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Lait noir de l’aube de Jean Clair

Le thème de la mélancolie est quelque chose qui me touche profondément dans les romans ou en peinture. J’étais un peu sceptique à l’idée de lire un essai de Jean Clair à ce sujet. Rien que le titre: lait noir de l’aube m’effrayait un peu. Peur que tout cela soit bien pompeux et assommant. Il n’en est rien.

La mélancolie a traversé l’histoire inspirant aux artistes leurs plus grandes œuvres. Durer, Munch ou encore Picasso lui ont donné ses lettres de noblesse. On peut s’étonner que la notion a priori désuète de l’acédie trouve résonance en nous de manière atemporelle. En effet, l’exposition « Mélancolie » au Grand Palais ainsi que de nombreuses publications actuelles convergent vers un nouvel attrait pour cette antique vision du monde.

Pourquoi la mélancolie a-t-elle aujourd’hui encore un impact sur le monde de l’art ?

Si Lait noir de l’aube prend la forme d’un journal, Jean Clair n’y relate pas ces menus faits qui animent son quotidien mais recueille ses pensées, ses réflexions sur l’art et la société. Au fil des pages, un bric à brac d’images réveille en nous souvenirs enfuis ou réflexions. Jean Clair introduit, par évocations successives et succinctes, figures acédiques d’hier et d’aujourd’hui : traces absentes que l’on guette après le passage d’un être cher, SDF figé par la mort dans une indifférence générale, perte de l’identité au profit d’un matricule, appauvrissement du langage, déchéance de l’éducation, déni de la vieillesse, culte du corps et de l’argent, suppression des stigmates du doute dans le processus d’écriture depuis l’écriture informatique, ou encore disparition des détails dans la photographie numérique.

D’un regard triste, Jean Clair observe la décrépitude de notre société et l’incrustation d’une paresse intellectuelle. Le seul refuge qu’il propose semble alors être le rêve. Ce cycle d’idées amoncelées s’achève alors sur l’automne. Automne de la vie comme symbole d’un tombeau culturel ?

Par cette vision somme toute nostalgique du monde qui l’entoure, Jean Clair s’inscrit ainsi dans la question atemporelle de la mort, réponse possible à notre fascination pour la mélancolie dans l’art.

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Retour vers le futur avec 1Q84 de Haruki Murakami

Deux personnages, Aomamé et Tengo, dont les parcours se font écho. Deux mondes parallèles. 1984 et 1Q84. Un mystère.

Si on se doute assez rapidement de la mission qu’Aomamé s’est donnée. On ne peut s’empêcher de tisser des liens entre les personnages dont le récit des aventures s’alterne à chaque chapitre. On sent bien que ces deux êtres sont connectés. Les flashbacks constants avec des zooms sur leur enfance nous fait présentir le fil qui les unit. Cependant quant sera-t-il du point d’impact de leur retrouvailles? Nous tairons ici tous les éléments de réponses un peu trop rapides qui pourraient gâcher le plaisir de celui qui ne l’a pas lu. Tournons nous plutôt vers les thèmes du livre et son écriture.

Ce qui frappe en premier lieu c’est la dualité des personnages: une humanité, une véritable empathie, contredite par un comportement corporel d’une grand froideur et une communication verbale limitée. Cette difficulté d’expression et ce repli sur soi, qui empêche Aomamé et Tengo de créer de réelles attaches affectives avec les autres, renforce l’aura de mystère qui entoure le monde, où plutôt l’année où le récit se situe. 1Q84 ou 1984?

Nos deux anti-héros basculent dans un autre monde, l’une en franchissant la frontière physique d’un passage souterrain qui traverse un autoroute. L’autre en s’imprégnant du monde (imaginaire ?) de Fukaéri une jeune fille dyslexique de dix sept ans fascinante, en réécrivant son histoire dans un style littéraire pour la faire concourir aux prix des nouveaux auteurs.

