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Une licorne pour ma nuit blanche

J’aurai pu vous mentir. Vous dire que j’y étais. Que c’était génial comme tous les ans. En bonne blogueuse culture, nuit blanche c’est l’événement à ne pas manquer à Paris. Seulement, cette année j’avais autre chose de bien plus important à mes yeux. L’amitié passe avant tout. Blogueuse culture ou pas.

Et puis, voilà que mardi, en prenant un café en terrasse avec une amie, une licorne est apparue sous mes yeux. Là, dans la rue. Ce n’était pas une hallucination. Ni une, ni deux, nous l’avons suivie. Encore plus surprenant : la licorne est rentrée dans une église. Celle de la rue de la verrerie dans le quartier du Châtelet: la paroisse Saint Merry.

Le temps semble figé dans l’espace. Des vêtements sont suspendus dans l’église. La licorne git sur le sol. Que s’est-il passé?

En effet, le cheval blanc faisait partie au départ d’une installation de  Marguerite Lantz, dans l’Eglise Saint Séverin.

Elle est partie du postula que dans certaines cultures, les oeuvres sont créées par les artistes lorsqu’elles sont apparues dans leurs rêves. La licorne est donc le fruit d’une vision nocturne de Marguerite Lantz, une image lumineuse et consolatrice. Un animal merveilleux venu lui apporter réconfort dans son sommeil à un moment très sombre de sa vie.

L’installation de samedi comprenait également un travail fait avec Frédéric Bondy, autour de la lumière et du son. Créant une forêt sensorielle autour de cette licorne phosphorescente.

Pedro Marzorati avait créé quant à lui pour la Paroisse Saint Merry une installation: Plus haut que le ciel. L’artiste argentin nous raconte une histoire mystérieuse sans nous en donner les clés. Nous déambulons dans les allées. Imaginons à qui appartenaient ces enveloppes de tissus.

Difficile de ne pas évoquer le travail de Boltanski en voyant ces fantômes flotter dans les airs.

Quels sont ces drôles de personnages de chiffons? La lumière des vitraux miroite. Elle nous entoure et nous inclue dans ce monde chimérique. Celui des rêves ou des cauchemars. C’est selon.

Il manquait une partie de l’oeuvre lorsque je l’ai vu. Samedi soir, une installation avait été montée en superposant des chaises de l’église pour évoquer la tour de Babel. C’était le point de départ pour l’installation des vêtements, représentant les âmes s’envolant vers le ciel. La création comprenait également un jeu sur le son avec un orgue et un nuage de brume envahissant l’église de tant à autre.

Si l’installation dépourvue de tout cela est déjà saisissante. Cela devait être prodigieux.

Aujourd’hui, suspendus dans l’église demeurent les carcasses de vêtements de Pedro Marzorati  et la pauvre licorne de Marguerite Lantz, abattue abattue sur le sol. Un autre monde se dessine. Très inquiétant.

C’est finalement la nuit blanche qui est venue à moi en plein jour!

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Manolo Valdés, place Vendôme

De rendez-vous dimanche dans le quartier d’opéra, j’en ai profité pour faire un petit détour place Vendôme où s’exposent en ce moment plusieurs sculptures de Manolo Valdés.

Je dois bien l’avouer, je ne connaissais pas l’artiste espagnol. Et c’est une bonne surprise. J’ai beaucoup aimé le contraste entre le côté brut des matériaux (marbre blanc, aluminium, fonte, acier laminé ) et l’élégance des visages représentés. Le côté mode et chic des têtes gigantesques était totalement  en accord avec la place Vendôme, envahie de fashionistas pour la fashion week. Au passage, l’une d’entre elle devait avoir un compte instagram ou je ne sais quoi vu les poses abracadabrantes qu’elle prenait au milieu des oeuvres. Ce qui m’a beaucoup fait rire.

