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Pratique de la photographie avec les masters class Studio Jiminy

La semaine dernière, j’accueillais Ylan sur le blog, qui nous présentait la plateforme Studio Jiminy. Cette semaine nous poursuivons cette interview pour parler photographie, que l’on soit débutant ou photographe confirmé, nous avons tous à apprendre et découvrir… 

 

D’où te vient cette passion?
Je pratique la photo de façon amateur, et j’aime suivre l’actualité artistique de la photographie. Mais ce qui me passionne c’est mon métier d’éditeur : travailler avec des artistes-photographes, plonger dans leur univers créatif et transmettre ensuite.

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Quel est le premier conseil que tu donnerais à un débutant ou une débutante comme moi ?
Je conseillerais d’exercer avant tout son regard. Une erreur de débutant, souvent, est de croire que la photo est avant tout affaire de technique, ou parfois de matériel. Mais il en va de la photo comme de la musique : l’appareil photo est un instrument au service d’une intention artistique. Les belles photos, on les a prises à l’œil nu, avant même de déclencher la prise de vue.

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Et à un photographe chevronné?
De s’abonner à Studio Jiminy ! Très sérieusement : un photographe chevronné pourrait peut-être perdre un peu de temps devant des cours magistraux classiques, très construits, dans lesquels seraient déployés des concepts qu’il connaitra en long et en large.
Avec Studio Jiminy, il verrait en revanche des artistes (et non des professeurs) ou des photographes professionnels, qui pratiquent la photo, qui montrent leurs recettes, leurs bidouilles, leurs astuces, leurs façons de faire, DANS l’action. A chaque Masterclass, un photographe chevronné pourrait se dire « ah mais tiens, ce photographe fait comme ceci, j’ai envie d’essayer ». Studio Jiminy propose d’observer des photographes reconnus en train de pratiquer leur discipline, sur leur terrain de photo, et en train de commenter et partager ce qu’ils font.

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Est-ce que pour ceux qui hésiterait à se lancer dans l’achat d’un bel appareil et prennent des images avec leur smartphones, les Masterclass peuvent être utiles ?
Il faut être franc, nos Masterclass s’adressent avant tout à des personnes qui possèdent un appareil photo reflex. Alors évidemment, on pourrait dire qu’il y a un mode Manuel sur les smartphones, et qu’on peut s’initier à la photographie avec cela. Mais je crois qu’on serait vite limité par les capacités du smartphone, et il y aurait peut-être quelque chose de frustrant.
De façon plus indirecte, nous n’excluons pas un jour de traiter de la question spécifique de la photo avec un smartphone, soit lors d’une émissions Live, soit peut-être via une Masterclass Photo de smartphone / smartphoto.

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D’ailleurs, quel serait le conseil pour l’acquisition d’un premier appareil photo?
Comme pour tout loisir dans lequel on fait ses débuts, je dirais qu’il faut commencer par choisir du matériel d’entrée ou de milieu de gamme. En effet, il faut d’abord s’assurer que l’on sera régulier ou passionné dans la pratique de la photographie. Je rencontre de trop nombreux photographes en herbe qui achètent du matériel cher, qu’ils finissent par laisser prendre la poussière ou revendre. Ensuite, ce qui importe, ce qui est essentiel, ce ne sont ni la technique, ni le matériel, mais encore une fois le regard. Tous les grands photographes sont d’abord des gens qui ont un sens aigu de l’observation ou de la composition. Ce sont des gens créatifs, qui voient, scrutent, contemplent, s’inspirent en permanence. L’appareil photo n’est qu’un instrument.

 

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Peux-tu nous parler un peu des différents photographes que l’on retrouve dans les masterclass? Comment les avez vous rencontrés et convaincus de participer au projet?
Ce sont pour la plupart, des photographes avec qui j’ai collaboré sur des ouvrages auparavant. Ce sont des amis, des personnes chaleureuses avec qui il fait bon travailler. Mais ce sont surtout des photographes de talent. Nous sélectionnons nos photographes parce qu’ils ont un univers marqué, une vibration personnelle, une véritable identité. Nous nous assurons qu’ils soient reconnus, passionnés, pédagogues. Nous voulons créer les conditions d’une belle rencontre avec nos abonnés, qui les suivront à travers les cours immersifs. Souvent, c’est simple : je cherche à rencontrer un photographe lorsque ses photos m’ont touché.

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Les thématiques sont très diversifiées, quelles sont celles que tu aimerais ajouter?
Les idées ne manquent pas ! C’est surtout le temps qui nous fait défaut. Nous sommes une petite équipe de trois personnes, et une Masterclass peut nous demander 2 à 3 mois de travail. A nos débuts, c’était même davantage. Par conséquent, on veille effectivement à bien choisir nos thématiques et les artistes avec lesquels on travaille. Sans rien pouvoir promettre pour l’instant, nous avons plusieurs sujets en vue, qui pourraient faire l’objet d’une Masterclass : photo culinaire, photo de mode, light painting, photo de concert, Urbex… Et plein d’autre projets du reste : des ebooks, des émissions Lives, de nouvelles fonctionnalités innovantes à destination des photographes sur notre site. Pour l’instant, nous essayons au mieux de faire connaître celle que nous venons de faire paraître : la Masterclass Photo animalière avec Myriam Dupouy. Nous tiendrons une émission Live jeudi 8 juin prochain à 19h avec Myriam Dupouy.

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Des rêves pour 2017?
Très modestement, nous espérons nous faire connaître davantage des photographes, débutants ou confirmés. Nous aimerions vraiment convaincre de nouveaux abonnés, pouvoir expliquer plus clairement notre démarche.
Et puis nous voudrions faire une Masterclass avec Nikos Aliagas. C’est un peu devenu une blague en interne car cela nous semble inaccessible, et en même temps un projet que nous ferions avec un immense plaisir et respect. Nikos, si tu nous lis, on est partants…

 

Merci beaucoup Ylan pour cette belle interview. C’est un vrai plaisir pour moi de découvrir chaque masterclass de Studio Jiminy. Je crois vraiment que la plateforme gagne à être connue. 

 

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Focus sur Studio Jiminy

Peut être l’avez-vous remarqué, notamment sur instagram, depuis quelques mois je me mets doucement à la photographie. Je crois que c’est indispensable pour le blog, et permet aussi de mettre en valeur les textes que j’y écris. Cela devient une véritable passion. Mais techniquement, je n’avais strictement aucune base. Depuis décembre je me régale des vidéos contenues dans les masterclass de Studio Jiminy. Alors je déroge à la règle des interviews d’artistes pour accueillir Ylan dans une jolie série en deux épisodes… 

 

Salut Ylan,
Sur le blog j’ai l’habitude de présenter des artistes de tous horizons et domaines. Je suis ravie de t’accueillir ici pour parler photographie.

Comment est né le projet de Studio Jiminy?

J’ai tout d’abord créé et développé pour les Éditions Pearson un fond d’ouvrages dédiés à la pratique de la photographie. Le livre est un outil magnifique, mais j’ai voulu expérimenter ce qu’il était possible de faire avec la vidéo, l’audio… C’est cette volonté qui m’a amené à créer Studio Jiminy.

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Présente nous l’équipe !
Lorsque j’ai quitté la maison d’édition dans laquelle j’ai travaillé de nombreuses années, j’avais déjà en tête l’idée de créer des formations photographiques en ligne, en exploitant tous les médias que le web permet d’utiliser. J’avais la connaissance de mon marché, de la photo en général, et un carnet d’adresses de photographes avec qui j’avais à cœur de travailler à nouveau.
Sylvain est webdesigner, et un grand autodidacte sur beaucoup de sujets. En grand consommateur de formations en ligne, il lui a semblé naturel de créer et penser un projet d’e-learning original. Nous avons appris ensemble à travailler la vidéo, et avons développé ensemble toutes les compétences que cela exige. De façon schématique, et j’ai apporté mon regard d’éditeur et mon réseau pour le projet, Sylvain en a été le chef d’orchestre technologique.
Lorsque nous avons commencé à avoir une somme importante de contenus, il y a un an, nous avons ressenti le besoin de mieux les vendre, et de nous développer sur un plan commercial. Christophe Boutrou, que Sylvain et moi connaissions bien, nous a rejoints alors pour développer les aspects business / webmarketing.

 

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Alors qu’est-ce que c’est que Studio Jiminy? Pourquoi cette appellation de Masterclass? Que trouve-t-on sur la plateforme?
Studio Jiminy est un environnement d’apprentissage de la photo en ligne. Une personne qui souhaiterait apprendre la photographie y trouverait tout ce qu’il lui faut pour débuter ou progresser dans sa pratique, et pour développer son regard. Notre patte, notre parti pris, c’est de ne pas faire de cours magistraux, avec une photographe face caméra qui dicterait de grands concepts selon un plan en trois parties. Au contraire : nous choisissons des photographes artistes reconnus, talentueux, et nous partons avec eux, caméra à l’épaule, sur leur terrain de photographie. Nous les filmons en train de photographier et de commenter leur action. Nous faisons avec eux la revue des photos qu’ils ont prises, c’est-à-dire que nous montrons aussi les photos ratées, sans tricher. Nous passons ensuite à la post-production, où le photographe montre à nouveau tout ce qu’il retouche, pourquoi, comment, selon quels critères, etc.
C’est en ce sens que nous avons choisi de les appeler des classes de maîtres, ou des Masterclass : nous donnons à voir Rembrandt en train de peindre, et en train de commenter ce qu’il peint, du croquis jusqu’à la dernière touche du pinceau. En l’occurrence, le photographe partage l’ensemble de son processus créatif, de A à Z.
On trouve sur notre plateforme à ce jour 9 Masterclass, plus de 21h de vidéos (immersives ou des screencasts de postproduction), plus de 15h de podcasts ou d’émissions lives, 2 ebooks de plusieurs centaines de pages chacun, des focus techniques, des planches contact avec toutes les données Exif, en bref un très gros volume de contenus.

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A qui cela s’adresse?
Studio Jiminy s’adresse véritablement aux photographes de tous niveaux. Un parfait débutant trouverait le module des Bases de la Photo, qui lui donnerait largement de quoi prendre en main son appareil. Il pourrait ensuite continuer par la Photo de Rue, qui invite, de façon très décomplexée, à se balader en ville et exercer son regard, de façon immédiate et spontanée.
Un photographe de niveau intermédiaire ou avancé trouverait une mine d’informations nouvelles, des idées, des inspirations, des approches qu’il ne connaissait pas et qui viendraient nourrir son bagage, sans aucun doute.

 

Donne-moi quelques raisons de s’y abonner?
L’avantage de Studio Jiminy, c’est de permettre d’apprendre la photo chez soi, à son rythme, à travers toutes sortes de disciplines photo. Chaque chapitre d’une Masterclass est conçu pour qu’on soit en mesure, après le visionnage, d’essayer soi-même. Si après le visionnage d’un chapitre notre abonné prend son appareil photo pour aller tester d’elle-même, alors nous avons réussi notre pari.
Le prix également est très modique. Il suffit de mettre en rapport le coût d’un cours photo en présentiel, et le volume immense de contenu auquel on a accès sur Studio Jiminy pour un simple abonnement à l’année. Sans compter que nous faisons paraître de nouvelles Masterclass quasiment tous les trimestres.

 

Et pour découvrir justement le thème de la nouvelle masterclass, il vous faudra attendre la semaine prochaine. Nous discuterons également avec Ylan de la pratique de la photographie que l’on soit débutant ou chevronné…

 

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Scoops sur le blog! Coup de coeur musique

Il y a des airs qui dès les premières notes vous font oublier tout autour de vous, vous transportent d’émotions, vous font voyager. Un soir de mai dernier, sur la péniche Anako, je suis laissée emporter par le trio Scoops aux notes irlandaises mais pas que. Je les avais déjà vu en concert, et chaque fois la magie opère. Les petits tracas du quotidien s’envolent. Je ne suis plus à Paris mais dans un pub joyeux où parfois un brin de mélancolie me rend rêveuse. J’ai le plaisir aujourd’hui d’accueillir David Doucerain sur le blog pour nous parler un peu de ce groupe à la complicité évidente.

 

Bonjour David,

Ravie de te retrouver pour cette interview. J’ai eu la chance de te voir jouer à plusieurs reprises et avec des groupes différents: Scoops bien sûr, mais aussi avec Nord Est ou encore pour Rockaway au profit de l’association Ela. Peux-tu te présenter un peu aux lecteurs du blog?

