IMG_0770

Faites le mur au musée du quai Branly

Si vous lisez ce blog depuis longtemps, peut être le savez-vous… Je voue un amour tout particulier au jardin du musée du Quai Branly. J’y avais consacré mon mémoire de fin d’études et interviewé Gilles Clément et Yann Kersalé. Alors quand on m’a proposé de rencontrer Patrick Blanc et de discuter du projet du mur végétal, je n’ai pas hésité une seconde ! Je vous raconte.

Écouter  Patrick Blanc, c’est partir en voyage à travers le monde pour dénicher des graines d’espèces végétales extraordinaires. Passionnant et passionné, il raconte le projet du mur végétal, ce concept fou. Pour le musée du quai Branly, il a réalisé un projet aux dimensions jamais encore expérimentées: 1022 m2. Presque 13 années plus tard, le mur végétal est devenu une référence et l’image sans doute la plus forte du musée.

IMG_0764

Chaque fois que je le longe, j’aime toujours autant regarder les réactions de surprise des touristes venus admirer la tour Eiffel qui ne s’attendent pas à tomber sur ce jardin vertical. Les photos et les selfies pleuvent !

Aujourd’hui, il est temps de restaurer le jardin et de lui donner une seconde vie. Il est important, plus que de l’entretenir de repartir de nouveau afin de le préserver. Les principales tâches seront de redimensionner les fixations et d’adapter le système d’humidification. Une façon d’inclure les innovations qui ont eu lieu depuis la création et de renforcer le côté développement durable du projet, avec par exemple une vigilance accrue sur la récupération des eaux de pluie.

IMG_0758

 

L’expérimentation fait aussi partie du programme puisque de nouvelles espèces végétales seront plantées avec une réflexion sur les avancées du monde de la botanique. Patrick Blanc a en effet proposé une nouvelle création avec 376 espèces, principalement venues de massifs montagneux des quatre coins du monde (de l’Himalaya au Chili en passant encore par l’Atlas marocain ou l’Afrique du Sud). Une façon de mettre à l’honneur les continents quatre continents représentés dans les collections du musée, un point sur leque le chercheur botaniste a insisté.

IMG_0762

Ce projet qui était visionnaire lors de sa création, s’accorde aujourd’hui totalement aux tendances d’urbanisation qui visent à végétaliser nos villes. Un objectif pas seulement esthétique puisque les plantes sont une aide précieuse pour la dépollution de notre environnement.

IMG_0759

Et ce qui est chouette, c’est que vous aussi vous pouvez participer à ce projet en devenant mécène dans une campagne de crowdfunding. Il y a des contreparties en plus pas mal du tout.

Ne traînez pas cela se termine demain !

www.commeon.com/projet/quaibranly

Et sur ma page facebook, retrouvez Patrick Blanc qui nous parle du projet dans une vidéo exclusive, tournée en direct sur la terrasse qui surplombe le mur.

IMG_0769

 

IMG_2754

C’est quoi un bistrot littéraire ?

C’est quoi un bistrot littéraire? C’est sans doute la première question qui m’est venue à l’esprit quand j’ai reçu une invitation du Centre Wallonie Bruxelles.

Le bistrot ça évoquait un repas « à la bonne franquette » comme on dit chez nous. Littéraire, tout de suite le mot sonnait plus sérieux, mais rempli de promesse pour les amoureux des livres.

En bonne ogresse, je suis donc allée curieuse au Centre Wallonie Bruxelles un midi, sans trop savoir à quoi m’attendre. J’avais lu le programme en diagonale car je suis de celles qui aiment être surprise.

IMG_2758

Les invitées d’honneur étaient Caroline Lamarche et Nathalie Skowronek, venues présenter leurs derniers ouvrages.

Entre deux rendez-vous, j’ai couru pour arriver au lieu dit. J’ai descendu les marches qui menaient à la salle, au son de la voix de Caroline Lamarche qui lisait un passage de Dans la maison un grand cerf. Je suis restée debout un moment. Captivée par la lecture. Les mots glissaient en moi pour construire des bribes d’images sur une histoire que je ne connaissais pas. La voix s’est tue.