J’ai beaucoup aimé la variété des coiffes des sculptures de Manolo Valdés qui donnaient un brin de folie aux têtes dont les formes minimalistes rendaient les visages presque austères. Chacune a sa propre personnalité : La mariposa, Los aretes, La diadema, Mariposas, La doble imagen, La pamela.

L’artiste dit s’être inspiré de la nature : « Mes sculptures sont faites pour avoir plusieurs vies et personnalités au cours les saisons, elles s’intègrent aux couleurs éclatantes de l’automne, à la neige et la lumière glacée de l’hiver, aux fleurs printanières, à la fraîcheur des arbres en fleurs et finalement à la plénitude de l’été et sa verdure ; chaque saison amène de nombreuses surprises ! »

Bref  bonne surprise!

Ne tardez pas, l’exposition a lieu jusqu’au 5 octobre

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Mes coups de coeur arty sur instagram

Cela fait peu de temps que je me suis mise à instagram. Aujourd’hui, j’en suis folle! Pourquoi? Parce que tous les jours m’y apportent leur petit lot de découvertes, de belles images, d’émotions, de rêves.

Je vous ai fait ici une petite sélection de mes comptes chouchous

Illustrateurs merveilleux

Loïs LowYouloune/ Marygribouille

Lumière poétique

Margot mchn /Baptiste Namur /Andrea dltg

Douce folie

 Mehryl Levisse / Virginie Le gall / Charlène Ledu 

Instant suspendu

Lisebery /Vie de miettes / Olivia Thebaut

Colorama

Adeline klam /Margot brebyLisa Gachet / Girl eat world

Artistes à découvrir

Julie Ktz /Jean Cois /Charlotte Picant / Sarah Trioullier

Mon rêve: les interviewer tous ici pour les connaitre encore mieux. Qui sait? Loïs, Charlotte et Sarah se sont déjà prêtés au jeu des questions…

Quant à moi, j’ai deux comptes sans prétention: @ogressedeparis (pour suivre mes aventures culturelles et autre)et @familleogre ( plus intimiste en noir et blanc).

Et vous ? Vos coups de coeur? Des comptes à me recommander? 

A très vite sur le blog ou insta 📷

La briche foraine 2016

La briche foraine

Retour en images et en mots sur un événement loufoque et joyeux qui a eu lieu en juin dernier et dont j’avais hâte de vous parler. J’attendais que mon blog se soit refait une beauté.

La briche foraine, c’est un weekend incroyable de festivités comme on en voit nulle part ailleurs.

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A mi chemin entre la fête foraine, le cirque et la performance, les artistes de la Briche, ateliers basés à Saint denis,  ont créé un festival qui leur ressemble.

Les décors plus beaux les uns que les autres sont fabriqués de bric et de broc. Ça sent bon la récup et les paillettes. Les artistes illustrateurs, graphistes, créateurs et autres, deviennent performeurs sans peur du ridicule. Ils se glissent dans la peau de Monsieur Loyal et incitent les badauds à basculer avec eux dans une douce folie.

C’est mon amie Youloune qui fait partie de la joyeuse bande de lurons de la Briche qui m’a fait entrer dans la danse endiablée. Et quel bon moment j’ai passé. A rire comme une folle devant ses grimaces, elle qui s’était transformée en sauveteuse d’alerte à malibu surréaliste. A m’émerveiller devant les performances des acrobates. A savourer le temps passer avec mes amis, assise sur une botte de paille en sirotant une bière, à rêver de l’avenir en me faisant tirer les cartes.

Vivement l’année prochaine!

En attendant, je rêve de visiter les ateliers de la Briche. Je dis ça à tout hasard…

 

Pavillon des canaux origamis

Welcome to wonderland 🐇

 » Elle sort de son lit, tellement sûre d’elle, la Seine, la Seine, la Seine… ».

Ces jours-ci, les parisiens pataugent dans un décor digne du dessin animé Un monstre à Paris. Les pluies diluviennes ont fait fleurir des paysages étranges, les statues et les monuments ont les pieds dans l’eau.