Salut Sophie! Je suis donc musicien professionnel principalement guitariste mais également bassiste et contrebassiste. J’ai effectivement plusieurs projets, très différents d’un point de vue stylistique, et c’est ça que j’aime : passer d’un style à l’autre. J’accompagne aussi quelques chanteurs/euses de chanson.
Ma formation est principalement jazz, mais je me suis toujours intéressé et j’ai toujours écouté beaucoup de choses très différentes. Et les quelques projets que tu as évoqué représentent bien cet éclectisme qui forme mon parcours professionnel.

Aujourd’hui, c’est de Scoops dont on va parler. C’est un vrai bonheur chaque fois pour moi de vous écouter sur scène. Comment s’est faite la rencontre avec les deux autres musiciens? Parle moi d’eux.

Merci pour ton mot ! J’ai d’abord rencontré Baptiste Rivaud, le flûtiste, lors d’un concert dans une école de musique où j’enseigne. Je jouais à l’époque avec une violoniste qui souhaitait monter un groupe de musique à inspiration celtique, nous avons travaillé ensemble sur ce projet. Puis, il a souhaité développer une autre formation de musique irlandaise et m’a proposé qu’on le fasse ensemble. Je lui ai alors, à l’époque, répondu que je ne jouais pas cette musique, et il m’a répondu que c’était ce qui l’intéressait justement : mélanger nos influences!
Il m’a ensuite présenté Nicolas Dupin, le joueur de bodhran (tambour irlandais), et nous avons rapidement commencé à travailler sur notre répertoire.

J’aime beaucoup la complicité qui vous unit chez Scoops. Il semblerait que vous ayez aussi des personnalités bien différentes…

C’est vrai. Nous sommes de vrais amis, et je pense que cela se ressent. Nous prenons beaucoup de plaisir à jouer ensemble et nos trois personnalités assez différentes et complémentaires créent une complicité et une alchimie qui, je pense, se ressentent sur scène.

Comment choisissez vous les morceaux ? Avez-vous vos propres compositions?

Notre répertoire est composé de morceaux traditionnels irlandais, de standards de jazz et de nos compositions à influence irlandaise et jazz. C’est ce qui nous anime dans ce trio, mélanger des styles et les faire cohabiter. Pour ce qui est des traditionnels irlandais ou des standards de jazz, nous choisissons ceux qui nous plaisent, qui nous ont marqué dans nos parcours de musiciens.

Quand on y connaît rien en musique Irlandaise, comme moi, que faut-il savoir? Des pistes à donner pour un néophyte?

Le répertoire de cette musique est composé de morceaux qui, à l’origine, sont des danses (jigs, reels, polkas…). On y trouve également des chansons, mais pas dans notre trio. C’est une musique traditionnelle très “active” (il y a beaucoup de groupes actuels évoluant dans ce style et qui connaissent un grand succès), et universelle. Beaucoup d’irlandais ayant immigré au cours des années, on la retrouve dans plusieurs pays. On peut l’entendre très souvent jouée dans des pubs lors de ce qu’on appelle des “sessions” (jams).

Je me souviens très bien de la sensation que j’ai eu la première fois que je vous ai écouté. C’était dans une petite salle voûtée, il y a quelques années. J’étais fascinée par le trio d’instruments. L’harmonie. Peux-tu me présenter un peu vos instruments d’ailleurs? Est ce que ce trio est typiquement irlandais, a été construit par votre rencontre ?

Notre trio est composé de la guitare, instrument qui va gérer l’accompagnement rythmique et harmonique, le bodhran qui est le tambour typique de la musique irlandaise, qui lui a evidemment un rôle rythmique mais également un peu mélodique, et la flûte traversière irlandaise en bois, qui joue les mélodies, les thèmes. Ce sont des instruments que l’on retrouve très souvent dans cette musique. On trouve souvent plusieurs instruments mélodiques au sein d’un même groupe, ainsi que, pourquoi pas de la contrebasse. Notre envie a été la recherche d’un aspect “brut” à savoir un seul instrument mélodique, un seul instrument harmonique, et un seul instrument de percussion. Ceci afin de profiter de chacun de ceux-ci.
Mais nous aimons beaucoup quand nous nous retrouvons parfois plus nombreux sur scène lors de certains concerts comme ça va être le cas la semaine prochaine au théâtre de l’Essaïon (Paris).

Je ne sais pas pourquoi, moi quand je pensais musique irlandaise, je pensais plutôt violon. Pourtant en vous entendant, je voyage là-bas plus vite qu’en avion…

Effectivement, le violon est un des instruments mélodiques traditionnels de cette musique et très présent dans ce style. Mais la flûte l’est également.
Et c’est en fait surtout la façon de jouer les mélodies, les ryhtmes qui va donner la “couleur” irlandaise, et du coup le voyage !

J’ai assisté une fois à une rencontre de musiciens passionnés, dont vous, dans un pub. J’ai adoré cette ambiance, et je retrouve cette chaleur quand vous êtes sur scène….

C’est une musique qui est beaucoup jouée dans les pubs en Irlande et aussi en France.
Plusieurs musiciens se retrouvent, à l’initiative de un ou deux qui vont organiser ce qu’on appelle une “session”. On s’installe autour d’une table et chacun leur tour les mélodistes proposent des airs que tout le monde va jouer.
Avec Scoops, nous organisons des sessions régulièrement au Corcoran’s du Sacré-Coeur, ça peut être l’occasion de découvrir le principe !

Vous allez bientôt jouer à l’Essaïon…

Oui. Nous jouons au théâtre de l’Essaïon à Paris 4e, les 17,18 et 19 novembre prochains à 19h45.
Cela fera la 3e fois que nous jouerons dans ce théâtre. Nous avons intitulé ces 3 soirs “SCOOPS AND FRIENDS” car nous inviterons tous les soirs des amis musiciens à venir partager la scène avec nous. (violon, violoncelle, accordéon, chant, cornemuse irlandaise…)
C’était pour nous l’occasion de se re-produire à Paris, après la sortie du 2e album “Rockarolan”, que nous avions présenté au Studio de l’Ermitage (Paris 20e), et après notre tournée d’été (Festival Interceltique de Lorient entre autres). Cet album, ainsi que le premier seront disponibles à la vente lors de ces concerts. Mais on peut également les acheter sur internet.

 

Merci beaucoup David pour cette initiation à la musique irlandaise. Je peut dire que c’est vraiment ton groupe qui me l’a fait découvrir car pour moi cela se résumait à des musiques de films ou les Corrs!

Aujourd’hui plus que jamais en ce 13 novembre qui nous évoque des souvenirs si douloureux à Paris,  je suis heureuse de soutenir les artistes qui jouent sur scène. Qui ont le courage de continuer pour défendre leur art, la liberté de l’exercer dans le plaisir du partage. Je ne peux donc que vous inviter à prendre vos places pour aller voir Scoops en concert.

Petit bonus, le groupe a la gentillesse de proposer aux lecteurs du blog de profiter des tarifs réduits pour l’essaïon (10€) en réservant auprès du théatre avec le mot de passe « ROCKAROLAN » (01 42 78 46 42)

 

Bon concert! 

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Entretien avec Gilles Clément 3/3

Dernier volet de la saga du weekend, cette belle rencontre avec Gilles Clément. J’en profite pour vous inviter à lire ses écrits qui donnent à penser le jardin, le paysage et finalement le monde dans sa globalité. 

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Si on vous propose un nouveau jardin de musée…

Je serais partant. Ce serait forcément un autre musée, donc un autre sujet avec une question culturelle forte. Du coup cela obligerait à revisiter le jardin, au sens où ce n’est pas un jardin décor mais un jardin qui participe à cette question culturelle. Ça c’est intéressant. Je le referai volontiers.

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Colloques, articles, publications… Le jardin est partout. Le jardin semble un phénomène de société. Est-il inconcevable aujourd’hui de créer un musée sans jardin ?
Si c’est une architecture, une création complète, la plupart du temps il y aura un jardin. Si c’est la réhabilitation d’un bâtiment ce n’est pas toujours le cas. Il y a les deux cas de figures. Il est vrai que la plupart du temps, quand quelque chose se crée complètement, il y a un jardin. Je l’explique par un phénomène qui se renforce peut être aujourd’hui et qui vient des années 1980, où on a commencé à dire qu’il faudrait agrémenter tout espace public d’espaces verts ayant une âme. Pour cela il faudrait un paysagiste. C’est une demande qui n’existait pas auparavant qui s’est systématisée. Aujourd’hui dans toutes les équipes d’appel d’offre d’un bâtiment, il est rare qu’il n’y ait pas aussi un paysagiste. De plus il y a la mode, qui n’est pas une mode mais une inquiétude sur les questions du vivant, la pollution, la gestion des déchets, de l’énergie, qui donne à des métiers comme le nôtre un rôle autre que celui que l’on avait autrefois. Le jardinier aujourd’hui est, bien sûr, celui qui règle l’espace, qui a donc une fonction sur l’esthétique. Il est celui qui produit, des fruits, des fleurs, des légumes. Il est maintenant celui qui protège et la diversité en péril. Ce rôle là est nouveau mais c’est une belle fonction. C’est pourquoi on est attentif aux discours que l’on tient sur ces questions là.

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Vous parlez de préservation… Le musée est un lieu de préservation des œuvres, des objets, des histoires…

On cherche à préserver la culture ou la mémoire mais cela touche des objets et des histoires passées, dans un monde réifié qui ne se transforme pas. Si on l’abandonne, tout peut partir en poussière. Tandis qu’un jardin ce n’est pas la préservation de l’image, dont il est question désormais, mais du mécanisme de la transformation, de la préservation de la vie. C’est la vie qui est menacée. Entrer dans la compréhension des mécanismes permettant la vie est une dimension qu’il est plus difficile à intégrer pour les paysagistes, qui sont souvent davantage plasticiens ou architectes.

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Votre place est à part : vous concevez d’un point de vue philosophique, plastique, tout en ayant les mains dans la terre. Alors quel est le point de départ d’un jardin ?

C’est très variable. Les sources sont toutes différentes les unes des autres. C’est pourquoi les jardins que je fais sont tous différents aussi. Il y a tout de même une question qui est dominante à chaque fois. A Blois la question était historique, pour le parc Citroën il s’agissait d’un manifeste. Mais je me définis avant tout comme jardinier. Le jardinier est celui qui travaille le plus avec la vie, plus que l’architecte ou le paysagiste.

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Vos sources sont très variables. Elles peuvent être historiques ou ethnologiques. On retrouve dans votre livre le Jardin en mouvement, sur le parc Citroën, le parrain du musée Branly Levis Strauss comme référence. En quoi La Pensée sauvage a-t-elle influencée votre cheminement philosophique ?

Levis Strauss a écouté ces peuples. Il n’en a pas fait une critique à l’Occidentale. Je ne sais pas quel a été son avis réel sur le musée. Je ne sais pas ce qu’il a pensé des objets que l’on mettait sous boites, mais lui, il les a vu fonctionner. Ça m’a touché. Les livres qu’il a écris, ou ceux de Philippe Descola dans la même suite, sont passionnants. Il y a une humilité chez ces gens-là et un désir de comprendre les autres qui est respectable et nous apprend beaucoup. A l’inverse de ceux qui créaient des safaris avec les aborigènes d’Australie, d’autres se sont tournés vers la cosmogonie. Je suis intimement convaincu que la façon que l’on a de concevoir le monde a une répercussion immédiate sur la façon dont on s’en occupe. La création du monde selon notre cosmogonie a quelque chose à voir sur notre jardinage. Voilà pourquoi ces gens m’intéressent et que je respecte beaucoup leurs travaux.

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Le jardin est un microcosme…
Oui il l’est toujours. Et s’il change de forme au cours des siècles, c’est que la vision du monde change.

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📷©rmn

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Entretien avec Gilles Clément (2/3)

Suite de la rencontre entamée hier avec Gilles Clément. Aujourd’hui on aborde la vie et l’histoire des jardins mais aussi la place de la scénographie ou encore la médiation culturelle…

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On est loin du jardin à la française paré de topiaires…

Et pourtant, cela m’est arrivé d’avoir recours au formel sans réaliser pour autant des jardins strictement classiques aux tracés du XVIIIe. Ainsi pour l’abbaye de Valloires j’ai dessiné quelque chose d’assez rigoureux avec un système de carré comme point de départ. Cela s’en va vers un autre esprit sur les côtés. Mais dans l’axe, pour être en accord harmonieux avec l’esprit de la façade, j’ai créé quelque chose qui se référait un peu à ce langage tout en étant contemporain. Pour le château de B… il y a des systèmes taillés. Les haies renvoient à une tapisserie. Si la réalisation est contemporaine, l’idée est une idée ancienne. Donc tout dépend du sujet que j’ai à traiter.

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Si le peintre part d’une page blanche, le jardinier a comme point de départ un sol pourvu d’histoires. Pourrait-on dire d’une certaine façon que votre jardin est un palimpseste auquel vous ajoutez une écriture ?