Les personnages sont alors pris d’hallucinations, d’un sentiment de déréalité ( L’uniforme des policiers est-il le même que la veille? Y a t-il deux lunes dans le ciel?). Des vertiges, des migraines, des amnésies installent définitivement un doute pernicieux. Aomamé est-elle en train de basculer dans la folie ou a-t-elle pénétré dans un monde si semblable dont seuls quelques détails ne coincident pas avec la réalité telle qu’elle la connait.

On sent alors les limites de la jeune femme au sang froid et du trentenaire à la force colossale. Réécrire le monde, avoir le droit de vie ou de mort sur les hommes sont des missions qui ne vont pas sans poser des questions d’ordre moral. Mais que faire face à la la violence comise sur les plus faibles ou dès l’enfance (sévices, viols, tortures psychologiques). Assister à l’emprise sur l’autre (notamment via les sectes) est intolérable. Résister et se venger sont ici deux concepts concomittants.

Les littles peoples qui semblent être à l’origine de ces crimes sont des êtres de l’invisible. Ils attaquent de façon bien plus subtiles et pernicieuses que Big Brother en ayant le même but, inniler l’identité d’un être, en s’y prenant si possible dès l’enfance.

Si le livre est fascinant on peut néanmoins aposer un bémol dans le traitement un peu trop didactique des références littéraires ou culturelles. Celle évidente de 1984 Georges Orwell, avec son jeu sur big – brother/ little people dont on déplore qu’il soit dévoilé de façon presque pédagogique (On dirait que c’est le personnage, Tengo, professeur de mathématiques qui prend emprise sur la plume de l’auteur afin de nous dévoiler la symbolique de l’écriture).

Certains passages retranscrits sont un peu longs. Une citation de Tchekov par exemple aurait amplement suffit. Pas besoin de plaquer tout un passage de L’île de Sakhaline . Bien sûr on comprend aisément que cela nourrit le récit dans le récit, le monde dans le monde, que c’est une réflexion sur le processus de création littéraire, mais cela coupe le rythme de l’histoire et la tension montante instaurée par le mystère 1Q84.

La référence musicale de Janacek rythme l’écriture de façon plus légère… Elle a un petit côté sonate de Vinteuil chez Proust pour le personnage d’Aomamé sauf que l’amour prendrait ici le masque de la Mort. Il semblerait que la musique ait une importance dans l’ écriture pour Murakami, ancien responsable d’un bar de jazz de Tokyo. D’ailleurs comme il nous le rappelle les plus anciens récits sont débord des aventures transmises à l’oral. Pourtant les mots font souvent défauts au personnages pour dire ce qu’ils ressentent.

Mais dans l’ensemble, l’écriture est fluide et bénéficie d’images poétiques très visuelles, presque surréalistes. Les personnages peu bavards sont pourtant décrits de façon psychologique fine, ce qui donne force et prise à l’histoire.

Cette première partie qui pose les personnage et donne l’eau à la bouche pour comprendre ce monde mystérieux de 1Q84, si proche de notre monde mais dont les détails vacillent et font pencher la balance vers un monde parallèle bien plus étrange qu’il n’y parait. Qui sont vraiment les little peoples? Qu’est-ce que la Chrysalide de l’air?

Ce tome est le prémice d’une série dont le lien entre les personnages ne se tissent qu’à la fin du roman. Onomamé et Tomoku ont des caractères parallèles et leur destin semblent converger tous deux vers la destruction de ses littles peoples, y parviendront-ils? Endosser le costume du surhomme investi d’une mission n’est peut être possible que grâce à l’union de ces deux forces silencieuses?

Je tiens à remercier Price Minister pour m’avoir fait découvrir l’univers de Haruki Murakami. J’avais écris ce billet sur mon ancien blog pour les matchs de la rentrée littéraire en 2011.