C’est au pavillon des canaux que j’ai trouvé refuge hier à défaut de pouvoir arpenter mes musées préférés fermés, notamment Le Louvre et le musée d’Orsay, pour cause d’intempéries. (Saluons au passage le travail des restaurateurs et personnels de lieux culturels qui se mobilisent à Paris et en région pour préserver notre patrimoine).

Pause colorée et cosy donc au Pavillon des canaux. Un lieu insolite au bord du canal de l’ourq. C’est une petite maison de ville avec sa petite terrasse mais aussi son salon, ses chambres, sa salle de bain dans lesquels vous pouvez prendre un thé ou manger un brunch. Original non?

A l’occasion de la sortie du film Alice de Tim Burton, le lapin blanc et ses amis ont envahi le lieu le temps d’une exposition. En ce samedi gris il y avait pas mal de monde et les petits pouvaient se faire maquiller.

Je n’ai donc pris que des détails en photo… Peut être que cela vous donnera envie d’aller vous rendre là bas à votre tour.

L’exposition termine le 17 juin: Ne soyez pas en retard!

Toutes les infos sur le site http://www.pavillondescanaux.com

Musée des arts forains paris

Le musée des arts forains

En plein coeur de Paris, se trouve un endroit magique. Si un besoin de rêver se fait sentir, si vous voulez retomber en enfance, c’est au musée des arts forains qu’il faut aller de toute urgence. C’est parti pour un tour!

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La visite se fait sur réservation et avec un guide qui vous fera une visite d’espace en espace en racontant de petites anecdotes. Accueil dans une jolie cour arborée après un passage voutée ou des tutus sont suspendus au plafond. Cela vous met tout de suite dans l’ambiance. Autrefois, le quartier de Bercy était le petit coin de campagne de Paris, là où on allait dans les guinguettes pour faire la fête, mais aussi où se trouvait les vignes. Le musée des arts forains se trouve ainsi dans d’anciens chais.

Musée des arts forains extérieur

On continue la promenade qui nous conduira dans quatre espaces aux noms prometteurs : Le théâtre du merveilleux, les Salons Vénitiens, le théâtre de verdure et le musée des arts forains. A l’intérieur que de surprises et de beauté! Un antiquaire, Jean Paul Favand a collectionné des objets du spectacle depuis 1972 et de tous ces objets est né en 1996 le musée des arts forains.

La scénographie est parfaite. On ne sait plus où donner de la tête tellement on a envie de tout regarder dans les details, de la cambrure des chevaux de bois aux anciens tickets de bons pour les manèges. Même les boutiques et les stands de gourmandise sont là.

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Et cerise sur le gateau, certains jeux fonctionnent encore! Et nous voilà à lancer des boules pour faire avancer le personnage avec une envie folle de gagner la course, ou de tourner sur le caroussel, ou encore pédaler comme un fou!

La partie spectacle de marionnette aussi fonctionne très bien et ajoute à la féérie du lieu.

Si vous avez des enfants pas loin, servez vous en d’excuse pour profiter aussi de ce petit bijou de musée. Ils seront ravis et vous aussi!

Musée picasso Ecriture Signature de Picasso

Le (nouveau) musée Picasso

Visité il y a quelques années, la curiosité m’a poussée à découvrir ce que ce célèbre musée Parisien était devenu après de longs travaux. Il a fallu jouer de patience car lors de son ouverture, la foule était au rendez-vous. Maintenant que le temps a passé, qu’il fait beau, c’est le moment parfait pour le (re)découvrir.

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Le musée Picasso, c’est d’abord ce très bel hôtel particulier: l’hôtel Salé. Celui-ci a été construit au XVIIe siècle pour le percepteur des gabelles (taxes sur le sel), Pierre Aubert. On retrouve le style mazarin dans l’architecture combinant formes nouvelles et héritage de François Mansart (à qui l’on doit par exemple le musée Carnavalet). La cour intérieure par laquelle les visiteurs accèdent au musée est pleine de charme. Mais le plus beau est sans conteste le majestueux escalier qui vient d’être rénové.