De toutes les façons c’est un palimpseste. On aurait tord de ne pas le reconnaitre et de ne pas respecter les différentes couches. Car il y a finalement des choses à en dire historiquement. Mais nous faisons des choses pour l’espace publique. Cela suppose que nous devons tenir compte des gens qui vivent dans ces espaces. On doit, même si l’on fait des propositions,penser à eux. Nous sommes en accord avec notre temps. Nous sommes obligés de rester en conformité avec l’idée qu’ils auraient de la manière de ce tenir dans l’espace. Nous ne sommes plus au début du XXe où les femmes allaient au bord de la mer en se baignant habillées.

C’est pareil pour un jardin. On ne se comporte plus dans un jardin comme autrefois. Il n’y a plus d’ombrelles. Aujourd’hui il y a des gens qui jouent au ballon, des joggers. Ces coureurs présents dans tous les parcs créent des chemins. Ils impriment une trame qui n’était pas forcément prévue au départ. Cela m’amuse beaucoup. Je trouve ça étonnant de courir dans un jardin. C’est décalé. Ils ne le voient pas ce jardin puisqu’ils courent. Il n’y a plus les jeux qui existaient auparavant comme le croquet. On ne joue plus au croquet sur les pelouses. On pratique d’autres jeux. On crée d’autres usages du jardin. Forcément, notre proposition formelle en tiendra compte.
Dans un jardin comme celui du Musée Branly, c’est très différent. Les gens ne viendront pas pour jouer.

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Pourtant il y a déjà un autre usage de votre jardin. On y voit des enfants qui après l’école jouent à trap-trap, cache-cache derrière les arbres, ou imaginent des chasses au trésor où les indices seraient les cabochons de verre des chemins.

Tant mieux. Cela est très bien. Mais les enfants trouvent toujours. C’est très intéressant de voir les différents usages et appropriations d’un jardin. Cela me plait que les enfants jouent et soient heureux dans un jardin. Il y a quelque chose qui se libère si les gens y prennent du plaisir.

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Même les gens qui travaillent au musée aiment y aller pendant leur pause…
Cette vie dans le jardin me plaît. Il n’y a qu’une chose qui me chagrine : ce sont les chemins rouges. Une fois que tout à été dessiné, conçu techniquement, chiffré, on m’a annoncé que pour des raisons d’excellence en matière de handicap on allait créer un chemin pour les non-voyants. Il aurait fallu me le dire à l’avance. J’aurai intégré cette donnée, cette contrainte. Ils n’ont pas tenu compte de mon avis et l’ont réalisé. Ce choix est discutable. Pourquoi intégrer ces chemins particuliers pour les non-voyants qui se débrouillent très bien sans avec les allées en béton. Cela à d’ailleurs créé des accidents chez les voyants qui ne regardant pas leurs pieds ont eu des entorses. Se rendant compte de l’erreur, ils ont rebouché avec cet enduit rouge, pour des non-voyants qui ne distinguent pas les couleurs. C’est scandaleux. C’est honteux pour nous qui sommes responsables de l’esthétique.

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C’est étonnant qu’ils ne vous consultent pas…

Ils m’ont consulté mais n’ont pas tenu compte de mon avis.

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Et que pensez-vous de la façon dont le musée intervient dans le jardin au niveau de la médiation ?
Je ne suis pas assez au courant. Mais il y a des choses que j’ai trouvées très discutables. Tarzan par exemple. C’est grave car cela peut être du premier degré, de la pure démagogie.

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Et en ce qui concerne le programme des ateliers, êtes vous mis à contribution pour leur choix ?

Non. Mais je trouve ça très bien qu’il y ait des ateliers. La pédagogie pour toutes ces questions est très importante.
Je suis allé récemment au musée voir l’exposition de Philippe Descola, La fabrique des images. Je l’ai trouvée bien conçue, très didactique. Et pourtant je me suis enfui à toute vitesse. J’y suis assez malheureux. Je n’aime pas les musées en général. Pas à cause de l’espace mais parce qu’on nous y montre des choses qui sortent de la vie de ces choses. Ce n’est pas comme une œuvre occidentale fournie par un système occidental exposée en occident.
On est donc dans une vision occidentale de l’ « autre » qui rentre en contradiction avec votre conception même du jardin. Il y a une sorte de détournement de votre propos lorsque celui-ci devient la demeure de Tarzan… Alors je m’interroge.
Ce regard de l’occident omniprésent est une autre façon de coloniser. Vous avez la réponse en ce qui me concerne. Je ne suis ni averti, ni consulté. Je ne suis pas d’accord avec ça. Mais j’ai eu la chance de faire ce jardin quand même. Il est étrange et un peu décalé.

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Gilles Clément, n’avez pas voulu utiliser les codes. Quand au musée il jongle avec eux en essayant de ne pas renier l’histoire, l’histoire de la colonisation notamment. On retrouve alors le concept de métissage. Peut-on retrouver cette notion dans votre jardin ?

Oui, car ce jardin là est un lieu de rencontre, un théâtre du brassage planétaire. Métissage avec des hybrides naturels ou artificiels, métissage qui peut être simplement dans la juxtaposition, un métissage paysager, c’est-à-dire des plantes d’origines différentes qui se côtoient. Mais ce sont des plantes qui s’adaptent très bien à ce climat, sinon on ne les aurait pas installées. On peut parler de métissage. Mais il ne fallait pas que, faisant ce choix, qui est un choix d’exotiques, l’on est le sentiment de quelque chose qui soit une collection d’exotiques comme on faisait autrefois en mettant des plantes d’origines différentes côte à côte pour attirer les foules. Avant tout je voulais faire un paysage. Il fallait trouver des unités paysagères.

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En parlant d’exotisme, les cabochons de verre rappellent l’époque maniériste, les cabinets de curiosités, les coquillages incrustés sur les grottes ornementales des jardins. Est-ce une référence clin d’œil ?

Cela participe de la possibilité de communiquer dans le jardin. Il n’y a pas de grotte mais tout ce vocabulaire est à notre disposition: l’eau est là, stagnante. Elle n’apparaît absolument pas comme la performance de l’occident. Au XVIII, à Pékin on copie Versailles. La technique et le pouvoir sur la technique impressionne.

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Finalement, les jets d’eau ont été remplacés par l’installation de Yann Kersalé…

Yann voulait quelque chose qui se rapproche des graminées. Il avait fait des joncs magnifiques qui ont été refusés par la commission de sécurité par peur de dégradation par les visiteurs. Pour revenir au cabinet de curiosités, cette idée n’est pas saugrenue, même si les cabochons ont, avant tout, été conçus comme un jeu de piste pour les enfants et la question animique. Les artisans qui les ont réalisés ont un atelier dans une grange qui ressemble vraiment à un cabinet de curiosité puisqu’ils mettent tout sous inclusion. On peut aussi bien y trouver un corps humain, des os, un crâne, une chèvre, une échelle, des tiroirs remplis d’insectes, que des coquillages.

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Pour revenir à la façade en verre, elle confère à la forme du jardin une dimension de serre. Ce jardin est-il un espace d’expérimentation ?
Oui. On pourrait le rapprocher de la fondation Cartier où l’on retrouve une palissade en verre. Ça joue par rapport aux hybrides. Ça ne joue pas techniquement le rôle de serre car le soleil ne vient pas par là, il n’y a pas de chauffage venant à travers le vitrage, mais cela peut donner ce sentiment. Et en effet lorsqu’on arrive par ce côté on a l’impression de rentrer dans un univers de serre.


Cette impression de serre pourrait nuire au propos du jardin si on le mêle à des opérations de communication en y implantant des igloos, des tentes, des patinoires… Les critiques évoquent les parcs d’attractions, Disneyland et autres Center Park…

Le problème est le même qu’au parc Citroën avec le ballon. C’est au détriment de l’âme du parc même si c’est amusant de prendre une photo depuis là-haut. C’est une attraction. Elle ne devait durer que trois mois… J’aurai voulu des ânes au milieu de la pelouse. A Lyon j’ai mis des moutons qui remplacent pour la pelouse la tondeuse à gazon. C’est plus intéressant qu’une montgolfière à perpétuité. C’est cette civilisation là, l’évolution de la société qui a transformé tous les espaces de rêve en espace marchand.

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La part du rêve dans le jardin s’amenuise…

A partir du moment où l’on ne vous donne que des choses à consommer vous n’avez plus accès au rêve. C’est la « non culture ». L’artiste met à disposition de la civilisation son regard mais il ne met pas dans l’obligation de consommer quelque chose. Ce n’est pas pareil

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Et l’idée de friche est-elle toujours présente au Musée Branly ?

Non parce qu’il y a une gestion. C’est un jardin. Il y a un emprunt de paysage plutôt qu’une friche. Par contre ce terrain là est un climax, c’est-à-dire un optimum de végétation avec les caractéristiques d’une friche arrivée à maturité. On peut voir les choses dans ce sens. De toute façon il y a quelque chose d’un paysage un peu libre, que la nature aurait pu créer. Mais la vraie friche c’est autre chose !

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Gilles Clément, vous aviez dit que vous ne pourriez pas parler du jardin avant quelques années, le temps que les plants prennent. Maintenant a-t-on assez de recul ?
On peut aujourd’hui faire l’inauguration du jardin. On pouvait faire celle du musée tout de suite puisqu’il était fini. Le jardin lui commençait. On peut estimer qu’il est regardable en tant que jardin au bout de cinq ans. A cinq ans il y a une petite maturité, les plantes se sont installées, les arbres vont commencer à se déployer. Le voyage a été un traumatisme pour eux. Tout cela prend du temps.
Quand je suis retourné dans le jardin j’y est découvert une espèce de tombe, « ici git Gilles Clément » ou presque.
Cette plaque a été mise en avant par EDF, pour vanter les qualités écologiques de cette société…
On est toujours récupéré. C’est une de mes luttes constantes, surtout depuis 2007. C’est pour cela que j’ai refusé de faire partie du Grenelle de l’environnement, de discuter avec le ministre de l’écologie, ou des projets provenant des fonds gouvernementaux.

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Pourtant un musée au départ a une vocation citoyenne. Inclure un jardin dans un musée n’est donc pas anodin, aurait-il donc une mission citoyenne à part entière ?
Bien sûr. C’est une mise en équilibre de l’individu. Il y a toute l’importance du délaissé. Dans un jardin, s’il est sans règle, les gens font ce qu’ils y souhaitent : un pique nique, des fêtes, de la botanique. Le jardin est un espace de liberté.

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Cette dimension prend sans doute toute son ampleur dans le jardin nocturne…

Avec Yann Kersalé, nous étions d’accord sur le principe de ne pas tout éclairer. Sinon il n’y a plus de profondeur, de mystère. Il était question, ce qu’on ne souhaitait pas du tout, de mettre de grands projecteurs le long de la paroi vitrée. Nous avions dit qu’il s’agissait plutôt d’une scénographie lumineuse qui n’était pas forcément fonctionnelle.

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Par cette installation on découvre alors un nouvel espace où les notions d’animisme et de sacré ressurgissent…
C’est toujours un peu plus trouble et émouvant. En même temps je préférerais que la nuit soit éclairée par des lucioles. Dans les pays tropicaux on en voit parfois des vols entiers. A ce moment là on est avec les animaux de la nuit. C’est dommage que notre vision nocturne ne nous permette pas de voir toute la vie qu’il peut y avoir. Car les éclairages que l’on impose chassent les animaux.

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Quant aux animaux qui sont arrivés au musée…
Je les ai photographiés. J’ai même vu un canard blanc une fois, une sorte de bébé albinos. Cela veut dire qu’ils peuvent vivre là. C’est une bonne chose dans un univers qui n’est pas si facile, confiné, un peu pollué.

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A demain pour la dernière partie de l’entretien…

 

 

 

 

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Entretien avec Gilles Clément (1/3)

J’ai longtemps gardé dans un tiroir cet entretien avec Gilles Clément réalisé pour mon mémoire de fin d’études qui portait sur le jardin du musée du quai Branly. Cette rencontre en 2010 m’a beaucoup marquée. J’étais déjà extremement touchée qu’il accepte de discuter alors qu’il est pris par de nombreux projets et activités. J’ai passé trois heures passionnantes à boire ses paroles au sein de son atelier remplis de plans éparpillés. Je partage ce weekend ce moment avec vous en trois épisodes. C’est parti pour les coulisses du projet du jardin du musée du quai Branly. 