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Crime et châtiment de Dostoïevski

Alors, de quoi il parle ce grand classique : Crime et châtiment

L’intrigue se situe à Saint-Pétersbourg, en 1865. Le héros, Raskolnikov, est une jeune homme qui a du arrêter ses études par manque d’argent, et se retrouve endetté et extrêmement pauvre. Lui qui est persuadé d’être appelé à un grand avenir, ressasse dans sa mansarde crasseuse l’idée qu’il doit commettre un crime…

J’avoue que la critique sociale, même si en soi elle m’intéresse, a dans sa traduction quelques longueurs. Les passages théoriques m’ont paru très insipides mais sans doute parce que les personnages qui tiennent ces discours politiques sont trop exaltés pour que leurs propos ne soient crédibles.

La misère de Sonia est bien plus parlante dans sa dignité à faire vivre sa famille. Car il faut tout de même le dire Raskolnikov est parfois exaspérant, notamment sa croyance en sa capacité à juger qui a le droit de vie ou de mort en s’auto-constituant comme un surhomme. Même celui-ci trouvera presque grâce aux yeux du lecteur face au caractère haïssable de la vieille dame qu’il assassine, son attitude charitable face aux miséreux, et à son repentir à la fin du roman qui donne une touche morale.

Mais l’analyse des troubles de Raskolnikov est elle passionnante. Et l’on sombre avec lui dans sa chute. Vous l’aurez compris, c’est thème de la folie qui m’intéressait tout particulièrement. Le projet du crime en soi est déjà dément mais sa réalisation maladroite, qui réussit grâce à un lot de coïncidences donne un grand suspens à la scène. Notre Raskolnikov manifeste alors de nombreux troubles physiques et mentaux: les insomnies, la fièvre, les troubles de la mémoire et de la vision, et surtout la paranoia. La souffrance semble sa seule planche de salut, et cela le conduira aux aveux et au bagne.

Ce qui est passionnant dans Crime et châtiment, c’est que de nombreuses réminescences de ce thème de la folie se trouvent dans l’oeuvre. Les personnages sont pris comme exemple des différentes types de folie ou troubles psychologiques: car il y a également la folie de la mère de Sonia, phtysique, ou celle de l’ancien patron de Donia , Svidrigaïlov, qui souffre d’obsessions sexuelles ce qui le conduit au suicide mais aussi l’addiction alcoolique du père de Sonia, Marmeladov. La palette de personnages est ainsi aussi riche que la psychologie du héros.

Crime et châtiment : un roman passionnant!

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Le joueur d’échecs de Stefan Zweig

Le joueur d’échecs est une belle ode à l’intelligence de l’homme et à sa liberté.

Monsieur B est emprisonné par des nazis. Isolé, perdu, il n’a plus conscience du temps ni de l’espace. Ses bourreaux lui font subir la violence psychologique, celle qui consiste à priver un homme de ses repères jusqu’à ce que celui ci bascule dans la folie. Cela a été analysé, l’homme privé de ses semblables, de dialogue, produit des symptômes liés à l’isolement. C’est le cas avec certaines personnes âgées qui peuvent ainsi développer une paranoïa. L’esprit tourne en boucle sur lui même et les moindres faits venant de l’extérieur sont surinterprétés. C’est ce qui risque d’arriver à Monsieur B. dans sa cellule. Mais celui-ci réussit à dérober à l’un de ses geoliers un livre qui explique les plus célèbres combinaisons des jeux d’échecs.

Il a été étudié que dans les cas de détention extrême, par exemple les camps de concentration nazis, la pression psychologique visait à déshumaniser les détenus en les privant de leur identité. Le moindre objet personnel qui était dissimulé était alors une bulle de liberté. Un peigne par exemple devenait le lien entre soi et l’appartenance à son propre corps martyrisé par le simple geste de se coiffer. C’est un peu le même genre d’opération psychologique qui se joue chez Monsieur B. qui en se plongeant dans les combinaisons d’échecs restaure son intégrité intellectuelle par d’autres préoccupations que celle de sa subsistance primaire (par exemple la pensée des repas). Mais cela devient une quête obsessionnelle.

