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Retour vers le futur avec 1Q84 de Haruki Murakami

Deux personnages, Aomamé et Tengo, dont les parcours se font écho. Deux mondes parallèles. 1984 et 1Q84. Un mystère.

Si on se doute assez rapidement de la mission qu’Aomamé s’est donnée. On ne peut s’empêcher de tisser des liens entre les personnages dont le récit des aventures s’alterne à chaque chapitre. On sent bien que ces deux êtres sont connectés. Les flashbacks constants avec des zooms sur leur enfance nous fait présentir le fil qui les unit. Cependant quant sera-t-il du point d’impact de leur retrouvailles? Nous tairons ici tous les éléments de réponses un peu trop rapides qui pourraient gâcher le plaisir de celui qui ne l’a pas lu. Tournons nous plutôt vers les thèmes du livre et son écriture.

Ce qui frappe en premier lieu c’est la dualité des personnages: une humanité, une véritable empathie, contredite par un comportement corporel d’une grand froideur et une communication verbale limitée. Cette difficulté d’expression et ce repli sur soi, qui empêche Aomamé et Tengo de créer de réelles attaches affectives avec les autres, renforce l’aura de mystère qui entoure le monde, où plutôt l’année où le récit se situe. 1Q84 ou 1984?

Nos deux anti-héros basculent dans un autre monde, l’une en franchissant la frontière physique d’un passage souterrain qui traverse un autoroute. L’autre en s’imprégnant du monde (imaginaire ?) de Fukaéri une jeune fille dyslexique de dix sept ans fascinante, en réécrivant son histoire dans un style littéraire pour la faire concourir aux prix des nouveaux auteurs.

Les personnages sont alors pris d’hallucinations, d’un sentiment de déréalité ( L’uniforme des policiers est-il le même que la veille? Y a t-il deux lunes dans le ciel?). Des vertiges, des migraines, des amnésies installent définitivement un doute pernicieux. Aomamé est-elle en train de basculer dans la folie ou a-t-elle pénétré dans un monde si semblable dont seuls quelques détails ne coincident pas avec la réalité telle qu’elle la connait.

On sent alors les limites de la jeune femme au sang froid et du trentenaire à la force colossale. Réécrire le monde, avoir le droit de vie ou de mort sur les hommes sont des missions qui ne vont pas sans poser des questions d’ordre moral. Mais que faire face à la la violence comise sur les plus faibles ou dès l’enfance (sévices, viols, tortures psychologiques). Assister à l’emprise sur l’autre (notamment via les sectes) est intolérable. Résister et se venger sont ici deux concepts concomittants.

Les littles peoples qui semblent être à l’origine de ces crimes sont des êtres de l’invisible. Ils attaquent de façon bien plus subtiles et pernicieuses que Big Brother en ayant le même but, inniler l’identité d’un être, en s’y prenant si possible dès l’enfance.

Si le livre est fascinant on peut néanmoins aposer un bémol dans le traitement un peu trop didactique des références littéraires ou culturelles. Celle évidente de 1984 Georges Orwell, avec son jeu sur big – brother/ little people dont on déplore qu’il soit dévoilé de façon presque pédagogique (On dirait que c’est le personnage, Tengo, professeur de mathématiques qui prend emprise sur la plume de l’auteur afin de nous dévoiler la symbolique de l’écriture).

Certains passages retranscrits sont un peu longs. Une citation de Tchekov par exemple aurait amplement suffit. Pas besoin de plaquer tout un passage de L’île de Sakhaline . Bien sûr on comprend aisément que cela nourrit le récit dans le récit, le monde dans le monde, que c’est une réflexion sur le processus de création littéraire, mais cela coupe le rythme de l’histoire et la tension montante instaurée par le mystère 1Q84.

La référence musicale de Janacek rythme l’écriture de façon plus légère… Elle a un petit côté sonate de Vinteuil chez Proust pour le personnage d’Aomamé sauf que l’amour prendrait ici le masque de la Mort. Il semblerait que la musique ait une importance dans l’ écriture pour Murakami, ancien responsable d’un bar de jazz de Tokyo. D’ailleurs comme il nous le rappelle les plus anciens récits sont débord des aventures transmises à l’oral. Pourtant les mots font souvent défauts au personnages pour dire ce qu’ils ressentent.

Mais dans l’ensemble, l’écriture est fluide et bénéficie d’images poétiques très visuelles, presque surréalistes. Les personnages peu bavards sont pourtant décrits de façon psychologique fine, ce qui donne force et prise à l’histoire.

Cette première partie qui pose les personnage et donne l’eau à la bouche pour comprendre ce monde mystérieux de 1Q84, si proche de notre monde mais dont les détails vacillent et font pencher la balance vers un monde parallèle bien plus étrange qu’il n’y parait. Qui sont vraiment les little peoples? Qu’est-ce que la Chrysalide de l’air?

Ce tome est le prémice d’une série dont le lien entre les personnages ne se tissent qu’à la fin du roman. Onomamé et Tomoku ont des caractères parallèles et leur destin semblent converger tous deux vers la destruction de ses littles peoples, y parviendront-ils? Endosser le costume du surhomme investi d’une mission n’est peut être possible que grâce à l’union de ces deux forces silencieuses?

Je tiens à remercier Price Minister pour m’avoir fait découvrir l’univers de Haruki Murakami. J’avais écris ce billet sur mon ancien blog pour les matchs de la rentrée littéraire en 2011.

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