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Savoir que le projet du musée s’est axé, dès le point de départ, avec celui de la conception d’un jardin, m’intrigue beaucoup…

Cela c’est passé de la façon suivante : c’est un lieu où il y avait déjà des tas de projets, des projets qui se sont révélés infructueux. Sur ce terrain d’autres paysagistes ont travaillé sur des projets qui n’ont pas vu le jour. Je ne m’étais jamais inscrit sur les concours qui concernaient cet endroit là jusqu’au jour où ça a été ce projet. C’est inscrit alors Jean Nouvel qui a tout de suite fait appel à moi. Nous avons un éditeur commun : Le premier livre que j’ai publié il y a très longtemps, Le jardin en mouvement, est fait par Tonka, le bras droit de Jean Nouvel. Ils travaillent ensemble depuis très longtemps. J’ai donc eu souvent l’occasion de rencontrer Jean. On est assez éloigné sur certaines choses et en même temps on communique très bien. Nous avons des points communs, des visions, des accords.

Un jour, il m’invite. Il avait envie, lui, de créer de la place pour le jardin. Le jardin était prévu par le commanditaire au départ : c’était un jardin de 4000 m². Et nous avons proposés un jardin de 18 000m², donc beaucoup plus grand. Ce qui a été acrobatique, parce qu’il fallait soulever le bâtiment, faire passer un grand élément de communication entre les deux espaces. Mais cela a donné tout de suite le caractère de cet endroit. Cela a été un travail assez simple.

Au départ, il fallait que Jean trouve la façon de tenir l’édifice à partir de deux assises assez largement séparées, avec un pilier central au milieu. Je me suis retrouvé au fond avec une géométrie qui m’était donnée par la proposition architecturale. La question était de savoir ce que moi j’allais dire là-dedans. Alors j’ai fait la proposition d’un paysage « non-occidental ». C’était la chose qui pour moi était la plus importante : que l’on ne se réfère pas à l’occident en entrant dans cet espace là, pour la raison que tout ce qui se trouve à l’intérieur du musée ne concerne pas du tout l’occident. Cela concerne des civilisations pour partie animiste. Philippe Descola disait : « Pas toujours animiste ». Mais disons de cet ordre là, de cet univers là. Ce sont des civilisations qui ne sont pas reliées à des souches occidentales, qui sont dominées par les trois grandes religions monothéistes, avec des visions extrêmement différentes. Donc la place de la nature y est importante. Cela a été ma proposition.

J’ai cherché ce qui pouvait être le plus réalisable dans un paysage non occidental dans la couronne tropicale. Presque toujours ces civilisations sont situées par là. Pas toujours, mais presque. Majoritairement. Je me suis dit : « Je ne peux pas reconstituer une forêt vierge, ça ne marchera pas. Un désert australien, ça ne sera pas terrible non plus. Donc je vais faire plutôt une savane arborée car je sais que techniquement je peux la réaliser avec des renvois plastiques à la question de la savane. » Ce sont des espèces ni africaines, ni tropicales. Ce sont des espèces des climats tempérés que j’ai mises à Paris.

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C’est un choix conceptuel important que vous avez fait en choisissant ces espèces. Vous auriez pu choisir des palmiers mal adaptés certes mais porteurs d’un symbole exotique…

Je n’ai pas voulu faire cela. J’avais dit dès le départ que toutes les plantes que j’ai choisies on ne s’en occuperait pas. On a besoin seulement de désherber pour qu’il n’y ait pas trop de plantes qui soient mangées les unes par les autres. Il faudra faire un tout petit peu la police. Mais le climat de Paris est très bien. Il suffit d’un sol correct. Les commanditaires n’ont pas été rassurés. Il y a encore aujourd’hui un terrible goutte à goutte dont je ne voulais pas, que je n’ai pas préconisé.

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L’arrosage automatique pour remplacer les jardiniers…
Je n’en voulais pas de cet arrosage, il n’y en a pas besoin ! Ils n’ont pas voulu engager de jardiniers alors qu’ils ont plein de postes à plein temps. Il n’y a pas de jardinier ! C’est une entreprise qui vient de temps en temps entretenir. Ce n’est tout de même pas comme un jardinier. Un jardinier surveille, voit les choses qui évoluent. Il est là. Le jardin n’est pas considéré comme quelque chose qui justifie un poste. Cela me rend vraiment triste. A la place nous avons des techniciens de surface qui viennent. Mais ils ne font pas la différence entre les plantes qu’il faut garder et celles qu’il faut absolument enlever. Pour eux les fougères Grand Aigle ce sont des fougères. Ils ne connaissent pas les plantes. Et portant la dynamique de la fougère grand aigle n’a rien à voir avec celle des autres fougères. Elle va tout manger ! Ce n’est pas du tout ce que je préconise comme paysage ! Cette plante est arrivée dans le mélange terreux porté par le livreur. Elle est parfaite dans un paysage vaste, où il y a de la place, ici l’espace n’est pas suffisant. Mais tout ceci est technique.
D’un point de vue conceptuel, j’ai tout de même fait cette proposition qui a été acceptée. Après il a fallu aller chercher les plantes en Europe. Et puis il y avait la question du dessin. Le cahier des charges était très contraignant. Nous savions qu’il y aurait beaucoup de monde, que le jardin serait très fréquenté : les sols seraient donc en dur.

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Obstacle que vous avez contourné en y incrustant des résines…
On ne les voit plus beaucoup. Pourtant nous avons fait attention. L’idée était d’avoir des formes assez organiques, plutôt courbes. Profiter des contraintes techniques pour d’inclure dans des cabochons de verre contenant des résines (qui elles ont été rayées) qui renferment soit un insecte, soit un coquillage, soit une fleur, quelque chose d’animal ou végétal qui renvoient au langage animiste. Il y a ici une équivalence. Les animaux et les végétaux sont aussi respectables que nous dans ces civilisations là. Et puis, il y a la tortue qui est une forme récurrente même si on ne la voit pas. Il en manque des parties : un pont et une fontaine. Un pont entre deux terrasses rue de l’université et une fontaine à boire dont les dessins étaient prêts. Cela n’a pas été réalisé. A la fin du chantier il n’y avait plus d’argent.
Chaque fois c’était la forme ovale qui revenait d’une manière ou d’une autre (on le voit avec la forme arrondie de la terrasse, ou dans les boules volcaniques dans le passage par exemple). Evidemment c’est très éloigné de la tortue. Mais on est dans cette référence.

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Pourquoi avoir choisi la tortue ?
Quand j’avais lu les ouvrages sur les arts primitifs, ou premiers, ce que moi j’appelle les « arts sacrés », j’avais retrouvé cette tortue à plusieurs reprises. Hélas, je suis très triste à l’intérieur de ce musée car j’ai beaucoup de mal à voir l’objet hors de sa fonction.
Ceci est-il dû à la mise en avant de la fonction esthétique ?
Moi c’est l’usage qui m’intéresse. Esthétiquement ces objets sont très beaux.

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Alors est-ce le problème du manque d’informations dans les cartels qui les accompagnent ?
Non pas du tout. C’est le fait de faire un musée sur ce sujet. (il rit)
Oui mais là vous étiez prévenu dès le projet de départ…
Bien sûr ! Et je l’ai accepté. Tout cela est très dérangeant. Ce sont des objets qui ont une vie par rapport aux rituels de gens qui vivent aujourd’hui. Ce ne sont pas des civilisations mortes. Quelques unes peut-être, mais très peu. C’est cela qui est dérangeant. Si on prenait toutes les mains de Fatma, tous les Christ en croix, tous les chandeliers à sept branches et que l’on en faisait un musée que l’on appelerait le « musée des arts seconds », qu’est-ce que cela voudrait dire ?

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Il y a peut être aussi une confusion du temps au musée Branly ?

La mise en scène et la facture des objets y contribuent. Ce sont des objets fabriqués avec des moyens très simples et un art très grand : les matériaux ne sont que du bois, des plumes, des éléments végétaux. Donc le visiteur se dit cela doit être très ancien. C’est cela qui pour moi est gênant. Mais c’est un fait. Je l’accepte.

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Un art parallèle se développe également avec des matériaux de récupération, en Afrique notamment. Que pensez-vous du fait que cet art contemporain ne soit pas beaucoup représenté au musée ?
Je pense que l’on passe à côté de la question. On est resté sur l’objet et non pas sur la cosmogonie. On n‘est pas sur la pensée du monde. Ceux qui font avec des objets de l’industrie humaine récupérée (qui sont des déchets pour nous) un objet d’art qui rentre dans le sacré, dans un rituel, ont autant de valeur que ceux qui travaillent avec les éléments de la nature. Ce serait très intéressant de mettre en confrontation ces choses là en montrant que la pensée est la même. Cela correspond aux mêmes pulsions, aux mêmes croyances, aux mêmes superstitions, aux mêmes rituels, ect. Effectivement on ne le voit pas dans le musée.

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Cette confrontation pourrait-elle alors être mise en place dans le jardin ?
Malheureusement non ! J’ai essayé non pas de mettre des objets mais de faire un passage en chandii, qui est une porte sans linteau. On m’a répondu : « Vous n’avez pas le droit parce que cela pourrait rentrer en concurrence avec un principe d’art sacré, d’objets présents dans le musée. La porte en chandii , c’est très balinais. On monte quelque marche et on redescend. La porte c’est la montagne qu’on ouvre en deux. Il n’y a pas de linteau donc on est en communication directe avec les dieux. Cela me paraissait intéressant d’avoir ce genre de système dans un jardin où il y a toujours des histoires de passages, de rétrécissements. Il pouvait donc y en avoir une. Selon eux c’était une émergence qui pouvait prêter à confusion par rapport aux objets montrés dans le musée.

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Les évocations se devaient donc d’être très discrètes…

L’histoire de la tortue, ils n’ont pas aimé du tout. J’ai dû vraiment insister en leur montrant bien qu’elle n’était pas littérale, que de toute façon on ne la voyait pas cette tortue. Nulle part. Elle est évoquée. Mais elle est, pour moi, conceptuellement très importante, parce que je me réfère à ses formes, elle m’aide mais aussi elle a du sens. En lisant des ouvrages j’avais déjà eu ce sentiment, en Asie surtout, j’avais constaté qu’elle avait une importance fondamentale dans ces civilisations là parce qu’elle porte le monde, et dans d’autres civilisations, en Afrique, en Amérique du Sud, chez les Indiens, et j’ai appris récemment en Amérique du Nord, elle a d’autres sortes de significations mais elle est très présente. Elle est d’ailleurs souvent dessinée, ou apparente en objet, elle est là. D’une manière ou d’une autre on la retrouve. Donc cela me paraissait bien de la voir. Mais cela a été compliqué. Ils auraient voulu quelque chose de décoratif. Comme le mur de Patrick Blanc qui est très beau mais n’a pas de signification.

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Doit-on alors considérer le mur végétal séparément du jardin ?
Le projet de Patrick Blanc est arrivé après le mien. J’étais là dès la construction et pourtant je n’ai pas du tout été averti de sa participation. Il a été sollicité indépendamment. Cela ne me gênait pas du tout. Je le connais très bien. C’est un ami. Ce mur est démagogique. C’est un acte de séduction. Cela permettait de montrer quelque chose d’attractif depuis la rue durant toute la durée des travaux.

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Peut-on dire qu’il annonce le jardin puisqu’il précède l’arrivée des visiteurs ?

Pas toujours. Certains entrent par la rue de l’Université.
Disons que l’entrée par le Quai Branly est plus spectaculaire par sa paroi en verre, qui incrustée d’affiches d’exposition joue avec le jardin par un effet de symboles apparaissant en transparence sur la végétation…
La seule chose sur laquelle j’ai pu intervenir avec Jean est sur la paroi de verre en créant l’équivalant d’un lawang. Le lawang est une porte balinaise par où les esprits ne peuvent pas passer. Ceux-ci ne pouvant pas circuler en angle droit ne peuvent franchir ce mur d’entrée. Mais le décor de Patrick est très intéressant en soit. Patrick Blanc est un scientifique qui a apporté une diversité considérable dans le choix des espèces, qui vivent assez bien de cette manière mais avec beaucoup d’artifices.

