais cela les a desservis autant que cela les a servis…
Les célébrités peuvent protéger leur vie privée. Je le crois sincèrement. Mais si elles décident de lever le voile, même un tout petit peu, elles savent qu’elles prennent un risque. Quand on joue avec le feu, on ne sait jamais comment les choses se termineront.

Finalement, est ce que la vie de G.K. était vraiment un conte de fée? On sent une certaine lassitude et repli dans les derniers chapitres? G.K est-elle a l’image de ses tableaux de fleurs séchées?

La comparaison avec les compositions de fleurs séchées est assez juste. La beauté presque intacte, exposée, applaudie, mais les couleurs qui passent et la vie qui s’en va… La scène était sa sève. Grace a eu de grands bonheurs dans sa vie de princesse, mais sans sève, une fleur ne peut que dépérir, aussi jolie et bien conservée soit-elle… Même si Grace a choisi son destin d’altesse, sa vie n’a pas été un conte de fées. Vraiment pas.

De toute façon, nous savons bien que les contes de fées n’existent pas ! N’est-ce pas ?

Les galeries pour tous interview

Les galeries pour tous: une belle initiative

J’ai rencontré Anaïs un peu par hasard au détour d’un café. Très vite la discussion s’est nouée autour d’une passion commune, l’art, et la volonté de la partager avec tous via la médiation culturelle. Elle m’a raconté son projet, celui de rendre accessible les galeries. Tant de choses à découvrir dans ces lieux que l’on croit souvent à tort réservé à une élite. Moi la première, habituée des musées et autres institutions culturelles, je n’ose pas franchir leurs portes. J’ai adoré la visite avec Anaïs dans les galeries du Marais, aujourd’hui je voulais partager cette expérience fabuleuse avec vous en lui posant quelques questions.

Bonjour Anaïs, alors Les galeries pour tous c’est quoi le concept?

Les galeries pour tous est un blog qui a pour but d’initier les curieux à l’art contemporain à travers l’organisation de visites guidées, de rédactions d’articles sur les expositions, de la création d’un glossaire artistique, etc. La particularité, c’est que ça se passe en majorité dans les galeries d’art du Marais, qui sont des lieux confidentiels ultra-pointus, et donc, assez peu accessibles au commun des mortels ! Pourtant, c’est bien là que ça se passe, car avant de voir un artiste à Beaubourg, il est passé d’abord par là !

Peux-tu te présenter en quelques mots? Quel est le parcours qui t’a conduit à devenir médiatrice?

À la base moi j’étais plutôt destiné à exposer dans une galerie plutôt qu’à la faire visiter, car j’ai fait de longues études d’art (Licence d’arts plastiques à la fac et les Beaux arts). Mais après avoir été photographe pendant un an, je me suis rendu compte que je m’épanouissais plus dans la transmission que dans la création en solo… Je suis avant tout un animal social !

D’ailleurs c’est quoi ta vision de la médiation culturelle?

Faire une médiation, c’est poser une passerelle entre une œuvre et un public, ouvrir une réflexion, donner des clés de compréhension. Pour moi le médiateur donne quelques pistes, et c’est au spectateur de faire le reste du travail. Je pense que c’est ce qui différencie la médiation de la conférence (ça et le salaire !*).

Premier choc esthétique?

J’étais en voyage linguistique à Londres et en visitant le dôme de l’an 2000, j’ai aperçu une sculpture géante (elle devait faire 4 ou 5 mètres), c’était la représentation hyperréaliste d’un ado en slip qui se tenait recroquevillé dans un coin (une sculpture de Ron Mueck). Il avait l’air mal dans sa peau, d’avoir envie de disparaître, de se cacher, mais il était tellement grand que l’on ne voyait que lui… j’avais 14 ans et des tonnes de complexes, du coup ça m’a parlé !

Dernière expo qui t’a marqué?