Un an après la mort de Picasso, en 1974, le choix est fait d’y installer la dation qui fait de la France le premier pays collectionneur au monde de l’artiste. L’hôtel Salé est ainsi restauré par l’architecte Roland Simounet qui ajoute certains amènagements plus modernes s’inspirant de Le Corbusier, tout en conservant les parties historiques. En octobre 1985, le musée Picasso ouvre ses portes.

A partir de 2006, un nouveau chantier de restauration démarre. Il s’agit d’abord des façades et décors extérieurs, puis en 2009 de la partie XVIIe siècle (hall et grand escalier, mais aussi pavage de la cour). Cette remise à neuf est également l’occasion de revoir la circulation dans le bâtiment et les parcours de visites. 2014, le public s’empresse dans le musée dès son inauguration. Les files d’attentes sont interminables. Picasso de son vivant suscitait déjà cet engouement et cette curiosité.

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La visite des collections démarre avec La mort de Casagemas peinte en 1901. Ce jeune artiste était un ami très proche de Picasso. Parti d’Espagne avec lui, ils découvrent ensemble la vie de bohème et d’artiste à Paris. Les jeunes femmes légères aussi, dont l’une, Germaine (danseuse au Moulin Rouge) fera perdre la tête à Casagemas qui tentera de l’assassiner avant de retourner l’arme contre lui. Cette toile est forte. La trace sur la tempe laissée par la balle est bien visible. Ce choix d’oeuvre pour démarrer est surprenant car il va à l’encontre de l’idée que ce fait le grand public de Picasso. Cette toile est assez réaliste dans son dessin et les couleurs sont intenses.

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On continue avec des séries de portraits aux périodes mélangées. Le grand écart est impressionnant entre les toiles de la période bleue qui suivent justement la mort de Casagemas, où Picasso est jeune artiste sans le sou, et les toiles de la maturité où l’on reconnait le trait noir si célèbre formant les distortions des corps.

Un petit passage dans un espace consacré au corps féminin, source d’inspiration majeure. De la putain à l’amante, de la vieille femme malade à la jeune fille gracile, Picasso n’est pas dans une quête du beau mais plutôt d’une certaine forme de vérité, quite à choquer.

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On retrouvera à l’étage d’autres portraits de femmes, plus importantes encore pour l’artiste: sa femme (la ballerine russe Olga avec qui il mènera une vie plus bourgeoise), la tendre Marie Thérèse Walter et la piquante Dora Maar. Et de certains de ces amours passionnés sont nés des tableaux mais également des enfants dont Picasso fera le portrait.

Revenons au rez de chaussée, où le corps de la femme n’est jamais loin. On s’approche alors doucement des Demoiselles d’Avignon qui firent scandale grâce aux croquis et toiles préparatoires. Les statuettes de Nouvelle Calédonie judicieusement accrochées à côté nous rappelle le choc esthétique que fut pour Picasso la découverte des arts dits « premiers » et comment il s’en est servi pour trouver des solutions à la fois en peinture mais aussi en sculpture. Car la collection Picasso regroupe aussi bien les toiles, que les croquis, les dessins, et les sculptures. Picasso est un touche à tout!

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Sans surprise, les toiles de la période où Picasso expérimente le volume avec Braque sont exposées également. La période cubiste est un moment majeur de l’histoire de l’art, avec cette volonté de peindre le réel sous toutes ses facettes. C’est dans cette idée que pour la première fois un artiste introduira le collage dans une toile. Pour Nature morte à la chaise cannée en 1912, Picasso colle une toile cirée imitant le cannage d’une chaise afin d’ajouter du réel à la composition. C’est un geste fondateur. Une violation du statut sacré aussi de la toile, salie ici par une matière commune, vulgaire. Bien plus tard, les artistes du pop art sauront s’en rappeler. Notons tout de même qu’ici les formes voluptueuses des nus féminins se retrouveront dans les courbes des guitares.