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Il y a ici un grand contraste entre vos deux manières de travailler, de par le choix des surfaces verticales et horizontales et surtout par l’emploi ou non de l’artifice. Cela vous gêne-t-il ?
Ce n’est pas quelque chose qui me gêne. Cela n’est pas pour moi philosophiquement satisfaisant étant donné la façon dont on évolue dans le monde aujourd’hui. Si on arrivait à tout recycler, si cette énergie était autonome cela irait. Mais on ne peut pas imaginer faire fonctionner nombre de choses de cette façon là qui utilise de l’engrais, pollue. Pour moi, la gestion future du jardin est une meilleure compréhension des mécanismes naturels, de ce que les plantes sont capables de faire elles-mêmes pour pouvoir vivre, y compris dans des conditions très difficiles. Je viens justement d’installer un jardin sur le toit de la base militaire sous marine de Saint Nazaire. C’est un ancien bâtiment construit par les Allemands pendant la guerre. J’ai installé dans ce sol composé de cailloux, de sables, de très peu de terre des plantes capables de vivre sans assistance. Cela me parait plus intéressant d’utiliser l’extraordinaire diversité de variétés qui existe sur la planète pour tous les climats. On trouvera toujours une série floristique intéressante. Pourquoi aller chercher des espèces qui ne seraient pas contentes de vivre là, avec obligation de les mettre sous assistance? Ce qui nous oblige à aller chercher des espèces dans des séries spéciales nous amène à créer des paysages très différents. On peut finalement planter tout banalement partout. On retrouve alors chez tout le monde la même chose : une série de plantes qui poussent correctement dans une bonne terre franche de pépinière. Cela ne m’intéresse pas du tout. Cela confine au médiocre.

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La suite de ce magnifique entretien sans faux semblant demain sur le blog… 

 

 

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©Stéphanie Chéron-Cielecki

Partir en voyage avec Stéphanie Chéron-Cielecki

Quand on parle de voyages, on a tendance à parler de destinations, d’endroits, de lieux, voire de météo. Moi, j’ai envie de vous parler de rencontres. Aimer voyager, c’est prendre le temps de la découverte, s’ouvrir aux autres. C’est comme ça aussi que l’on nourri son art. Stéphanie Chéron-Cielecki l’a bien compris et d’une certaine façon elle renoue avec les artistes du 19e qui partaient faire leur tour d’Italie et revenaient avec de nouvelles couleurs sur leur toile. A chaque étape, j’ai le plaisir de redécouvrir cette artiste voyageuse qui me montre ses aquarelles en parlant avec enthousiasme des endroits où elle pose quelques temps ses valises…

 

Hello Stéphanie! Moi, je te connais mais pourrais tu te présenter aux lecteurs du blog….
Mon nom est Stephanie Chéron. Je suis française  et tiens à souligner mes origines polonaises en y ajoutant Cielecki. Graphiste de formation, je suis passionnée par le voyage et réalise des illustrations exprimant mon expérience à travers le monde.

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Tiens, tant qu’on y est. J’en profite. Dis-moi quelque chose sur toi que je ne sais pas. Quand as-tu débuté la peinture?

Tout a commencé en 2012. En quête de découverte, j’ai souhaité terminer mes études aux Beaux Arts de la Martinique. Depuis ce jour, mon thème porte sur LE premier regard. Ce regard émerveillé lors de mon arrivée dans les caraïbes.

En cette rentrée  scolaire, je me suis retrouvée  pour la première fois, seule au beau milieu d’un environnement qui m’était totalement inconnu. C’etait bouleversant.Curieuse, je me sentais plus vivante et envahie d’émotions par tant de nouveautés : le taux d’humidité  tropical, les quartiers colores de Fort-de-france que je traversais pour rejoindre mon école , les cafards si impressionnants, la riche végétation  des alentours… tout m’étonnais  ! Au fil du temps, mon regard s’habituait à ces sublimes paysages. Je trouvais mes repères et m’adaptais à ce nouveau mode de vie. Très vite, je me suis rendue compte que mon ébahissement se montrait moins intense. Je me hâtais donc de garder trace de mes premiers ressentis à travers les courriers postaux et mails adressés à mes proches. Ainsi, je pouvais revivre ces premiers instants. Je cherchais une solution pour les exprimer autre que par l’écrit. Suite à de nombreuses spéculations, je relevais que ma thématique etait le carnet de voyage.

« Ce qui importe, ce n’est pas d’arriver mais d’aller vers. » citation d’Antoine de Saint Exupéry,1943 est devenu le nom de ce projet.

 

Quelle était  ta première aquarelle ?
Une série  de trois esquisses aquarelles  400×160 mm répondant  à cette interrogation :
« Comment transcrire graphiquement la fragilité et les couleurs des bâtisses de la Ville Capitale ? »

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Pourquoi as-tu fait le choix d’utiliser le médium de l’aquarelle pour ce triptyque  ?
« Place-toi de biais, plisse les yeux et observe cette rue ! ».
J’ai utilise l’aquarelle afin de rendre compte de l’entremêlement des couleurs au cœur de Fort-de-France. J’estimais que ce médium était  bien représentatif de la juxtaposition d’une bâtisse et de sa voisine, la topologie des rues… intrigantes, insalubres et aléatoires.

 

L’aquarelle est elle donc devenue ton unique médium  de prédilection?
Je dessine, peins, utilise le pastel sec, l’acrylique, le collage, la collecte d’objets trouve a l’endroit-meme et bien d’autres.
Nous nous sommes rencontrés en Martinique, que retiens tu de ton expérience là-bas?
Il est bon d’avoir des passions. Cette expérience  m’a permise de découvrir , comment extérioriser  mes ressentis par l’illustration.
Qu’as tu préféré peindre à Madinina?
J’ai peins de nombreux paysages ainsi que des scènes  de vie mais j’ai préféré  représenter  l’architecture de l’ile.

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Tu as la bougeotte. Une nouvelle expérience à Malte après les caraïbes…
Surprise d’utiliser d’autre nuances qu’en Martinique. A Malte, l’ocre a remplacé le vert émeraude ! J’ai davantage travaille autour des structures architecturales de la Valletta et de Mosta. Cette fois-ci, j’étais  fascinée par les habitations abîmées par l’air salin. « Regarde attentivement les façades  des cathédrales , les ecaillements racontent une histoire ! ». En effet, apercevoir les différentes couches de peintures ne m’ont pas laisse indifferente.

 

Tu es en Irlande en ce moment… Quels contrastes d’ailleurs en terme de paysages et de couleurs avec tes précédents voyages. Qu’est ce qui te plaît?
Le gris, les nuances très  varies de vert ainsi que les contrastes bien fort entre couleurs froides et chaudes. La couleurs des montagnes du Connemara varient selon le temps qu’il fait. Après  la pluie, le soleil. Après  le soleil, la pluie. Et entre les deux : brouillard, arc-en-ciel, averses, brume et souvent, du soleil en même  temps qu’une averse. Ce qui projette de jolies ombre sur les montagnes de Leenane. Étant  donne que je peins sur le vif, cela procure du mouvement et des maladresses. Mon nouveau sujet : ombres et lumières . J’étais  de passage en Irlande. Aujourd’hui, cela fait 6 mois que je ne cesse d’admirer cette merveille qu’est le petit village de Leenane et ses deux pubs. J’avoue qu’il ne fait pas toujours bon, il est donc temps de peindre en intérieur  : tu trouveras quelques ambiances chaleureuses de pubs !

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Est-ce que l’on peut parler de carnet de voyage pour tes illustrations ?
Oui, de reportage.
Un peu d’histoire: ce sont les navigateurs qui ont réalisé les premiers carnets de voyage. Ce qui nous a permis par la suite la reconstitution de leurs grandes épopées à travers le monde. Viennent ensuite les artistes, les scientifiques, les écrivains et ethnologues qui en ont fait l’usage. Les plus touchants demeurent les œuvres d’artistes anonymes car ils sont subjectifs. Les carnets de voyage se démodèrent au profit de la photographie. Ils reviennent à présent, plus tendance que jamais…
A moi de trouver un moyen de sortir de ces sentiers battus !! Encore un peu de temps… j’ai ma petite idée.

 

Lorsqu’on peint sur le motif, on doit faire avec les conditions atmosphériques, la lumière…
Comment choisi tu tes sujets? Les endroits que tu peins?

En Irlande : un bon ciré, des bottes et c’est parti ! Je me balade avec mon carnet sous le bras et mon matériel  ne prends pas de place dans mon sac a dos. Je suis mon intuition. Je m’arrête , respire a fond, écoute  la nature ou le plus souvent, du Chopin et peins pour marquer le temps. En tous cas, ma devise : jamais d’après  photo, toujours face au décors!

 

En combien de temps réalises-tu une illustration ?
Comptez 30 minutes pour un format A5, 4h non-stop pour un format A3. J’ai très  envie de me mettre au A2 en ce moment ! La montagne en face de chez moi est tellement immense qu’elle mérite  une telle envergure sur un plus grand support. Si le sujet m’est personnel, j’en accorde beaucoup plus d’importance et je prends temps de transcrire mes émotions sur papier. Patiente et relaxe, je peux peindre 6h non-stop.

Des conseils pour ceux qui auraient envie de débuter mais n’osent pas?
Ne rien jeter, tout préserver ! Revenir dessus si besoin mais savoir  aussi s’arrêter . C’est qui est bien avec l’aquarelle, c’est que ca laisse trace de l’instentanne. Les couches inférieures  laissent visibles les premiers gestes et je trouve cela charmant .

Je crois savoir que tu aimes aussi la photographie… J’avais vu notamment de très beaux portraits…
En ce jour, je travaille l’écriture, la photographie numérique, argentique, l’enregistrement sonore et la vidéo.

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D’ailleurs j’adore la façon dont tu mets en scène tes aquarelles en les prenant en photographie avec en arrière plan le paysage que tu as représenté.
Merci Sophie ! De ce fait, je continue à mêler diverses techniques.

Une prochaine destination?
Une destination bien plus fraîche : Norvège, Écosse  ou Canada.
Or, je vis au jour le jour ! L’Irlande est un pays bien attachant.
Un rêve?
J’envisage l’édition …

Moi aussi j’ai un rêve. Te retrouver un jour quelque part sur la planète, chacune un carnet de croquis à la main. Merci à toi de nous avoir fait voyager sur le blog aujourd’hui. Ton travail est très inspirant. J’aime beaucoup la spontanéité qui s’en dégage à l’heure où beaucoup d’artistes intellectualisent énormément leurs créations. C’est extrêmement vivifiant! Tu es un bol d’air frais dans ce paysage là: ne change rien! Bonne route et à bientôt au détour d’un chemin…

 

Et pour ceux qui veulent poursuivre le voyage avec Stéphanie Chéron-Cielecki, cela se passe aussi sur ses comptes facebook et instagram
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©Stéphanie Chéron-Cielecki

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Diaph 8, des artistes infiniment humains

Pour l’interview de la semaine, on part à la rencontre du collectif Diaph 8. L’occasion de découvrir artistes prometteurs ou confirmés qui s’inscrivent dans la même démarche, celle de créer avec sincérité et humanité autour du même medium de predilection, la photographie. Lucine et Julia se sont faites les voix de Diaph 8 pour nous présenter le projet dans son ensemble mais aussi son actualité, l’exposition Infiniment humain qui démarre aujourd’hui à la Maison Robert Doisneau.

Bonjour à toutes les deux, 

L’interview commence bien : on a au moins un point commun je le sais, Paris 8. C’est également là bas que j’ai fait mes études en art. Je serai curieuse de savoir ce qui vous, vous a conduit dans cette université là et pas une autre.

Julia Amarger : Pour ma part ça a été un hasard. Après des études de photographie en Argentine, j’ai eu envie de reprendre mes études à l’université en France et en cherchant les formations sur internet, j’ai trouvé le master en photographie et art contemporain de Paris 8. Je me suis très vite intégrée vu que de nombreux étudiants étaient également en reprise d’études et qu’à Paris 8, il y a des gens qui viennent d’horizons variés.
Lucine Charon : Me concernant, je souhaitais faire des études de photographie depuis le lycée. Cependant aucun enseignement me convenait et surtout je n’avais pas l’argent nécessaire pour pouvoir prétendre aux écoles de photographie privées qui coutent les yeux de la tête ! J’ai donc découvert le cursus de paris8 avec la licence arts plastiques, spé photo et surtout le master. Cela n’a pas été simple de trouver de le trouver car ils communiquent peu. Mais les cours proposés m’ont réellement séduite. Et c’était parti pour 5 ans de découverte !

Diaph 8, est donc une association née dans cette université de Paris 8. Quel a été le point de départ de sa création? De votre rencontre?
Lucine : Diaph8 est en réalité le fruit de plusieurs rencontres et collaborations au sein du master Paris8, notamment de la promotion 2013-2015. Nous avons réalisé une exposition intitulé Interstices à la galerie Binôme dans le XX° en juin 2014. Cette première collaboration a fait émerger un petit groupe de travail ayant la même volonté : celle de continuer à exposer et présenter les étudiants de ce diplôme. Lorsqu’en juin 2015, diplôme en main, nous avons réellement donné vie à ce besoin et surtout d’en faire partager l’intégralité des étudiants et diplômés du master. Nous voulions que nos travaux et œuvres soient reconnus comme tels, et que chacun puisse avoir la chance de montrer son travail, non pas en tant que simple étudiant de ce master ou diplômé, mais en tant qu’artistes ou théoriciens émergents.