IMG_2756

Je suis allée me glisser dans un fauteuil. C’est alors que j’ai vu que certains spectateurs avaient un verre de vin à la main. J’ai résisté à la tentation d’aller me désaltérer à cet instant, car les échanges entre les deux auteures étaient bien trop passionnants.

Je me suis frayée en esprit un chemin dans les rayons et les étagères emplis de nouveautés du magasin de famille de Nathalie Skowronek, guidée par ses mots.  De sa voix, elle tissait pour nous tout un monde de souvenirs, son livre Un monde sur mesure  entre les mains.

J’avais déjà regardé des émissions littéraires sans grande conviction. Ici le son des mots des lectures et les discussions qui s’ensuivaient m’ont vraiment interpellé et m’ont donné bien envie à la fin de la rencontre de tourner les pages des deux livres présentés.

IMG_2755

Juste le temps pour moi d’attraper un sandwich au vol, avant de repartir vers de nouvelles aventures culturelles. J’allais visiter ce jour là le Studio Harcourt.

Néanmoins, avant de partir j’ai fait un petit détour vers l’espace d’exposition du centre Wallonie Bruxelles. Je n’ai malheureusement pas eu le temps d’approfondir ma visite pour écrire un article sur l’exposition qui s’y tenait (sur Henri Michaux ). Mais cela m’a donné un bel avant goût du lieu.

IMG_2753

Je vous recommande donc cette expérience du Bistrot Littéraire. Une vraie jolie pose déjeuner qui vous obligera à couper vraiment avec le travail et votre smartphone pour vous évader vers des sphères littéraires. L’entrée à cinq euros comprend votre sandwich et des boissons au choix. J’ai vu qu’il y a avait également des formules brunchs certains weekend. Donc guettez les rendez vous dans le programme.

En prime, si vous n’êtes pas pressé, vous pouvez faire dédicacer vos ouvrages à la fin de la rencontre.

 

A expérimenter !

 

IMG_2757

 

Villa Datris De nature en sculpture

Exposition de Nature en sculpture à la Villa Datris

Il y a des escapades qui font du bien, de celles qui vous mettent le baume au coeur dans un univers coloré et enchanté. La Villa Datris fait partie de ces lieux dont on tombe sous le charme au premier regard. Je partage avec vous ma visite pour la nouvelle exposition De nature en sculpture.

IMG_2619

La Fondation VIl La Datris c’est d’abord un rêve, celui de Danièle Marcovici et Tristan Fourtine de partager leur passion pour l’art avec le plus grand nombre . Cette jolie maison de l’Isle sur Sorgue, située à 20 minutes d’Avignon, restaurée avec goût, met en lumière les sculptures depuis 2011. Un choix audacieux car ce médium est souvent mis à distance en art contemporain au profit des installations, photographies et vidéos.

Et quand on entre dans la cour, on se sent à l’aise tout de suite. Ce n’est pas l’un de ces lieux froids que l’on observe souvent de loin dans l’art contemporain, dont on redoute de franchir la porte quand on est pas un initié. C’est joyeux, festif, ludique. Si cela pourrait lui causer des torts dans ce milieu, moi cela me ravit car c’est un endroit accessible à tous, qui ne met personne à l’écart, et qui est d’ailleurs gratuit.
La Villa Datris est superbe. J’étais curieuse de savoir ce qui m’attendrait en en poussant la porte.

IMG_2615

L’exposition De Nature en sculpture se décline par salles dans la maison et le jardin en plusieurs thématiques : Sortir des sentiers battus, Matière Nature, Natures mathématiques, Beautés biologiques, Natures sous acide, Natures fictions, De sculpture en Nature et le Jardin d’Eden.

IMG_2620
Ces thèmes à l’éventail très large ont l’avantage de couvrir l’histoire de l’art des années 60, en partant des pionniers du Land Art, aux talents d’aujourd’hui que l’on a plaisir à découvrir. Les néophytes pourront ainsi partir du socle essentiel pour comprendre le thème de nature en art contemporain (avec des noms comme Giuseppe Penone, Richard Long, Robert Smithson…) et les amateurs plus éclairés trouveront leur bonheur avec la nouvelle scène artistique et de jolies surprises comme les oeuvres de Susanna Lehtinen et Adrien Vescovi.