Le récit fait alors le parallèle entre Monsieur B qui des années après lors d’une croisière mesure son talent de stratège développer lors de sa détention et un champion reconnu et arrogant Czentowicz. Un duel s’engage alors entre les joueurs d’échecs. Et ce double récit, est comme toujours chez Zweig, un atout pour renforcer les contrastes entre les deux personnages et leur relation au jeu et aux autres hommes. Les échecs sont un jeu de stratégie, il faut connaître les combinaisons pour ne pas se faire mettre mat en deux coups, mais comme au poker il faut analyser son adversaire. L’analyse psychologique n’en ai donc que plus percutante avec cette métaphore des échecs.

Le joueur d’échecs : Un classique indispensable!

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Le sari vert m’a mise K.O

Lu il y a plusieurs mois de cela, j’ai longtemps hésité à vous parler de ce livre, le sari vet. Souvent j’ai plus de difficultés à parler d’un livre que je n’ai pas aimé. Pourquoi perdre son temps à ressasser de mauvais souvenirs de lecture, autant prendre la peine à défendre un livre qui a touché notre coeur ou notre imaginaire.

En faisant une petite introspection, je me rend compte que rien de tout cela n’est venu entraver ma volonté de taper sur mon clavier pour vous parler du Sari Vert. Je crois plutôt au contraire que ce livre m’a totalement « chamboulée » et est venu à l’encontre de tout ce à quoi je m’attendais lorsque je l’ai ouvert.

Le sari vert… Première pensée, cela se passe en Inde…

Et non! Cela se passe à l’île Maurice

Deuxième pensée … C’est un récit d’évasion…

Encore faux…

Comme quoi un titre peut vous amener à des préjugés sur le contenu d’un livre.

Alors de quoi ça parle?

Un vieux médecin à l’agonie est veillé par sa fille et sa petite fille. Cet homme est un tyran et loin de mettre en ordre et en paix ses relations avec les autres, son introspection à laquelle il est confronté sur son lit de mort, est tout à son image: immonde. Les flash-backs s’entremêlent avec les soins que continue à lui donner avec douceur sa fille Kitty . Mais celle-ci veut comprendre comment sa mère est morte… Et cela va faire ressurgir les abominations des humiliations psycologiques et physiques auxquelles le Dockter Dieu l’a soumise.

Si le style est un uppercut, c’est que le narrateur est un monstre de cruauté envers son entourage et particulièrement les femmes de sa vie, son épouse, sa fille, sa petite fille. Sa parole ne nous épargne aucune pensée de dégoût ou de rage. Et peu à peu, son ton monte en intensité. La paix pré-mortem est loin de venir… Les révélations les plus sombres s’accompagnent de joutes entre ce trio de personnages. Certaines pages ont été pour moi d’une violence verbale insoutenable. Ce déversoir de haine je l’ai hâché menu en entrecoupant la lecture avec d’autres livres plus doux…

Je ne regrette pourtant pas de l’avoir lu, mais ce sujet douloureux est traité sans ménagement aucun pour le lecteur. Ce qui donne lieu à une sacrée prise de conscience sur les violences faites aux femmes de part le monde.

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Émerveillée par les aventures d’Alice

Alice au pays des merveilles est l’un de ces grands classiques dont on a tellement entendu parlé ou vu d’adaptations que l’on a l’impression de l’avoir lu sans jamais avoir tourné ses pages. Et pourtant, cela vaut la peine de lire le texte original de Lewis Carroll.

