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Lait noir de l’aube de Jean Clair

Le thème de la mélancolie est quelque chose qui me touche profondément dans les romans ou en peinture. J’étais un peu sceptique à l’idée de lire un essai de Jean Clair à ce sujet. Rien que le titre: lait noir de l’aube m’effrayait un peu. Peur que tout cela soit bien pompeux et assommant. Il n’en est rien.

La mélancolie a traversé l’histoire inspirant aux artistes leurs plus grandes œuvres. Durer, Munch ou encore Picasso lui ont donné ses lettres de noblesse. On peut s’étonner que la notion a priori désuète de l’acédie trouve résonance en nous de manière atemporelle. En effet, l’exposition « Mélancolie » au Grand Palais ainsi que de nombreuses publications actuelles convergent vers un nouvel attrait pour cette antique vision du monde.

Pourquoi la mélancolie a-t-elle aujourd’hui encore un impact sur le monde de l’art ?

Si Lait noir de l’aube prend la forme d’un journal, Jean Clair n’y relate pas ces menus faits qui animent son quotidien mais recueille ses pensées, ses réflexions sur l’art et la société. Au fil des pages, un bric à brac d’images réveille en nous souvenirs enfuis ou réflexions. Jean Clair introduit, par évocations successives et succinctes, figures acédiques d’hier et d’aujourd’hui : traces absentes que l’on guette après le passage d’un être cher, SDF figé par la mort dans une indifférence générale, perte de l’identité au profit d’un matricule, appauvrissement du langage, déchéance de l’éducation, déni de la vieillesse, culte du corps et de l’argent, suppression des stigmates du doute dans le processus d’écriture depuis l’écriture informatique, ou encore disparition des détails dans la photographie numérique.

D’un regard triste, Jean Clair observe la décrépitude de notre société et l’incrustation d’une paresse intellectuelle. Le seul refuge qu’il propose semble alors être le rêve. Ce cycle d’idées amoncelées s’achève alors sur l’automne. Automne de la vie comme symbole d’un tombeau culturel ?

Par cette vision somme toute nostalgique du monde qui l’entoure, Jean Clair s’inscrit ainsi dans la question atemporelle de la mort, réponse possible à notre fascination pour la mélancolie dans l’art.

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