IMG_2618

Le choix de ce thème me parait très judicieux et dans l’air du temps. Il semblerait cette année que le milieu de l’art se soit mis à surfer sur une vague « green ». On a vu ainsi l’exposition Jardins au Grand Palais ou encore le Festival d’Histoire de l’art à Fontainebleau qui y était dédié. Ce thème, classique a priori, est ici revisité avec toutes les problématiques actuelles notamment écologiques mais aussi poétiques. De quoi nous faire réfléchir ou rêver un peu…
J’ai également apprécié que le choix des oeuvres exposées à la Villa Datris, se fasse non pas selon la loi du marché de l’art, mais selon les envies des commissaires d’exposition, Danièle Marcovici et Laure Dezeuze. Une vraie bouffée d’air, et un dialogue intéressant selon les sensibilités de chacune.

IMG_2617

Je ne saurai que trop vous encourager à aller visiter cette nouvelle exposition de la Villa Datris si vous êtes du côté d’Avignon.

 

Festival de l'histoire de l'art au château de Fontainebleau

7e édition du Festival de l’Histoire de l’art

Il y a 7 ans, j’allais sans trop savoir à quoi m’attendre au premier Festival de l’Histoire de l’art, et mes impressions étaient mitigées. Hier, j’ai eu la chance d’assister à la nouvelle édition et à sa présentation par Jeff Koons. Il en a fait du chemin ce petit festival pour accueillir cette super star de l’art contemporain. Retour sur cette journée de lancement.

IMG_0500

Le festival de l’Histoire de l’art, à ses débuts c’était quelques conférences parsemées et dès la première édition des salles combles de bon augure. J’ai eu la surprise avant même d’arriver à Fontainebleau de découvrir un programme bien plus complet que par le passé. Une déclinaison d’intervention autour de la thématique de la nature mais également un axe ciblé sur le pays invité, les États Unis, ainsi que tout un cycle de projections. Côté grand public, l’offre s’est enrichie de nombreuses activités pour les enfants: ateliers, visites ludiques, spectacles, prêts de costumes ect.
J’avais trouvé le premier Festival un peu trop universitaire, celui-ci est bien plus accessible, et c’est tant mieux.

 

IMG_2606

Son invité prestigieux, Jeff Koons, est à cette image. Pop dans tous les sens du terme ! Dans un discours dont la forme n’était pas sans rappeler les conférences TED , l’artiste a présenté devant une salle comble sa collection personnelle. Non sans malice, celui-ci nous faisait entrer dans sa chambre à coucher avec des oeuvres dont il n’a pas à rougir. Sur un écran, une heure durant ont défilé Poussin, Picasso, Matisse, Magritte, Warhol, dont il a décrypté les éléments qui l’ont marqué et inspiré. C’était passionnant de (re)découvrir les oeuvres, non pas à travers les yeux d’un chercheur, mais d’un artiste. Jeff Koons a également rappelé ses débuts, quand jeune étudiant il découvrait Manet à l’Université, ou quand fan absolu de Dali à 18 ans il avait réussi à dégoter sa ligne téléphonique directe lors d’un séjour à l’hôtel. Une conférence brillante qui annonçait de bonne chose pour la suite de la journée…

IMG_2608

Dans le château, une petite salle vaut le détour, s’y tient une exposition pleine de délicatesse: Audubon, Oiseaux du Nouveau Monde. A priori, ce n’était pas ma tasse de thé mais je me suis laissée gagnée de planche en planche par la finesse des coloris des plumages. Cela vaut la peine d’y passer quelques instants entre deux interventions.

IMG_0462

Le Festival de l’histoire de l’art, c’est également l’occasion de remplir sa bibliothèque avec des ouvrages de référence dans le domaine, mais aussi découvrir de nouveaux éditeurs. J’ai été surprise de voir l’étendue du chapiteau où se tenaient les différents stands. Dans mon souvenir c’était seulement quelques étals. Petit détail qui m’a plu, il n’y avait pas que des livres de recherche mais également jeunesse.