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Bien que ma compréhension de la langue de Shakespeare ne soit pas suffisante pour lire Alice in wonderland dans le texte et de saisir toute la subtilité de la plume de Lewis Caroll, la traduction française ne m’a pas pour autant privée du bonheur de découvrir ce petit bout de femme à qui il arrive de drôles d’aventures. C’est un vrai délice de se plonger dans cette histoire abracadabrante qui a nourri l’imaginaire de tant d’artistes. Ce que j’ai aimé, c’est l’absurdité qui règne dans les rencontres avec les différents personnages, donnant lieu à des dialogues qui me rappelle d’une certaine manière l’humour de Ionesco.

Si le dessin animé enfant m’avait effrayé (en partie à cause du chat au sourire sardonique et à la fureur de la reine de coeur) j’ai retrouvé mon âme d’enfant avec cette petite fille si curieuse, pas étonnée pour un sou de voir débarquer un lapin en redingote tenant une montre à gousset.

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Je crois que j’ai bien fait de découvrir seulement à l’âge adulte le texte dont je comprend maintenant les nuances, comme l’angoisse d’Alice sur son identité, sa perception changeante de l’espace qui l’entoure tour à tour infiniment grand ou petit. Le monde d’Alice est aussi merveilleux qu’il est cauchemardesque. Les personnages y sont tous fous.

Avec souvent une angoisse principale celle du temps qui passe et qui fait si peur au lapin. La peur d’être en retard et de passer à côté de sa vie, ou celle de grandir pour laquelle le chapelier et le lièvre de mars on trouvé la parade: en échappant à la condamnation à mort de la reine ils prennent le thé en continu comme si le temps s’était arrêté.

Un livre pour enfant qui renoue avec l’origine des contes: prendre appui sur les peurs les plus profondes, les craintes de ce que le monde a de plus terrifiant à nous offrir pour mieux en conjurer le sort.

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Le Horla m’a attrapée

Sous la forme d’un journal intime, Maupassant nous fait sombrer dans la folie en suivant étape par étape les différents symptômes de son narrateur. Souvent qualifiée de « fantastique », je la trouve au contraire très réaliste dans sa façon de raconter de l’intérieur le sentiment d’angoisse croissant d’un homme sombrant dans la paranoïa. Et tout le talent de Maupassant est là: dans sa capacité à nous attraper avec son horla. Toutes les peurs de l’enfance ressurgissent. Vous savez cette époque où un monstre était caché , sous le lit, ou dans le placard et n’attendait que le sommeil pour sortir à pas feutrés de sa cachette…

C’est un peu ce qui se passe ici. Le narrateur se sent guetté, épié. Il tend l’oreille à l’affut du moindre bruit. Il tente de capturer ce monstre qui boit son verre lorsqu’il a le dos tourné, quitte à se prendre dans son propre piège. Le horla, ce double qui est à la fois « hors »de soi et en soi (là). Un monstre auquel on peut difficilement échapper. Le narrateur a beau fuir, au Mont Saint Michel ou à Paris, ce monstre le poursuit où qu’il aille.

Un sentiment de déréalité et un trouble de l’identité envahissent le narrateur qui ne se reconnaît plus dans le miroir, dont la propre image est vécue comme altérité.

le-horla-151351Pour écrire cette nouvelle, Maupassant s’est sans doute inspiré des observations de Charcot dont il suivait les cours à la Salpétrière. Mais ce horla a fini par prendre à son tour possession de l’auteur après avoir anéanti le personnage qui a laissé son journal inachevé, Maupassant s’est à son tour fait prendre au jeu de la bête de folie et se suicidera quelques années après avoir écrit cette nouvelle.

J’ai adoré cette plongée dans les abîmes de la personnalité troublée de cet homme. C’est un bonheur de se laisser gagner par un supsense dans lequel on bascule dès les premières pages. C’est rare qu’un livre soit aussi intense en si peu de mots..