L’expo ANYWHERE, ANYWHERE OUT OF THE WORLD de Philippe Parreno au Palais de Tokyo a été une énorme claque pour moi ! Il a mis en place un espace d’exposition totalement novateur, où le spectateur est « pris en charge » du début à la fin, dans une circulation contrôlée par l’artiste. On perd ses repères, on écoute ses sens et quand on arrive enfin à lâcher prise, c’est un vrai voyage qui nous attend ! J’ai un peu honte de le dire, mais j’ai été tellement saisie, que j’ai versé une petite larme d’émotion ! Comment ça fonctionne les visites avec toi? Je sillonne les lieux d’art et les galeries, et quand je vois des expositions intéressantes, j’organise une visite guidée. L’idée, ce n’est pas de faire une conférence, mais de tracer ensemble les contours d’une définition de l’art contemporain, tout en donnant quelques clés pour que le visiteur puisse retourner dans les galeries (ou ailleurs) et s’en sortir tous seuls devant les œuvres.

Qui peut participer?

Presque tout le monde ! Les visites sont ouvertes aux amoureux de l’art contemporain, comme aux « curieux » qui le découvrent. Je veille à ce que les activités soient gratuites ou peu chères (les visites guidées sont rémunérées aux pourboires), de manière à ce qu’elles soient accessibles à tous. La seule chose, c’est qu’il faut être prêt à parler de tout et à tout voir, du coup je déconseille ces visites aux enfants.

Comment s’inscrire?

Quand une visite est programmée, elle est annoncée sur mon blog. À partir de là, il faut juste m’envoyer un mail pour réserver des places.

Où rêverais-tu d’emmener des visiteurs?

Pas de rêves à ce niveau-là, seulement des projets ! C’est à moi de faire en sorte d’emmener mes visiteurs où je veux, et qui sait, peut être qu’un jour je les emmènerai visiter les galeries de Londres et New York!

Ta galerie préférée dans Paris?

Question difficile !! Je citerai la galerie du jour et l’espace topographie de l’art pour l’esprit, et les galeries Perrotin et Templon pour la programmation, sans oublier la galerie Rabouan Moussion, qui représente mon artiste préféré, Erwin Olaf**.

Merci Anaïs pour ce beau projet culturel!!!! A très bientôt pour une autre visite

Toutes les infos et le programme des prochaines visites sont par ici: http://lesgaleriespourtous.com/

* Très envie de faire un article là-dessus en ce moment, étant donné la situation des médiateurs culturels qui est de plus en plus précaire!

** Un artiste dont je veux d’ailleurs, bientôt si possible vous parler sur l’ogresse de Paris, qu’Anaïs m’a fait découvrir et dont j’ai voyagé dans l’univers à Rotterdam au Het Nieuwe Instituut.

Vendredi lecture

C’est quoi Vendredi Lecture?

Vous l’avez sans doute remarqué, chaque vendredi apparaît ici ce joli logo. Pour en savoir un peu plus sur ce rendez-vous hebdomadaire désormais incontournable j’ai souhaité poser quelques questions à l’une des organisatrices, Marion…

Comment est née l’idée de Vendredi Lecture ?

J’ai participé plusieurs mois à FridayReads sur Twitter, l’équivalent anglophone de VendrediLecture. Le souci, c’est que je ne connaissais pas forcément les livres partagés par les autres participants ou ceux présents dans le classement car la plupart des auteurs dont il était question étaient inconnus en France.

J’avais eu l’idée de lancer un tel événement pour les francophones, mais le projet a été concrétisé seulement avec Sabrina quand j’ai vu son enthousiasme suite à un article sur FridayReads que j’avais posté sur mon blog.

J’ai contacté l’initiatrice de FridayReads pour lui demander son accord, elle a été elle aussi très enthousiaste. Le premier VendrediLecture a été lancé le 22 avril dernier.

En quelques mots, peux-tu nous dire le principe.

Il s’agit de partager chaque vendredi sa lecture du jour sur la page Facebook de l’évènement ou sur Twitter avec le tag #VendrediLecture. L’objectif est de favoriser les échanges autour de la littérature et nous sommes plus qu’heureux lorsque nous voyons les participants commenter, conseiller d’autres personnes.