IMG_0491

Si de nombreuses conférences avaient lieu l’après midi, j’ai choisi le chemin de traverse, délaissant les journalistes qui se rendaient écouter une intervention sur les grattes ciels , pour arriver à la grotte aux pins que deux étudiantes faisaient visiter. Sous la voûte décorée de rocailles, Delphine et Ashley, en master à l’université de Paris IV, prenaient plaisir à expliquer son histoire aux visiteurs (des étudiants et touristes pour la plupart). J’ai vraiment apprécié que le Festival laisse la place à ceux qui feront la recherche et la vie de Histoire de l’art de demain, comme également les étudiants de l’école du Louvre.
Je me suis retrouvée en Delphine et Ashley, dans leur passion pour l’art, leur enthousiasme qui les conduira à faire les allers-retours depuis Paris tout le weekend pour transmettre cette histoire là.

IMG_0512

Le festival de l’histoire de l’art c’est aussi ça : alors, n’ayez plus peur et courez au château de Fontainebleau vous régaler jusqu’au 4 juin des histoires d’Henri IV et de Diane de Poitiers, ou découvrir le jardin de demain.

 

 

IMG_2537

Un petit tour au Studio Harcourt

Harcourt ça vous dit quelque chose ? La patte reconnaissable entre toutes de noir et de blanc qui a vu passer sous son objectif les visages des plus célèbres stars? Mais saviez-vous qu’aujourd’hui le Studio Harcourt c’est également devenu un espace d’exposition? Je vous raconte ma visite.

Tout d’abord, je dois bien le dire, j’ai été totalement éblouie par la beauté des lieux. Cet ancien hôtel particulier a été restauré avec beaucoup de charme et la scénographie très cinématographique est parfaitement réussie. Dès l’entrée, un majestueux escalier vous invite à monter les marches sur un tapis rouge. On se sentirai presque dans la peau d’une star à Cannes.

IMG_2532

J’ai beaucoup aimé  les photographies suspendues façon luminaire, qui relie les deux étages comme un fil conducteur. C’est extrêmement beau et l’éclairage bien choisi enveloppe les portraits de mystère.

Au deuxième étage se trouve un espace d’exposition. Je vous conseille d’aller d’abord faire un tour à la curiothèque, cabinet de curiosité contemporain dont les tiroirs sont remplis de souvenir de Cosette Harcourt. On y découvre des clichés inédits mais on peut aussi prendre le temps d’y écouter de la musique.

IMG_2534

Jusqu’au 30 septembre , l’exposition Où sont les femmes ? est consacrée aux femmes d’exception. Quoi de plus évident de les mettre à l’honneur lorsque l’on sait que Cosette Harcourt est la première femme à avoir ouvert son studio photo à Paris en 1934. Une pionnière!

On trouvera côte à côte des sportives, écrivaines, chanteuses, stars de cinéma… femmes engagées ou qui par leur façon d’être elles mêmes ont beaucoup fait avancer la place des femmes dans la société (Brigitte Bardot, Leila Slimani, Florence Arthaud , Arielle Dombasle pour ne citer que quelques unes d’entres elles).

Là encore la scénographie fait mouche. Les photographies sont suspendues, et derrière chacune se trouve le cartel. Je trouve  très judicieux ce procédé qui vous pousse à regarder dans un premier temps le portrait, puis ensuite à lire le nom de la personne, sa profession et un petit texte. Nous avons tendance à décrypter d’abord les explications quand elles sont écrites juste à côté sans prendre le temps de regarder. C’est assez amusant d’essayer d’imaginer en quoi une personne a pu s’illustrer quand on ne la connaît pas, seulement avec les traits de son visage.

IMG_2536

Des catalogues d’exposition sont aussi mis à disposition d’ailleurs si vous souhaitez en apprendre plus installé dans un confortable fauteuil.

A ne pas manquer le magnifique portrait de l’artiste Pushpamala en symbole de liberté.

Au bout, une porte vous mènera dans le salon où ont lieu les rendez vous pour le studio photo. Si vous décidez un jour de vous faire tirer le portrait, ce sera ici que la sélection des clichés sera faite.

IMG_2538

Enfin, avant de partir vous pouvez aller prendre un thé pour prolonger l’expérience. Le salon est vraiment joli et j’avoue en gourmande que je suis le gâteau trois chocolats m’a conquise.

Ma seule réserve concernant cette visite sera le prix qui demeure élevé pour la formule Tea time car il n’y a que deux salles pour l’exposition même si celle-ci est de grande qualité et les clichés nombreux. Je pense que cela tient au lieu d’exception et à la pâtisserie Maison Dalloyau qui en font un instant de gastronomie. L’entrée simple (7euros) est plus accessible. Pour le moment pas de tarif réduit ou de groupe, mais cet espace du Studio Harcourt est récent. Cela se mettra sans doute en place petit à petit.