Petite anecdote personnelle: j’ai lu le Horla pour la première fois au collège, j’habitais à cette époque non loin de la forêt deRoumare où se déroule la ballade qui vire au cauchemar du narrateur. Il est vrai que les forêts normandes peuvent avoir cette beauté effrayante. Ce qui est sûr c’est que depuis je ne regarde plus ce bois de la même façon…

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Exposition Invader au Musée en herbe

De retour pour un billet exposition, avec un artiste que j’aime particulièrement: Invader. Et quand le street art s’invite dans un espace d’exposition c’est toujours quelque chose !

Vous êtes forcément déjà passé devant une de ses oeuvres sans peut-être  savoir ce que c’était que ce drôle de monstre pixelisé en mosaïque fixé en sur le mur des rues de Paris et d’ailleurs. Invader est un artiste majeur, l’un des pionniers du street art, qui envahit donc, colonise l’espace urbain avec ses créations en mosaïque, très reconnaissables.

La chasse à ces drôles de personnages tout droit sortis de l’univers des jeux vidéos de notre enfance est presque devenue une addiction, et quand je voyage maintenant je les repère et les photographie pour mon compte instagram (j’en ai vu par exemple à Bastia et à Tokyo). Je n’ai pas encore poussée le vice jusqu’à installer l’application sur mon iphone (qui consiste en un jeu où lorsque vous en voyez un dans la rue, vous le prenez en photo et cela vous rapporte des points) mais ça pourrait bien venir. D’ailleurs si vous jouez, ne manquez pas celui qu’il faut attraper dans le Musée en herbe. Je ne vous révèle pas où il se cache sinon ce n’est pas drôle !

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Alors on en pense quoi de cette exposition?

Il faudrait rappeler déjà que cela a lieu au Musée en herbe, un espace dédié à l’art pour les petits. Cela ne veut pas dire que la qualité est mauvaise mais que tout est conçu pour les enfants: oeuvres à hauteur de leur regard, petit espace d’exposition car les parcours trop longs de toute façon ne permettrait pas de capter leur attention tout du long, cartels brefs mais ludiques, et surtout petits ateliers et manipulations qui permettent de s’approprier les oeuvres.

A partir du moment où vous avez ces clés en main, on peut dire que c’est une très jolie exposition avec une scénographie qui vous plonge dans l’univers d’Invader. C’est vraiment chouette à voir l’effet d’accumulation, avec par exemple tout un mur de mosaïque car dans la rue on en voit toujours qu’un seul.

On découvre une centaine d’œuvres inédites dont certaines rappellent l’univers de l’enfance avec notamment des personnages des dessins animés Disney (Maléfique, la sorcière de La belle au bois dormant, ou encore Blanche Neige). Des couleurs rappelant aussi le Rubik Cube.

J’ai passé un bon moment mais je suis restée un peu sur ma faim. Il faut dire que j’avais eu la mauvaise idée de visiter l’exposition le premier lundi des vacances des petits parisiens. Il y a avait tellement de monde qu’on avait du mal à circuler, et je n’ai pas osé tester les jeux étant donné le nombre d’enfants qui attendaient leur tour. Si comme moi vous aviez manqué l’exposition de 2011, cela ne la rattrapera pas.

Si vous avez des enfants à garder, ou si vous avez conservé votre âme d’enfant, cela vaut tout de même la peine d’y faire un tour.

Je suis repartie avec le magnifique catalogue d’exposition qui a comblé mes lacunes. J’y découvre les histoires racontées par l’artiste de la pose de certaines de ses oeuvres. La carte des positions me donne très envie de partir à leur chasse. Elle me plaît bien plus que les Pokémon cette quête !

 

Pour en savoir plus:

http://museeenherbe.com

 

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Une bonne épouse indienne d’Anne Chérian

Sous la pression familiale, Neel jeune médecin brillant travaillant à San Francisco, revient en Inde pour se marier à une jeune fille choisie par les siens selon les critères de la société indienne. Mais en revenant avec sa jeune épousée aux Etats Unis, celui-ci bien loin de lui donner une place dans sa vie, lui concède tout au plus le rôle de bonne à tout faire. Cependant, Leila, est prête à se battre pour comprendre son mari et ce nouveau pays.