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L’atelier Brancusi

Quand on se rend dans le quartier des halles ou que l’on va au centre Pompidou, il y a un endroit que l’on pense peu ou pas à visiter, et c’est bien dommage. Il s’agit de l’atelier de Brancusi.

Artiste majeur du 20e siècle, né en 1876 en Roumanie, c’est à Paris qu’il investit des ateliers jusqu’à sa mort en 1957. L’année précédente, il avait légué à l’état français son atelier du quartier Montparnasse avec tout ce qui s’y trouvait: meubles, recherches, oeuvres en cours ou achevées… L’espace et notre perception de cet espace étant les éléments les plus importants de son travail (notamment avec les fameuses Colonnes sans fin), l’architecte Renzo Piano a cherché à transmettre l’ambiance et les rapports d’échelle entre les oeuvres (qui créent une unité) d’avantage que de reconstituer en détail l’atelier. En effet dans les années 50, Brancusi a du mal à laisser partir ses oeuvres pour les vendre. Lorsqu’il en cède une, il la remplace par son plâtre pour ne pas rompre l’équilibre entre les formes. Mais aussi pour préserver les correspondances entre les matières. Si le plâtre, remplace le marbre vendu il n’en a pas moins d’importance.

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Chaque matériau chez Brancusi a sa vie propre. Une vie qu’il va révéler par un travail de taille et de polissage qui rompt avec le modelage de la sculpture traditionnelle. Si les thématiques s’inspirent encore de la mythologie (Leda, La muse endormie, Prométhée, Danaïde, Fontaine de Narcisse) ou du réel avec tout un bestiaire ( L’Oiselet, L’oiseau dans l’espace, Le poisson, Le coq, Le phoque) et des portraits ( Tête de femme, Tête d’enfant endormi, Mlle Pogany, Madame Eugène Meyer JR…), c’est par le traitement de la matière et la forme que Brancusi réinvente la sculpture.

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Cela lui causera d’ailleurs bien des soucis avec la douane New Yorkaise en octobre 1926. En effet, 20 sculptures dont L’oiseau dans l’espace arrivent de Paris par bateau pour une exposition. La douane intercepte l’ensemble et refuse de considérer les oeuvres comme objets d’art car elles ne sont pas des représentations. Si les objets ne sont pas des oeuvres, elles sont des marchandises (objets en métal manufacturés) et l’artiste doit s’acquitter d’un droit de douane de 40% de leur prix de vente. Brancusi s’en mêle, la presse aussi, et la douane libère provisoirement les sculptures sous l’étiquette  » D’ustenciles de cuisine et matériel hospitalier ». Finalement un procès aura lieu, et les juges se prononceront en faveur de l’artiste:

« L’objet considéré (…) est symétrique et beau dans sa forme, et bien que l’on puisse avoir quelque difficulté à l’associer à un oiseau, il est néanmoins plaisant et très ornemental et, comme nous tenons la preuve que c’est la production originale d’un sculpteur professionnel et que c’est en fait une sculpture et une œuvre d’art selon les autorités auxquelles nous avons référé ci-avant, nous soutenons la réclamation et trouvons qu’il le droit d’entrer sans payer de droits.

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On comprend mieux suite à cette anecdote l’importance de Brancusi pour la sculpture mais aussi pour l’art contemporain qui s’interroge énormément sur la question de l’espace notamment via les installations. Visiter l’atelier c’est donc prendre le temps d’observer ces liens entre les formes et leur environnement. Brancusi c’est d’ailleurs appuyé sur la photographie, et avec Man Ray notamment, pour fixer les compositions mais aussi pour voir l’impact de la lumière sur ces oeuvres pour créer des vibrations de la matière.

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Donc la scénographie du lieu , vous l’aurez compris, comprend les photographies mais aussi l’espace même de l’atelier avec les outils et les oeuvres, comme si Brancusi veneait de quitter la pièce. Pour préserver l’atelier, le visiteur déambule autour et le contemple via des baies vitrées. Je ne vais pas vous mentir, on a envie de les briser pour rentrer à l’intérieur mais du moins c’est cohérent avec le fait que l’assemblage des sculptures et outils dans un même espace fait oeuvre à part entière. J’ai aimé aussi le jardin qui fait un sas avec la ville.