En tout cas c’est très prometteur et je demeure curieuse des futures expositions !

Merci beaucoup Déborah de l’agence Brandslovblogs de m’avoir permis de découvrir ce lieu

 

Studio Harcourt
6 Rue de Lota
75116 Paris 16
Accès : Métro Rue de la Pompe

Tous les mercredis, vendredis et samedis de 10h à 18h

IMG_1728

Home sweet home?

Home est un livre qui a beaucoup fait parler dans les médias et sur la blogosphère. J’étais curieuse de lire ce qui a souvent été un « coup de coeur » ou « coup de poing » pour certains. J’attendais peut être un peu trop de ce petit livre. En effet la réputation de Toni Morrison la précède: prix pulitzer, prix nobel de littérature… Avec Home, on sait que l’on tient un grand livre dans les mains.

Du style, je n’ai rien à reprocher. L’écriture est très belle, incisive, même dans sa traduction. J’imagine sans peine combien cela doit être mieux en version originale. L’histoire m’a un peu moins touchée. Les personnages pourtant ont des chemins de vie très percutants, plein de détours. En quête d’un chez eux. Un retour à la maison douloureux pour un ancien soldat. Une tentative de fuite du carcan familial pour d’autres afin de mieux créer une vie qui leur sera propre. Le malaise est dans chaque page. On perçoit comme il est difficile pour ces personnages noirs américains de se faire une place dans cette société des années 50. Le regard qui pèse sur eux. L’ambiance ségrégationniste.

Les flashback sont très intéressants et apportent un éclairage sur la part d’ombre du soldat. Cela permet de mieux comprendre la folie qu’il dégage dans les premières pages du roman qui m’ont autant déstabilisées, malmenées, que le personnage. Je ne savais pas où l’auteure voulez le conduire et surtout me conduire moi lectrice. J’étais aussi perdue que lui. Cela partait trop fort, trop vite. Et peut être qu’à ce moment là je n’avais pas envie de courir après ce personnage pour le rattraper dans sa folie, ancrer en moi des souvenirs de guerre traumatisants survenant brutalement dans la lecture (et cela, il est vrai rend bien les symptômes des vétérans atteints du stress post traumatique).

C’est peut être ce concentré d’émotions qui m’a dérangée. J’ai eu l’ impression que Toni Morrison voulait tout mettre dans le même livre. Les personnages semblent parfois porter le poids du monde sur leurs épaules, comme si qu’importe le chemin qu’ils choisiront, le destin et la misère les rattraperont. Cela donne une vraie force au livre mais prive aussi de certains développements qui auraient pu être passionnants. J’aurai peut être aimé en connaître davantage sur le lien unissant Frank le soldat, et sa soeur Cee. Même si quelques souvenirs d’enfance sont écrits. Même si l’on sent bien que c’est ce lien qui les fait encore tenir debout.

Je ne regrette pourtant pas du tout cette lecture qui m’a fait découvrir Toni Morrison. Home sera plutôt un point de départ à la lire de nouveau, une amorce plutôt qu’un aboutissement. Peut être, comme les personnages, il faudrait que je reprenne la route en revenant en arrière pour mieux comprendre, en suivant le fil des oeuvres de Toni Morrison afin d’éprouver le sentiment qu’Home est la fin du voyage.

 

IMG_1711

Soie d’Alessandro Barricco

Soie d’Alessandro Barricco est un de ses jolis petits livres que l’on garde précieusement. Mais comme je suis sympa, je le partage avec vous.

De quoi ça parle alors? 

C’est l’histoire d’Hervé Joncour, éleveur de vers à Soie qui entreprend vers 1860 plusieurs expéditions périlleuses pour le Japon afin d’y récupérer les vers sains qui pourraient sauver son entreprise suite à une épidémie en Europe. On y retrouve toute la fascination de l’époque pour le Japon, sur fond de voyages, guerres et amour.

IMG_1713

Ce que j’en ai pensé? 