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Diaph, c’est le diminutif de Déclencheur d’Initiatives en Art et en Photographie. Vous m’en dites un peu plus…. Je suis curieuse!
Lucine : Oui ! C’est Gilberto Guiza Rojas qui a trouvé cet anagramme. Et il fait notre force ! Effectivement, nos actions (qui vont de la création des portfolios à l’exposition…) nous les appelons initiatives. Premièrement l’association n’a que 9 mois et nous sommes donc tous bénévoles. Notre énergie nous la mettons au service de ces initiatives qui se veulent faire émerger de nouvelles pratiques en photographie mais aussi en art. Beaucoup de membres de Diaph8 ne sont pas photographes mais plasticiens. En réalité nous avons presque tous des profils (journalistes, enseignants, chercheurs, artistes, étudiants, médiateurs, conservateurs…). Que nous souhaitions continuer notre pratique de l’image ou non, nous souhaitons former une entité qui propose continuellement des évènements et actions (je pense notamment aux Entrevues, qui permet aux membres et amis de se rassembler une fois par mois afin de parler du travail de chacun) qui pensent et re-pensent la photographie.

Est-ce que vous pouvez vous présenter chacun en quelques mots?
Lucine : Si la question est orientée vers les membres fondateurs, nous sommes 7.
Il y a Philippe Bernard. Artiste-photographe, dont le travail s’inscrit dans le champ de la perception. Ses travaux questionnent la distance indicielle en photographie. Il travaille à Bordeaux.
Mireille Bersnard qui développe depuis 2013 une réflexion et un travail artistique questionnant l’expérience photographique et son impact psy-chique. Elle collabore régulièrement en tant que critique à la revue www.francefineart.com et anime un blog radiophonique (www.photodite.tumblr.com/)  dédié à l’expérience d’images.
Mireille et Philippe s’occupent du pôle rédaction chez diaph8.
Claire Béteille est aussi photographe et re-travaille dans ses images la notion de paysage. Elle travaille actuellement en Normandie. Avec Emeline, elles ont réalisé le site internet et le gèrent.
Emeline Hamon travaille à Paris et Melun. Elle explore la notion de portait en photographie sous toutes ses formes. Elle a créé et travaille chez Hé Capture depuis 2013.
Gilberto Guiza Rojas est également artiste-plasticien. Ses œuvres questionnent par la vidéo, la photo ou encore le son, notre relation au travail et au monde salarial. Il est sur tous les fronts et participe à la dynamique de diaph8 en réalisant des interventions au sein de l’université.
Yuliya Ruzhechka vit et travaille à Grenoble. Photo-reporter, dans sa pratique, elle essaie de comprendre comment fonctionne la mémoire personnelle et comment peut se construire la grande Histoire avec un certain recul. Elle est en charge de la communication avec moi.
Quant à moi, Lucine Charon, je travaille au sein d’une association en tant que médiatrice et responsable pédagogique. Je n’ai pas abandonné ma pratique photo et continue de travailler autour de l’image « informe », plus particulièrement une image qui s’oppose au sens et questionne à sa vue le spectateur. Chez diaph8 je m’occupe de coordonner les projets, et chercher des financements et je construis la communication avec le reste de l’équipe.
A vrai dire, personne ne travaille solo et nous travaillons tous ensemble sur chacun des projets. L’avis de tous est important.

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C’est aujourd’hui à 18h le vernissage de votre exposition à la Maison de la photographie Robert Doisneau . D’où est parti ce projet? Comment s’est passée la collaboration avec Mickaël Houlette, son directeur.

Lucine : Ce projet est né de la rencontre avec Gilberto Guiza et Rafael Serrano, membres de diaph8 également. Tous deux travaillent au sein de l’institution. Mickael leur a fait part se sa volonté d’exposer quelque chose de nouveau au sein de la maison Doisneau. C’est ainsi que diaph8 a proposé le collectif. Un appel à projet a donc été lancé en avril et quelques mois plus tard, Michael a sélectionné 13 artistes exposants et l’aventure à été lancée ! Le dialogue avec la maison Doisneau et Mickael s’est très bien passé, toute l’équipe a vraiment été à notre écoute et nous a conseillé pour chaque détail.
Emeline Hamon, qui est d’ailleurs à l’origine du titre de l’exposition Infiniment Humain a également crée les visuels et textes avec Mickael.

Les travaux présentés dans cette exposition semblent aussi éclectiques que vos parcours et vos personnalités. Qu’est-ce qui vous lie?
Julia : Ce qui nous lie c’est d’abord d’être inscrits ou d’être passés par le Master de photographie et Art contemporain de Paris 8 et une volonté de faire connaître et reconnaître cette formation.
Ensuite, je pense que nos parcours et nos pratiques artistiques variés nous apportent une force et une énergie très stimulante, ce qui nous permet concrétiser des projets collectifs.
Lucine : Oui tout à fait, je rejoins entièrement Julia. Il y a cette volonté de tirer de notre parcours une force et une énergie. Nous explorons tous l’image différemment, avec différents médiums comme la vidéo ou encore le son. Par la suite, les travaux exposés répondent et questionnent la notion humanisme, si chère à la Maison Doisneau.

Humanisme? On donne tellement de sens différents aujourd’hui à ce mot. Ce serait quoi votre définition? Qu’est ce que c’est un photographe humaniste?

Julia : Quand il est lié à la photographie, ce mot à un sens autant symbolique qu’esthétique. On associe la photographie humaniste au noir et blanc et aux années 1940-1960… Pour moi, aujourd’hui, ça serait une photographie tournée vers l’ « autre » et dont le but serait d’apporter une multiplicité de réponses poétiques grâce à la réalisation de nouvelles images, grâce à la création.

On va jouer aux portraits croisés. Prenez chacun l’une des photos d’un autre membre du collectif, et dites nous en quelques mots.
Lucine : Quelle question ! Je vais choisir les photographies de Florence Cardenti. Pour faire simple, elle m’attirent par leur matérialité et leur support. Ces superpositions de fragments font écho à ma pratique mais il happe le spectateur dans une image que l’on pourrait qualifier d’erronée. Et c’est justement cela qui me plaît. La photographie n’est pas parfaitement tirée ou encadrée mais elle s’exprime par ses défauts. Sa série d’autoportraits « Éléments » fait appel à nos sens, notamment au toucher avec cette envie d’effleurer ses bandes qui composent et re-composent l’image.

Julia : Je choisis les images de Gilberto. Il travaille sur le monde du travail d’une manière décalée, inédite, engagée et sensible. J’apprécie aussi le face à face presque médusant que provoque l’agrandissement extrême de ses photographies.

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Je vais faire ma vilaine. On peut retrouver vos photographies sur votre site internet. Donnez moi de bonnes raisons de venir quand même sur place visiter votre exposition.
Julia : Une exposition ça se vit !
Par exemple, Gilberto imprime ses images dans des formats monumentaux, Lucine et Florence quand a elles ont beaucoup pensé le support de leurs images, leurs mise en espace… Autant d’éléments qui ne pourront être ressentis derrière un écran et qui pourtant font partit de l’œuvre. Il est aussi intéressant de voir comment les œuvres, d’artistes si différents que nous sommes, peuvent entrer en résonance pour créer un ensemble nouveau.
Lucine : Tout à fait d’accord ! Les œuvres choisies ne sont pas réellement faites pour être découverte dernière un écran d’ordinateur ou smartphone ! De plus, certaines images ne sont pas visibles sur notre site ou le site des artistes. Chacun a vraiment pris le soin de proposer des tirages de qualité et de donner corps et vie à chaque installation. Et Gentilly n’est vraiment pas très loin de Paris !

Le lieu dans lequel vous exposez est emprunt d’histoire. Doisneau c’est un incontournable dans l’histoire de la photographie. On a tous au moins une image en tête. Donnez-moi chacun le titre de votre photo préférée.

Julia : La petite Monique, 1934. Une image amusante et touchante.
Lucine : Autoportrait au Rolleiflex, 1947. Son regard et la position de ses mains sur l’appareil me fascine.

Diaph 8 va bientôt fêter son premier anniversaire. Le bilan de cette année? Des projets?

L’association va bientôt souffler sa première bougie ! La prochaine exposition, qui se déroulera au sein de l’université cette fois-ci nous demandera aussi beaucoup de travail.


Dernières questions, car je suis sûre que certains pourraient être intéressés : Vous recrutez? C’est quoi les critères pour vous rejoindre?

Nous allons effectivement avoir besoin de bénévoles (scénographie, communication web…) pour ce nouveau projet dont nous parlions plus haut.
Les critères ?! De l’énergie ! On recrute des membres pour le collectif ! oui ! Si vous êtes passé par la master photo, nous vous accueillons à bras ouvert car nous voulons toujours en découvrir plus !

Bon vernissage!
Quant à moi, j’ai plus qu’à remplir à mon tour le formulaire d’adhésion que l’on retrouve sur votre site pour vous soutenir car c’est une super association!

Un grand merci pour cette interview et encore félicitations pour ton blog (que nous ne manquerons pas de partager !)

Infiniment humain par Diaph 8,  à découvrir du 30 septembre au 09 octobre à la Maison de la photographie – Robert Doisneau.

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Rêver avec Sophie M.

Découvrir les collages de Sophie M.  , c’est plonger sans hésitation dans un monde onirique fait d’arabesques et de fleurs. Revêtir un chapeau melon pour briser le sérieux d’un costume masculin trop sévère. Teinter de pourpre un drapé pour insuffler du mystère.  Arrêter le temps pour savourer le temps d’un envol les mots poétiques sur un papier froissé. Un brin de baroque. Un soupçon de surréalisme. Des rêves comme brassées de pétales entrevus dans un kaléidoscope.

 

 

Bonjour Sophie, j’aimerai que tu présentes au lecteur ton parcours. J’ai cru comprendre qu’il était un peu atypique. Où travaille-tu? Un atelier? un bureau? Si on poussait la porte de cette pièce, on y trouverai quoi?

Mon chemin vers la création est un coup de baguette magique. Mes collages sont tous inspirés d’un univers intérieur onirique que je cultive secrètement depuis ma plus tendre enfance comme parenthèse enchantée à la réalité. Pas de galerie, un amical relais  en communication porté par des amis enthousiastes, qui connaissent le chemin de mon petit appartement en banlieue parisienne où j’ empile estampes, catalogues, magazines et journaux sujets préférés de mes déchirures et de mes découpages lyriques. Quelques papiers froissés, un coin de table, un peu de colle et la partition s’écrit, la musique des signes se compose comme pluie de poésie jetée. Quand je colle, je vis dans un monde peuplé de chimères que j’apprivoise pour mieux les entrevoir.

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Tu as créé récemment une collection de vaisselle en collaboration avec Site Corot Limoges . Peux tu me parler de cette rencontre.
Ma rencontre avec Site Corot Limoges s’est imposée tout simplement. Notre collaboration est née d’une discussion sur la matière, le travail des artisans, d’une projection d’idées du collage sur porcelaine. L’audace est mon oxygène, Site Corot m’a invité à relever le défi à ses côtés. Les balbutiements de matière que j’allais imaginer me paraissaient envisageables auprès de Site Corot Limoges, structure à taille humaine avec qui dialogues et échanges étaient ouverts sur des possibilités créatives non arrêtées.

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Quel est le point de départ pour cette série de collage?
L’écriture sous toutes ses formes est indispensable à mon énergie, à la vivacité de mon désir et à mon approche de l’autre : l’écriture comme égoïste partage.
Mes collages naissent d’une subite et urgente envie de poser une histoire sur une page blanche. Je me raconte une histoire dont la suite reste ouverte à celui qui va poser le regard dessus. J’aime l’idée que mon collage est le support d’une histoire racontée à plusieurs.

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As-tu eu des sources d’inspirations précises pour cette collection A piece of dream?
La nature, dialogue permanent de l’homme avec son image.

Tes assiettes portent les mentions micro-onde et lave-vaisselle. J’aime bien ce paradoxe de créer une vaisselle d’exception mais pour un usage quotidien. L’idée de réaliser des collages pour un support objet, destiné donc pas seulement à la contemplation mais aussi à l’utilisation a-t-elle changé ta façon de créer? Ou au contraire est-ce que ces collages avaient été réalisés en amont de la collection?

Les mentions ménagères qui figurent au dos des pièces rappellent en effet qu’elles ont été créées pour un usage quotidien. Ces porcelaines sont utilitaires avant d’être décoratives. Nous devons inviter le beau à notre table dès que nous le pouvons. Ces pièces de tables sont exceptionnelles uniquement parce que vous daignez vous en servir régulièrement et y porter un regard aimant dessus entre le fromage et la poire.
Un juste retour de la nature à la nature.
Un prolongement de l’acte premier vers un autre qui donne vie lui-même à l’histoire de l’objet-création dans son utilisation même. L’histoire s’écrit à deux.