Un tout petit lieu plein de charme au coeur de Paris à découvrir sans plus tarder sur la piazza du centre Pompidou. Et en plus c’est gratuit !

 

Raison et sentiments de jane austen roman

Raison et sentiments de Jane Austen

Oui je sais! J’ai encore lu Raison et sentiments. Ne me grondez pas. Je n’y peux rien. Le livre doit être aimanté. Tous les ans il m’appelle au moins une fois. Il n’y a rien à faire. Je dois prendre des nouvelles des soeurs Dashwood.

Résumé de l’éditeur:

Raison et sentiments sont joués par deux sueurs, Elinor et Marianne Dashwood. Elinor représente la raison, Marianne le sentiment. La raison a raison de l’imprudence du sentiment, que la trahison du beau et lâche Willoughby, dernier séducteur du XVIIIe siècle, rendra raisonnable à la fin. Mais que Marianne est belle quand elle tombe dans les collines, un jour de pluie et de vent.

Mon avis:

Vous l’avez compris: j’ADORE Jane Austen. Ses livres sont de pures merveilles dont je ne me lasse pas… Mes exemplaires en sont tout cornés!
Un incontournable pour la grande romantique que je suis. Pourquoi pourquoi. Parce que la plume de Jane Austen est magnifique, envoûtante, inspirante. On vibre autant que les personnages. Ils deviennent des amis proches. On a envie de les consoler, de les gronder aussi parfois. Parce que résumer Jane Austen a une auteure de livres d’amour c’est ne jamais avoir lu un de ses romans. Bien sûr qu’il y a des sentiments (le titre ne ment pas) mais ça va bien au delà. Il y a une vraie analyse sociale aussi. La question de l’héritage. La société patriarcale qui écrase les femmes mais finit aussi par se retourner contre les hommes obligés de suivre ces règles dénuées de raison par sens du devoir et de l’honneur. Ces thèmes sont parfaitement analysés grace à la psychologie des personnages si fine. Lors de mes premières lectures, je me sentais bien plus proche de Marianne. Se laissant conduire par son coeur, faisant fi des conventions, téméraire, l’incarnation même de la jeunesse. Le temps passant je comprend mieux l’ainée Elinor que je trouvais autrefois bien sérieuse, un brin ennuyeuse ou trop morale. Voilà ce qui est incroyable avec Jane Austen, au fur et à mesure on découvre des strates nouvelles dans ses romans. Je ne saurai que trop vous conseiller leur lecture!

Bon et quand on a fini de le lire, on fait quoi? On se jette sur les versions filmées!

Les adaptations fidèles au roman

Cinéma

Vu et revu ce film d’Ang Lee est une réussite. Les acteurs ici sont parfaits. Hugh Grant craquant en jeune homme maladroit et timide (oui comme dans casi toutes ses comédies romantiques me direz-vous). Emma Thompson, qui a d’ailleurs adapté le roman de Jane Austen en scénario, est magistrale (on est jamais mieux servi que par soi-même). Mais ma préférence va à Kate Winslet: belle, insolente, passionnée, elle est l’incarnation parfaite de son personnage Marianne Dashwood.

BBC

La BBC est passée reine, il y a bien longtemps, de l’adaptation des plus grands romans. On se souviendra bien sûr de celle d’Orgueil et préjugés, de Jane Austen également, avec Colin Firth et sa chemise mouillée pour jouer le mutique Darcy. Ici c’est également par épisode que l’on suivra les mésaventures des soeurs Dashwood. C’est une bonne idée car sous forme de série on peut vraiment retranscrire chaque passage du roman. A voir!