Les lectures sont comptabilisées au fil de la journée et un classement des livres les plus lus est publié sur le blog. Et il y a des cadeaux à gagner pour ne rien enlever au plaisir.

Comment s’organise Vendredi Lecture ? Quels sont les membres de l’équipe, les entreprises partenaires ?

Devant le succès de VL, Sabrina et moi avons été obligées d’agrandir l’équipe car nous ne pouvions plus gérer toutes seules les participations. Nous avons donc accueilli Claire-Aurélie, Hélène, Martial, Nathalie et Virginy avec grand plaisir. On a tous un profil différent, blogueurs et non blogueurs, résidant en France ou à l’étranger… C’est très enrichissant. Heureusement qu’ils sont là, sinon VL ne pourrait pas fonctionner correctement.

Un planning de comptage est effectué chaque semaine en fonction des disponibilités de chacun et le jour J, on note les lectures sur un document. Cela demande donc qu’il y ait toujours quelqu’un de présent pour relever les participations.

Nos partenaires sont principalement des maisons d’éditions – des grandes, des moins grandes, des livres papier, des livres numériques ou des livres audio. On essaye de varier les partenariats pour proposer aux participants toute sorte de lectures.

Quels sont les livres qui reviennent chaque vendredi dans le top du classement ?

Le livre phare de VendrediLecture a pour l’instant été « Dôme », le dernier Stephen King, qui a dû rester au moins deux mois en tête du classement avant de disparaître. « HHhH » de Laurent Binet, est aussi un adepte du top. Le classement est sinon très varié, on y retrouve des nouveautés, des classiques aussi bien que des romans bit-litt.

Est-ce qu’un des titres proposés par les lecteurs t’a donné très envie de le découvrir à ton tour ? Pourquoi ?

J’ai lu « Dôme » parce qu’il réapparaissait très souvent dans le top et qu’à force de le voir caracoler en tête, je me suis dit qu’il fallait que je m’y mette. Je pense me laisser tenter par « Un été sans les hommes » de Siri Hustvedt qui revient aussi souvent. Tout est la faute des participants qui donnent leur avis sur les lectures qu’ils partagent – alors quand c’est bien, je note.

Parlons un peu de ton rapport à la lecture. As-tu un genre préféré ? Es-tu plutôt classique, chick-litt, polar ?

A titre personnel, je suis une fan inconditionnelle de littératures américaine et japonaise. Et je me mets doucement aux polars scandinaves. Mais nous allons sûrement créer une page sur le blog pour que tous les membres de l’équipe partagent leur profil de lecteur.

Quel est ton livre de chevet ?

En ce moment, « Le Prédicateur » de Camilla Läckberg.

Quel livre t’as le plus marqué ?

Je dirais « Une prière pour Owen » de John Irving et « Gatsby le magnifique » de F. Scott Fitzgerald

Un livre à conseiller ?

Les deux ci-dessus !

Donnes moi de bonnes raisons de participer à vendredi lecture pour ceux qui hésiteraient encore…

1) Grâce à VendrediLecture, ça parle bouquins tous les vendredi

2) VendrediLecture fait gagner des cadeaux canons

3) VendrediLecture, c’est pour tous les francophones et tous les amoureux des livres en français

4) VendrediLecture, c’est un super-homme et six wonderwomen

5) VendrediLecture n’a pas inventé le « Thank God It’s Friday » (Merci mon Dieu, c’est vendredi), il l’a perfectionné.

Un grand merci à Marion d’avoir satisfait ma curiosité dévorante…

J’espère que vous serez nombreux à venir papoter lecture aujourd’hui sur facebook et twitter, les livres à gagner aujourd’hui sont Pieds nus d’Elin Hilderbrand, Nuits d’été en Toscane d’ Esther Freud et Le chuchoteur de Donato Carrisi.

Bon vendredi lecture à tous!

le site c’est ici : http://www.vendredilecture.com/