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En ce moment, on entend beaucoup parler de concepts tels que slow life ou slow food. Est ce que l’on peut dire que prendre le temps de choisir une belle vaisselle, recevoir, dresser une table rentre finalement de nouveau dans ce besoin de ralentir et profiter de notre vie?
Le collage est l’art de la patience spontanée : c’est tout dire …

Des textes accompagnent également la vaisselle. L’écriture, la poésie, raconter une histoire: Ce sont, tu t’en doutes, moi qui suis conteuse, des choses qui me parlent. Quelle est la part d’imaginaire et la part d’histoire personnelle dans ces textes? Pourquoi cette démarche qui peut sembler curieuse de prime abord?
La poésie sous toutes ses formes est ma respiration. L’imaginaire ma voie d’oubli mais aussi ma construction positive. Mes textes partagés sont comme un peu de bonheur essaimé, une douce rêverie, la fantaisie de mon quotidien.

Tes assiettes ont dernièrement été sélectionnées par Nelly Rodi pour le salon Maison et Objet. On les retrouve d’ailleurs dans le Cahier Inspirations du salon. Peux-tu nous faire rêver un peu en nous donnant un aperçu de la mise en scène et en nous racontant cette belle expérience.
Une amie est tombée aimante de mes collages. Elle les a suggéré au cabinet de tendance avec l’idée de mes porcelaines qui n’en étaient encore qu’aux prémisses créatifs. Je pense que l’univers onirique a parlé, que la fée clochette a su se faire entendre. Mon univers « collait » aux tendances qui émergeaient autour du merveilleux recomposé.

Dernière question Sophie M. : Une exposition en ce moment à conseiller?
La mienne ! Ne faut-il pas rêver grand ?

Merci Sophie M. pour cette envoûtante interview. Cela m’a donné très envie de te découvrir encore plus. Et aussi de me remettre au collage. Tu m’as fait entrevoir d’autres possibilités de jeu avec ce médium.

Et en bonus, pour vous lecteurs, Sophie M. dévoile ci-dessous trois collages inédits pour prolonger ce doux état de rêverie: Son premier collage et un diptyque « printemps – été » composé de 2 panneaux. 

 

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Vente des porcelaines uniquement sur commande via mprochain@gmail.com
Jardin du musée du quai branly la nuit par yann kersalé

Rencontre avec Yann Kersalé

C’est dans le cadre de l’écriture de mon mémoire de fin d’études sur le jardin du musée du Quai Branly que Yann Kersalé m’avait reçu très gentiment dans son atelier afin de discuter de son installation Ô. Nombre de mes connaissances ou amis avaient envie de lire cette interview, alors je me décide enfin à la publier sur le blog. Celles de Gilles Clément suivront. Je n’ai pu me résigner aux coupures, d’où ce long article. Tout pour moi était passionnant.

Yann, voudriez-vous présenter votre travail en quelques mots ?

Je réalise un travail plastique (parfois en adéquation avec des projets d’architectes, des paysagistes, d’urbanistes, ect. ) qui établit des percepts, c’est-à-dire des formes d’expression à travers la lumière du crépuscule à l’aube. J’ai tenté il y a une trentaine d’année, quand j’ai passé mon diplôme d’arts plastiques, de faire un travail qui se situe à l’extérieur du musée, de la galerie. Un système qui trouve son apothéose dans le marché. Cela m’a forcément fait rencontrer tous les acteurs de la ville et du paysage.

Est-ce alors qu’arrive la rencontre avec le paysagiste Gilles Clément ?

En fait je fais la connaissance de Gilles en 1978. C’est à peu près à cette date que j’ai passé mon diplôme. C’est aussi à ce moment là que j’ai rencontré les acteurs, les gens de cette époque qui étaient aux prémices de ce que l’on voit aujourd’hui : des transversalités architecture/paysage, paysage/art, je dirais « land art ». Si ma rencontre avec Gilles arrive à ce moment donné, c’est qu’elle paraissait évidente. Et puis surtout la théorie principale du « jardin en mouvement » de Gilles Clément allait dans le sens de ma pensée.
(Il me montre le coin de verdure qui jouxte son atelier) Ce jardin, on ne s’en souvenait plus. Mais Gilles Clément lui qui a donné ses premières traces lorsqu’il avait sa petite société de paysage qui s’appelait Acanthe.
Avec Gilles j’ai un rapport profond, philosophique sur l’appréhension du paysage.

Comment un artiste contemporain se retrouve-t-il sur un projet d’installation dans un musée dédié aux arts premiers ?

Grâce et avec Jean Nouvel, Gilles et moi nous nous retrouvons autour d’une table pour préparer le concours, tous trois pour créer cette idée d’un tout ; plutôt que d’une architecture aménagée d’un jardin qui serait lui-même décoré d’x œuvres d’art. L’idée était de faire un travail global de ces différents ensembles. Pour ce projet les idées se sont mises en place en même temps. Bien entendu le projet architectural serait sur pilotis, un vaisseau flottant, un radeau. Je me souviens de termes employés à l’époque ; l’idée de la terrasse de ce grand bâtiment sur pilotis était qu’elle soit à terme : « flottante sur une canopée ». Bien entendu, et Gilles sera le premier à le dire, la nature ne va pas aussi vite que l’architecture, il faut du temps pour que son jardin soit en place. D’ailleurs, il a toujours dit : « Je ne pourrai communiquer sur le jardin du quai Branly que dans 5 ans. ». Il disait cela en 2006. Aujourd’hui, c’est le moment où il va pouvoir en parler. En plus, lorsqu’il disait cela, il pensait, tout comme moi, que dès 2006 tout allait être en place qu’il n’y aurait pas d’accident de parcours. En fait il y en eut. Pour lui, comme pour moi d’ailleurs, il y eut beaucoup de problèmes : de maintenance, d’existence du végétal, ect…

Et Patrick Blanc ?

On met toujours Patrick Blanc un peu à part dans cette histoire tout simplement parce qu’il est arrivé après. Paradoxalement, il a fini le premier mais est arrivé le dernier. Patrick Blanc est un botaniste, un chercheur. Son idée de jardin vertical est presque une antithèse par rapport au principe de Gilles. Ils ne parlent pas de la même chose mais utilisent la même matière première : le vivant, le végétal.

Pourquoi ne pas avoir travaillé dans le mur végétal également?

On a parlé, mais beaucoup trop tard, de l’idée d’une lumière dans cette façade qui n’a pas besoin de lumière puisqu’elle fonctionne très bien. Je lui ai soumis quelques idées pour installer de la lumière autre que celle des projecteurs. Pour l’instant ce n’est qu’à l’état de projet.

Revenons à votre installation. Pourquoi ce titre l’Ô ?

Quand il y eut ce projet des arts premiers, on ne voulait pas refaire l’Amazone, ni tomber dans les clichés. On peut imaginer que cela aurait pu être la pire caricature que de rester sur cette simple symbolique en ramenant au premier des choses. Par exemple, on trouve des petits animaux incrustés ; évidemment cela fait penser à des ambres. On peut arriver comme cela à des sens sans tomber dans le cliché. Si je prends avec un peu d’humour cette notion de premier, les premiers étaient les amibes qui ont poussé dans l’eau, l’eau est première sur la planète bleue. Cette ainsi qu’est venue l’idée de lac virtuel à trois tonalités qui changent en fonction de l’état de l’eau.

Parlez-moi de votre installation, notamment du choix des couleurs ?
Cette lumière d’eau qui s’incorpore dans le végétal est une interaction avec la nature réelle, la nature de l’eau que l’on connaît sous trois formes : gaz, liquide, glace. C’est une forme de tryptique lumineux. La lumière verte associée à l’évaporation, la bleue à la pluie, la blanche au froid. Il s’établit alors une fluctuation à peine perceptible : il y a toujours un dominant. S’il y a beaucoup de chaleur, donc d’évaporation, l’ensemble des joncs verts seront plus en lumière que les bleus et les blancs. S’il y a beaucoup de pluie, ce seront les bleus, et s’il fait très froid les blancs. Tous sont toujours allumés, avec « un » dominant les deux autres selon la nature. C’est une symbolique crée spécialement pour les personnes qui vivent le jardin au quotidien. Les riverains verront les variantes de leurs fenêtres et quelqu’un qui a l’habitude d’y travailler fréquemment s’apercevra au fil des saisons et des années des modifications. On est dans le projet de départ : une lumière presque interactive sans intervention lourde de programmation qui joue et fluctue avec les plantes de Gilles Clément. C’est magnifique de voir un lieu qui a pourtant sa lumière définitivement posée mais qui varie considérablement selon l’état de la nature. C’est d’ailleurs quelque chose de récurrent dans mes projets en collaboration avec des paysagistes : une lumière intégrée au maximum au végétal, sans l’altérer, et parfaite adéquation. C’est ce même principe lorsque je travaille avec des architectes : je ne suis pas là pour détruire leur architecture parce que la nuit est venue, ni pour être en opposition avec le sens premier qu’ils ont donné à leur architecture mais pour travailler en association sans être pour autant un consultant en éclairage. C’est un véritable travail artistique sur leur œuvre.

Comment avez-vous joué avec l’architecture sur pilotis de Jean Nouvel et le jardin de Gilles Clément ?

Revenons au quai Branly, le rôle de la sous face est considérable. Cela va même plus loin car ces cercles concentriques de lumière sont comme les ondes que l’on obtient quand on jette un caillou dans l’eau et elles se répercutent et s’amalgament. On l’avait pensé, vu et validé dès les premiers tests. Par contre, ce que l’on n’avait pas prévu (et qui fonctionne très bien) c’est l’arrosage automatique, cause de panne sur certains joncs. Quand l’arrosage automatique se déclenche sur les joncs en lumière, les gouttelettes qui tombent sur le sommet de chaque jonc crée des mouvements sur la projection. Il y a un jeu de pluie très étonnant sur un plan d’eau inversé sous la sous face. C’est un heureux hasard, propre à l’art. Comme en peinture où un geste malheureux donne à l’inspiration d’aller plus loin. C’est très enthousiasmant d’assister à cela sur un projet que l’on a très profondément pensé. Il y a toujours un hasard heureux qui vient amplifier la chose et qui vient s’amalgamer à l’œuvre.

Heureux hasard ? C’est quelque chose que l’on retrouve dans la philosophie de Gilles Clément…

Hasard, il le dit souvent et si bien, mais contrôle. Il taille où il veut tailler et au moment choisi laisse proliférer certaines espèces mais laisse aussi la place à d’autres espèces qui sans aide se développerait avec difficulté. C’est ça le jardin en mouvement. Dans ce grand site où il fait ses expérimentations dans la Creuse, il regarde ce qui s’y passe mais sans coupe haie à la main ! En parlant de taille il a eu beaucoup de problèmes à ce sujet au musée Branly. Il y eut des remaniements des équipes de travail. Certaines plantes qui étaient prévues n’ont pas été les bonnes essences. La terre n’étant pas bonne a été totalement changée l’année dernière. Il a fallu replanter les sujets.

Cela n’a-t-il pas perturbé l’installation ?

Ils ont tourné autour. Ce qu’il faut savoir c’est que dans tous les projets y compris ceux du marché public, un projet architectural ou un projet urbanistique, est conçu par phénomène d’appel ou d’offre, de concours, de sollicitation, de consultation, et par une certaine équipe. Il est extrêmement rare que l’équipe qui commande soit celle qui va faire fonctionner le musée. Parfois cette nouvelle équipe s’aperçoit qu’elle n’arrive pas à maintenir les choses comme il le faudrait, que ce n’est pas pratique, que cela ne va pas… Alors elle décide de tout revoir. Il faut pour cela être vigilant, retourner expliquer, refaire la traduction de notre travail, séduire à nouveau les personnes pour leur faire comprendre à quel point il est important qu’elles ne fassent pas telle ou telle chose, leur dire que nous sommes prêts à les aider en cas de problème. Toutes les conditions sont réunies pour causer problème: un projet prématurément ouvert, un projet très retardé pour des raisons politiques, financièrement de plus en plus rétréci, et ensuite la mise en route d’une équipe de fonctionnement qui n’est pas tout de suite la bonne. Plusieurs directions se succèdent depuis 2006. La terrasse qui devait être ouverte au public sera ouverte, mais quand… ? Aujourd’hui heureusement le directeur technique, Christian Guionnet, est un défenseur ardent de l’œuvre et du jardin dont nous sommes encore les propriétaires intellectuels.

Il semble que la fondation EDF, est participé au projet pourriez-vous m’en parler ?