Le film inspiré par Jane Austen

Pour continuer dans la lignée des adaptations des romans de Jane Austen: Non pas Raison et sentiments (comme me l’a fait remarquer en commentaire une gentille lectrice avisée), mais Orgueil et préjugés version bollywood ! Si si c’est possible. On s’éloigne certes du roman d’origine pour basculer dans la comédie romantique un peu plus à l’eau de rose mais ce n’est pas une mauvaise idée de situer l’histoire en Inde car la question des classes sociales (castes) et au coeur du roman de Jane Austen. Et puis les films indiens ont un effet solaire sur le moral, tout de suite on se laisse entrainer par les mélodies joyeuses et les danses.

La médiation culturelle c'est quoi

Dis, c’est quoi un médiateur culturel?

Ça faisait très longtemps que j’avais envie d’écrire cet article. De prendre ce risque de me livrer un peu ici pour parler de mon métier. Allez!  Je me lance!

Bon par quoi commencer?

Je vais peut être d’abord vous dire ce que je répond lorsque je suis en plein exercice de mes fonctions et que quelqu’un s’approche de moi et voit écrit sur mon badge MEDIATION.

Médiation? drôle de mot dans un musée. Très vite les gens pensent aux mėdiateurs sociaux et pensent que l’on est là pour gérer des conflits. Non ce n’est pas du tout le propos.

Un médiateur culturel n’est pas un médiateur social, ce n’est pas non plus un guide touristique, un enseignant , un gardien ou un guide conférencier. Ça peut être un peut tout cela à la fois.

Un médiateur culturel est chargé de faire le pont entre une oeuvre, un artiste et le public. L’idée est d’entamer un dialogue avec le visiteur pour découvrir ensemble une oeuvre. Un temps d’observation et de description est souvent nécessaire car dans cette culture du zapping le public jette souvent un rapide coup d’oeil sans prendre le temps de regarder vraiment, ni de s’interroger sur ce qu’il voit. C’est pourquoi le terme de médiateur vient à propos, surtout quand on parle d’art contemporain. Le public se sent parfois mis à l’écart, voir ridiculisé par l’artiste avec une oeuvre conceptuelle. Dès lors le médiateur donne quelques clés qui permettent de comprendre le sujet. Un dialogue s’instaure entre l’oeuvre, le visiteur et le mėdiateur. Le spectateur devient acteur, partage ses ressentis, ses experiences aussi. Le médiateur en profite pour rebondir et en dire un peu plus sur l’oeuvre et l’artiste, ou ressituer aussi dans un contexte plus large d’histoire de l’art. Dialogue. Echanges. Sourires. voila les maitres mots de la médiation: il ne s’agit pas uniquement d’être dans la transmission.

Et c’est là que ça se corse car le public est parfois très passif. Il a l’habitude de la conférence savante et aime le prémâché. Il est en weekend et n’a pas envie de se fatiguer à réflechir, c’est trop lui demander. Il a decidé avant de venir que l’art contemporain c’est de la m…. et rien ne pourra le faire changer d’avis. Il a fait la queue 3 heures pour rentrer dans le musée et veut vous le faire payer.

Dans ces cas là, pas grand chose à faire. Un joli sourire, une parade et hop le médiateur tirera sa révérence à Monsieur et Madame Grincheux pour se diriger vers ce groupe d’adolescents qui s’esclaffe là-bas et qui représente un joli défi.

Bon concrètement, ça fait quoi un médiateur?

Il y a plusieurs formes de médiation. Lorsque l’on prend un groupe en charge, il s’agira d’avantage d’une visite type visite guidée traditionnelle mais que l’on essaiera de rendre la plus vivante possible en faisant participer le groupe. On peut aussi parfois être amené à faire des visites moins conventionnelles, notamment pour les enfants. Les médiateurs specialisés jeune public font parfois des visites contées, musicales ou avec des ateliers . Vous l’aurez sans doute compris si vous me suivez depuis un moment: ce sont les moments que je préfere.