Ce livre est un petit trésor. Si court mais si dense en émotions. Il contient de très belles images poétiques et mène tout en douceur à des réflexions sur la vie, l’amour, les choix que l’on prend et finalement ce qui compte vraiment. Car ce n’est pas seulement un voyage au Japon pour rapporter des vers à Soie qu’Hervé Joncour mais un véritable parcours initiatique intérieur. La plume est légère, légère et empreinte d’une douce sensualité comme la soie. Le triangle amoureux qui se dessine est plein de pudeur et de non dit comme le livre qui condense les émotions en peu de mots. Le désir du nouveau et de l’exotisme contre la douceur du foyer…

IMG_1712

Et le film ? 

J’ai trouvé l’adaptation assez fidèle au livre.

Les acteurs sont très bons (Keira Knightley, qui décidément tourne beaucoup de films issus de livres, Michael Pitt et Alfred Molina). Les paysages du Japon sont grandioses et les panoramas envoûtent tout autant le spectateur que le héros! La grande difficulté pour le réalisateur était de traduire le roman en rendant les impressions poétiques que laissent le goût des pages de Baricco. J’ai aimé le parallèle des contrastes entre les deux femmes et le paysage dans lequel elles vivent: le jardin fleuri de la femme et la maison isolée sous la neige de la mystérieuse jeune japonnaise. La scène où elle sert le thé est particulière belle. L’adaptation met l’accent sur le sentiment amoureux ce qui n’est pas sans quelques éléments de pathos et de grandes musiques mais certaines scènes retranscrivent la sensualité du livre d’origine.

Le pari était risqué mais je le trouve réussi.

Design

La rêveuse d’Ostende d’Eric Emmanuel Schmitt

C’est un joli recueil de nouvelles que nous offre Eric-Emmanuel Schmitt avec la rêveuse d’Ostende.

Je vous donne quelques unes de mes impressions…

Je partais très positive, un peu conquise d’avance car j’aime beaucoup cet auteur. Il faut dire que l’écrivain aussi doué pour l’incision des répliques de théâtre que pour le déploiement d’univers des romans , maîtrise l’art de transmettre toute une palette d’émotions en peu de mots (comme avec Oscar et la dame rose).

J’ai aimé écouter avec le voyageur le récit de l’amour de jeunesse de sa logeuse, une vieille dame qui déroule son fil pour piéger le lecteur dans l’interrogation. Cet amour presque lyrique serait-il une véritable histoire, un souvenir déformé, ou un joli conte amoureux? Cela se rapproche sans doute de la réflexion de Stendhal sur la cristallisation en amour…

Et c’est peut-être le point commun de toutes ces nouvelles interroger l’image de l’amour:

Amour réel ou imaginaire? miroir aux alouettes? rêve impossible? souvenir déformé?

Des histoires qui se lisent très vite et avec plaisir!

Vous l’avez compris j’ai aimé ces nouvelles même si je reste une inconditionnelle des romans où l’on a plus le temps de s’imprégner d’une histoire et de connaître les personnages.

Ce petit livre est parfait à lire quand on risque de ne pas avoir le temps de consacrer beaucoup de temps à la lecture sans être intérrompu.

Design

Northanger Abbey de Jane Austen: mon classique

Northanger Abbey, c’est un de mes livres préférés, du romantisme à gogo, une atmosphère gothique et un ton un brin sarcastique. Impossible de ne pas partager cette lecture avec vous !

Résumé: La jeune Catherine Morland, dont la famille nombreuse ne la destinait pas à une vie d’héroine, se retrouve en séjour à Bath emmenée par des voisins de ses parents, les Allen. Elle découvre alors la vie mondaine mais son jugement peu fiable, emprunté aux romans gothiques et son attrait pour les ruines, lui fait commettre quelques impairs et erreurs sur les gens qui l’entoure…. notamment avec un jeune homme charmant, Mr Tilney.

IMG_1363

Mon avis: Si je vous ai déjà parlé de Jane Austen ici, à travers des citations ou encore pour Orgueil et préjugés , j’avais jusqu’à présent fait un peu l’impasse sur mon préféré: Northanger Abbey. Pourtant c’est loin d’être le plus connus de tous ses romans. Il est même parfois un peu dédaigné. Et pourtant, c’est celui que je préfére.