EDF à l’installation de lumière, et GDF à l’installation du jardin. Le projet était en adéquation avec leur fondation, notamment l’espace Electra. Le budget initial ayant principalement servi à l’architecture, l’installation et le jardin n’auraient pas été possibles sans sponsors partenaires du musée. Tout ce qui est finition, finalisation d’un projet, se trouve souvent très en danger pour pouvoir être réalisé. Comme nous arrivons en bout de chaîne cela est source de complications. Nous sommes les derniers ; derniers car on ne peut rien faire tant que tout n’est pas fini et parce qu’on pourrait considérer cela comme superficiel. Il faut se battre. J’ai entendu des propos aberrants. Un an et demi avant la fin du chantier, pour certains, qui avaient peur du vol, cela ne pouvait se résoudre qu’avec un gros projecteur qui éclairerait le musée comme un stade. Aujourd’hui ma prise de position, sur cette notion de lumière tapie dans l’ombre, est enfin adoptée. Pour le jardin, les mêmes problèmes se sont posés : il aurait fallu faire une grande place afin que la circulation du public soit plus pratique.

Cela a-t-il déterminé le choix des matériaux ?

Il faut trouver des solutions, répondre à ces contraintes en étant malin, et contourner les barrières. Au départ, on part dans l’esprit d’un concours avec une grande ouverture d’esprit. C’est comme si on vous disait : « Vous allez partir sur une course en terrain plat avec le sol parfaitement bien drainé ». Dès que l’on a gagné le concours on vous met des haies à sauter. Il faut passer toutes les haies, et plus on avance plus elles sont hautes.

Créer un jardin ouvert au public est-il une forme de citoyenneté?

La notion de jardin, de circulation, d’un endroit ouvert qui change de nos squares fermés par un gardien comme dans les années 60, est une vraie problématique de la notion nocturne du paysage. D’ailleurs c’est fermé mais ouvert à la vision. Il faut se rappeler que les riverains étaient contre ce projet. C’était difficile mais cela ne m’a pas mis en danger plus que cela. Jean Nouvel a eu beaucoup de problèmes avec les riverains, des lettres, une association… Ces gens habitués au terre plein face à la Seine ne comprenaient pas ce qui allait se passer là. Depuis, ils ont changé d’avis, ils sont ravis, ils ont vue sur un jardin. Des habitants m’envoient des photos, même des poèmes. Ils avaient besoin de voir. C’est le grand problème de toutes les installations contemporaines. Je parle des personnes qui interviennent dans la vie des gens et non pas de celles qui vont là où on les autorise (les galeries ou les centres d’art). Je parle des gens qui sont artistes et impliqués dans le quotidien : s’il y a un caractère d’avant-garde, c’est tout de suite un tôlé ! Les colonnes de Buren en sont la démonstration.

Pourquoi marquer l’arrivée des visiteurs, qui s’attendent à des œuvres ancestrales, par une œuvre d’art contemporaine ?

Lorsqu’on est visiteur grand public : il faut se laisser porter. Or cette installation le transporte tout de suite dans une nature (dans tous les sens du terme d’ailleurs), dans un état d’esprit, dans une façon de voir. Et la conception même de Jean Nouvel est là : on pénètre dans un jardin. Un grand territoire est donné au végétal, à la forêt, enfin, disons plutôt à un jardin qui n’est pas ornementé. C’est un jardin qui a une résonnance avec la nature, celle d’avant l’apparition de l’homme. Ce n’est que de la symbolique mais la symbolique de notre temps. C’est pourquoi j’ai fait un lac d’eau de lumière. On ne pouvait pas faire un vrai lac, avec cinq étages de parking en dessous. Il y avait déjà assez de difficultés avec la Seine à côté. Il y a plein d’aspects qui font qu’une création peut prendre du sens avec des aspects contraignants. Nombre de contraintes ont même guidé le format de la toile, la nature même de la couleur : les artistes en ont fait des choses géniales. C’est pourquoi je suis très polémique sur la notion d’art contemporain aujourd’hui, car il semblerait que seul l’artiste à travers le marché aurait la liberté de créer. Certains sont mêmes estampillés « art contemporain ». Si je prends les choses au premier sens du terme les artistes contemporains sont des artistes vivants, qui travaillent de nos jours : c’est ma vision de l’art contemporain.

Les œuvres d’arts présentées comme « premières » peuvent aussi bien être du XVe siècle que contemporaines y aurait-il une confusion des temps au Musée Branly ?

Je ne suis pas le mieux placé pour parler des scientifiques qui en ont décidé ainsi. Je sais seulement que le cahier des charges donné à Jean Nouvel était très lourd : il faut être un génie pour extraire de ce cahier des charges des réponses. Pour le jardin on m’a parlé de flux, de circulation du public, d’éclairement, du luxmètre. Ce sont des normes qui sont régies par des influences qui n’ont rien à voir avec l’art et rien à voir avec le sensible. On guide vers des orientations. Le jardin aurait du être un grand champ de graminées.

Comment expliquer l’obscurité omniprésente dans les collections du Musée Branly, alors que vous travaillez sur les contrastes ombre et lumière ?

Je n’ai pas voulu m’occuper de la lumière intérieure du musée. Je ne fais pas de muséologie parce que c’est aussi important et aussi spécifique. L’obscurité était dans le cahier des charges. Il faut se rappeler des débats avant la création du musée des collections éparpillées au Musée de l’Homme, de la Porte dorée, au Louvre… Ce n’est pas seulement la volonté de Jacques Chirac. Ça c’est passé dans ces bureaux, ses alcôves, avec ces experts aux avis très divergents qui par consensus définissent un cahier des charges : monter beaucoup d’œuvres mais pas trop, pas de lumière du jour qui pourrait atteindre les œuvres trop précieuses, qui doivent être à la fois protégées mais vues…

On reproche au musée sa théâtralité, ne pensez vous pas Yann Kersalé que votre installation y contribue ?

L’obscurité dans le jardin n’a rien à voir, c’est plutôt un jeu d’ombres et de lumières, une ambiance d’allée. C’était volontaire qu’il n’y ait pas de lumière outrancière dans le jardin. En adéquation avec le travail de Gilles. Ce mélange était d’ailleurs beaucoup plus présent au début quand la végétation n’avait pas encore prise toute son ampleur. On a composé Gilles et moi, avec les gens qui s’occupent du paysage et de la lumière, de tenir le projet tel qu’on l’avait pensé. La végétation a poussé, la lumière, elle, ne pousse pas. Si la végétation pousse par-dessus la lumière ça ne marche plus. Evidemment il y a de l’élagage, ou plutôt de la coupe chirurgicale, de la taille comme l’on coupe les cheveux pour qu’ils revivent encore mieux, mais pas partout. Tant qu’il n’y a pas le public on peut aller très vite pour faire les choses. Mais à partir du moment où en juin 2006 le musée a été inauguré, les finitions n’ont pu être faites qu’une fois la semaine (et 52 jours par an pour achever le travail, c’est peu).

Que penser du travail de médiation dans le jardin lors des expositions temporaires ? Vous demande-t-on votre avis quand on intervient dans le jardin ?

On a toujours dit que c’était normal à partir du moment où l’on ne rase pas tout. Il faut savoir que c’est un lieu public. C’est de la responsabilité de l’artiste, de faire en sorte que le lieu ne soit pas engoncé dans des précautions telles qu’on ne puisse rien faire dedans. Aujourd’hui un grand musée est obligé de compter sur le soutien de sponsoring, de mécénat. Et il y a toujours une contre partie. C’est normal de laisser le lieu vivre de façon très ponctuelle et éphémère, même si c’est de nombreuses fois dans l’année. C’est l’état éphémère d’un lieu du quotidien qui se transforme pendant quelques heures. J’ai toujours dit que j’étais prêt à venir pour conseiller. Mais je n’ai pas du tout envie d’être censeur de tel ou tel autre créateur. Il y a même un théâtre de verdure qui a été créé. Ce n’est pas pour empêcher les gens d’aller dans le jardin puisqu’il y a des gradins. Si quelqu’un avait quelque chose à proposer cela ne me dérangerait pas que l’on éteigne tout le temps de cette installation éphémère.

L’igloo, la patinoire installés pendant l’exposition Upside down, ne vous gênent-ils pas?

Cela ne me dérange pas si c’est éphémère. Ce qui m’intéresse c’est la durée avec cette lumière au quotidien. Je préfère cela aux guirlandes de Noël. Après, ce n’est pas forcément nécessaire de mettre un igloo pour une exposition sur les Inuits. C’est sans doute une question de mécénat. Mais on ne m’a pas demandé mon avis, sinon j’aurais sûrement dit « ne mettez peut être pas les choses ici en plein milieu ». Ils auraient pu mettre l’igloo sur la terrasse du café jardin (mais ils ne pouvaient surement pas puisque c’est devenu un espace semi-privé), ou dans l’endroit qui sert de fumoir c’est-à-dire dans une des clairières qui ont été formées.

Alors nous ne sommes plus vraiment dans l’évocation ?

L’igloo, c’est un peu n’importe quoi. C’est sans doute pourquoi ils ne m’en ont pas parlé.
Si on vous proposait de travailler la scénographie, non pas au sein même de l’exposition, mais au sein du jardin pour un événement temporaire…
Ça pourrait m’intéresser. Cela dépend du projet. Il faudrait qu’on me donne les moyens de faire quelque chose de bien, car souvent la lumière est en dernier dans les priorités. Dans ce cas mieux vaut laisser le jardin tel qu’ il est. Mais il y a différentes sortes de scénographie : celle des thématiques du musée et celles où souvent le musée n’est que réceptacle et non pas producteur. Le musée alors ne décide pas : il loue les locaux. Cela marche comme la programmation de spectacles dans un théâtre. Le théâtre ne produit pas tous les spectacles. Il y a les grandes expositions du quai Branly qui sont fomentées par le musée, et celles où il reçoit une exposition déjà existante. Dans ce cas la scénographie est ou remaniée par le musée ou complètement établie par d’autres.

Etait-il important d’intégrer un espace jardin dans le musée, Yann Kersalé?

Ce qui est important c’est que ce musée soit fréquenté très souvent, et non par la clientèle habituelle du musée. Cela va peut être changer avec le temps, mais c’est un public assez fidèle, plutôt de la région parisienne, contrairement à d’autres musées, davantage fréquentés par les touristes. On s’est aperçu aussi qu’il y avait un pic de fréquentation en fin d’après midi. Cela confère alors à mon installation une sorte de rôle « magique ». Il y a toute une mise en scène de l’approche. On pénètre dans le jardin de jour avec une perception peu visible de l’installation, on fait un tour dans le musée (en général pendant deux heures), et à ce moment là, on sort, il fait nuit ! Et en sortant on tombe sur ce qu’on n’avait pas vu en arrivant. On appréhende un espace qui a complètement changé. Les visiteurs sont perdus. Après deux heures de rêves, de visions, d’objets qui les ont transportés, en cet instant ils arrivent de nouveau dans le jardin.

Peut-on rêver dans ce jardin ?

Un jardin dans une grande ville comme Paris est un endroit de paix, de calme, de sérénité, de pensée, de relaxation… Et pas seulement dans notre pays. Dans le monde entier beaucoup de parc sont vécus comme tels. Si c’est très grand, cela sert beaucoup aux joggers, plus tard dans la nuit à d’autres habitants plus marginaux… C’est un lieu à part dans la ville. Ce qui a toujours été frustrant pour moi c’est que beaucoup de parcs à Paris sont fermés, pour des raisons de sécurité. Il y a des parcs magnifiques dans Paris qui pourraient, au moins un petit temps dans la nuit, exister. Ne serait-ce que quelques heures. J’ai déjà imaginé de vieux parcs mis en lumière, pas de manière tonitruante mais une lumière douce et calme qui créerait une forme de parcours géopoétique dans le jardin. Une sorte de nocturne (pas forcément tous les jours de la semaine). Certains parcs pourraient alors exister du crépuscule jusqu’à une certaine heure de la nuit. C’est beau d’être dans un jardin le soir, surtout lorsqu’il fait doux et chaud. C’est un lieu où l’on peut être en dehors du brouhaha de la ville

Yann Kersalé, et si l’on vous proposait de créer une installation dans un autre jardin de musée…

C’est quelque chose que je ferais volontiers. Je signerai dès demain.

 

Un grand merci à Yann Kersalé de m’avoir reçu chaleureusement et répondu sans langue de bois. C’est rare, à l’heure où les artistes d’art contemporain se transforment en pop star, de trouver autant de simplicité et générosité! 

L'ô yann kersalé musée du quai branly

© images provenant du site de l’artiste http://www.ykersale.com/