J’ai longtemps tardé avant de parler de ce livre, tout simplement, disons le tout de suite, parce qu’il m’a beaucoup déçue.

J’espérais y trouver une réflexion sur la société indienne, les mariages arrangés, l’emmigration, le déracinement, enfin tous ces thèmes que pouvaient susciter une histoire comme celle-là. Hélas, si la lecture a été facile, elle n’a pas non plus était passionnante. Tranquille, sans plus. Un téléfilm d’après midi pour femme esseulée, voilà à quoi ce la ressemble. Il faut dire que cette patience de la « bonne épouse » qui supporte tout sans broncher est à mille lieu du genre de personnage qui par sa combativité entraîne l’admiration. On ne sait plus vraiment si c’est de la faiblesse ou le poids de son éducation, la pression faite aux femmes pour réussir leur mariage. Cet amour qui survient apparaît un peu comme un cheveux sur la soupe et fait définitivement basculer le tout dans la mièvrerie d’une collection Arlequin.Si les contrastes entre la culture américaine et la culture indienne entrent parfois en jeu dans l’écriture, c’est souvent de façon superflue (les vêtements, la nourriture…). Cela aurait mérité d’être étoffé.

Cette lecture n’est pourtant pas désagréable mais cela manque de coffre. Bref si vous souhaitez un roman qui parle de l’Inde, je vous conseillerais d’autres titres, mais à coup sûr pas celui-ci!

 

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Les mal partis de Sébastien Japrisot

De Sébastien Japrisot j’avais lu Un long dimanche de fiançailles après avoir adoré son adaptation au cinéma par Jean Pierre Genet. Des Mal partis je sors plus bouleversée encore.

L’histoire est bien sulfureuse déjà pour un jeune écrivain de dix sept ans.

Denis Letterand, jeune homme de quatorze ans tombe fou d’amour pour Soeur Clothilde, la religieuse qu’il rencontre au chevet des blessés à qui il rend visite après la classe. Mais cette amourette se transforme en passion dévastratrice. Les sentiments sont réciproques.

Les deux amants dissimulent alors leurs rencontres aux yeux de leurs proches mais aussi de la société qui les condamne et métamophose une relation sincère et pure en péché criminel. Cela n’est pas sans rappeler un certain Abbé Mouret d’ailleurs. Des retrouvailles clandestines ont lieu à l’école, à l’hopital, sur le banc d’un parc: là où deux mains qui s’effleurent, un regard qui se croise sont déjà des gestes interdits. Mais lorsque le coeur tambourine si fort il est difficile de s’aimer à moitié, il leur faudra trouver d’autres voies, d’autres refuges.

Le talent précoce de Sébastien Japrisot lui permet de dépeindre les affres du premier amour, avec un recul sur le monde un peu cynique parfois pour « jouer au grand » mais sans jamais parvenir vraiment à s’arracher à l’exaltation, l’enthousiasme, et cette aspiration à la vérité que l’on a à l’adolescence. On retrouve l’ambiance de l’école tenue par les jésuites, un environnement froid, austère dont l’on s’évade grâce aux blagues des copains et aux bagarres. Les ados jouent à la guerre en entretenant entre eux des rivalités d’écoliers, aussi absurdes que le conflit de la deuxième guerre mondiale qui sert de toile de fond à l’intrigue. De l’occupation on ne parle pas ou peu, seulement pour parler des difficultés de se nourrir, les tickets de rationnement ou le marché noir. On croise bien un ou deux soldats allemands de temps en temps mais cela ne fait que participer à l’ambiance si particulière du roman.

Un livre sur le secret. Sur le silence. Sur le bonheur que l’on salit au nom d’une morale pudibonde.