J’ai une tendresse particulière pour Catherine Morland qui s’imagine que la vie est pareil au roman, et juge les personnages en fonction des archétypes de héros littéraires. Le roman baigne dans une ambiance un peu gothique et mystérieuse comme si un cadavre allait être découvert en ouvrant la prochaine porte, alors qu’il n’en est rien, peut être tout au plus le grincement d’une porte ou l’éclair soudain de l’orage.

IMG_1364

Cette imagination enflammée conduirait presque notre héroine à sa perte si elle n’était pleine de charme. Si Jane Austen est souvent mordante et tourne en dérision souvent ses personnages, dans Northanger Abbey elle n’épargne pas non plus les héros, notamment la fameuse héroïne un peu naïve (mais bien moins énervante qu’une Emma par exemple). La question du mariage, la condition sociale, la séduction sont ici aussi abordés, comme dans les autres merveilles de Jane Austen….

IMG_1366

 

 

IMG_1375

Souvenir et photographie dans la chambre claire

Avant de parler du livre La chambre claire de Roland Barthes, j’aimerai d’abord vous convaincre de l’intérêt de lire ce livre aujourd’hui.

Nous sommes dans une époque marquée par l’omniprésence de la photographie comme marque du souvenir. Nous accumulons les images de nos voyages, fêtes, réunions de famille… Aujourd’hui, même les téléphones portables sont pourvus d’appareils photo : nous voulons être sûrs que rien ne nous échappe. Puis nous publions nos clichés sur les réseaux sociaux. Moi la première qui suit devenue accro à Instagram.

Roland Barthes dans La chambre claire, Note sur la photographie s’interrogeait déjà sur le lien photographie / souvenir. Il présente le problème pour une image figée de restituer un être cher.

Se souvenir de quelqu’un est davantage se remémorer un ressenti, une sensation, que donner une image. Ce sont des détails qui nous reviennent et non une représentation globale : un sourire, un geste, une odeur, un rire…La photographie peut alors être une aide mémoire dont la vue serait la première étape d’une restitution complète, comme le goût d’une madeleine trempée dans du tilleul fait renaître en Proust tout un village disparu. Roland Barthes évoque ainsi la vue d’une photographie de sa mère qui ranime le souvenir d’autres sensations : « contemplant une photo où elle me serre, enfant, contre elle, je puis réveiller en moi la douceur froissée du crêpe de Chine et le parfum de la poudre de riz » .

Le problème du portrait photographique est dans la distance qu’elle met avec son spectateur. A l’aube de la photographie, les poses imposées pour les portraits pouvaient expliquer cet éloignement avec le modèle, l’impossibilité de reconnaître en lui les menus gestes qui faisaient son identité par cette attitude figée, apprêtée. Néanmoins, les photographies prises sur le vif aujourd’hui nous semblent-elles plus fidèles au modèle ? Pas nécessairement. Elles rendent une attitude mais pas la complexité d’un être. Sans doute est-ce la raison pour laquelle Barthes en parlant d’une photographie de sa mère dit qu’il la reconnaît « presque ».

Par ailleurs Roland Barthes nous montre que le regard posé sur une photographie, comme sur n’importe quelle œuvre d’art, est un regard de projection : nous apportons à la photographie notre histoire. C’est pourquoi elle nous touche par ses détails nous ramenant à nos propres souvenirs, ou au contraire ne nous intéresse nullement. Lorsque nous voyons la photographie d’un être aimé nous le parons de tout ce que nous savons de lui. Ainsi, dans la Photographie du Jardin d’Hiver, la petite fille n’est pas seulement la mère de l’auteur en devenir mais aussi l’image que l’auteur a de sa mère. De la sorte, celle-ci en plus de lui dévoiler l’image de sa mère attise la perte de ce qu’elle était en tant qu’être particulier, du lien qui l’unissait à elle.

Roland Barthes établit enfin le lien photographie / mort. Se souvenir c’est déjà poser la question de la mort. La photographie laisse une empreinte comme celle des masques mortuaires de l’antiquité. Regarder une photographie c’est poser la question de ce qui a été. C’est revenir aux fonctions premières du portait. La photographie devient alors la statue de l’autel funéraire. Contempler la photographie d’un être cher disparu est une invitation au recueillement. La photographie comme présence serait ainsi une imago pietatis moderne.