Enfin, il y a la « médiation postée ». Et ça c’est peut être le plus difficile. A plusieurs points de vue. Il s’agit pour le médiateur d’être dans une salle pour répondre aux questions des visiteurs et ensuite entamer un dialogue avec eux. Et ça peut vite devenir l’enfer.

Pourquoi? Dejà parce que le public ne vous identifie pas. Si certains lieux proposent des tenues spécifiques, d’autres donnent des uniformes casi semblables à ceux des agents de sureté ou agents d’accueil, ou alors pas de tenue du tout mais un simple badge. Donc au lieu de parler de la relation de PIcasso avec Dora Maar vous vous retrouvez à indiquer les toilettes ou à expliquer gentiment que non votre fonction n’est pas de réparer l’audio guide puisque c’est vous le guide.

Et si on nous identifie quand même? Et bien cette personne est un médiateur, oui mais c’est quoi un médiateur? On en revient à notre point de départ. Le grand public ne connait pas notre métier et vient presque s’excuser de nous poser une question quand il en a une. Alors vous restez l´âme en peine dans la salle, à regarder les gens qui lisent les cartels, écoutent l’application sur leur smartphone, lisent la brochure, jouent sur les ipad prêtés parfois et vous vous dites que la concurrence de tous ces outils est bien déloyale. Que faire?

On s’arme d’énergie. On y va. On fait du « raccolage » . Et comme dans tous les métiers où vous êtes au contact des autres ça prend ou ça ne prend pas. Et quand ça prend c’est juste magique!

Vous venez d’avoir un très bel échange. Vous êtes heureux. Vous avez accompli votre mission.

Et là en une sule et unique réplique, votre interloccuteur vient vous casser le moral.  » Et sinon, vous faites quoi comme ėtude?  » Tu as tres envie de lui repondre :  » Mais ca fait 20 minutes que je te parle d’une oeuvre, ne crois tu pas qu´il faut de sacrés bagages pour faire ça. »

Non! médiateur culturel ce n’est pas un job d’étudiant mais un vrai métier! Je ne sais pas pourquoi mais le public ne nous pose cette question que lorsque l’on est en médiation postée et jamais en visite. La qualité de nos interventions elle pourtant ne diminue pas.

Mais la méprise est facile, et les hauts lieux culturels sont les premiers à en jouer. Plutôt que de rémunérer à juste titre des personnes diplômées, ils préfèreront souvent faire appel à des stagiaires ou pire faire des offres de service civique. Stagiaire, c’est bien comme cela que j’ai commencé pour plusieurs grands lieux parisiens et événements. Làchėe sur le terrain dès le premier jour bien souvent je n’appelerai pas vraiment cela des formations. Puis vacataire pour finir mes etudes. Aujourd’hui j’ai un double diplôme (d’arts plastiques et d’art thérapeute) mais cela me plait beaucoup de voir la multiplicité des parcours de mes collègues, ce qui montre toute la richesse de ce métier. Il a fallu ce battre pour avoir un poste fixe. J’ai multiplié les vaccations et CDD payés au lance pierre mais ça n’a pas entamé ma motivation.

Aujourd’hui la situation est loin d’être idyllique, je suis aphone d’avoir enchainé trop de prises de paroles, mais jambes sont meurtries d’etre restée certains jours 10h en salle, parfois jusqu´à très tard. Mais lorsqu’une petite fille vient m’apporter un bouquet de fleurs fraichement cueillies ou que je trouve dans un livre d’or un gentil mot ou un dessin pour me remercier , la tout revient, je sais pourquoi je fais ce métier. J’ai gagné ma journée.

Alors si dans une salle de musée vous voyez un médiateur un peu chancelant sur ses jambes, le regard un peu triste. Allez le voir. Demandez lui de vous parler un peu d’une oeuvre. Même si il s’agit d’un artiste que vous connaissez deja un peu. Vous risqueriez d’être surpris, et lui sera ravi d’échanger avec vous. Tous les jours nous nourissons aussi notre regard et notre discours de ces temps partagés avec vous amis visiteurs.

Fleurs cueillies par un enfant